LB BATAILLON BANS L'OFFENSITB
Afin de mieux apprécier les qualités des diverses formations que nous venons d'énumérer, de manière à pouvoir choisir entre elles d'après les circonstances, il nous faut jitiettre le bataillon en action.
Lorsqu'un bataillon est destiné à attaquer un point quelconque de la ligne ennemie, le problème qu'il doit résoudre peut s'énoncer ainsi : s'avancei: du point où il se trouve contre la portion de la ligne ennemie qu'il doit attaquer ; arrivé là, s'y établir, ce qui suppose nécessairement que l'ennemi est délogé, au moins en passant, si ce n'est d'une manière définitive.
D'après cela, le bataillon, formé simplement en colonne double, n'aurait qu'à marcher du point a {ftg. 38) sur le point b où se trouve l'ennemi, l'attaquer ensuite à la baïon-
nette, ou par des feux à courte distance, le culbuter et prendre sa place.
Il y aurait donc deux moments à considérer : !• la marche de a vers b; 2? la mêlée ou tout autre combat analogue en b.
Mais le nombre de ces moments s'augmente si, au lieu de regarder le bataillon a comme un tout isolé, nous le sup* posons fraction d'un corps de troupes plus considérable. Le chef de ce corps, qui veut se battre d'après un plan arrêté d'avance, commence par disposer ses troupes en conformité avec ce plan. Il ne saurait donc entrer dans ses vues que chaque bataillon engage sérieusement le combat dès qu'il arrive près de l'ennemi. Il veut gagner du temps pour prendre ses dispositions.
Le meilleur moyen d'y arriver, c'est un combat de feux plus ou moins de pied ferme, dans lequel peu de troupes sont engagées, et qui sert aux deux partis d'entrée en matière, de présentation. — Ce moyen profite réellement aux deux partis, bien que chacun ne le croie utile que pour soimême. — Ce combat préparatoire est indispensable, nonseulement au général en chef, mais encore à tout commandant de corps ou de division qui veut accomplir la mission particulière dont il est chargé. Chacun cherche d'abord à s'orienter, et le bataillon envoie quelques fractions en tirailleurs contre l'ennemi, qui leur oppose de son côté d'autres tirailleurs.
Ce combat de tirailleurs précède donc l'attaque de chaque bataillon, du moins lorsqu'il se trouve en première ligne.
Mais Faction du bataillon n'étant pas isolée, tout n'est pas terminé par son combat particulier. Si, en effet, le bataillon a réussi complètement à résoudre le problème, c'està-dire à chasser l'ennemi de sa position et à s'en emparer lui-même, il est néanmoins à présumer que les efforts qu'il a dû faire pour cela l'ont épuisé momentanément, et qu'il ne serait pas en état de repousser les troupes fraîches qui viendraient à se présenter. Le bataillon se trouve dans un moment de crise, et il a besoin de repos et de se rallier.
S'il était isolé, il devrait, à cause de cette crise, mettre en réserve une partie de son monde et ne pas tout engager d'abord; mais cette précaution dewent inutile lorsqu'il a, dans les bataillons qui le suivent, un soutien assuré. La crise dans laquelle se trouve le bataillon, même après la victoire, le rend également incapable de poursuivre immédiatement son succès ; ce qui pourrait faire perdre les meilleurs fruits de la victoire si l'on ne prenait pas ses mesures d'avance, ou s'il n'y avait pas d'autres troupes chaînées de poursuivre le succès du bataillon.
Nous avons maintenant quatre moments de l'attaque : combat préparatoire de tirailleurs ; — marche en avant du gros du bataillon ; — combat pour repousser ['ennemi de ses positions ; — mesures pour conserver ces positions une fois conquises, ou pour poursuivre plus loin la victoiri
La marche en avant du bataillon est de la n plus évidente, puisque sans elle il ne saurait y a.\ que. H résulte immédiatement de là qu'il ne do: dans le combat préparatoire de tirailleurs, rien t nature à rendre plus difficile la marche en avant Ion, rien qui lui enlève de sa force.
Si l'on mettait en tirailleurs tout le bataillon, on comprend que ce grand nombre de tirailleurs gênerait leur combat et lui enlèverait de la vivacité indispensable à l'offensive. En outre, il serait toujours nécessaire de rallier une partie du bataillon pour exécuter l'attaque principale, car la troupe qui sera chargée de cette attaque doit être sous la main du chef de bataillon.
Si l'on emploie trop de monde au combat de tirailleurs, ce combat acquiert alors une importance hors de proportion avec son but, et cette importance peut s'accroître au point que le dernier mot de l'attaque, la marche en avant du gros dif bataillon, passe au second plan et soit même oubliée, si bien que l'action secondaire ellacerait l'action principale.
