ROLE DE L'ARTILLERIE DIVISIONNAIRE DANS L'ATTAQUE ET DANS LA DÉFENSE
Rôle de l^artlllerie dans l^attaqae.
On suppose que le terrain des attaques est divisé en 3 zones : la l"^*" commençant à 2,400 mètres des batteries ennemies a distance au delà de laquelle le feu de Tartil- » lerie ne produit que des résultats peu appréciables » (1); la S" commençant à 1,500 mètres, distance à laquelle la mousqueterie commence à avoir quelques chances d'atteindre, et la S"* à 700 mètres, distance à laquelle le feu de l'infanterie devient efficace.
11 arrive souvent que la cavalerie divisionnaire ne peut pas renseigner le général de division sur le nombre des colonnes ennemies, sur les routes qu'elles suivent et sur les localités oii elles se trouvent, parce que la cavalerie
(1) Règlement de manœiivi^e de l'artillerie prussienne. Les feux de flanc sont efficaces jusqu'à plus de 3 000 mètres. A cette distance 2 batteries bavaroises tirèrent avec succès, à Sedan, sur 2 batteries françaises postées au nord de Balan.
opposée forme un épais rîdeaa qui s'oppose à ses reconnaissances. Alors on est obligé d'employer l'avant-garde pour faire une reconnaissance offensive.
Quand l'ennemi est en position et prêt à recevoir la bataille, on procède comme suit :
La cavalerie de l'avant-garde se porte en avant pour refouler les patrouilles de cavalerie de l'adversaire, reconnaître la position de celui-K^i et pénétrer ses projets ; mais, généralement, il sera impossible, à ce moment, d'apprécier la force et la disposition de ses troupes, parce qu'il aura eu soin d'établir des postes d'infanterie en avant de sa position pour tenir l'assaillant à distance, entraver sa marche, lui faire essuyer des pertes et harasser ses troupes avant l'assaut.
Ces postes devront être repoussés. En conséquence, le commandant de l'avant-garde préparera l'attaque en plaçant son artillerie de manière à ce qu'elle produise de l'effet sans être exposée aux feux de la mousqueterie des postes et de l'artillerie de la position. Cette condition sera généralement remplie lorsque l'artillerie de l'avant-garde se trouvera à une distance de 1,500 à 1,800 mètres des postes avancés, à moins que ceux-ci ne soient très près de la l'^*' ligne de bataille.
Dans ce dernier cas, on doit veiller à ce que la distance aux batteries ennemies ne soit pas inférieure à â,iOO mètres.
A Wœrth, une partie de l'artillerie des avant-gardes allemandes s'établit à près de 3,000 mètres de l'artillerie française, parce que, pour avancer davantage, elle aurait dû descendre dans le vallon de la Sauer. Le même fait se produisit à Mars-la-Tour et à Gravelotte.
Nous supposerons, pour expliquer la marche de l'attaque,
que les avant-postes aient été refoulés et que la batterie d'avant-garde ait pris sa première position à 2,i00 mètres de l'artillerie de la défense.
Soiis la protection de cette batterie, la 1^ ligne de Favantgarde se déploie, prend sa formation de combat, se porte sur Tune des ailes de la batterie, refoule les détachements ennemis et s'avance jusqu'à ce qu'elle rencontre une résistance sérieuse. Alors elle engage un combat traînant, à moins qu'elle n'ait l'occasion, en agissant avec promptitude et vigueur, de s'emparer d'un point important dont l'occupation facilitera la tâche du gros de la division. Ce point, elle s'empressera de le mettre en état de défense, en prévision d'un retour offensif.
On ne lui demande généralement que de s'établir fortement devant la position et de harceler l'ennemi, pour couvrir le déploiement du gros, qui se fait hors de la portée efficace de l'artillerie de la défense.
