CHAPITRE VII
ROLE DE L'ARTILLERIE DANS LE COMBAT D'QNE DIVISION DE CAVALERIE INDÉPEN- DANTE
Rôle de l'artillerie dans lattaqae.
L'artillerie se placera en arrière ou à côté de Tune des extrémités de la 1^ ligne de la division, en un seul groupe, pour qu'il y ait de l'unité dans la conduite du feu, qu'elle n'éparpille pas l'effet des pièces et qu'elle ne gêne pas les mouvements de la cavalerie.
Pendant la préparation à l'attaque, les batteries se porteront en avant et sur le côté de l'aile intérieure (protégée] de la l"** ligne (1). C'est sur cette aile que la division
(1) «t Dans l*ordre de combat de la division, rartillerie se place èi 300 ou 400 mètres en avant et à 200 ou 300 mètres sur le côté de Taile non menacée de la l^* ligne. L*aile extérieure de cette artillerie sera généralement plus avancée que Tautre, pour mieux voir la portion du champ de bataille devant le front des deux premières lignes. » Règlement de manœuvre de la cavalerie françaite ,
« L'artillerie, en s'établissant de préférence sur celle des ailes de la cavalerie qui semble la mieux protégée par le voisinage d'autres
pivotera lorsqu'elle cherchera, par un mouvement oblique, à envelopper le flanc non appuyé de l'artillerie ennemie (fig. 112). Occupant cette aile, l'artillerie pourra canonner jusqu'à la fin l'artillerie ennemie placée vis-à-vis d'elle, et battre d'enfilade les subdivisions qui se porteront en avant pour s'opposer de front au mouvement enveloppant de l'attaque (1).
Afin de ne pas dévoiler trop tôt ses projets, le commandant de la division gardera les batteries le plus longtemps possible en arrière et tâchera de les mettre en action avant celles de l'ennemi, pour augmenter les pertes de celui-ci et diminuer les siennes.
Les batteries n'ont rien à craindre d'une attaque de cavalerie dirigée contre leur front. La guerre de 1870 fournit, en effet, des preuves multiples de l'insuccès de paieilles attaques. S'il s'en produisait une dans des conditions menaçantes, les batteries seraient secourues par la 3^ ligne.
On porte les batteries plus ou moins en avant suivant la nature du terrain (2), mais toujours assez loin pour qu'elles
troupes ou par le terrain, assure par là sa sécurité contre les surprises de Tennemi.
Dans ce cas, les troupes ou les lignes les plus rapprochées de Tartillerie sont responsables de sa sûreté. Ce n'est que dans des circonstances extraordinaires que Ton assigne un soutien particulier à Tartillerie. « Règlement prussien sur les exercices de la cctvchlerie,
(1) A Wissembourg, 2 batteries à cheval ne purent lancer que 43 obus dans trois positions passagères prises à Taile extérieure de Tattaque tournante des Allemands (Hoffbauer).
(2) A 300 pas environ en avant et sur le côté, en terrain découvert et dans des circonstances ordinaires.
puissent rester en position jusqu'au moment du choc des deux premières lignes et tirer contre les réserves en arrière. Un point dominant à 2,500 mètres ou même à 3,000 mètres ne serait pas trop éloigné.
Le tir contre une troupe de cavalerie exigeant que les batteries changent rapidement de front, on les placera en échelon afin qu'elles ne se gênent pas dans l'exécution des feux obliques et qu on puisse les établir face à droite ou à gauche en changeant de direction à bras dans chaque batterie sur une pièce du centre (fig. 113). Cette formation en échelon permet aussi de repousser les escadrons que l'ennemi détachera de la masse de cavalerie pour attaquer les batteries et les^ tourner.
Dès que l'ennemi change ses dispositions, l'artillerie suit le mouvement et va occuper une autre position. 11 ne faut pas que ses pièces puissent être attaquées avant qu'elles soient secourues; elle devra, par conséquent» être moins éloignée de la cavalerie qu'elle soutient que de celle qu'elle combat. On peut, dit von Schell, ia porter au tiers de la distance qui sépare les deux adversaires. De cette façon, elle sera de 300 mètres en arrière au moment du choc, si la distance des deux adversaires est de 1,800 mètres.
Généralement, dans les combats de cavalerie, l'artillerie n'occupe qu'une seule position ; il convient que cette position ne se trouve pas à plus de 1,700 mètres de l'artillerie ennemie (1,300 à 1,700 mètres, d'après Hofibauer) (1).
(1) Hoffbauer prétend que les batteries à cheyal ne doivent pas se rapprocher à plus de 700 mètres de Tinfanterie, ni à plus de 600 mètres de la cavalerie, parce que le danger plus grand auquel
Le commandant du groupe cherchera d'abord à éteindre le feu de Fartillerie ennemie, puis, lorsque la cavalerie apparaîtra, il dirigera contre sa l'*' ligne le feu de 2 batteries, laissant la 3® combattre Tarlillerie ennemie si elle est encore en état de nuire. (Cette batterie, qui est celle de Taile extérieure, continuera le tir à shrapnels.]
Au moment du choc, on dirigera le feu contre la réserve et contre les troupes qui essaieront de tourner Taile appuyée à Fartillerie. Les pièces ne seront remises en bataille que lorsque la réserve engagera ses derniers escadrons.
L'ennemi refoulé doit, en général, passer obliquement devant les batteries; celles-ci peuvent donc agir contre lui sans changer de place. Si la retraite a lieu dans une direction qui les empêche de tirer, elles se portent en avant pour occuper une position de flanc.