La formation en colonnes de compagnie, lorsqu'on a le tort d'y considérer les compagnies comme unités tactiques (Voir p. 1 1 1), a toujours pour conséquence de faire mettre
beaucoup de monde en tirailleurs. Quand un bataillon met *en première ligne 4 colonnes de compagnie, et2 en deuiième ligne, les 4 premières compagnies occupent déjà un front égal h. celui d'un bataillon déployé, en supposant que les intervalles réglementaires soient conservés. Dès que les colonnes de compagnie sont formées, toutes les compagnies de la première ligne sont émancipées, et, au Heu d'un seul cbef de bataillon, nous avons cinq chefs indépendants : celui du bataillon qui a encore ti compagnies en réserve et les chefs des 4 compagnies de la première ligne. Ces derniers, étant séparés les uns des autres, sont ibrcés d'agir d'une manière indépendante, même quand ils ne le voudraient pas, et cela occasionne un effort centriluge qui allonge beaucoup le Or, pour couvrir ce front plus étendu, il fapt d'avance is grand nombre de tirailleurs. résultat est dû en outre à l'indépendance des compst- Chaque commandant de compagnie attache naturelleune très-grande importance au combat que livre sa s, et il est clair que cette importance doî( être plus B à ses yeuï qu'à ceux du chef de bataillon qui commande six compagnies, et surtout qu'aux yeuï du général de division qui a sous ses ordres de 60 à 100 compagnies. Or, cette idée de la grande importance du combat de sa compagnie amène infailliblement chaque capitaine à renforcer sa ligne de feui. Il en résulte que les 4 compagnies de la première ligne sont employées complètement au combat de tirailleurs, et il ne reste, dans le cas le plus favorable, que les 2 compagnies de la réserve pour la véritable attaque serrée du bataillon. Nous disons dans le cas le plus favorable, parce qu'il est fort possible qu'une des 4 compagnies de la première ligne s'épuise, et que le chef de bataillon se voie forcé de la faire relever par une compagnie de la réserve, il peut encore arriver que, dans les premières escarmouches, une attaque de cavalerie culbute ou disperse une des compagnies avancées, et que cette attaque, très-peu importante en elle-même, oblige le chef de bataillon à faire avancer sa réserve. Quand nous parlerons dorénavant des colonnes de com-
pagniei noua comprendrons la formation dans laquelle les compagnies sont considérées comme unités tactiques, ef telle que la représente la figure 33. On voit facilement que les colonnes de compagnie, ainsi comprises, ne sont pas du tout avantageuses pour Tattaque. Au contraire, la formation en colonnes de compagnie qui assure la réunion des forces (voir page 112)^ peut être comparée à la colonne d'attaque,
Lsl masse du bataillon doit $'avancer de manière que sa marche ne puisse être facilement troublée par des incidents sans importance, que le bataillon éprouve le moins déportes, et qu'il gêne le moins possible l'action des autres armes. La colonne double sur le centre est la colonne d'attaque qui répond le mieux à toutes ces exigences. Elle franchit plus facilement que la ligne déployée les obstacles du terrain ; son front restreint permet de la mettre à couvert avant de la porter en avant, et, dans la marche même, elle profite facilement des abris; ejle manœuvre sans difficultés, ce qui lui permet d'éviter en partie l'action du feu ennemi ; elle facilite la formation du carré, ce qui la met en sûreté contre les attaques de la cavalerie. Les grands intervalles qui existent entre les bataillons en colonne permettent aux autres armes de manœuvrer, si cela est nécessaire. Cette colonne d'attaque a sur les colonnes de compagnie l'avantage si important de tenir réunies les forces du bataillon, pour les faire donner au moment décisif*
Si l'on objectait qu'après un combat de tirailleurs, soutenu pendant un certain temps par les colonnes de compagnie, le chef de bataillon peut réunir à la réserve deux compagnies environ de la première ligne pour donner plus de force à son attaque, on peut répondre que, des 4 compagnies ainsi rassemblées, 2 ne seraient plus des troupes fraîches, qu'en outre, ce ralliement demande du temps, et qu'on serait, en opérant ainsi, beaucoup moins à même de saisir le moment favorable. Si maintenant le chef de bataillon ne voulait mettre en première ligne que deux de ses six colonnes de compagnie, cela ne serait plus autre chose qu'une colonne de bataillon .avec deu;iL compagnies en tirailleurs.
Toute formation qui favorise par trop le combat de tirailleurs ne vaut rien pour Tattaque, parce que, ainsi que nous Tavons dit, elle fait facilement oublier la chose principale pour l'action secondaire. Chacun des adversaires peut augmenter l'etTet de son feu en mettant plus de combattants sur sa ligne de feux ; mais si Ton cause ainsi plus de pertes à Tennemî, on en éprouve soi-même davantage, d'où i) résulte que de fortes lignes de feux ne sont pas avantageuses d'une manière absolue, mais seulement en raison des circonstances.
Dès que la masse du bataillon s'ébranle pour l'attaque, sa ligne de tirailleurs s'ébranle également et le précède, en partie pour chercher le chemin le plus commode pour le bataillon, en partie pour repousser les tirailleurs de l'ennemi et découvrir son front. Cependant les tirailleurs ne doivent pas s'avancer jusqu'au front ennemi qui est le but final de l'attaque ; ils s'arrêtent au contraire à une certaine distance de ce front, et laissent passer la masse serrée du bataillon, en se ralliant à droite et à gauche sur ses flancs. Cette manœuvre des tirailleurs est plus facile quand le front du bataillon est étroit, c'est-à-dire quand il est en colonne.
Dans tous les cas, c'est encore plus facile avec les co* lonnes de compagnie qu'avec la colonne de bataillon.
Lorsque le bataillon arrive à hauteur de ses tirailleurs, il entre dans le troisième moment de l'action. Il peut alors continuer d'avancer, flanqué de chaque côté par ses tirailleurs, et se jeter sur l'ennemi à la baïonnette ; ou bien il peut se déployer entre 100 et 300 pas de l'ennemi, et l'écraser par un feu énergique que chaque peloton commence dès qu'il arrive en ligne, pendant que les tirailleurs se retirent der^ rière le bataillon et se reforment en ordre serré.
La première manière d'agir semble tout d'abord la meilleure, car, d'après l'expérience, un bataillon qui s'arrête pour tirer n'est plus aussi facile h remettre en mouvement pour se jeter sur l'ennemi et compléter l'effet qu'ont produit ses salves. Il semble aussi que le déploiement du bataillon donne à l'ennemi une occasion excellente de prendre à son tour
Toffensive et d'attaquer le bataiUon pendant qu'il manœuvre. Mais, en fin de compte, tout dépend ici de la \aleur des troupes de chaque parti. Un bataillon qui, malgré le feu de l'ennemi, s'avance bravement jusqu'à 100 pas de lui, — à trois cents pas avec l'armement moderne, — se déploie ensuite rapidement et fait des feux de salves, peut fort bien ébranler ainsi un ennemi qui ne serait pas très-solide, et lui faire abandonner ses positions rien que par son feu, surtout par le feu rapide, pour prendre ensuite sa place.
Il faut reconnaître qu'à ce dernier moment, les règles cessent d'avoir leur effet. La tactique ne saurait faire plus que de montrer comment on arrive à ce moment décisif dans les meilleures conditions possibles ; comment on peut recueillir les fruits de la victoire quand on l'a obtenue ; et comment on peut éviter ou amoindrir les suites d'une défaite lorsqu'on l'a subie. Son champ reste encore assez vaste!
Six colonnes de compagnie 1, 2, 3, 4, 5 et 6 {fig. 32) qui attaqueraient à la fois de tous côtés l'ennemi cd^ soit à la baïonnette, soit par des feux k bonne portée, peuvent le battre aussi bien que le ferait un bataillon serré, en ligne ou en colonne. Malgré cela, la tactique repousse nécessairement la formation en colonnes de compagnie pour l'attaque dont il s'agit ici. En effet, quand le bataillon arrive en masse serrée jusqu'à l'ennemi, il est là tout entier à la disposition de son chef qui l'emploie selon les circonstances qu'il a reconnues lui-même ; ce chef peut se servir de la supériorité que lui donneraient ces circonstances; il peut tenir en réserve une partie de son bataillon pour poursuivre immédiatement l'ennemi, ou pour l'arrêter dans sa victoire si l'ennemi est vainqueur.