« Cependant, dit le colonel d'Arnim, l'avant-garde remplira souvent mieux sa tâche, en prenant sans retard une vigoureuse offensive, car elle n'a d'abord affaire qu'aux troupes avancées qui cachent les forces principales de l'ennemi. C'est dans le refoulement de ces troupes avancées que consiste la véritable reconnaissance de la position ennemie, celle qui donne au chef du gros la possibilité de prendre, en toute connaissance de cause, ses dispositions d'attaque. Sans doute, cette action offensive peut créer parfois à l'avant-garde une situation périlleuse, lorsque, par exemple, elle se trouve contre son attente aux prises avec des forces supérieures ; mais il est certain qu'un hardi commandant d'avant-garde ne sera jamais abandonné à ses seules forces, s'il est suivi par un chef résolu. 11 est
de tradition dans l'armée prussienne — et plus d'un succès a été attribué à cette manière de faire — que l'avant-garde doit passer hardiment d'une reconnaissance offensive à une attaque réelle, afin de conserver les avantages qu'elle a pu obtenir. »
Si, pendant la marche de l'avant-garde, l'ennemi ouvre sur elle le feu d'une partie de son artillerie, la batterie de l'avant-garde ripostera pour attirer ce feu sur elle.
Dès que la 2« ligne de l'avant-garde est arrivée à la hauteur de la batterie, celle-ci avance pour occuper une deuxième position à 1,800 mètres environ de l'artillerie ennemie.
dette position sera également prise en dehors de la route pour que l'avant-garde, si elle était refoulée par l'ennemi, puisse se retirer sans porter !e désordre dans le gros.
Aussitôt que la marche de l'avant-garde est entravée ou rendue trop dangereuse par les batteries de fa position, l'artillerie du gros entre en ligne pour couvrir le déploiement de ce gros et obliger l'artillerie ennemie à engager toutes ses batteries, car il est absolument nécessaire de réduire au silence l'artillerie opposée avant d'entreprendre l'attaque décisive par l'infanterie.
Quand un combat suit son cours régulier, l'artillerie se place au centre du front que doit occuper la division.
Les combats de la campagne de 1870 prouvent, dit le colonel von Schell (1), que la position naturelle de l'artillerie divisionnaire se trouve vers le milieu du front de la division. Quand l'artillerie est détachée d'emblée au loin, sur le côté de l'avant-garde, elle se trouve en l'air, couverte
(1) Etude sur la tactique^ de l'artillerie de campagne, — Traduction par le major d'artillerie Capette.
seulement par de la cavalerie ; elle est exposée aux attaques de Tennemi avant de pouvoir être soutenue par le gros, qui n'entre en ligne que plus lard. En recherchant toujours les positions qui prennent Tennemi en flanc, on expose les batteries à se voir souvent prises elles-mêmes en rouage. Dans cette position comme dans celle de la batterie d'avantgarde, il s'agit bien moins de chercher à prendre l'ennemi en flanc que de préparer l'attaque future de l'infanterie, de faire brèche dans les lignes ennemies et de combattre directement l'artillerie de l'adversaire.
« En employant l'artillerie vers le milieu du front, on l'amène en action par le chemin le plus court, saas mouvement de flanc et avec le plus de rapidité possible ; on évite, de pkâ, la dissémination toujours fâcheuse des eflets des pièces. En outre, l'artillerie se trouve parfaitement en sûreté dans cette position; ses flancs sont couverts puisqu'ils s'appuient aux autres troupes, et il n'est pas nécessaire de distraire pour ce service des subdivisions spéciales. EnGn, il ne faut pas oublier de mentionner que l'artillerie peut également, quand elle occupe le milieu du front, agir avec une grande efficacité sur les deux ailes de la division. »
Ces raisons nous semblent plus importantes que celles qu'invoquent la plupart des tacticiens pour soutenir que l'artillerie divisionnaire doit être placée de préférence aux ailes ou sur l'une des ailes de la division.
Afin de pouvoir établir promptement celte artillerie au centre de la division déployée, on la fait marcher entre l'avant-garde et le gros des troupes, ou plus généralement en arrière du P' bataillon du gros.
L'artillerie du gros prend position à la hauteur de la bat-
terie d'avant-garde supposée établie à 1,800 mètres (1), pour profiter de Tappréciation exacte de la distance faite par cette batterie et surtout pour assurer l'unité de commandement du groupe divisionnaire.
Cependant s'il y avait à quelques cents mètres en avant une position favorable, elle s'y porterait directement avec la batterie d'avant-garde, parce que les grands effets de l'artillerie se produisent aux distances de 1,600 à 1,800 mètres.
Quand le groupe des batteries divisionnaire s'établit de prime abord à 1,800 mètres de l'artillerie ennemie, on doit lui donner un soutien ou bien attendre, pour le porter à cet emplacement, que le corps principal soit déployé et ait pris assez d'avance pour servir lui-même de soutien.
