‹ Tactique de combat des trois armesChapitre 9 sur 55 · AUTRE MODE D'EXPLORATION · texte numérisé non relu

AUTRE MODE D'EXPLORATION

Dans ce qui précède, nous avons admis avec la plupart des tacticiens et conformément aux règlements de manœuvres en vigueur dans les principales armées européennes, que le service d'exploration et le service de sûreté sont Tun et l'autre assurés par les régiments du rideau.

Le général de Galliffet propose de diviser ces services et d'avoir des troupes pour explorer, au besoin attaquer, et d'autres troupes pour assurer la sécurité du gros de la division. Les troupes d'exploration seraient entièrement indépendantes de ce gros; il n'en serait pas de même des troupes de sûreté.

La principale raison qae donne le général pour justifier cette séparation est la suivante : quand il s'agit de protéger une armée ou un corps d'armée, la zone d'exploration doit s'étendre plus loin que ne peut s'étendre la zone de sûreté, et plus loin aussi que ne doit s'étendre la zone d'exploration d'une division, laquelle, pour prendre sa formation de combat, n'a pas besoin d'un temps aussi long que les unités tactiques d'un ordre supérieur. Si la division éparpillait sa cavalerie sur une ligne trop étendue, elle s'exposerait à être surprise, soit que cette II 6

cavalerie se portât en dehors de la direction prise par Tennemi , soit qu'elle fût coupée et rejetée loin de la route suivie par le gros.

« La séparation, dit-il (1), est nécessaire, car, pas plus » que le chef des grandes masses de cavalerie, celui d'une » fraction moindre ne saurait s'occuper à la fois d'éclairer » plus ou moins loin les corps d'armée et les divisions » d'infanterie et d'assurer par lui-même leur sécurité propre- » ment dite. »

Le général Lewal dit de son côté : « Se garder et se » renseigner sont deux choses différentes. Les avant-postes » veillent et protègent, mais ne renseignent pas. Le service j> des renseignements est tout autre chose que le service die » sûreté. Tandis que celui-ci est d'instantanéité, celui-là est » de prévision. L'un signale les faits au moment où ils » s'accomplissent, l'autre au début de leur exécution et sou- » vent même avant leur commencement. »

Cette distinction est plus spécieuse que réelle, puisqu'un service de sûreté bien fait doit toujours avoir pour but de renseigner le corps qu'il protège sur la situation et les projets de l'ennemi.

Quant à l'impossibilité pour une grande masse de cavalerie (une division indépendante, par exemple) d'éclairer une armée ou un corps d'armée et d'assurer en même temps la sécurité de cette armée ou de ce corps d'armée, nous ne pensons pas qu'elle existe, lorsque, bien entendu, les colonnes de troupes, (alors même qu'un rideau les protège) se couvrent, comme c'est leur devoir, en marche, par une avant-garde et, en station, par des avant-postes.

(1; Projet d' instruction , publié en décembre 1879.

Mais avant d'élucider ce point, voyons comment le général de Galliffet voudrait organiser chaque service.

Le service de sûreté dans une division de cavalerie, indépendante en marche, serait assuré par Tavant-garde, Tarrière-garde et les flanc-gardes ou flanqueurs de marche (1).

Le service d'exploration serait assuré :

1° Par des reconnaissances d'officier qu'on lancerait dans la direction présumée de l'ennemi pour renseigner le général de division sur l'étendue du front de celui-ci et qui déborderaient ensuite ses ailes pour chercher à voir ce que les premières lignes leur cacheraient;

2** Par des patrouilles de découverte qui précéderaient de 2 ou 3 jours [plus si c'était possible) et battraient l'estrade sur le front et autour des ailes de l'ennemi.

Ces patrouilles n'auraient aucune responsabilité directe en ce qui concerne la sécurité de la division. Elles seraient fortes de 2, 4, 6 ou 8 hommes et commandées par des brigadiers ou des sous-oÉciers, quelquefois même par des oiBciers. On les ferait soutenir en arrière par 1 ou 2 pelotons.

Ces derniers, avec les patrouilles et les reconnaissances d'oiOcier, constitueraient le système de découverte.

Ils entreraient au besoin en action pour exécuter une découverte qui ne pourrait être confiée à une patrouille isolée.

Deux escadrons seraient détachés de la division pour

(1) Les éclaîreurs, flanc-gardes ou flanqueurs de marche stationnent ou marchent, dit le général de Galliffet, à 4, 5 ou 6 kilomètres en avant ou sur le flanc de la colonne, soutenus par des groupes (escadrons ou pelotons) qui, sur certains points dangereux, seront soutenus eux-mêmes par des détachements de flanc-gardes.

former les patrouilles de découverte et leurs soutiens. Ces escadrons se partageraient aussi également que possible le front qu'ils devraient explorer.

