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SERVICE D'EXPLORATION ET DE PROTECTION DE LA CAVALERIE

Pendant la mobilisation et la concentration de l'armée, la cavalerie indépendante a pour mission :

1° De reconnaître le théâtre de^ premiers engagements; de pénétrer jusqu'aux lignes de mobilisation, de concentration et d'opération de l'ennemi en déchirant le rideau de ses troupes avancées ou en le refoulant; d'apprécier ses forces, de deviner ses projets, de les contrarier par tous les moyens possibles et d'attaquer, au besoin, ses têtes de colonne pour en arrêter le mouvement;

2° D'empêcher que la cavalerie de l'adversaire ne fasse des incursions pour entraver la mobilisation et la concentration des troupes amies.

Ce rôle stratégique des divisions indépendantes est devenu de nos jours très important.

Dès que l'armée s'avance en pays ennemi ou se porte sur son territoire à la rencontre de l'armée opposée, elle se fait précéder par une ou plusieurs de ces divisions (1).

(1) La France a 6 divisions de cavalerie indépendante, la Russie, 19, la Prusse, 3 en temps de paix.

Elles doivent lui fournir des renseignements précis sur le nombre et la force des colonnes ennemies et sur la direction qu'elles suivent. £lles doivent aussi empêcher que Farmée opposée ne se procure les mêmes renseignements sur les forces et sur les projets des colonnes quelles éclairent. Pour atteindre ce double but, il est nécessaire qu'elles chassent devant elles ou qu'elles percent le rideau que forme la cavalerie ennemie. Les divisions chargées de l'exploration ne cessent pas de relever directement du général en chef, mais il leur est laissé une certaine liberté d'action pour qu'elles puissent poursuivre avant tout leur premier but, la recherche de Pennenii, sans avoir à subordonner leurs mouvements à ceux des corps d'armée qui marchent derrière elles (1).

Une division de cavalerie indépendante peut également être chargée de certaines missions particulières, telles que les raids, qui sont des mouvements hardis, opérés sur les flancs et sur les derrières de l'ennemi, dans le but de couper ses communications, de détruire ou de capturer ses convois, ses dépôts de vivres, etc.

La cavalerie doit avoir aujourd'hui plus d'indépendance qu'elle n'en avait autrefois, quand elle s'éloignait peu de l'infanterie et de l'artillerie. Il faut donc que tous ses régiments soient pourvus de fusils ou de mousquetons, pour qu'ils puissent s'emparer d'un poste défendu par l'infanterie ou résister à cette arme dans une position qu'ils doivent occuper momentanément.

(1) Instruction du 27 juin 1876 sur le service de la cavalerie française.

« Si notre arme, dit le général von Schmidt, ne peut pas » combattre à pied quand l'occasion s'en présentera, elle » cessera d'être à la hauteur de sa mission et ne vaudra » jamais les sacrifices qu'elle coûte à l'Ëtat. On ne saurait » tenter des diversions efficaces sur les flancs et sur les » derrières de l'ennemi, si des régiments entiers ne sont pas » en état de soutenir un combat à pied, offensif ou défensif, » s'ils ne peuvent attaquer des localités ou défendre des » cantonnements. Vactivité et ïesprit d'entreprise, ces qua- )) lités si nécessaires à la cavalerie, y gagneront infini- » ment (1). »

Le commandant de la cavalerie indépendante devant rester en communication avec le chef de l'armée, sera informé chaque jour des emplacements occupés par le grand quartier général et par le quartier général des corps d'armée les plus rapprochés de sa troupe.

Il devra souvent se rendre aux premières lignes, lorsque celles-ci seront engagées, pour juger de la tournure que prend le combat.

On admet généralement qu'une division de cavalerie indépendante doit être composée de 3 brigades à â régi-

(1) Ce même général dit dans ses Instructions :

tf Après la dernière campagne (1870-1871], on nous a adressé le n reproche bien mérité de n'avoir pas su nous servir de nos armes , n à feu, de n'avoir pas su combattre à pied. «*

Il désapprouve l'idée d'adjoindre quelques bataillons d'infanterie à une division de cavalerie. A l'époque la plus brillante et la plus glorieuse pour la cavalerie prussienne,dit-il^ pendant la guerre de Sept ans, les escadrons de Frédéric excellaient dans l'art de défendre et d'attaquer à pied les défilés, les localités et les postes fortifiés, ce qui ne les empêchait pas de charger et de sabrer vigoureusement à cheval .

menls (1) et de 3 batteries à cheval (6 pièces par 1,000 chevaux).