Dans le cas contraire, c'est-à-dire quand la 1**" position du groupe est à 2,400 mètres de l'artillerie ennemie, ce groupe se déplacera dès que l'infanterie l'aura dépassée suifisamment pour qu'il puisse s'établir à 1,800 mètres (2).
Dès que les deux artilleries sont aux prises, le gros de la division prend, hors des vues de l'ennemi et près de Tavantgarde, l'ordre préparatoire de combat qui ne diffère de Vordre définitif qu'en ce que ses éléments sont ordinairement plus rapprochés les uns des autres.
Le2« régiment de la 1" brigade, qui marche en tête du
(1) Si une batterie se plaçait en saillie, elle gênerait lé tir des batteries voisines et serait trop exposée au feu de Tartilierie ennemie ; on ne prendra donc cette disposition que si le terrain Texige absolument.
(2) Si Tartillerie de Tattaque s'établit à moins de 1,800 mètres de Tartillerie ennemie, elle se trouve dans le rayon d'action de Tinfanterie de Tavant-ligne ou des postes avancés. Cependant le règlement de manœuvre de Tartillerie prussienne fixe à 1,600 mètres la bonne distance pour préparer Tattaque.
gros, se porte aussitôt en dehors du régiment d'avant-garde pour prolonger le front de ce côté (supposons que ce soit sur la droite de la route) et les deux régiments de l'autre brigade prennent position sur la gauche de la route. Toutefois, si la division n'est pas soutenue en arrière par -d*autres troupes, si elle opère isolément, un des régiments de la 2" brigade sera tenu en réserve.
L'ambulance et les colonnes de munitions restent sur la route et se défilent des vues de l'ennemi.
Le gros d'une division marchant sur une seule colonne a besoin de 1 1/2 heure pour se déployer dans l'ordre définitif de combat. Si ce temps ne suffit pas à l'artillerie pour réduire au silence ou affaiblir fortement les batteries ennemies, le gros attend que ce résultat ait été obtenu.
En général, l'attaque de front sera faite par une brigade et l'attaque de flanc par un régiment de l'autre brigade; le régiment restant formera la réserve.
« L'attaque de front, dit le général Berthaut, sera toujours difficile et aura peu de chances de réussir, parce que tous les points du front d'une position sont intimement liés et se prêtent un mutuel appui. Il n'en est pas de même des flancs qui sont poar ainsi dire isolés et habituellement très faibles à cause de la petite quantité de feux qu'ils fournissent. On s'en approche plus facilement et l'on cause un plus grand dommage à l'ennemi parce que les coups l'atteignent d'enfilade et de revers, et qu'on ébranle son moral en menaçant sa ligne de retraite; c'est donc sur les flancs qu'il faudra faire l'effort principal; mais il ne sera pas moins nécessaire d'attaquer en même temps le front, afin d'empêcher l'ennemi de le dégarnir pour renforcer le flanc menacé. »
De là résuite la nécessité^ pour Tattaque, d'avoir un front plus étendu. Elle doit aussi avoir une réserve plus forte, parce que ses flancs sont plus menacés que ceux de la défense, appuyés, en général, à des obstacles naturels ou artificiels. L'ordre de bataille offensif sera donc non seulement plus étendu, mais encore plus épais, ce qui exige que l'assaillant ait la supériorité du nombre.
Au moment où l'infanterie se portera en avant, dans la formation de combat, l'artillerie ira occuper sa â*' position ; mais avant de la mettre en marche, le chef du groupe indiquera aux commandants des batteries la portion de la ligne ennemie sur laquelle se fera le principal effort de l'attaque (1). Une partie de l'artillerie dirigera son feu contre cette portion ; l'autre continuera de tirer sur les batteries ennemies qui sont encore en action.
Lorsque les troupes assaillantes sont près d'entrer dans la zone des feux efficaces de mousqueterie, toutes les bouches à feu doivent être dirigées contre l'infanterie de la défense.
Pour bien jouer ce rôle, il est nécessaire que les batteries accompagnent les troupes d'attaque et conservent leur liaison avec elles, parce que si elles restaient en place, leur tir deviendrait dangereux à cause de la difficulté de distinguer les amis des ennemis quand la fumée couvre le champ de bataille.
