‹ Tactique généraleChapitre 14 sur 48 · ORDRES ET ACTION · texte numérisé non relu

ORDRES ET ACTION

Ce que nous avons dit à ce sujet pour la bataille offensive {p'api^ique h la bataille défensive. La disposition peut être, pour cette dernière, plus étroitement liée au terrain. Elle est donc plus facile que dans la bataille offens^ive, pour cette rai-

son et pour cette autre, qu'il y a plus de points à défendre que de directions à indiquer aux troupes. Le général qui livre une bataille défensive doit porter toute son attention à discerner le moment précis où il doit prendre Toffensive.

Exemples de disposition de troapes.

Pour faire ressortir la grande importance qu'a, pour toute la bataille, la disposition des troupes, nous donnons les deux exemples suivants, Tun d'une bataille offensive, l'autre d'une bataille défensive.

Après la bataille de Goerschen (Lûtzen), les alliés se retirèrent derrière la Sprée, par Bautzen, et ils prirent position sur la rive droite de cette rivière {fig. 26) . Leur aile droite s'étendait au nord jusqu'à Gutta ; le front de la position courait de là vers le sud, à travers les hauteurs de Kreckwitz, et l'aile gauche se rapprochait de la Sprée, en s'appuyant dans les montagnes, aux environs du Thronberg. La ville de Bautzen était située en avant du front.

Napoléon avait suivi les alliés par Dresde et Wurzen avec le gros de ses forces. Il avait dirigé Ney sur Torgau, où ce maréchal devait réunir 96,000 hommes et marcher ensuite sur Berlin. Napoléon espérait qu'en voyant leur capitale ainsi menacée, les Prussiens se sépareraient des Russes. Il apprit le 14 mai que cet espoir ne s'était pas réalisé, et il résolut alors d'attaquer l'ennemi à Bautzen. Tous les corps, y compris ceux de Ney, furent donc dirigés sur ce point. Le 18 au soir, les alliés envoyèrent contre Ney, Barclay et York, qui revinrent le 20 danâ la position de Bautzen, après avoir livré les combats sans résultat de Kœnigsvirartha et de Weissig.

Cependant Napoléon, ayant concentré le 19 le gros de son artnée devant Bautzen, résolut d'attaquer le 20 la position ennemie, pour permettre à Ney d'arriver. Le 20 au matin, les troupes de Napoléon étaient ainsi disposées :

Devant Bautzen, à Klein-Foerstgen, se trouvaient le 11*

corps, Macdonald, 18,000 hommes^; le 12* corps, Oudinot, 24,000 hommes; et la garde, 21,000 hommes; en tout, 63,000 hommes.

Sur la gauche, à Nimschûtz, était le 6* corps, Marmont, 18,000 hommes ; derrière lui, à Kœln, le 4" corps, Bertrand, 18,000 hommes ; et la cavalerie de Latour*Maubourg, 7,000 hommes, en tout 43,000 hommes.

Plus à gauche encore, à Hoyerswerda, à une forte journée de marche de l'aile droite des alliés, se trouvaient le 3* corps, Ney, 32,000 hommes ; le 8«, Lauriston, 20,000 hommes, et le 7% Reynier, 12,000 hommes ; en tout 64 ,000 hommes.

Pour que Ney, encore éloigné d'une journée de marche, pût prendre part à la bataille qui devait commencer le 20 mai, il fallait calculer que cette bataille durerait deux jours, et c'est ce qu'avait fait Napoléon.

Il ne faut donc regarder les combats du 20 que comme la préparation de l'attaque principale du 21. Si nous voulons cependant réunir en un seul ces deux jours de combat, nous trouvons les forces suivantes pour la solution des divers problèmes que doit renfermer toute bataille offensive.

a. — Pour la fausse attaque, qui commence dès le 20 et se continue le 21. — Elle est dirigée contre l'aile gauche des alliés et a pour but de les amener à affaiblir leur aile droite, afin de faciliter l'attaque principale :

Le 12* corps, qui passe la Sprée le 20 à Grubschûtz, et s'avance dans la direction d'Ebendœrfel et du Thronberg »

Le 11"" corps, qui attaque Bautzen, au-dessous de Grubschûtz.

La fausse attaque du 20 décide en effet les alliés à dégarnir leur aile droite pour renforcer leur gauche, de sorte que, le 21 au matin, ils n'ont plus que 42,000 hommes sur tout le front de l'aile droite, depuis Gleina jusqu'à Baschûtz, et ils ont au contraire 44,000 hommes à l'aile gauche, depuis Baschûtz jusqu'au Thronberg et à la Sprée.

