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FORMATION DE COMBAT DU RÉGIMENT

Dans le combat du régiment, Fescadron doit conserver une grande indépendance, parce qu'il est Tunité tactique par excellence.

Les escadrons en bataille sont séparés par des intervalles de 12 mètres (1) (égaux au front d'un peloton).

Ces intervalles sont nécessaires parce que dans la charge les files se desserrent; s'ils n'existaient pas ou s'ils étaient insufiisants, les escadrons arriveraient au choc en muraille et, dans bien des cas, en ligne rompue, ondulée ou trop épaisse.

Le régiment est en masse, lorsque les 4 escadrons en colonne par pelotons sont séparés seulement par des intervalles de 12 mètres.

Il est en colonne par peloton (2), lorsque les 4 escadrons en

(1) En France, en Italie, en Russie et en Belgique.

En Allemagne, Tintervalle est de 6 pas (4">80); en Autriche, de 10 pas ÇÎ'^bO). Sous Frédéric II, les escadrons de 1>^ ligne avaient 10 pas d^intervalle et ceux de 2e ligne, 60 pas.

(2) On rappelle en France colonne avec distance; elle est très maniable et se déploie rapidement sur le flanc, mais elle est inférieure à la ligne de colonnes quand il s'agit d'opérer un déplacement

colonne par pelotons sont les uns derrière les autres à la distance nécessaire pour retrouver leur intervalle de 12 mètres dans la formation en bataille sur Tun des flancs.

Il est en ligne de colonnes, lorsque les 4 escadrons en colonne par pelotons sont les uns à côté des autres à intervalles de déploiement plus 12 mètres.

La ligne de colonnes est la formation normale de manœuvre du régiment, celle qui sert de base a toutes les autres. Pour ranger en bataille un régiment en colonne par peloton, on doit d'abord déployer les escadrons.

« Il est absolument interdit de passer directement de la » colonne par peloton à la formation en bataille. S'il y a » danger à tarder, si, par exemple, il s'agit de dégager une » troupe repoussée, on pourra, par exception, charger en » échelons par escadron, mais, en principe, on ne chargera » que sur un front de régiment (1). »

Dans la marche en ligne de colonnes, l'accroissement des intervalles présente moins d'inconvénients que la perte de

en avant . Le règlement belge admet la colonne double de régiment et de brigade qui est plus maniable et se déploie plus vite en avant que la colonne par peloton. La colonne double existe également en Autriche, mais avec plus de raison, parce que le régiment y entre en campagne avec six escadrons. D'accord avec les tacticiens allemands, nous croyons que cette formatisn n'est pas indispensable et doit, à cause de cela, être écartée.

(1) Instncctions du général von Schmidt.

Le règlement prussien dit : « Il faut se former d'abord en esca-: ** drons, puis en régiments et ensuite en brigades, et si le temps et » l'espace le permettent, il faut toujours déployer les fronts complets » pour charger. Par contre, si des situations pressantes le rendent » nécessaire, ©u bien si le moindre retard présente du danger, il » faut sans hésiter partir de l'aile menacée et charger en échelons de » régiments ou d'escadrons. »

l'ordre, du calme, de la cohésion et de l'égalité d'allure des escadrons (que les Allemands appellent le rythme).

La formation la plus usitée à la guerre est la ligne de colonnes, parce qu'elle permet de tourner les obstacles, de tirer parti du moindre mouvement du terrain, et de s'approcher plus facilement à couvert de la position ennemie; elle expose aussi la troupe à moins de pertes, dans la zone des feux efficaces, que la formation en bataille, et mieux que celle-ci elle facilite Texécution des changements de front. Enfin, quand la â"* ligne est en ligne de colonnes, les escadrons repoussés de la 1" ligne peuvent s'écouler par ses intervalles sans y jeter le désordre. C'est encore un avantage précieux, quoiqu'en règle générale les lignes ne doivent jamais se traverser de crainte que l'ennemi, poursuivant les escadrons repoussés, ne pénètre à leur suite dans les intervalles de la â"* ligne et n'attaque celle-ci en (lanc.

Pour exécuter une marche de flanc, on avance en colonne par peloton. Cette formation convient aussi pour les mouvements obliques, bien qu'elle soit inférieure à la demicolonne, qui permet de déployer plus rapidement la troupe quand elle doit occuper une ligne oblique par rapport à la direction de la marche. On fait un fréquent usage de cette dernière formation dans les manœuvres de la cavalerie allemande, et elle est également adoptée en Angleterre, en Russie, en Suède et en Belgique.

La demi-colonne participe des avantages de l'ordre déployé et de l'ordre en colonne.

Les pelotons, dans la demi-colonne, sont à 8 mètres de distance (2/3 du front) et l'un déborde l'autre des 2/3 du front (fig. 76). Pour la former, l'escadron étant en ligne, il suffît de faire faire à chaque peloton 1/8 de conversion.