Dans chaque escadron, â pelotons seraient morcelés en patrouilles ; les 2 autres formeraient le soutien (1). Les premiers formeraient 4 patrouilles d'une force moyenne de 6 hommes, qui exploreraient chacune environ 3 kilomètres.

« Les patrouilles fournies par 2 escadrons peuvent être repoussées, dit le général de Galliffet, sans qu'il en résulte l'idée d'un échec pour la division qui les détache. Il n'en est pas de même lorsqu'on détache 1 régiment ou 1 brigade. »

Cet avantage nous semble avoir moins d'importance que l'inconvénient d'affecter trop peu de troupes à l'exploration et de confier ce service important à 2 chefs d'escadron par division alors que, généralement dans la dernière guerre, les Prussiens en chargeaient 2 commandants de 1 régiments.

Pour assurer la sécurité du corps d'armée qui suit la division de cavalerie indépendante, le général de Galliffet emploie exclusivement la brigade de cavalerie divisionnaire.

Le l""' régiment de cette brigade formera une ligne d'éclaireurs qui sera soutenue, à 2 ou 3 kilomètres en arrière, par des groupes d'escadron.

(1) Les pelotons de soutien relèveraient les patrouilles quand elles seraient par trop fatiguées. Quant aux 2 escadrons chargés du service de découverte, on ne les relèverait que lorsqu*il y aurait nécessité absolue de le faire.

Le 2° régiment constituera la réserve, qui marchera au centre, à 2 ou 3 kilomètres de la ligne des soutiens.

Il y aura ainsi en arrière du rideau d'exploration un réseau de sûreté qui, ne laissant rien passer, préservera de toute surprise les têtes des colonnes d'infanterie.

Ce réseau s'éloignera d'autant plus de l'armée ou du corps d'armée que le rideau d'exploration se portera plus au loin.

La dispersion des troupes de sécurité sur un grand front et une faible profondeur est sans danger, dit le général, parce que « l'offensive ne fait pas partie du rôle des » brigades de sûreté et que, dès lors, une rapide con- » centration n'est pas aussi nécessaire. »

La cavalerie d'un corps d'armée doit organiser un service d'avant-postes indépendamment de celui que forme l'infanterie de ce corps. Toutefois dans un pays très accidenté et boisé, il sera généralement utile de faire reculer pendant la nuit ces avant-postes derrière ceux de l'infanterie.

Dans tous les cas, il faudra rendre les deux services indépendants l'un de l'autre.

Lorsqu'un corps d'armée opérera isolément et ne sera pas appuyé par une division indépendante de cavalerie derrière laquelle il avancera, la brigade divisionnaire devra assurer le service de l'exploration et celui de la sûreté, le premier avec 6, le second avec 2 escadrons.

Lorsqu'une division opérera dans les mêmes conditions, les deux services seront encore séparés, bien que les distances entre les escadrons chargés de ces services soient alors très faibles.

Le général de Galliffet veut que l'on emploie dans ce cas 3 escadrons à l'exploration et 1 à la sûreté.

L'organisation des services d'exploration et de sûreté proposée par ce générai donne lieu aux observations suivantes :

1*» Dans le cas où Tarmée est couverte par une ou plusieurs divisions indépendantes de cavalerie, il n'y a pas assez d'escadrons affectés au service d'exploration (â par division). Dans ce même cas, le service de sûreté est confié à la cavalerie divisionnaire, ce qui semble moins judicieux que d'en charger l'avant-garde qui, suivant la nature du terrain, y emploiera tantôt la cavalerie, tantôt l'infanterie, tantôt les trois armes réunies;

^ Dans le cas où une division ou un corps d'armée marche sans être couvert par la cavalerie indépendante, il convient d'employer toute la cavalerie à l'exploration plutôt que les 3/4, et de ne laisser à l'avant-garde que ce qui est nécessaire pour assurer le service des avant-postes.

Le major autrichien Dembsher dit, avec raison, qu'on ne doit établir un service d'information séparé que lorsque la distance à laquelle se trouve l'ennemi force à pousser l'exploration trop loin pour qu'elle puisse être faite par une troupe chargée du service de sûreté.

En résumé, le service d'exploration, comme nous Tentendons, ne diffère de celui que préconise le général de Galliffet qu'en ce que nous y affectons plus d'escadrons que lui et que nous trouvons, dans les dispositions à prendre par les régiments de la 2° ligne et du gros dé la division indépendante, une précieuse garantie de sécurité, que com* plëtent, en station, les avant-postes, et, en marche, les avant-gardes.

Page 1