Il n'en est plus ainsi avec la formation en colonnes de compagnie. Si le terrain est coupé ou couvert, toutes les compagnies pourront difBcilement se voir, et seront ainsi empêchées de se soutenir mutuellement. Si leurs positions primitives sont séparées de l'ennemi par des obstacles,
même sans importance, ce sera un vrai minute si elles arri^ vent toutes ensemble sur Tennemi.
Il ne faut pas espérer que, dans l'ardeur du moment^ cha^ que colonne de compagnie puisse recevoir les ordres du chef de bataillon et les exécuter. Chaque compagnie agira donc pour son compte, et le résultat final ne dépendra que 4u hasard. Si l'ennemi suit un système différent et conserve ses forces réunies, ce ser^ un grand bonheur si nous obtenons PU succès, mais il ne sera dtl en rien aux dispositions que nous aurons prises.
Quand un bataillon reste réuni, il peut toujours avoir des forces pour le quatrième moment de l'attaque* S'il a mis en tirailleurs 4 pelotons dont il n'a plus la disposition immédiate, le chef de bataillon a encore 8 pelotons, sur lesquels il peut toujours en mettre deux en réserve, qu'il emploiera soit à poursuivre l'ennemi en se jetant sur ses flancs quand les 6 au* très pelotons l'auront rompu ; soit h arrêter l'ennemi vicUy rieux, en se jetant encore sur ses flancs. Un semblable ré> sultat serait obtenu plus difficilement si le chef de bataillon n'amenait sur l'ennemi que deux faibles compagnies serrées, et plus difficilement encore avec la seule colonne de compagnie qui aura peut-être en outre mis en tirailleurs Ig moitié de son monde^
A partir de 1850, par suite des perfectionnements apportés au]|^ armes à feu, et dans lesquels on attachait plus de valeur à la précision qu'à la vitesse du tir, on donna une grande extension au combat de feux^ particulièrement aux feux de tirailleurs. Cela tendait à faire accorder une préfôrence marquée aux formations qui favorisaient ces feux, et l'on songea à prendre la compagnie pour unité tactique h la place du bataillon. Les considérations précédentes au sujet de l'offensive montrent déjà que cela est inadmissible. En effet, quand même il serait vrai que le combat de feux pourrait remplacer complètement le combat corps à corps, qu'on n'en viendra jamais à ce dernier, et que l'un des partis sera toujours forcé, rien que par les feux, de prendre la fuite ; ce résultat ne sera néanmoins produit^ dans la plupart des
cas, que par des feux à courte distance» Mais si l'on arrive aussi près de rennemi, on peut toujours calculer que la mêlée est possible ; on doit donc être en ordre serré, et il faut avoir soin d^avoir, dans cet ordre, un nombre suffisant de soldats pour pouvoir les diviser en plusieurs fractions pour les différents moments de la lutte. C'est la nécessité de fractionner la plus petite troupe susceptible de marcher séparée du gros de Tarmée en parties plus petites mais pas trop faibles, qui fixe la limite inférieure à laquelle il est permis d^ descendre pour Tunité tactique.
De ce que le bataillon d'infanterie, qui était de 5,000 hommes au xyi° siècle, fut réduit h l ,000 au xvu% a&n de pouvoir mieux profiter de l'action du feu, il ne faudrait pas conclure qu'un nouveau perfectionnement des armes à feu doive amener une nouvelle réduction du bataillon. La considération d'augmenter l'action du feu n'est pas la seule décisive, et il faut tenir compte du mouvement, que celui-ci conduise ou non àla mêlée. Il faut en outre que le commandement conserve sous la main les troupes qu'il dirige vers un but dooné* Toutes ces considérations qui ont fait réduire le bataillon dans de certaines limites s'opposent à une réduction exagérée. U £aut, en toutes choses, un juste milieu.
Si l'adoption du système des feux rapides, tout en faisant renoncer à une grande précision qu'il est du reste impossible d'atteindre aux grandes distances, nous engage à tirer profit, au moyen du feu rapide, des courts moments décisifs, il est clair que les formations serrées doivent reprendre de nouveau l'importance qu'on avait essayé dernièrement de leur refuser et de leur enlever, fin effet, ce sont d'un côté les fronts serrés qui donnent la plus grande masse de feux possible ; et d'autre part, si l'on renonce à faire des feux d'infanterie, aux grandes distances, il faut toujours être préparé à résister de près aux contre-attaques de l'ennemi, et, pour cela, les formations serrées conviennent bien mieux que les formations dispersées.
On peut faire une dernière observation au sujet de la co- Jonne d'attaque. Doit-elle être serrée, c'est-à-dire avoir ses
fractions tout près les unes derrière les autres? Ou bien ces fractions peuvent-elles avoir des distances du quart ou de la moitié de leur front ? Laquelle de ces colonnes est préférable? Nous répondrons sans hésiter : la dernière. La colonne avec distance favorise incontestablement la facilité et, par suite, la vitesse du mouvement ; elle facilite également les ruptures pour passer les cbémins étroits, ainsi que la formation du carré^ si elle est forcée de se mettre en défense pendant la marche. Nous répéterons à ce propos que le carré vide est préférable au carré plein avec l'armement nouveau. La question de savoir si la colonne avec distance est plus ou moins exposée que la colonne serrée au tir de l'artillerie, lequel est devenu presque exclusivement un tir à obus, ne nous parait pas encore complètement décidée pour tous les cas.
us BATAILLON SUE LÀ DÉrSNSIYE.
A chaque moment de l'attaque répond un moment de la défense. Quand l'agresseur envoie ses tirailleurs en avant pour engager le combat, le défenseur ne peut que leur opposer ses propres tirailleurs. S'il voulait faire autre chose, il lui faudrait sortir de sa position et il prendrait lui-même l'offensive. — Quand l'agresseur fait avancer le gros de ses forces, le défenseur doit opposer à cette marche en avant un feu aussi efficace que possible. — Si le premier cherche à pénétrer dans la position, le dernier doit l'en empêcher. — Si l'agresseur, après avoir envahi la position, cherche à s'y établir, le défenseur s'efforce de l'en chasser. Il doit avoir pris ses mesures pour assurer sa retraite dans le cas où il ne réussirait pas à repousser l'ennemi.