6. — L'attaque principale doit être exécutée par Ney, le 21, avec les 3% 5* et 7« corps, 64,000 hommes. Ces troupes doivent passer la Sprée à Klix, sur le flanc droit des alliés,

et mareher sur Preiiitz et Wurschen^ pour gagner leur ligne de retraite.

c. — La liaison entre l'attaque principale et la fiiasseatta^que est établie par :

Le â"" corps, 18^000 hommes, qui s'est emparé dès lé âO du passage d'Oehna^ pour être prêt à agir le lendemain su)* la rive droite de la Sprée ;

Le 4"" corps, 18,000 hommes^ qui s'est également emparé le 20 du passage de la Sprée^ entre Nieder^Gurkau et Lu* bas, et se ti*ouve ainsi prêt le 21 à soutenir TattaQUe principale.

d% ^^TuA garde, 21,000 hommes, et Latutir^^Maubourg, 7,000 chevaux, sont placés à Bautzen, comme réserve gêné* riîle, pour se porter vigoureusement de Baûtseti sur Wuïp»' chen, dès que l'attaque . principale, parvtB&ue jusqu'à Preititz, sera en mesure de couper la retraite de rennemi*

Il y a donc poUr l'atteque principale 64,000 hommes, pour la fausse attaque 42,000, pour relier ces deux attaques 36^000, et en réserve 28,000 hommes. La proportion deces forces est environ 16 t 10 c 9 : 7. Mais il faut observer que les troupes qui doivent relier entre elles les deux attaques peuvent être employées en partie à renforcer l'attaque principale, et en partie à appuyer l'effort de la réserve contre le centre ennemi.

Napoléon livre à Bautzen une bataille offensive ; à Austerlitz, une bataille défensive, avec champ offensif extérieur.

A là fin de novembre 1803, Napoléon était aux environs de Brtinn, avec le gros des troupes qu'il pouvait réunir pour une bataille rangée. Les alliés, Russes et Autrichiens, sortirent alors de leur camp d'Olschan, près d'OlImûtz, et mar^ chèrent dans la direction de l'ouest pour attaquer les Fran* çais. Us se dirigèrent bientôt à gauche, de sorte que Napo* léon put facilement reconnaître qu'ils songeaient à tourner son flanc droit ou à attaquer son aile droite. Les alliés comptaient 83,000 hommes, auxquels Napoléon pouvait en opposer 74,000.

Le 1*"' décembre au soir^ les alliés avaient pris les posi-^

tions d'où ils voulaient l'attaquer le lendemain ; leur gauche était à Aujesd, le centre sur les hauteurs de Pratzen, leur aile droite à la maison de poste^ sur la grande route d'OUmOtz à Brûnn {fig. 27) • Napoléon fit également occuper par ses troupes la position qu'il avait choisie d'avance.

On peut diviser en trois parties le front de cette position : l'aile droite, de Tellnitz à Kobelnitz ; le centre, de Kobelnitz jusqu'aux environs de la route d'OUmûtz ; l'aile gauche, depuis ce point jusqu'à Dwaroschna*

A l'aile droite* entre Tellnitz et Kobelnitz, sur un front de 6,000 pas, Napoléon plaça derrière le Goldbach, le général Legrand avec 4,800 hommes seulement. Davout devait venir appuyer Legrand avec 7,700 hommes, mais il n^était encore, le i*^' décembre au soir, qu'à l'abbaye de Raigerni et il ne pouvait arriver que pendant Je cours de la bataille, si celle-ci ne commençait pas trop tard.

Au centre, sur un front de 5,000 à 6,000 pas, était en première ligne, sur le ruisseau de Bosenitz, la plus grande partie du corps de Soult, 16,000 hommes ; et à sa gauche, vers la route d'OllmUtz, Murât avec 10,000 chevaux. Bernadette était placé derrière Murât avec 10,300 hommes.

A l'aile gauche, des deux côtés de la route d'OUmûtz, jusque vers Dwaroschna, étaient deux divisions, 12,400 hommes, sous les ordres de Lannes. Elles occupaient un front d'environ 2,500 pas.

La réserve générale était derrière le centre et se composait de la division de la garde, Bessières, et des grenadiers d'Oudioot, en tout 13,000 hommes.