Pour que ces batteries aient une grande liberté d'action, on leur donne un soutien spécial dont la force est, au minimum, de 1 escadron, et peut, dans certains cas, d'après Verdy du Vernois, s'élever à 1 régiment (2). Ce soutien spécial détache des éclaireurs en avant et sur les côtés de la batterie quand le terrain est couvert ou accidenté.

Pour remplir son double but de voir et d'empêcher de voir, la division de cavalerie doit se porter au loin et former un rideau embrassant un large front en avant et sur les côtés de l'armée.

On emploie ordinairement 2 brigades pour former le rideau et on garde la 3° en réserve (3).

Chacune des 2 premières brigades a 1 régiment en l'« ligne et 1 en 2« ligne, avec lequel marche le commandant de la brigade. De cette manière, les fractions repoussées, en se repliant, reconstitueront l'unité tactique de la brigade, et la réserve aura une force et une homogénéité suffisantes pour jouer son rôle.

(1) Cette organisation est bien préférable à celle qui consiste à avoir 2 brigades à 3 régiments.

« 2 brigades, dit le général Verdy du Vernois, représentent le n maximum de troupes qui peuvent recevoir l'impulsion directe d'un n seul chef. »

(2) Quand il s'agit, par exemple, de fournir un soutien à un groupe de 8 à 10 batteries (artillerie de corps).

(8) Lorsque la division a une brigade de cuirassiers, on place généralement celle-ci à la réserve ; mais au moment de charger, on la fait souvent passer en 1>^ ligne pour donner au premier choc la plus grande intensité possible.

Si les escadrons de la l'« ligne parviennent à percer le rideau opposé, le régiment de soutien de chaque brigade se porte en avant pour achever la déroute de la cavalerie ennemie; et si l'adversaire prend l'offensive, il se porte également en avant, pour soutenir les escadrons attaqués. Dans ce dernier cas, lorsque le commandant de brigade juge qu'il n'est pas assez fort pour résister, il avise le général de division et se dirige vers la réserve, mais lentement et en disputant le terrain le plus longtemps possible.

La â® ligne a, en outre, pour mission de fournir des patrouilles complémentaires à l'exploration et de rendre ainsi le contact plus immédiat.

Les batteries à cheval accompagnent les brigades quand on prévoit que leur concours sera nécessaire ; elles marchent alors en tête du gros du régiment de soutien. Dans le cas contraire, les batteries se tiennent avec la réserve et marchent en tête du gros 4e la brigade.

Si le terrain à éclairer et à couvrir est très étendu et privé de communications transversales, on fait avancer les 3 brigades de front.

11 est essentiel d'organiser le rideau de manière à pouvoir le concentrer rapidement et à empêcher qu'il ne soit percé par des troupes concentrées d'un effectif égal ou inférieur.

Cette importante condition n'est pas remplie lorsqu'on fractionne trop les escadrons ou lorsqu'on étend outre mesure le front d'exploration. Sous ce rapport, la disposition suivante peut être recommandée :

Loin de l'ennemi, les 2 brigades destinées à former le rideau sont espacées de 15 à 20 kilomètres, selon la nature du terrain ; elles couvrent, par conséquent, un front de 30 à 40 kilomètres. <•

La division rétrécit son front dès que le contact avec Fennemi est obtenu.

£n terrain praticable, une division est suffisamment concentrée lorsque les gros des 2 brigades se trouvent à 10 kilomètres Fun de l'autre et sont suivis par la réserve à 5,000 mètres de distance (1).

Le général de Galliffet dit : « Dès qu'on sera arrivé à 70 ou 80 kilomètres de Fennemi (une marche forcée], le dispositif sur trois routes ne pourra être maintenu qu'autant que le front de marche des 3 brigades ne dépasse pas 10 kilomètres; avec un front aussi restreint, la concentration rapide est encore possible. »

Le régiment qui se trouve en tête de chaque colonne fait le service d'éclaireurs, lequel consiste à chercher d'abord les traces de l'ennemi et à conserver ensuite le contact avec lui pour l'observer.

(1) V Instruction pour renseignement de la tactique de la cavalerie italienne contient les prescriptions suivantes :

Le corps chargé du service de découverte se porte en colonnes jusqu^'à 15 ou 20 kilomètres du lieu où il suppose pouvoir rencontrer Tennemi; une partie (en général, la moitié) se déploie en autant de colonnes d'exploration qu'il y a de voies principales sur le terrain à reconnaître; ces colonnes se partagent en fractions plus petites qui lancent en avant des patrouilles ou des groupes d'éclaireurs.