La défense doit toujours rechercher la protection et l'aide du terrain. Lorsqu'un bataillon veut prendre une position défensive, il s'arrête et envoie ses tirailleurs en avant pour les placer sur une certaine ligne, et c'est cette ligne qui trace le front de la position défensive. La masse du bataillon reste à l'intérieur de cette position.
Il est toujours avantageux que la ligne de front, sur la-
quelle sont déployés les tirailleurs, soit en même temps un obstacle d'approche. Tout est pour le mieux, si ce front possède tous les avantages, c'est-à-dire s'il prot^e contre la vue et le feu de l'ennemi, et s'il n'est franchissable que sur certains points que l'ennemi est, par suite, obligé d'attaquer. Mais, en cas de besoin, il faut être satisfait si le front dessine assez clairement la position. Il est en effet nécessaire de pouvoir reconnaître exactement le moment où l'agresseur traverse la ligne de front, car c'est à ce moment que doit commencer l'action du gros du bataillon défensif.
La nature du front de la position, celle de l'espace intérieur, et leurs relations mutuelles décident des premières dispositions que doit prendre la défense. Ces divers éléments peuvent se combiner de mille manières, mais la combinaison existe toujours, et c'est d'elle que résultent des règles générales pour la défense.
Que l'on compare entre eux un bois, à la lisière duquel on place les tirailleurs et le gros du bataillon dans le bois même ; — un village dont l'enceinte dessine la ligne de front et dont l'espace intérieur est représenté par les bâtiments, les jardins, les rues et les places ; — une pente de montagnes comme front et en arrière un plateau comme es« pace intérieur ; — un ruisseau sur lequel sont les tirailleurs, ayant derrière eux le gros du bataillon ; — partout, l'on aura à distinguer une ligne de front et un espace intérieur.
La ligne de front est plus ou moins forte, selon qu'elle op« pose plus ou moins d'obstacles au mouvement en avant de l'ennemi, selon qu'elle peut être traversée sur moins ou plus de points. L'espace intérieur de son côté est, suivant le cas, plus ou moins découvert, et ses communications avec le front sont plus ou moins faciles.
Lorsque l'on voit bien de l'intérieur le front de la position, et que les communications de l'intérieur avec chaque point attaquable du front sont faciles, on est alors en droit de compter sur l'action de la réserve, c'est-à-dire du gros du bataillon placéderrière les tirailleurs. Au contraire, plus Tin-
teneur est couvert, plus ses communications avec lé front sont difficiles, plus il faut alors que chaque point du front soit fort, afin que la réserve puisse avoir le temps d'agir. En effet, on peut supposer que la réserve est tout entière réunie sur un point, ou bien qu'elle est divisée en plusieurs fractions dont chacune est destinée à servir de réserve à une partie déterminée du front. — = Dans le premier cas, la réserve mettra d'autant plus de temps pour arriver au point attaqué que Tintérieur de la position sera plus couvert et que ses communications avec le front seront plus mauvaises; dans le second cas, chaque fraction de là réserve ne saurait déployer autant de force que la réserve totale.
Une autre condition fort importante, surtout dans les po-^ sîtions très-couvertes à l'intérieur et dont les communications avee le front sont difficiles, c'est le contour de la position totale et sa disposition intérieure.
Les bois, par exemple, ont généralement un contour plus étendu que les villages. L'ennemi qui attaque un village voit quelle est la ligne de retraite que suit le défenseur en évacuant le village, et il s'avance alors avec plus de sûreté et de décision. Au contraire, quand il attaque un bois d'une certaine étendue, il ne voit jamais exactement si l'ennemi est en retraite tant que dure le feu dans l'intérieur du bois, et il ne saura pas s'il a remporté des avantages réels, avant d'arriver à l'autre bout du bois et d'apercevoir la plaine.
Un village d'un contour restreint permet au défenseur de relier la défense du village avec une offensive sur l'un ou l'autre flanc delà position. Dans un bois qui est plus étendu, cette offensive n'est plus possible qu'à une armée ou un corps d'armée,
La disposition intérieure d*un village permet toujours d'y organiser une défense de pied ferme qui se relie à certains points appelés réduits. On empêche ainsi l'ennemi de se regarder comme maître du village lorsqu'il en a forcé l'enceinte. Une disposition semblable ne se rencontre pas dans l'intérieur des bois, ou si elle existe, on n'en sautait tirer le même parti que dans un village, parce qu'il est impossible
dé voir de l'extérieur quelle est la configuration intérieure d'un bois.
Si l'on ajoute à ces considérations la suivante : à quelle distance le défenseur aperçoit et commande par ses feux le terrain en avant du front de la position, on aura mentionné toutes les circonstances qui causent la diversité de ce qu'on appelle les combats locaux.
Il est important que le défenseur se rende bien compte de quelle manière il pourra faire entrer une localité d'un carao* tère donné dans le système d'un combat plus considérable, ou d'une bataille. Ce n'est qu'alors qu'il pourra décider en toute sûreté comment chaque troupe devra se comporter dans la défense.
On peut, à cet égard, admettre les règles qui suivent î
Pour les conditions générales d'un combat défensif, les positions les plus avantageuses sont celles qui ont un espace intérieur libre d'une manière générale, dans lequel il ne se trouve que quelques abris, fournis par des maisons, des bois peu étendus, des mouvements de terrain derrière, et dans lesquels les réserves sont placées avantageusement et à couvert, et dont le front est en outre tracé par un versant de hauteurs, un fossé ou un cours d'eau. — D ne faut jamais employer beaucoup de troupes à défendre des localités dont on ne peut pas bien voir l'intérieur, car par cela même qu'on n'y peut pas suivre le cours de l'action, on se laisse entraîner trop facilement à engager les bataillons l'un après l'autre, sans plan ni but déterminé, et uniquement pour entretenir on combat. Là où l'on voit peu, l'ennemi ne voit pas davantage. Contentez-vous donc d'occuper et de contenir l'ennemi partout oîi vous ne pourrez pas faire autre chose ; il vous suffira pour cela de fort peu de troupes, et il en restera davantage à votre disposition pour d'autres points où vous pourrez obtenir quelque succès décisif, où il vous sera en outre possible de reconnaître le succès obtenu et, par suite, d'en profiter. Pour les mêmes raisons, n'employez jamais beaœïoup de troupes dans une localité dont les communications intérieures sont étroites et couvertes. Mais partout où
vous économiserez les troupes, vous devrez accumuler les obstacles matériels, et chercher par ce moyen à arrêter l'agresseur.