Napoléon avait choisi son champ offensif en avant du centre de la position ou, plus exactement, devant le flanc droit de ce centre. C'étaient les hauteurs de Pratzen. Napoléon n'était pas encore maître de ce champ offensif, et il fallait qu'il commençât par s'en emparer. La prise des hauteurs de Pratzen devait donc être la pierre angulaire de la bataille, et la pensée autour de laquelle pivotait toute la disposition.

Pour exécuter leur plan déjà dévoilé, les alliés devaient faire descendre, le 2 au matin, leur aile gauche des hauteurs

de Pratzen dans la vallée du Goldbach, pour attaquer les villages de Tellnitz et de Sokolnitz. Ils étaient, sur ce point, plus de cinq contre un, puisqu'ils n'avaient affaire qu'à la faible division Legrand, qui ne pouvait être soutenue qae plus tard par Davout. Legrand et Davout reçurent Tordre de se tenir complètement sur la défensive, de conserver tant qu'ils pourraient la ligne du Goldbach, et de se retirer ensuite au nord vers le bois de Turas. Il était tout à fait impos* sible que ces généraux pussent tenir tète longtemps à des forces aussi écrasantes, mais il est vrai que cela n'était pas nécessaire.

En descendant vers Tellnitz et Sokolnitz, l'aile gauche alliée évacuait nécessairement les hauteurs de Pratzen, champ offensif de Napoléon. Les Français pouvaient alors occuper ces hauteurs sans trop.de résistance, et s'avancer ensuite de cette position favorable, pour attaquer à leur tour les alliés qui marchaient contre la ligne du Goldbach, et les prendre à revers. Napoléon avait confié cette manœuvre à son centre. Celui-ci devait d'abord diriger son aile droite sur Pratzen, en s'étendant vers le Goldbach, pendant que son aile gauche marcherait sur Krzenowitz ou Austerlitz.

Dans son mouvement en avant, l'aile droite du centre français, Soult, se trouverait en communication étroite avec Legrand et Davout, en admettant même que ces généraux, forcés d'abandonner la ligne du Goldbach, se seraient déjà mis en retraite sur le bois de Turas. L'aile gauche du centre, Murât et Bernadotte, perdait au contraire son appui sur la gauche, si Lannes, qui formait l'aile gauche de la position, restait à Dwaroschna et sur le ruisseau de Bosenitz.

Lannes avait d'abord , comme Legrand et Davout , un rôle purement défensif et devait conserver la route d'Ollmtitz contre les attaques de l'aile droite alliée. Mais, afin d'assurer le flanc gauche du centre français, Lannes, au lieu de remplir de pied ferme son rôle défensif, devait prendre lui-même l'ofiensive sur la route d'Ollmtttz, dès que le mouvement offensif français commencerait, et marcher sur la maison de poste contre l'aile droite des alliés.

Voici donc quel était le rôle des trois parties du front de la position de Napoléon ; les deux ailes sont destinées à la défensive, Taile droite de pied ferme, Taile gauche en se portant en avant ; le centre est chargé de l'offensive.

36,300 hommes sont chargés de l'offensive, 24,900 de la défensive sur un front de 8,S00 pas, mais 12,400 de ces derniers, sous les ordres de Lannes, soutiennent effectivement l'offensive du centre, bien que leur rôle soit d'abord purement défensif. En réserve sont placés 13,000 hommes qui, d'après le plan de bataille, peuvent appuyer le mouvement offensif. La proportion des forces destinées d'un côté à l'offensive et de l'autre à la défensive est comme 2 : 1 , en rangéant Lannes dans les dernières.

Les combats, considérés comme da petites batailles, on comme les unités de la bataille rangée.

Il résulte de ce qui a été dit plus haut qu'on peut diviser en deux classes les événements de guerre que l'on désigne sous le nom général de combats. En premier lieu, les combats indépendants, qui ne diffèrent des batailles que parce qu'ils sont livrés par un seul corps d'armée, une division, une brigade, ou même une fraction plus petite, séparée du gros de l'armée de plusieurs jours de marche. En second lieu, les combats qui font partie d'une bataille rangée, combats également livrés par un seul corps d'armée, une division, une brigade^ etc., mais qui sont en relation intime avec d'autres combats de même nature, ayant lieu le même jour, sur le même champ de bataille, et dont l'ensemble général constitue la bataille.

Par exemple, les combats de Weissig et de Kœnigswartha dont nous avons parlé plus haut, à propos de la bataille de Bautzen, sont des combats indépendants ; tandis que les combats que livrèrent le 21 mai Oudinot sur le Thronberg, Macdonald à Bautzen, Marmont à Oehna, Bertrand à Nieder- Gurkau, et Ney à Preititz, ne sont que des épisodes de la bataille de Bautzen, des membres de son système.