Les colonnes d'exploration peuvent être poussées jusqu'à 15 et 20 kilomètres du gros, en terrain découvert et sur des routes permettant une prompte et facile retraite. Si l'on est sûr que l'ennemi est dans le voisinage, on diminue les distances et les intervalles.

liCS patrouilles de découverte s'écartent jusqu'à 6 ou 7 kilomètres de l'escadron qui les détache, si l'ennemi n'est pas en vue et si cette distance peut être parcourue en 1 heur« au plus.

Il détache en 1" ligne 2 escadrons (1); les 2 autres, formés en ordre compact, marchent à 4,000 mètres environ derrière le centre de ceux-ci.

Ces derniers peuvent suivre deux routes à condition qu'elles soient assez rapprochées (1 à 2 kil.), pour que la concentration se fasse promptement et facilement.

Le 2" régiment de chaque brigade sert de soutien au premier et suit le centre de celui-ci à 4,000 mètres environ (2). Ce régiment a une avant-garde et une pointe. Son rôle est de soutenir la l'« ligne, soit qu'elle tente un mouvement offensif, soit que la cavalerie ennemie cherche à la refouler. Elle renforce, en outre, la 1" ligne quand celle-ci est insuffisante pour l'exploration.

A 6,000 mètres environ de la 2« ligne (3) marche la 3' brigade formant réserve. Elle a une avant-garde et une arrièregarde.

La distance à garder entre la division indépendante et l'armée dépend des mouvements de l'ennemi. Elle est, en général, de 2 à 3 journées de marche (4).

Les communications entre le rideau et le quartier général de l'armée se font à l'aide de postes de correspondance numé-

(1) Quelquefois fro2« . — En France, après les grandes manœuvres de 1879, on a proposé de ne détacher pour Texpioration qu'un escadron par régiment. Cet escadron éparpille ses 4 pelotons qui portent chacun en avant, à 800 ou 1,200 mètres, soit une pointe de sousofficier, soit une pointe d*officier.

(2) Ulnstn^tion française dit : Généralement on peut admettre que les premières lignes des éclaireurs doivent être portées à 10 kilomètres environ du régiment de soutien .

(3) 4 ou 5 kilomètres, d'après Vinstruction française.

(4) Une ou deux journées de marche, d'après Vinstruction française.

rotés , composés de 3 ou i hommes ; on les établît à 5 kilomètres les uns des autres (1).

De chaque escadron d'exploration part une ligne de postes de ce genre, aboutissant au point où se trouve le commandant de la division.

Ce commandant correspond avec le commandant de l'armée, soit par le télégraphe de campagne, soit par des postes établis à des distances de 10 kilomètres.

Les commandants d'escadron envoient des rapports chaque fois qu'un renseignement important doit être communiqué (2).

Pour reconnaître le terrain au loin et dans toutes les directions, les escadrons détachés en 1'" ligne forment des patrouilles d'officier de 6 à 8 hommes qui se portent sur les routes principales à des distances de 6 à 8 kilomètres (3), et de petites patrouilles de 2 ou de 3 cavaliers qui s'avancent moins loin sur les routes secondaires.

Le nombre des patrouilles d'exploration ou de recon-

(1) Quelques tacticiens, entre autres yon Schmidt, composent les postes de correspondance de 4 à 6 cavaliers sous le commandement d'un sous-officier, et les établissent à 6 ou 7 kilomètres Tun de Tautre.

D*après les instructions françaises, le service de correspondance entre 2 ligues est assuré autant que possible par la ligne la moins avancée.

(2) Les instructions en vigueur dans quelques armées prescrivent d'envoyer des rapports ordinaires toutes les deux heures; mais cette correspondance régulière sera généralement impossible, parce que les commandants des escadrons détachés n'obtiendront qu'irrégulièrement des nouvelles de leurs patrouilles de découverte qui, dans les premiers temps, s'éloigneront d'eux à 6 ou 8 kilomètres.

(3) Ces patrouilles, d'après le règlement italien, sont en nombre égal aux routes par lesquelles on peut se relier ou sur lesquelles on p3ut rencontrer l'ennemi.

naissance dépend de la nature du terrain et des dispositions de l'ennemi. Les patrouilles de flanc s'éloignent en général plus que celles de front (1).