Les batteries (qui se trouveront alors à 1,800 mètres des batteries ennemies) se déplaceront dès que la chaîne du
(1) Ce sera souvent un village, un bois ou un groupe de maisons formant poste avancé de la position . Alors ce premier objectif doit être canonné et emporté avant qu'on indique à Tartillerie comme deuxième objectif la portion de la ligne de bataille contre laquelle Tassant sera donné .
corps principal les aura dépassées de 600 mètres, et viendront s'établir à 1,100 mètres environ de la ligne de bataille. A partir de ce moment, elles n'auront plus assez de temps ni de lattitude pour choisir de bonnes positions.^ll suffira qu'elles puissent bien voir et battre l'objectif qui leur a été indiqué par le commandant de la division et contre lequel sera dirigée l'attaque finale. L'intérêt tactique dominant ici les considérations techniques, le talent des commandants de batterie consistera moins à chercher des emplacements favorables qu'à tirer le meilleur parti de ceux qu'ils devront occuper pour se lier à la troupe.
Le major Hoffbauer et le colonel von Schell sont d'avis que pour obtenir de grands effets et soutenir efficacement le moral de l'infanterie marchant à l'attaque, les batteries doivent se déplacer de nouveau et se porter à 700 mètres de l'ennemi, lorsque la chaîne a dépassé de 600 mètres^ environ, la position prise à 1,100 mètres. Comme en ce moment Finfanterie et Tartillerie de la défense seront soumises à un feu violent de mousqueterie auquel elles riposteront, les batteries auront peu à souffrir; mais en fût-il autrement, il ne faudrait pas hésiter à les faire avancer, parce que c'est un principe de la tactique moderne que l'artillerie, dans la phase décisive du combat, doit rester en liaison avec l'infanterie, qtwi qu'il puisse lui en coûter. Le danger, pour elle, sera d'ailleurs de courte durée dans cette phase de la lutte (1).
(1) La dernière campagne démontre, dit Hoffbauer, que Tartillerie peut s'avancer en liaison avec sa propre infanterie jusque dans le feu du chassepot, à 1,000 pas, et même moins, et que, généralement, elle peut s'y maintenir. Il cite plusieurs etemples à Tappui de
Pour se conformer à ce principe, Tartillerie devra généralement tirer au-dessus des troupes pendant la dernière période de l'attaque. On peut bien, en effet, laisser de larges intervalles libres devant les batteries, quand la ligne de combat est encore loin de l'ennemi, mais ces intervalles offriraient de grands dangers si on les conservait jusqu'au moment où l'assaut va être donné. 11 faut donc, avant qu'on en vienne là, boucher ces intervalles avec des troupes tenues en réserve derrière la ligne de combat. C'est ce que firent les Allemands à Gravelotte, comme on peut s'en convaincre par l'inspection des plans 6 A et 6 6 de la relation du grand Etat-major prussien. Sur le premier, qui indique les positions des armées entre 5 et 6 heures du soir, on ne voit figurer aucune troupe en avant des grandes batteries du li"" corps, du corps de la garde et du 9"" corps; sur l'autre, au contraire, qui indique les positions des armées à 7 heures du soir, on voit ces batteries masquées par une ligne à peu près continue de troupes en ordre dispersé, marchant à l'attaque des 6'' et 4** corps français.
A la bataille de Mars-la-Tour, le d*> corps allemand porta également une partie de son infanterie (la §<> division] devant ses batteries au moment où [vers 6 heures du soir] il attaqua les troupes françaises qui couvraient le village de Rezonville.
Nous ferons remarquer cependant que si l'on a l'in-
cette opinion (page 87 et suivantes de la traduction du major Capette) .
L*artillerie, dans les combats rapprochés, ne fit réellement de grandes pertes que lorsqu'elle s*approcha sans être soutenue par rinfanterie.
tention de tirer au-dessus des troupes , il vaut mieux, laisser les batteries à 1,100 mètres que les rapprocher à 700. Lorsqu'elles se seront avancées à celte dernière distance, on pourra difficilement boucher la trouée avant le moment décisif de l'assaut; mais, d'un autre côté, l'on aura moins à redouter que l'ennemi lance des troupes dans cette trouée pour attaquer la ligne assaillante en flanc et à revers, parce que ces troupes canonnées à moins de 700 mètres de distance, éprouveraient des perles énormes.