Ces remarques préliminaires vont nous permettre de déterminer plus exactement le rôle du bataillon dans la défense, n résulte de ces observations mêmes que nous avons à distinguer deux cas : celui où le rôle le plus important est accordé à Faction de la réserve, et celui où ce rôle principal appartient au contraire au feu des tirailleurs répartis sur le front de la position.
Dans le premier moment de la défense, pendant le combat préliminaire que l'agresseur engage en faisant avancer sa ligne de tirailleurs, il n'est jamais avantageux pour la défense d'engager trop de forces. Elle ne pourrait rien obr tenir, en ce moment, en employant plus de troupes que cela n'est absolument nécessaire, et ne ferait que s'affaiblir pour la suite de la lutte. Elle n'a rien à faire de plus que montrer à l'ennemi qu'elle existe et observer ses mouvements.
Le bataillon a {fig. 39) détache en avant ses compagnies des ailes, les pelotons 1 et 2, 11 et 12, et ceux-ci mettent en tirailleurs sur le front de la position le sixième ou au plus le quart de leurs hommes. Dans ce premier moment, la manière d'opérer est la même, soit que l'on compte davantage sur la défense du front, soit que l'on attache plus d'importance à l'offensive de la réserve.
Le deuxième moment commence lorsque l'agresseur porte vigoureusement en avant ses tirailleurs, que ceux-ci cherchent à gagner du terrain, et qu'on peut en conclure que le gros de l'ennemi s'ébranle à son tour pour suivre ses tirailleurs. La défense cherche alors à donner à son feu le plus d'effet possible. Les pelotons des ailes 1 et 2, 11 et 12, se portent en entier en tirailleurs sur la ligne de front cd, à l'exception de quelques hommes qui restent réunis pour marquer le point de ralliement. L'importance quel'on attache & l'action de la réserve décide alors s'il faut renforcer davantage la ligne de feux. Lorsque le rôle principal est réservé à. la réserve, on se contente de mettre sur la ligne de front
les deux compagnies des ailes, afin de conserver à la réserve une force suffisante ; dans le cas contraire, on peut mettre plus de monde en tirailleurs. Dans ces deux cas différents qui résultent de* la nature de la position, la conduite de la défense n'est donc pas la même, et elle adopte deux formations différentes , savoir : a, — Conserver réuni le gros du bataillon, en détachant les deux compagnies des ailes {fig. 39), lorsque la position a un espace intérieur libre et de bonnes communications avec le front ;
è. — Les colonnes de compagnie {fig. 33) , quand la position est très-couverte, avec de mauvaises communications.
Parlons d'abord de la première de ces deux formations, en cherchant à distinguer le rôle de la chaîne de tirailleurs de celui de la réserve du bataillon.
Les tirailleurs ont sur l'ennemi l'avantage d'être mieux abrités que lui. Ils dirigent d'abord leur feu «outre l'adversaire le plus rapproché, c'est-à-dire contre les tirailleurs ennemis, et quelques-uns seulement des meilleurs tireurs prennent pour but le gros du bataillon ennemi, en choisissant de préférence les officiers et le drapeau. Il faut renforcer convenablement les fractions de la chaîne de tirailleurs qui, en raison du terrain, pourront prendre en flanc l'ennemi quand il sera assez près de la position.
Les tirailleurs ennemis cherchent à forcer le front de la position défensive, ils y pénètrent peut-être en petits groupes, mais ils se heurtent alors contre la résistance des tirailleurs de la défense, et l'on peut admettre avec quelque certitude que la lutte se continuera indécise sur le front de la position jusqu'à ce que la masse du bataillon ennemi arrive, triomphe de la résistance partielle du front défensif, et pénètre dans la position.
C'est alors le troisième moment du combat, et la réserve du défenseur doit prendre part à l'action. L'ennemi, dans sa marche en avant, a éprouvé des pertes, il est fatigué par ce premier combat et par les difficultés qu'il a surmontées, il se trouve dans la [crise du premier succès obtenu, en un
mot, il n'est plus frais. Au contraire, la réserve du défenseur est encore fraîche, ce qui lui donne sur Tennemi une supériorité marquée, et il s'agit de profiter au plus vite de cette supériorité. La manière dont la réserve était formée était assez indififérente jusqu'à ce moment, pourvu que cette formation permît delà tenir le plus près possible du front de la position, mais à l'abri des regards et du feu de l'ennemi. Elle pouvait, par exemple, être en colonne de combat. Quelle formation doit-elle adopter maintenant pour rejeter hors de la position l'ennemi qui l'a envahie ? Elle peut arriver à ce résultat par quelques salves vigoureuses se succédant de fort près, par l'attaque à la baïonnette, ou par les deux choses combinées. Pour tirer des salves puissantes, la réserve devrait se déployer. Par suite du nouvel armement, et surtout de ce qu'il permet à l'infanterie d'être toujours prête à faire feu, l'attaque à la baïonnette sera presque toujours remplacée par des feux à courte distance. — Cependant, s'il en était autrement, il resterait toujours à faire remarquer que les conditions dans lesquelles s'avance l'agresseur diffèrent essentiellement, sous plusieurs rapports, des conditions où se trouve la réserve de la défense quand elle prend l'offensive. En effet, d'après notre hypothèse, l'agresseur a plus de chemin à faire pour arriver au but de son attaque, et dans un terrain qu'il n'a pas pu bien reconnaître d'avance; il doit donc s'attendre à des pertes plus grandes, et il arrive enfin sur un ennemi frais qui, à égalité d'effectif, doit lui être supérieur.