L'escadron disperse d'ordinaire 2 pelotons et en tient 2 réunis pour former le soutien. Ces derniers suivent une même route ou deux routes parallèles et rapprochées. Us ont pour mission de recueillir, de soutenir et d'alimenter les patrouilles.

Le soutien a une avant-garde spéciale forte d'un peloton qui se subdivise en tête et en pointe. La pointe, composée de 4 cavaliers et de 1 sous-officier, marche à 400 mètres en avant de la tête, laquelle précède de 600 mètres le gros.

(1) Les instructions qui ont été données en France et en Autriche autorisent un éparpillement excessif de la ligne d*ezploration en permettant de fractionner les escadrons détachés en pelotons. Pour corriger les défauts de ce dispositif, il faudrait que chaque chef de peloton dirigeât lui-même le service d*exploration dans la zone qui lui est assignée ; à cet effet, il devrait se tenir avec le gros de son peloton, en arrière du centre de la ligne, et envoyer ses patrouilles rayonner en avant et sur les côtés jusqu'à la limite de la zone à explorer. « Opérant ainsi, le chef de peloton connaîtrait toujours » la position de ses explorateurs, les tiendrait dans sa main, bien » qu'éloignés, et leur inspirerait une confiance d'autant plus grande f» que leur rôle serait simplifié et qu'ils sauraient mieux où se n rallier, qui prévenir, etc.

n De plus, on couperait court ainsi à toutes les difficultés de stan tionnement, de subsistances, de bivac, de surveillance, de transw mission d'ordres et de renseignements . ** (Bulletin de la Réunion des officiers f n® du 2 octobre 1880).

Malgré ce correctif, les principaux inconvénients de l'éparpilLement, subsisteraient, à savoir : le manque d'unité dans lexploration, l'impossibilité de rallier promptement les troupes, et la nécessité, pour former des patrouilles d'officier, de priver les pelotons d'exploration de leur chef ou d'avoir des officiers au-dessus du complet.

On ne peut pas exiger que les patrouilles, dont les mouvements sont subordonnés à ceux de l'ennemi — qu'elles ne doivent jamais perdre de vue — restent en communication Tune avec Tautre.

Il importe toutefois que les éclaireurs des escadrons d'ailes d'un cordon d'exploration reçoivent avis des positions occupées par les éclaireurs appartenant à une division ou à un corps d'armée voisin, afin de pouvoir relier entre elles les diverses parties du rideau.

11 est moins nécessaire et plus difficile d'établir une communication entre les escadrons d'exploration, comme le prescrit VInstruciion française.

Cependant, dans la période de recherche de l'ennemi et avant que le contact soit pris sur aucun point, le capitaine commandant pourra indiquer, dans ses ordres, des points sur lesquels on tâchera d'arriver à telle ou telle heure et sur lesquels on s'arrêtera pendant un temps déterminé. Cette précaution sera surtout utile lorsque l'arrivée au contact sera imminente sur une partie de la ligne. Elle permettra de maintenir le soutien à distance à peu près égale des points de cette ligne, et de faire parvenir plus facilement de nouveaux ordres, si les prévisions sont modifiées par les premiers renseignements obtenus (t).

La partie de l'escadron qui ne fournit pas le service des patrouilles (généralement 2 pelotons) marche sur une seule route, exceptionnellement sur deux routes rapprochées.

(1) Ces prescriptions et quelques-unes des suivantes sont extraites des Notes sur les patrouilles d'exploration, rédigées par des officiers du 9<^ corps d'armée français et qui ont été publiées dans le Bulletin de la réunion des officiers du 8 janvier 1880.

II est nécessaire que les chefs de patrouille aient connaissance de l'itinéraire suivi par ce soutien.

On indiquera, en outre, à ces chefs, comme desideratumy les points sur lesquels ils doivent s'efforcer d'arriver à la fin de la journée. Mais le plus souvent, lorsque le contact sera pris, ce sera, au contraire, à eux qw'incombera le devoir de faire connaître au commandant de l'escadron, à la fin de la journée, le point sur lequel ils se trouvent et qu'ils ne peuvent dépasser.

Les patrouilles, de 8 hommes en moyenne, marchent groupées, en terrain plat et découvert et se fractionnent en 2, 3 ou 4 groupes, en terrain couvert, pour fouiller la largeur de la zone qui leur est affectée. Elles évitent de suivre les routes, parce que celles-ci ne passent généralement pas sur les points culminants qui doivent leur servir d'observatoires, et parce qu'elles traversent des lieux habités oïl l'on est exposé à rencontrer une résistance sérieuse.