En prévision de ce mouvement, il convient de faire mettre une batterie en bataille avant d'engager la réserve.
On lit dans le titre Y du Règlement sur les exercices de la cavalerie prussienne :
« C'est principalement lorsque la cavalerie devra agir contre l'infanterie, qu'il faudra disposer l'attaque de façon à permettre à la cavalerie de profiter le plus longtemps possible de l'avantage qu'elle tire de la coopération de l'artillerie.
» Si, par suite de l'apparition de sa propre cavalerie, l'artillerie doit cesser son feu, elle amène les avant-trains
elles B^exposent en se rapprochant davantage n^est plus en rapport avec Teffet plus grand qu'elles produisent.
Il convient également, dit-il^ qu'elles restent à 300 pas en dehors, et au moins autant en arrière de la ligne du choc, pour être hors de la mêlée des cavaliers.
et attend sur place afin d'être toute prête à combattre des réserves ennemies qui viendraient à se montrer, mais surtout à faire face à toute éventualité résultant de Tattaque décisive.
» L'effet de i'arlillerie ne devant pas se produire au milieu de la mêlée, sa participation cesse, en principe, au moment du choc offensif de la cavalerie; cependant il faut qu'elle se maintienne au moins à hauteur de la 3^ ligne, afin de se. trouver constamment sous la main, soit pour concourir à la poursuite, soit pour recueillir les fractions repoussées. »
L'artillerie, pour accompagner et appuyer la poursuite, prend toujours la formation par échelon : la batterie la plus rapprochée de la mêlée continua son feu, tandis que les deux autres cherchent à gagner le flanc de la cavalerie ennemie par des mouvements en avant et de côté (1).
Elle s'efforcera de mettre l'ennemi dispersé dans l'im* possibilité de se rallier et elle prendra ses mesures pour faire face à des réserves en ordre compact qui pourraient intervenir à nouveau dans le combat {%),
Dans le cas d'une attaque malheureuse, le groupe reste en place pour soutenir la retraite et appuyer au besoin un retour offensif. Il tire exclusivement sur les subdivisions à rangs serrés que l'ennemi tient en réserve et qui seules sont à craindre dans ce moment où les subdivisions qui ont fourni l'attaque sont obligées de se reformer.
(1) Von Schell .
(2) Règlement prussien .
Pour couvrir la retraite, Tartillerie se retire par échelons en commençant par les â batteries les plus rapprochées de la mêlée ; ces batteries cherchent à gagner une position de ralliement d'où elles puissent soutenir la cavalerie refoulée; la i^ reste en place pour retarder la marche de Tennemi en combinant son feu avec de petits retours offensifs exécutés par des escadrons encore intacts de Ja réserve. Elle rejoint ^enGn les 2 autres batteries (1).
Les combats de cavalerie ne comportant pas de longues luttes d'artillerie, et les batteries à cheval n'ayant généralement pas de feux d'infanterie à craindre, la question des couverts a moins d'importance dans le choix des positions que lorsqu'il s'agit de mettre en action l'artillerie montée dans les combats d'infanterie Avoir un champ de tir libre et étendu est la principale condition à remplir.
L'artillerie à cheval ne tire à sbrapnels que pour éteindre le feu des batteries ennemies ; c'est le seul cas en effet où, le but étant fixe, le réglage peut se faire avec quelque soin.
(1) Si Tattaque de la cavalerie n'a pas réussi, il faut que Tartillerie s'efforce, au moyen de son feu, de donner un point d'appui solide aux réserves qui s'avancent pour recueillir les fractions repoussées^ de contenir l'ennemi qui devient pressant et de rétablir le combat. Dans ce but, elle doit prendre position à peu près à hauteur de la 3« ligne. C'est là un des moments les plus difficiles et les plus dangereux pour l'artillerie : l'expérience a prouvé cependant qu'avec de l'audace, de la ténacité et de la prudence, elle peut mener sa mission à bonne fin. « C'est surtout dans une retraite de cavalerie que l'artillerie aura à jouer un rôle important. Tout se passe sous sa protection; elle doit être soutenue alors par de courtes charges en retour, effectuées par les dernières lignes. » Règlement sitr les exercices de la cavalerie prussienne.
Le tir à obus produit d'ailleurs un plus grand effet moral contre la cavalerie que contre Tinfianterie. Aux petites distances, on emploie les boîtes à balles dont l'efficacité a été constatée dans plusieurs combats de cavalerie de la dernière guerre, notamment à Woerth et à Sedan.
Rôle de l'artillerie dans la retraite.
D'ordinaire, on laisse 2 brigades avec 2 batteries à l'arrière-garde.
Ces brigades se replieront sur la S"* et prendront une disposition de combat si une occasion et un terrain favorables se présentent pour livrer bataille à la cavalerie ennemie revenant à la charge avec des forces considérables.
Une arrière-garde, poursuivie par l'infanterie, doit défendre avec des cavaliers à pied les localités qui s'y prêtent le mieux, afin d'arrêter l'ennemi le plus longtemps possible; mais c'est surtout l'artillerie qui, dans ce cas, jouera un rôle important.
La cavalerie à pied n*a pas pour mission de résister jusqu'au dernier moment; elle se replie quand l'infanterie s'apprête à livrer l'assaut et elle remonte ensuite à cheval sons la protection de l'artillerie et des pelotons qui n'ont pas mis pied à terre. Dans tous ces mouvements, l'artillerie évite de se rapprocher à plus de 1,800 mètres de l'infanterie ennemie et de s'éloigner trop des routes par lesquelles doit s'opérer sa retraite.