Au contraire, la réserve de la défense n'a que peu de distance à parcourir si elle a été bien placée j elle peut préparer son attaque à la baïonnette par des salves à distance moyenne, et cette attaque a lieu contre un ennemi fatigué qui a au moins autant besoin de se reposer et de se remettre en ordre qu'il a le désir de compléter sa victoire. Cet ennemi est en outre, d'après notre hypothèse, entré par un chemin déterminé, sur un front étroit, et il cherche d'abord à se déployer. Dans de telles circonstances, la réserve de la défense peut attaquer en ligne à la baïonnette l'ennemi qni
a pénétré dans la position. Elle a ainsi l'avantage d'envelopper l'ennemi qui cherche à se déployer et de lui rendre ce déploiement impossible. Elle arrête au moins la tête de colonne ennemie, pendant que les tirailleurs de la défense, répartis sur les flancs de la réserve, tiennent d'antant plus longtemps sous leurs feux convergents la queue de la colonne ennemie. Il est donc assez vraisemblable que l'on parviendra par ce système à rejeter l'ennemi hors de la position et à lui arracher la victoire des mains.
Cependant, il faut toujours admettre la possibilité d'un résultat contraire : l'ennemi pénétrant dans la position et forçant à la retraite la réserve de la défense. Pour cette éventualité, il est bon que la réserve ait elle-même derrière ses flancs une petite réserve, les pelotons 3 et 10 {fig. 40).
Dans lé deuxième cas {h) , lorsque les communications de Tintérieur avec le front de la position sont mauvaises et que l'intérieur est très-couvert, on doit former le bataillon en colonnes de compagnie. Ici encore, il faut employer le moins de troupes possible, non-seulement sur le front, mais à Tintérieur de la position, et en réserver davantage pour les porter sur d'autres points. On pourra donc parfois occuper faiblement le contour d'un village ou la lisière d'un bois, pour avoir une plus forte réserve à l'intérieur ; mais le plus souvent, on mettra très-peu de monde dans le village ou le bois, afin d'en conserver davantage pour les faire agir en dehors, sur les flancs, ou même en arrière de la position. Ainsi, un bataillon employé à défendre un village ou un bois peut, en réalité, être considéré comme occupant le front d'une position.
Or, la formation en colonne de compagnie donne avant tout un développement considérable du front, ce qui est à désirer ici.
Comme une réserve composée du bataillon entier ne serait pas très à même de soutenir à temps chaque point du front, à cause du peu de vue et de l'insuffisance des commtitiîcatîons, on fera mieux de se donner un certain nombre de réserves plus petites. Chacune d'elles aura moins d'effet,
mais elle pourra se porter plus rapidement aux points menacés, puisqu'il lui sera assigné une partie plus restreinte du front. Chaque réserve partielle remplacera donc par son arrivée plus rapide ce qui lui manquera en force contre un danger que Ton doit au reste supposer moins grave.
Les colonnes de compagnie sont encore pour cela la formation la plus convenable.
On pourrait croire maintenant qu'on n'a pas besoin, dans ce cas, de réserve générale, et qu'un bataillon de six compagnies peut les placer toutes sur l'enceinte de la localité à défendre. Cependant il n'en est pas tout à fait ainsi. Toutes les localités pour la défense desquelles la formation en colonnes de compagnie peut être regardée comme la meilleure, renferment aussi quelques parties dans lesquelles on peut prendre de nouveau position afin de prolonger la défense. Dans un village, par exemple, il existe des rues plus larges, des places, etc., qui les divisent ; un ruisseau le traverse peut-être. Quelques bâtiments particulièrement susceptibles de défense, tels que châteaux, églises, cimetières, offrent des points d'appui que l'on peut utiliser pour prolonger la lutte.
Supposons {fig. 41) que la partie abc de de l'enceinte d'un village, faisant face à l'ennemi, soit occupée et défendue la première, et que l'ennemi force ensuite le défenseur à l'évacuer ; il sera toujours possible au défenseur de prendre la nouvelle position f gh, formée par le ruisseau et le cimetière g. Mais les compagnies qui se retirent plus ou moins en désordre et mal reliées entre elles, après avoir défendu l'enceinte abc de^ s'établiront très-difficilement d'une manière convenable dans la nouvelle position, si celle-ci n'est pas occupée d'avance par d'autres compagnies qui arrêteront la poursuite de l'ennemi. Ce sera là le véritable rôle de la réserve. Il peut encore être avantageux, dans certains cas, que cette réserve marche au-devant de l'ennemi pour l'arrêter ; mais on ne saurait s'en promettre un grand ' résultat. En effet, si la réserve obtient quelque chose par ce mouvement en avant, ce sera toujours le fait d'une surprise,
pour laquelle une petite troupe vaut tout autant qu'une plus forte. Si, en opérant ainsi, on frappe juste au point décisif, ce sera le plus souvent l'effet du hasard, parce qu'on voit beaucoup trop peu. D'après cela, il ne faut pas se démunir de trop de troupes pour obtenir un résultat très-incertain, et la plupart du temps douteux. Une forte réserve n'est donc jamais à sa place dans un village, et il ne faut indiquer aux petites réserves qu'on forme en pareil cas que le but le moins important possible.
Il existe dans les bois, comme dans les villages, certaines coupures telles que clairières, chemins, ruisseaux ou sentiers, mais elles ont rarement la même importance que les points signalés à l'intérieur d'un village. Malgré cela, il est encore plus nécessaire de faire occuper provisoirement ces parties du bois par de petites réserves, parce que ces coupures sont moins marquées et que l'on peut moins facilement s'orienter.
Nous nous sommes constamment servi dans ce qui précède de l'expression « colonnes de compagnie » ; nous devons ajouter que nous comprenons sous ce terme général toutes les formations qui séparent le bataillon en plusieurs petites fractions indépendantes, quels que soient du reste le nombre et la force de ces fractions. Nous n'avons parlé que des bois et des villages afin de fixer les idées, mais on doit comprendre que tout ce que nous avons dit à ce sujet s'applique aux localités analogues ; par exemple, à tout terrain coupé et couvert de cultures et de plantations. Il faut seulement se garder de se laisser entraîner à la formation en colonnes de compagnie par cela seul qu'on rencontre des coteaux plantés de vignes, ou des champs coupés de quelques fossés.
COMBAT DE TROUPES D'IIVFANTERUS PLUS GONSIDËBÀBLES.
Un corps d'infanterie de plusieurs bataillons se forme toujours sur plusieurs lignes pour combattre. On peut établir comme règle générale, soumise bien entendu à certaines exceptions, que la formation sur deux lignes est suffisante
lorsque la force de Tinfanterie ne dépasse pas 8 batailloas, et qu'un corps plus nombreux doit avoir une troisième ligne ou une réserve générale.