L'inconvénient de ce dernier emplacement de l'arlillerie, quand on veut éviter l'emploi du tir au-dessus des troupes, est que les pièces battent alors uniquement la partie de la ligne ennemie qui se trouve devant elles et contre laquelle aucune fraction de la ligne assaillante n'est dirigée.
On ne prendra donc position à 700 mètres que lorsqu'il n'y aura pas à 1,100 mètres un terrain favorable pour tirer au-dessus de la ligne de combat.
Lorsque l'artillerie, établie à la distance la plus rapprochée, ne peut plus battre la l'*' ligne de l'ennemi, elle ébranle les réserves qui se portent au secours de cette ligne; et lorsqu'elle ne peut plus distinguer, avec une certitude parfaite, les amis des ennemis, elle renouvelle, s'il y a lieu, l'approvisionnement des avant-trains, en attendant le résultat de l'attaque.
Dans une instruction qui a été donnée aux troupes françaises pendant les manœuvres d'automne, en 1880, il est dit : « Quand les assaillants sont arrivés assez près de » l'ennemi pour qu'en tirant par dessus la tête des siens, » on risque de les atteindre, il faut diriger le feu de
» l'artillerie plus loin, en arrière de la position, sur les » réserves qui viennent la soutenir. »
L'artillerie ne reste pas tout entière sur son dernier emplacement.
Une partie du groupe, sous la conduite du commandant de l'artillerie divisionnaire, doit suivre de très près les troupes d'assaut pour entrer en action à l'instant oii l'infanterie s'emparera de la position. Cette artillerie a pour mission de défendre le terrain conquis contre un retour offensif éventuel et de fournir aux troupes assaillantes l'appui nécessaire pour se réorganiser et prendre les mesures qu'exige la conservation de la position.
Si l'attaque échoue, la fraction qui s'est portée en avant se met en batterie à rendrait où elle se trouve pour recueillir les troupes répoussées, et la fraction restée en arrière la rejoint pour prendre part à la latte.
Dans la poursuite de l'ennemi battu, l'artillerie accompagne l'infanterie et s'approche avec elle à courte distance des troupes qui résistent encore.
Si l'ennemi se retire par masses profondes ou en désordre, l'artillerie peut lui envoyer des projectiles jusqu'à la distance de 4,000 à g,000 mètres.
Le rôle que nous avons assigné dans l'attaque à l'artillerie d'une division, et celui que nous assignerons plus loin à l'artillerie d'un corps d'armée, sont fondés sur le principe, aujourd'hui généralement admis, que cette arme doit être employée en grandes masses et recevoir dans le combat une direction unique. £n conséquence, on la fractionnera rarement en groupes de moins de 3 ou 4 batteries.
Une plus grande dislocation des batteries n'est admis-
sîble que dans la défense, parce que celle-ci, ignorant quelle partie de son front sera attaquée, ne peut pas, sans danger, réunir sur un même point de très grandes masses d'artillerie.
Rôle de l'artillerie dans la défense.
La défense a établi en avant de la position de petits détachements d'infanterie et de cavalerie, sur les points les plus favorables du terrain, pour empêcher l'ennemi de reconnaître la position et d'établir son artillerie à bonne distance.
Afin qu'on puisse les soutenir, ces détachements ne doivent pas se trouver au delà de la 1^ zone de combat (2,400 mètres).
Si les flancs de la division ne sont pas appuyés, on place 1 batterie à chaque aile et les 2 autres, en réserve, derrière le milieu de la position, sous le commandement du chef du groupe divisionnaire (1). On utilise les abris naturels, et, s'il n'y en a pas, on en construit pour compenser l'infériorité numérique de l'artillerie de la défense.
Les batteries des ailes ont pour mission d'assurer le plus longtemps possible, par leur feu, l'occupation des postes avancés et de protéger la retraite des détachements qui défendent ces postes.
Dès qu'elles aperçoivent des troupes ou des batteries dans la l'" zone de combat, elles ouvrent leur feu poar forcer
(1) Le règlement prussien dit : « Dans la défensive on garde en réserve une partie de Fartillerie jusqu'au moment où Tadversaire dévoile ses intentions n
On la place de préférence en arrière des ailes.