Les figures 76, 77, 78, 79, 80 et 81 montrent avec quelle facilité on peut passer de Tordre en colonne et de Tordre en bataille à Tordre en demi-colonne et réciproquement.

En Allemagne, la marche oblique en avant du régiment s'exécute toujours en formant la demi-colonne au commandement de pelotons demi-à-droite (ou à gauche).

Dans ce même pays, un régiment isolé se portant à Tattaque, forme toujours une réserve ou â" ligne qui, selon les circonstances, est composée de 1 ou de â escadrons (1).

Son but est d'empêcher qu'on n'attaque les flancs et les derrières de la l"' ligne, de soutenir cette ligne dans un moment décisif, de coopérer à la poursuite, de s'opposer à un retour offensif, et, en cas d'insuccès, d'arrêter l'ennemi et de rallier les escadrons repoussés. Elle suit la l"* ligne à 120 ou à 240 mètres, formant échelon en dehors de l'aile qui est le plus menacée par la réserve ennemie (fig. 82).

Le régiment autrichien, dans la formation d'attaque, avait, en 1806, en arrière d'une ou de deux de ses ailes, 1 escadron en demi-colonne (fig. 83).

Aujourd'hui la cavalerie autrichienne place le flanc défensif en arrière et sur le côté de l'aile ou des ailes menacées (fig. 82). « Celte disposition est plus avantageuse, dit le colonel Holze, car non seulement le flanc est assuré, mais encore on est en mesure d'exécuter très promptement

(1) Lorsqu'un régiment charge en entier (suivi d'un autre ou d*une réserve spéciale), les escadrons des ailes peuvent, en Allemagne, être employés de la même manière que les pelotons des ailes d'un escadron qui charge isolément.

trois sortes de mouvements offensifs. Ainsi les troupes en échelon peuvent converser par pelotons à droite [qu à gauche] et s'opposer à Tennemi menaçant le flanc, ou bien prolonger le front et déborder l'aile ennemie, ou, enfin, au moment de l'attaque véritable, tomber sur le flanc et les derrières de l'ennemi. »

En France et en Italie, lorsque l'on veut proléger plus directement les flancs de la l'*' ligne, on dispose des pelotons en échelons à 40 mètres en arrière de chaque aile. Ces pelotons, appelés gardes- flancs^ ont pour mission de prendre en flanc les troupes qui menacent les ailes de la 1" ligne et d'agir offensivement contre les ailes de l'ennemi.

Un demi-régiment opérant seul n'a que des gardes-flancs et pas de réserve.

Le règlement belge donne la préférence à la formation en flanc défensif de l'escadron de la 1" ligne qui se trouve à l'aile menacée, et à la formation en flanc offensif de l'escadron qui cherche à déborder la ligne ennemie. Dans l'un et l'autre cas, cet escadron s'avance en demi-colonne [wir fig, 84 et 86).

Dans la formation figure 84, le l""" escadron peut, suivant les circonstances, se rabattre sur l'aile ennemie ou s'opposer à un mouvement semblable que tenterait l'escadron d'aile de la ligne opposée. Dans le cas de la figure 85, le l** escadron peut faire tête à l'ennemi, en se formant demi' êhdroitey ou concourir à l'attaqae directe en se déployant en avant.

Le dispositif allemand nous semble préférable parce qu'il comporte une 2® ligne. Lorsque celle-ci n'existe pas, on peut craindre, dans une attaque contre l'infanterie, que les tirailleurs ennemis se jettent à terre pour laisser passer

la 1" ligne, et qu'ils se relèvent ensuite pour y causer du désordre par des coups de revers.

D'un autre côté, s'il n'y avait pas de troupes en état de poursuivre l'ennemi, la victoire serait incomplète, et le moindre échec aboutirait à un désastre.

La â** ligne a pour mission de remplir les vides qui se forment dans la 1'''' ligne, de se porter sur les flancs de l'ennemi, de poursuivre les troupes battues, etc. Elle est en ligne de colonnes ou en colonne par pelotons et suit, à 240 mètres environ, Taile la plus exposée de la l'*' ligne (exceptionnellement les â ailes).

La réserve est surtout utile pour assurer le ralliement des escadrons repoussés et pour parer aux événements imprévus.

Les charges contre la cavalerie s'exécutent de front et de flanc.

L'attaque de flanc est faîte soit par la l"^"" ligne, qui oblique en avançant, de manière à déborder l'aile ou à l'envelopper, soit par la â*» ligne {voir fig. 76^").

On place la réserve du côté d'où peut venir la contreattaque de la réserve ennemie.

L'infanterie, à cause de la puissance de ses feux, doit être chargée, si c'est possible, en flanc et par derrière.

On ne l'aborde de front que lorsqu'elle a subi de grandes perles par le feu, lorsqu'il s'y manifeste de l'hésitation ou du désordre ou lorsqu'elle a épuisé ses munitions. Dans tous les cas, on doit profiter des accidents du terrain pour en approcher à couvert et tacher de la surprendre.