Quand on forme deux lignes, on peut habituellement les faire d'égale force. Si le nombre des bataillons est imp^r, il est de règle que la première ligne soit plus forte que la deuxième. Si l'on a une réserve, le rapport de sa force à celle des lignes dépend du but qu'on se propose : si l'on veut obtenir un résultat positif ou seulement se défendre contre l'ennemi ; si l'on sait déjà clairement ce que l'on veut, ou si l'on préfère attendre pour y voir plus clair et saisir ensuite le moment favorable d'agir d'une manière décisive.
Ainsi, en général, la défense a besoin de plus fortes réserves que l'attaque, et les réserves de la défense doivent être en outre d'autant plus fortes que sa faiblesse est plus grande et l'oblige à renoncer à chercher un résultat positif.
Quand un corps d'infanterie est formé sur deux lignes pour l'attaque, on peut répéter pour les bataillons de la première ligne tout ce qu'on a déjà dit de l'attaque d'un seul bataillon, avec cette différence qu'il est superflu que chaque bataillon place quelques pelotons en réserve, pour la poursuite en cas de victoire, ou pour couvrir la retraite en cas de revers, puisque les bataillons de la . deuxième ligne peuvent remplir cette mission.
Le combat préparatoire étant livré uniquement par les bataillons de la première ligne, ceux de la deuxième n'ont pas à détacher de tirailleurs, et ils peuvent rester en masse jusqu'au moment de prendre part au combat.
Si nous partageons l'attaque entre les deux lignes, c'est nécessairement à la première qu'il appartient de percer le front de la position ennemie ; mais il ne dépend pas toujours d'elle d'engager la lutte contre les bataillons de réserve les plus rapprochés. Elle y est obligée dès 'que ces réserves ennemies [Hrennent à leur tour l'offensive ; une raison morale fort importante l'y engage en outre, c'est que cette attaque immédiate eontre les réserves de U défense peut les ^rprQo*
drc, les étourdir, et amener ainsi un succès plus facilement que ne le ferait plus tard une attaque plus puissante.
Lorsque pour ces différents motifs, la première ligne, après avoir traversé le front de la position ennemie, engage le combat contre les réserves, il faut que la deuxième ligne occupe assez fortement le front conquis pour empêcher l'ennemi de le reprendre. Elle se tient prétffen même temps à recevoir et à soutenir la première ligne si celle-ci venait à être repoussée, ou à la relever si, malgré sa victoire, cette preaiière ligne victorieuse avait un besoin urgent de repos à cause des pertes qu'elle a subies.
Lorsque la première ligne n'engage pas la lutte contre les réserves ennemies, elle est relevée par la deuxième sur le front même de la position. Les deux lignes changent alors de rôle : la première occupe sa conquête et profite de ce repos pour rallier ses forces, la deuxième continue l'attaque. — On a voulu ériger cela en règle générale, ce qui nous semble inadmissible. En effet, on se priverait souvent de grands avantages en agissant de cette manière, et il peut fort bien arriver que la conduite de l'ennemi rende absolument impossible de laisser toute la première ligne sur le front de la position. Cependant il est de règle qu'en toutes circonstfiTtices, des fractions de la première ligne occupent chaque position conquise et s'y établissent ; c'est dans ce but qu'il est recommandé de conserver de petites réserves pour chaque bataillon.
Dans la [défensive, on peut également appliquer aux bataillons de la première ligne tout ce que nous avons dit plus haut du seul bataillon, soit que la position à défendre ait un espace intérieur libre et facile à voir, soit qu'elle soit couverte avec des communications intérieures et insuffisantes.
Pour ce quiestde la deuxième ligne, il faut d'abord remarquer qu'elle doit être en colonne, ensuite, d'après ce que nous avons dit précédemment, son véritable rôle est de prendre roffensive.
un peut se demander si, au lieu de traiter la deuxième
ligne comme telle, il ne vaudrait pas mieux la considérer comme une réserve; si, plutôt que de répartir les bataillons qui la composent de manière que chacun d'eux serve spécialement de soutien à un ou plusieurs bataillons de la première ligne, il ne serait pas préférable de conserver ces bataillons réunis de manière qu'ils forment un soutien commun de toute la première ligne.
Le premier est préférable quand le frpnt est d'une certaine Çorce, mais cependant praticable partout, comme par exemple un versant de montagnes. On choisit le second quand le front est très-fort, mais relativement facile à traverser sur un petit nombre de points, de telle sorte que les chemins d'attaque se trouvent ainsi clairement indiqués; par exemple, lorsqu'on se place en arrière de marais que traversent quelques larges chaussées. On se sert encore de préférence du deuxième procédé dans tous les cas où les colonnes de compagnie doivent être employées en première ligne, car une deuxième ligne proprement dite ne rendrait alors aucun service et n'aurait pour résultat que de dépenser des forces inutilement. On voit en effet sans peine que, . dans ce cas, une deuxième ligne ne servirait qu'à relever la première, c'est-à-dire à se porter en avant compagnie par compagnie, s'il n'arrivait pas, ce qui serait le cas le plus défavorable, qu'on l'employât à renforcer la ligne de feux.
Pour déterminer la distance à laquelle la deuxième ligne, ou la réserve qui la remplace, doit être placée derrière la première ligne, il ne faut pas songer uniquement à mettre cette deuxième ligne à l'abri du feu ennemi. Cette seule considération ferait souvent placer la deuxième ligne trèsloin ; or, elle doit aussi agir et, pour qu'elle y soit prête, il faut la tenir assez près de la première ligne.
Dans l'attaque, on conserve au maximum 300 à 400 pas entre la première et la deuxième ligne. Cette dernière se trouve alors, pendant le combat préparatoire, à 600-800 pas et plus de la chaîne de tirailleurs de la première ligne, et à 1200 pas au moins de l'artillerie et môme des tirailleurs
ennemis. Elle pourra, le plus souvent, trouver des abris. Elle amoindrira beaucoup Faction du feu ennemi en se* couchant à terre, ce que peuvent également faire les batail* Ions de la première ligne.
Dans la défense, on pourra placer la deuxième ligne beaucoup plus près de la première, puisqu'on tire alors un plus grand parti des abris existants. Dans le cas où Ton doit employer en première ligne les colonnes de compagnie, la deuxième ligne ou la réserve peut être placée non-seulement en arrière, mais même de côté, comme Test par exemple A, adroite du village {fig. 41).