Les patrouilles se portent par bonds successifs d'un point d'observation à l'autre. Pendant que le chef se rend avec 2 ou 4 cavaliers vers un nouveau point, explorant sur son passage les routes qu'il traverse, les bois et les lieux habités qu'il côtoie, les autres cavaliers restent en observation sur le point où ils se trouvent et rejoignent au galop la première fraction lorsqu'ils n'ont plus rien à signaler.

Les patrouilles n'ont pas à veiller à la sécurité des troupes en arrière. Il importe même peu que des cavaliers ennemis surprennent le passage dans leurs intervalles, ces cavaliers devant forcément tomber plus loin dans les mailles du réseau de sûreté de la troupe de soutien ou de la division.

Les patrouilles ne doivent pas non plus, de crainte d'être coupées du soutien, s'attarder dans leur marche ou dévier de leur direction, attendu qu'un petit groupe d'hommes déterminés peut toujours se dérober à une poursuite et rejoindre la ligne de retraite par un circuit plus ou moins long.

Dès que la poursuite cesse, la patrouille, repliée momentanément sur le soutien, doit se lancer de nouveau sur la piste de l'ennemi.

En principe, on rassemble toutes les patrouilles au déclin du jour, excepté celles qui doivent maintenir le contact avec l'ennemi ou qui sont sur sa piste.

Pendant la nuit, les troupes de la l'« ligne du rideau cantonnent ou bivaquent, selon que l'ennemi est plus ou moins éloigné et entreprenant. Dans l'un et l'autre cas, on forme une chaîne d'avant-postes (1) de préférence sur une ligne transversale.

« Ces lignes, dit Y Instruction française, ont une grande » importance pour le placement des postes de sûreté et )> de correspondance, en station et pendant la nuit, et » elles forment la base naturelle sur laquelle on devra » toujours chercher à établir ce double service. »

L'avanl-garde spéciale fournira 2 ou 3 petits postes de sous-officiers, et le soutien constituera la grand'garde. Celle-ci se tiendra à 1,000 mètres en arrière et se placera autant que possible à couvert, près d'une route conduisant à l'ennemi.

Les patrouilles chargées de l'exploration formeront des

(1) Les troupes chargées du service d'avant- postes sont relevées tous les jours.

postes fixes dits à la cosaque^ qui s'établiront au loin sur des points culminants ou sur des nœuds de routes. Un seul des hommes qui en font partie restera à cheval ; les autres mettront pied à terre.

Pour qu'aucune troupe ennemie ne s'avance entre les postes et les grand'gardes et pour que la sécurité soit complète, on établira un va-et-vient continuel de petites patrouilles de 2 ou 3 hommes, qui seront envoyées, les unes du côté de l'ennemi, les autres dans la direction des postes formés par les escadrons voisins. On les appelle * patrouilles de ronde, pour les distinguer des patrouilles de flanc et des patrouilles de reconnaissance, qui ne fonctionnent que pendant la marche.

Ce système est bien préférable à celui des vedettes, qui impose des fatigues extrêmes aux hommes et aux chevaux, sans offrir plus de garanties, et dont l'emploi n'est à conseiller que devant une place assiégée ou bloquée.

Pour donner plus de repos aux chevaux, on peut, si l'emplacement le permet, abriter ceux des grand'gardes dans des granges et sous des hangars.

Les 2 escadrons qui constituent le gros du régiment forment la réserve des avant-postes.

Ils peuvent généralement faire desseller les chevaux et s'établir en cantonnement serré.

Plus le terrain est défavorable et plus on est rapproché de l'adversaire, plus il est dangereux de trop étendre et morceler les avant-postes.

Des mesures de sécurité et de défense seront prises pour disputer les cantonnements à coups de fusil en cas de surprise ou de brusque irruption de l'ennemi.

C'est un des cas où la cavalerie doit combattre à pied, au moins partiellement.

Les patrouilles d'exploration qui précèdent les pointes des escadrons détachés de la 1'* ligne doivent sans cesse conserver le contact avec le front de l'ennemi, pendant que d'autres patrouilles observent ses flancs.

Leur mission consiste à suivre l'adversaire pas à pas, à inquiéter ses patrouilles, à se jeter entre ses têtes de colonne ou à travers ses avant-poètes, à tout voir et à tout rapporter.