Tennemi à se déployer (1) et à fournir ainsi quelques indications sur la marche probable de son attaque.
Les 2 batteries tenues en réserve n'entrent en action qu'au moment où l'ennemi fait avancer l'artillerie du gros pour protéger le déploiement et appuyer le mouvement offensif de ce gros.
Alors toute l'artillerie de la défense doit tirer contre celle de l'attaque, à moins qu'elle n'ait une très grande infériorité numérique, auquel cas elle masquera ou abritera ses pièces pour ne les faire entrer en action qu'au moment oîi commencera l'attaque décisive ; ce moment coïncide généralement avec celui oii l'artillerie de l'attaque doit cesser de tirer pour ne pas atteindre ses propres troupes.
Hoffbauer veut que l'on garde dans tous les cas une partie de l'artillerie de la défense en réserve, pour se prémunir contre les surprises et appuyer les retours offensifs (2); mais ce but ne nous semble pas assez important pour justifier l'inaction d'une partie de l'artillerie au moment où le sort de la lutte est lié au résultat du combat d'artillerie. On pourra, du reste, disposer pour les retours offensifs, des bouches à feu qui sortiront intactes de ce combat.
Plusieurs tacticiens (entre autres von Schell) disent qu'il est avantageux, si le terrain s'y prête, de placer les bat-
(1) La défense n*a toutefois intérêt à faire déployer Tennemi que lorsque ses colonnes peuvent s^approcher à couvert et que le déploiement l'oblige à traverser des espaces découverts, exposés aux feux des batteries de la position.
(2) L'instruction française sur le service de Tartillerie en campagne prescrit également de tenir en réserve une partie deTartillerie de corps, de préférence les batteries les plus mobiles.
teries à 300 mèlres environ en arrière des ailes et du centre de la !'• ligne d'infanlerie, pour qu'elles ne soient pas exposées aussi promptement aux feux des tirailleurs ennemis que si elles se trouvaient sur cette ligne et, en oulre, pour qu'elles puissent agir contre Tennemi après qu'il aura pris pied sur la position.
Si elles étaient intercalées dans la 1*^ ligne, elles devraient se replier au moment de Tassant — ce qui produirait un mauvais effet — ou s'exposer à tomber prématurément entre les mains de l'ennemi, ce qui serait plus fâcheux encore. Dans bien des cas, cependant, on ne pourra pas établir l'artillerie en arrière de la \^ ligne de défense. Pour que cela fût possible, il faudrait des conditions de terrain particulières que peu de positions présentent.
Lorsque l'infanterie de l'attaque est entrée dans la zone des feux efficaces de mousqueterie, toute l'artillerie de la défense est dirigée contre elle.
Cet instant est si décisif, que ces batteries doivent se résigner aux plus grands sacrifices pour faire échouer l'assaut (1). Elles ne peuvent donc se retirer "que sur l'ordre formel du commandant de la division.
« Lorsque, dit le général Schnéegans, les tirailleurs ennemis seront près d'aborder les pièces, ils devront être vigoureusement refoulés par l'infanterie qui, dans ce moment suprême de la lutte, doit faire tous ses efforts pour dégager l'artillerie. Ce mouvement aura pour conséquence de mas-
(1) « Dans la défense, rartillerie reste côte à côte avec l'infanterie sans 8*ezagérer le danger de perdre des pièces. «>
(Instruction pour les manœuvres d'automne, donnée en France, en 1880.)
quer momentanément les pièces; mais dès quelles seront démasquées, elles reprendront un feu rapide. »
Les tirailleurs ennemis ne pourront Ôlre refoulés à l'instant décisif de Tassant que par des troupes établies en arrière des batteries et qui passeront par les intervalles des pièces. En cas de retraite, ces troupes se placeront entre les bouches à feu pour fusiller les poursuivants, comme le firent les soutiens de l'artillerie de la garde prussienne à Saint-Privat.
Si l'attaque réussit, l'artillerie est perdue, à moins que les troupes de la â" ligne ou celles de la réserve, entrant en ligne à propos, ne parviennent à repousser l'assaillant et à couvrir la retraite des pièces.
Dans celte retraite, les bouches à feu resteront à la hauteur de l'infanterie et occuperont les intervalles de sa ligne, pour arrêter par leurs feux les poursuivants ou leur faire essuyer de grandes perles.