D arrivera souvent, dans la défensive, que la faiblesse des % troupes disponibles obligera de considérer la deuxième ligne comme une réserve. Notre discussion de la bataille défensive nous a montré que le principe si souvent invoqué : « La défense doit adopter une formation profonde » subit une modification essentielle. En efTet, la défense n'adopte l'ordre profond que pour être plus forte dans son retour offensif, — au moment favorable ; — mais pour faire naître les moments favorables à cette phase de son activité, il faut nécessairement qu'elle reprenne un front étendu. Les deux conditions qui doivent être ici réunies ne sauraient l'être, si Ton n'occupe pas le front aussi faiblement que possible. Par suite de cela, toutes les divisions qui doivent occuper le front d'une position défensive, telles que 1, 2, 3 (/îy. 21, pi. III), c'est-à-dire toutes les divisions qui sont chargées du rôle purement défensif, dans une bataille défensive, doivent placer leurs forces disponibles sur un front relativement étendu. Mais, d'un autre côté, si l'on ne veut pas que la ligne de feux soit trop faible sur le front, il faut tenir la première ligne beaucoup plus forte que la deuxième, et alors, celle-ci prend naturellement le caractère d'une réserve, ce qui ressort déjà de développements antérieurs. (F(wrpageS9, et fig. 11, planche I.)
Toutes les fois qu'il s'agit d'un plus grand nombre de bataillons, d'une brigade ou d'une division, on comprend sans peine qu'une force semblable ne doit jamais être formée
en colonnes de compagnie. Ce que nous avons dit jusqu'à ^présent montre assez clairement que cette formation ne serait pas rationnelle, mais qu'il existe au contraire de nombreuses raisons pour conserver réunie une partie suffisante des forces à la libre disposition du général. Une armée qui, au lieu d'admettre les colonnes de compagnie, uniquement comme une Unité tactique auxiliaire pour certains cas particuliers, en ferait l'unité tactique normale, aurait, sans aucun doute, le désavantage en face d'une autre armée qui conserverait le bataillon comme unité tactique.
En voici les raisons :
a. — Les colonnes de compagnie éparpillent le commandement et enlèvent de sa force au commandement supérieur.
6. — Elles favorisent tellement le combat de tirailleurs qu'elles entraînent à y employer des forces importantes, et qu'on en arrive à oublier le moment décisif. Cela rend leur emploi particulièrement dangereux pour l'attaque, qui ne saurait se passer du mouvement.
c. — Le commandement a toujours besoin de rassembler ses forces de temps en temps ; or, ce besoin sera beaucoup plus difficile à satisfaire avec un grand nombre de petites unités de combat indépendantes qu'avec un petit nombre d'unités plus grandes.
Que deux bataillons qui doivent agir d'une manière indépendante se forment en colonnes de compagnie, cela se comprend et peut être opportun : mais huit bataillons formés en 48 colonnes de compagnie, c'est déjà une monstruosité, c'est le chaos*
La formation en colonnes de compagnie ocmvieut mieux pour la défense que pour l'attaque, mais seulement encore pour quelques parties du tout, celles, par exemple, où Ton ne saurait obtenir un résultat positif, mais où l'ennemi lui-mftme ne pourrait remporter en peu de temps un succès décisif. L'attaque se servira également çà et là des colonnes de compagnie comme d'un moyen accessoire et secondaire. Où? Cela ressort de ce qui précède : là surtout où elle ne vwt rien obtenir de positif» mais où die Yeat en même
temps montrer h l'ennemi une force plus grande que celle qu'elle possède réellement. Par exemple, dans une fausse attaque I on pourrait très-bien former la première ligne en colonnes de compagnie, et l'ennemi, prenant .alors nos compagnies pour des I)ataîllons, s'exagérerait notre force. — Dans une attaque sérieuse^ on pourrait encore déployer une faible première ligne en colonnes de compagnie pour attirer l'attention de l'ennemi et lui faire dépenser son feu que Ton détournerait ainsi des colonnes do bataillon qui suivent la première ligne. Ajoutons cependant que, si ce résultat est possible, on l'obtiendra aussi bien par les compagnies de la première ligne qui sont en tirailleurs ; et cette dernière forme est en outre plus avantageuse dans tous les cas où l'attaque ne doit pas être une demi-surprise, et se trouve, par conséquent, précédée d'un combat de feux préparatoire. Ce combat préliminaire peut faire oublier trop facilement le but final, si toute la première ligne 7 prend part.
Combat de la cavalerie.
FORMATION DE l'eSGADRON ET DU BËGIMENT.
Un escadron à rangs serrés peut se former en ligne ou en colonne. Dans ce dernier cas , les pelotons sont placés les uns derrière les autres ; ou encore en échelons (demi-colonne), formation qu'on obtient en faisant faire à chaque peloton de l'escadron déployé un demi-à-droite ou un demià-gauche. Outre Tordre compacte, l'escadron a encore l'ordre dispersé, en tirailleurs ou fourrageurs. Dans cet ordre, Tescadron ne se disperse jamais en entier , et il reste toujours un peloton, 3 , par exemple (fig. 42), pour servir de point de ralliement.
Un régiment de plusieurs escadrons peut se former : en ligne, les escadrons ayant entre eux des intervalles de 6 à 12 pas; -— en échelons ; — en colonne serrée, les escadrons déployés les uns derrière les autres, à la distance d'un front éb peloton plug 6 It 12 pas; — en colonne à distance entière
par escadrons, la distance entre les escadrons est alors égale au front d'un escadron plus 6 à 12 pas ; — en colonnes d'escadron [fig. 43), chaque escadron est en colonne par pelotons, et Fintervalle entre deux colonnes consécutives est égal au front d'un escadron plus 6 à 12 pas; — en colonne sur le centre, colonne double [fig. 44) , chaque demi-régiment est en colonne par pelotons, celui de droite la gauche en tête, celui de gauche la droite en tète , l'intervalle entre les colonnes et la distance entre les pelotons étant l'intervalle entre deux escadrons en bataille. Ajoutons à ces diverses formations la ligne de tirailleurs ou de flanqueurs dans laquelle tout le régiment ne doit jamais être dispersé; il reste au moins un escadron serré , ou un peloton de chaque escadron.