ORDRE DB BATAILLE
L'ordre de bataille est la .figure qui représente le plan de bataille, telle qu'elle résulte des diverses combinaisons des éléments dont nous venons de parler, et particulièrement des relations de l'attaque principale avec les autres éléments.
On peut distinguer les ordres de bataille suivants dont la comparaison sera un excellent exercice d'intelligence.
L — Ordres de bataille avec une seule attaque principflk.
a* — L'ordre oblique {/iff. 18), avec l'attaque principale dirigée contre une aile, ab représente le front du déFensear, rr sa ligne de retraite, RR la ligne de retraite de l'agresseur, cd son front primitif et H l'attaque principale. Cet ordre de bataille peut affecter diverses formes, selon qu'il cherche à atteindre la ligne de retraite ennemie sans combat préalable et par un simple mouvement tournant, comme H* ; ou bien à la suite d'une victoire partielle contre une aile ennemie, comme H» La dernière forme est préférable, parce qu^elle permet une meilleure concentration des forces, et parce que le gain de la ligne de retraite ennemie après une victoire a plus de valeur qu'à la suite d'une simple marche qui a laissé intactes toutes les forces de l'ennemi. L'ordre de bataille oblique, dans son acception la plus étendue, a été très-souvent employé dans ces dernières années. — Diebitsch voulait en faire usage à Grochow ; Radetzid s'en servit à Novare, Haynau à Temesvar, Napoléon IH à Magenta.
b. — L'attaque centrale {fig. 16) j l'attaque principale est dirigée contre le centre ennemi. — C'était le plan de la bataille d'Inkermann. La bataille de Solférino fut aussi une attaque des alliés contre le centre des Autrichiens.
c. — L'une ou l'autre des formes qui précèdent, avec une aile repliée {fiff. 17). Dans ce cas, il faut placer au moins une partie des réserves dans cette aile repliée, pour se garantir sûrement contre un mouvement enveloppant de l'ennemi.— A Waterloo, Napoléon fiit obligé, par l'approche des Prussiens, d'adopter cette disposition.
n. — Ordres de bataiUe avec deux attaques principales.
Ces deux s^ttaques principales supposent toujours un fractionnement de la volonté et du but positif. Elles ne sont justifiables que si l'on a une grande supériorité numérique. n est rare, du reste, qu'elles s'exécutent telles qu'elles ont été
conçues, et il arrive presque toujours que Tune des attaques devient secondaire par rapport à Tautre.
a. — Le double ordre de bataille oblique {fig. 18), Il fttt employé sur une grande échelle dans la bataille de Leipzig. Il était également dans le plan des alliés à TAlma. Il fut mis en usage, avec un grand succès, par les Prussiens à Kœniggraetz, dans des circonstances particulières. H ne réussit pas au contraire, eu i860, aux Napolitains dans la bataille du Volturno, malgré leur grande supériorité numérique.
b. — Combinaison de Tordre de bataille obliçjue avec Tattaque ceptrale {fig. 19). — Employé à Wagcam par Napoléon.
c. — Les |brpie$ qui précèdent, avec i^ne ou deux ailes repliées.
Bans toutes ces formations, il s'établira encore des différences suivant la direction et le point de la fausse attaque.
TEANSHISSlOli DES ORDRES.
Les ordres, pour une bataille offensive, consistent réellement dans la communication du plan aux commandants de corps d'armée et de division. L'analyse du plan, la dispost-' tioUj indique le rôle assigné à chaque corps d'armée, le point où il doit se rendre avant d'accomplir sa mission, la route qu'il doit suivre pour y arriver, toutes les fois qu'il est possible d'indiquer cette route d'avance, afin d'éviter les rencontres de troupes ; les points de rassemblement, en cas de victoire comme en cas de défaite, et enfin la place qu'occupera le général en chef pendant la bataille. Ce sont là tous les moments tactiques que doivent embrasser les ordres du général en chef. On rappelle les conditions de temps et de lieu en tant qu'elles intéressent chaque action. Tous les autres moments de la disposition, tels que direction des ambulances, place des colonnes de munitions et de bagages, sont, il est vrai, en liaison intime avec les circonstances du combat, mais ils sont plutôt d'une nature administrative que tactique.
l'action.
Pendant Taction, le général en chef observe. Il sait ce qu'il veut et quelle doit être la marche des choses si son plan est exécuté, par conséquent, lorsqu'il apprendra en temps opportun ce qui se passe sur chaque point du champ de bataille , il verra promptement si la situation est telle qu'il la désire. Il a donc un besoin indispensable de rapports qui se succèdent à des intervalles très-rapprochés. Le général en chef ne peut pas embrasser tout le champ de bataille, mais il voit tout ce qui arrive sur le point où il se trouve. Il est assez naturel que ce qui se passe sous ses yeux le frappe plus que les autres événements de la bataille, et dirige le plus souvent ses décisions. C'est pour ce motif qu'il est presque essentiel que le général en chef se tienne au point décisif. S'il remporte sur ce point-là un succès important, la vue de ce succès le décide à engager immédiatement de nouvelles forces pour le compléter, et cela ne peut jamais nuire, puisque c'est sur ce point que doit être gagnée la bataille. Si, au contraire, il y subit un échec, et que cela le détermine à changer son plan, à réduire, par exemple, ses prétentions, cela ne saurait nuire encore, car si l'on ne peut remporter le succès au point décisif, on ne saurait gagner la bataille.
Si, au contraire, le général en chef se plaçait sur un point d'une importance secondaire, et se laissait dominer par l'impression qu'il recevra des faits dont il sera témoin, il n'y aurait rien de bon à en attendre. S'il veut poursuivre un succès obtenu sous ses yeux, il peut détourner des troupes qui seraient mieux employées au point décisif. Si c'est, au contraire, un échec dont il est témoin et qui le décide à changer son plan général, il ailnihile peut-être ainsi le succès obtenu au point décisif.
Le général en chef se tiendra donc sur ce dernier point. La manière dont il prendra part à l'action, c'est en disposant des réserves. Avoir les réserves sous la main est donc tou-
jours avantageux, soit pour profiter de la victoire, soit pour arrêter un ennemi victorieux.
Lorsque le général en chef se trouve au point décisif, c'est-à-dire à Tattaque principale, et qu'il a en même temps les réserves près de là , une force tellement puissante se trouve alors concentrée sur ce point que les événements qui s'y passent ont une influence dominante, et que les autres faits du champ de bataille ne sont que secondaires. CQtte simplification de l'action est une source de force et la meilleure garantie du succès.
Bataille défanalYe.