Une infanterie en bon ordre ne pourra être chargée que dans des cas exceptionnels, par exemple, quand il faudra à tout prix gagner du temps pour exécuter une manœuvre décisive ou pour éviter un grand danger.

Les attaques contre Tinfanterie en ligne sont faites par des échelons qui se suivent à la distance de 160 mètres. Les derniers échelons peuvent marcher exactement derrière les premiers jusqu'à ce qu'on ait réglé leur direction pour une attaque concentrique. Ils chargent alors les troupes qui n'ont pu être enfoncées par les premiers échelons, ou bien ils se tournent contre celles que ces échelons n'ont feit que traverser (1).

Le règlement belge recommande le dispositif suivant :

« La l'" ligne formée d'escadrons déployés, séparés par de larges intervalles, se fait précéder par des fourrageurs dispersés sur un front étendu ; ceux-ci s'élancent au travers des lignes ennemies afin d'attirer sur eux l'attention et les feux de l'infanterie et de faciliter ainsi l'attaque aux escadrons.

» La â"" ligne, formée d'escadrons en colonnes par peloton, chacun d'eux immédiatement derrière l'une des ailes des escadrons de la 1^ ligne, se déploie au moment oii ceux-ci prennent le train de charge et s'élance sur l'ennemi par les intervalles ménagés à celte fin entre les escadrons de la 1"* ligne.

» La 3** ligne seconde latéralement les efforts des premières ou se jette, sans tenir compte de sa force numérique, sur la cavalerie ennemie qui tenterait d'appuyer l'infanterie.»

. (1) Ces prescriptions sont empruntées au dernier règlement sur les exercices et les manœuvres de la cavalerie prussienne .

Lorsque Tattaque se UiX par échelons, il faut que les subdivisions chargent successivement la même partie de la ligne ennemie et qu'elles prennent le galop dès qu'elles sont entrées dans la zone des feux efficaces de la mousqueterie.

Le front des échelons est réglé d'après l'étendue du but.

Pour charger un bataillon formé en ligne, on composera les échelons de 2 escadrons, ce qui en portera le nombre à â ou à I, selon que l'attaque sera faite par un régiment ou une brigade.

Si l'objectif est une ligne morcelée, une chaîne de tirailleurs, un soutien ou une réserve de compagnie, la 1'® ligne suffira en général pour effectuer l'attaque. Elle gagnera le flanc non protégé de l'ennemi, suivie par les différents échelons, dont la force variera avec le terrain et l'étendue du but.

Le 1«' échelon culbutera l'ennemi ; les suivants renverseront tout ce qui lui aura échappé ainsi que les hommes qui se seront relevés pour tirer sur ses derrières ; ils compléteront le succès en ramassant les prisonniers. Des fractions de la 2" ligne protégeront les flancs contre les surprises de la cavalerie ennemie.

Pour charger un carré d'infanterie avec un régiment de cavalerie, il ne faut ni prendre la formation d'attaque en colonne, ni lancer la troupe contre un angle du carré (1).

(1) Le règlement autrichien est le seul qui prescrive Tattaque contre une face du carré. •« En attaquant, dit- il, un angle du carré, on rompt la liaison de la ligne attaquante {der zusam' menhang der attakirenden Unie wird gèbrochen).

On ne peut pas, en effet, prescrire à un escadron repoussé de s'écouler par les côtés de la colonne pour dégager Tescadron suivant, l'expérience prouvant qu'en pareil cas la retraite se fait instinctivement par la ligne d'arrivée; d'un autre côté, on s'expose à de plus grandes pertes lorsqu'on attaque un angle protégé par le feu de deux faces (fig. 88] que lorsqu'on charge une face défendue par ses seuls fusils (fig. 86 et 87).

Pour que l'escadron repoussé puisse se retirer dans la direction de la charge (tout autre mouvement est inexécutable en pareille circonstance}, il faut transformer la charge en colonne ouverte en une charge par échelons successifs se suivant à distance de carrière, 80 à 100 pas au minimum (1).

Les figures 86 et 87 indiquent deux formations. d'attaque que nous croyons pouvoir recommander parce qu'elles offrent peu de prise aux feux du carré et qu'elles permettent, l'une d'attaquer successivement la face a avec les escadrons 1, 2 et 3, le 4" restant en réserve, l'autre d'attaquer simultanément les faces a,b et c avec ces mêmes escadrons, le 4^ restant en réserve, comme dans le cas précédent.

La plupart des tacticiens posent en principe que les échelons dans l'attaque d'un carré de bataillon ne doivent pas être inférieurs à deux escadrons. Cela provient, pensonsnous> de ce qu'ils supposent que la charge se fera toujours contre un saillant. Dans ce cas, en effet, un échelon de moins de 2 escadrons aurait trop à souffrir du feu et ne pourrait pas envelopper les faces attaquées, celles-ci ayant à peu près la longueur d'un escadron déployé [voir fig. 88).

(1) Traité de tactique appliquée^ par le général von Paris. — Cet auteur préconise toutefois la charge contre un angle du carré.

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