Le plan général d'un combat indépendant a la plus grande analogie avec celui d'une bataille* Dans Tun comme dans l'autre, il faut décider si Ton attaquera ou si Ton prendra une position défensive sur un terrain déterminé» Dand les deux cas il faut diviser le problème en plusieurs parties et, par suite, les troupes en fractions oorrespondantes, et charger chaque fraction de résoudre une partie définie du problème^ La seule différence est, de prime abord, que les fractions chargées de résoudre les parties du problème, dans une bataille, sont les corps d'armée ou divisions, tandis que dans le combat indépendant d'un corps d'armée ou d'une division, mce sont les brigades, les régiments ou même les bataillons» Une autre différence consiste en ce que le combat de corps de troupes plus petits peut se terminer plus rapidement, amener plus vite un résultat» quand chacun des deux partis, ou seulement l'un des deux, veut se battre sérieusement. En effet, l'espace sur lequel une division peut s'étendre est moins grand que pour une armée> on se reconnaîtra donc plus facilement, les fausses attaques auront généralement moins d'importance que dans les batailles ; celui qui se décide à la défensive ne pourra pas lier celle-ci avec une offensive principale, ou bien il sera forcé de diminuer le rôle de cette offensive, c'est-à-dire de choisir le champ offensif à l'intérieur de la position.

Il résulte de tout cela que moins les forces engagées dans un combat seront considérables, plus l'un des problèmes partiels dominera les autres. Si, dans un combat indépendant, on se décide à l'offensive, l'attaque principale qui demande le plus de troupes enverra au second plan les autres actes du combat. Si l'on veut adopter le rôle défensif^ l'action principale deviendra la défense du front de la position. Cependant la répartition des troupes sera toujours la conséquence du fractionnement en plusieurs problèmes, et s'accomplira au moins en; pensée par le commandant en chef. Les choses se passent différemment dans le combat partiel, qui est l'unité d'une bataille à laquelle on assigne un but unique et déterminé, car ce but indique aussitôt l'idée uni-

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que d'après laquelle doit ètHe dépensée toute la force du corps qui livre le combat partiel.

Si une division de 10 bataillons veut livrer un combat of* fensif indépendant, le commandant de la division pourra n'employer que quelques escadrons et un outdeux bataillons pour s'orienter d'abord sitr la position de l'ennemi et, en second lieu, pour attirer autant que possible l'attention de l'ennemi sur un point donné et la détourner d'un autre point. Il emploiera, au contraire, 4 bataillons à Tattaque principale, "et il lés fera suivre de près par les 4 bataillons restants, comme réserve, de manière à soutenir cette attaque. Dans ce cas, l'attaque principale fait donc disparaître tous les autres moments du combat, mais le commandant de la division n'en a pas moins, par la pensée, divisé ses forces en avant-garde pour le Combat pi^éparatoire, en troupes particulières pour la fausse attaque, pour l'attaque principale, pôu)* la liaison de ces deui attaques, — liaison inutile parce que le front de la position ennemie n'a que peu d'étendue, et enfin pour la réserve.

Mais û le général de division, au lieu de livrer iin combat indépendant, était chargé d'exécuter l'attaque principale avec ses 10 bataillons, dans une bataille rangée où d'autres troupes auraient à résoudre les autres parties du problème, il n'aurait pluis alors à fractionner sa troupe, même par la pensée, et il la formerait tout entière de la manière la plus favorable pour l'attaque.

Chaque combat partiel aura donc essentiellement le carac** tère d'une action tactique déterminée, et ce caractère sera offensif ou défensif ; en efTet, la démonstration n'est jamais une détttonstration que par rapport au tout \ prise isolément, elle aura toujours le caractère de l'attaque ou de la défense. Les trou))e8 qui sont chargées de relier l'attaque principale à la fausse attaque, ou deux attaques principales entre elles, se contentent d'abord d'observer; mais quand elles prennent part au combat, il faut aussi qu'elles agissent soit offensive' ment, soit défensivement. Il en est de même des réserves dès qu'elles sont engagées.

Nous devons commencer par étudier le combat de l'unité tactique des différentes armes, afin de pouvoir mieux comprendre le combat partiel d'un corps de troupes plus considérable, brigade, division ou corps d'armée.

Combat de rinfanterie.

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