Dès que le contact est établi, le gros se rapproche pour soutenir les escadrons détachés, parce qu'on peut s'attendre alors à ce que l'ennemi pousse sa propre cavalerie en avant pour se débarrasser de cette investigation gênante et dangereuse.

ff Quand une partie de la ligne sera engagée avec l'en- » nemi, on la fera soutenir par les troupes les plus rappro- » chées, placées en arrière, en même temps qu'on ordonnera » à toutes les troupes de se porter résolument en avant, pour » prendre l'ennemi de flanc et à revers, dans le but de voir » ce qui se passe sur ses flancs et ses derrières. Si l'ennemi » marque l'intention de tenter quelque mouvement offensif » sérieux, on devra, en même temps qu'on enverra la nou- » velle au général en chef, prescrire aux corps de cavalerie » que l'ennemi aura attaqués de se dégager. Quant à la » direction que cette cavalerie devra suivre en se repliant, » elle dépend des intentions du général en chef. Ordinaire- » rement cette cavalerie devra chercher à entraîner l'ennemi » à sa suite, dans une fausse direction, afin d'assurer de la j) sorte certains avantages à l'armée (1). »

Il est de règle que les patrouilles d'exploration devant

(1) Von Schmidt.

chercher à voir l'ennemi sans lui donner Téveil, évitent de combattre et ne s'engagent qu'à la dernière extrémité.

En terrain couvert et accidenté, Favant-garde spéciale des escadrons détachés doit se relier au gros par des cavaliers qu'elle laisse en arrière, pour empêcher que ce gros ne fasse fausse route.

Les pointes d'avant-garde doivent toujours occuper les hauteurs voisines des chemins que suit le reste de l'escadron, afin de bien découvrir le terrain en avant. Elles évitent de se laisser voir par l'ennemi.

Les postes de correspondance sont maintenus la nuit, à moins qu'ils ne soient harassas de fatigue, auquel cas on les relève au soleil couchant.

Autant que possible les escadrons d'exploration sont relevés toutes les vingt-quatre heures et les régiments d'exploration tous les deux jours (en les faisant allerner avec les régiments de i"" ligne).

Lorsque l'on est en contact immédiat avec l'ennemi, ce relèvement régulier est suspendu et l'on attend, pour changer les troupes chargées du service des découvertes, que l'extrême faligue y oblige ou qu'une circonstance favorable se présente.

Les régiments en !''<' ligne laissent les forges, les voitures régimentaires et les hommes à pied avec le régiment de soutien. Chacune des 3 sections d'ambulance marche avec le gros de la brigade à laquelle elle est affectée. Les chevaux de main des officiers suivent les escadrons. Le reste du convoi divisionnaire marche avec la brigade de réserve.

En principe, la cavalerie indépendante doit vivre sur le pays, ce qui est d'autant plus facile qu'elle opère généralement dans des contrées dont les ressources ne sont pas

encore épuisées. Si cependant elle jugeait nécessaire de se faire accompagner d'un convoi de subsistances, ce convoi marcherait à 6 ou 8 kilomètres en arrière de la brigade de réserve sous la protection d'une escorte tirée de cette brigade.

Aussitôt que les armées seront en présence, les divisions de cavalerie indépendante auront pour mission de proléger les formations de combat et de masquer les dispositions qui seront prises en vue de l'attaque ou de la défense. Elles ne se retireront sur l'une des ailes ou sur les deux ailes du front de bataille qu'au moment oii les armées seront sur le point d'entrer en action. Alors le rôle de la cavalerie indépendante consistera à menacer le flanc et les derrières de l'ennemi, à faciliter toute manœuvre ayant pour but de déborder une de ses ailes, à seconder les troupes chargées de faire face à un mouvement tournant ou enveloppant, à repousser toute tentative de la cavalerie opposée, à remplir provisoirement les vides qui se produiront dans la ligne de bataille, à reconnaître, enfin, et à combattre les corps qui, pendant la lutte, déboucheront sur le champ de bataille pour renforcer l'armée opposée.

Dans la retraite, la cavalerie indépendante doit faire gagner du temps au vaincu, en arrêtant les têtes de colonnes des troupes victorieuses.

Pour atteindre ce but, le concours de l'artillerie lui est aussi nécessaire que lorsqu'elle est lancée à la poursuite d'un ennemi repoussé. Dans ce dernier cas, elle doit harceler et déborder les colonnes en retraite pour tacher de les mettre en déroute.

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