ATTAQUE ET MANOEUVRES DE LA CAVALERIE
La cavalerie ne doit jamais combattre de pied ferme, sauf si elle met pied à terre pour livrer par hasard un combat de feux, comme de l'infanterie.
Son combat est exclusivement l'attaque , car ce n'est que par l'attaque qu'elle tire parti de sa vitesse et de sa masse qui constituent sa force.
La question qu'on se pose alors est celle-ci : quelle est la formation la plus avantageuse pour l'attaque ? On y répond de diverses manières, selon les armes contre lesquelles a lieu l'attaque et en raison des circonstances dans lesquelles elle se produit.
Contre une troupe peu capable de résistance , ou dont la formation est défavorable à la défense^ la charge en fourrageurs est la meilleure. La cavalerie l'exécutera contre une ligne de tirailleurs d'infanterie ou de cavalerie ; contre une batterie ; pour poursuivre un ennemi dégà en désordre , le sabrer et faire des prisonniers. Les fourrageurs souffrent relativement moins du feu ennemi, chaque homme peut se mouvoir plus librement et déployer toute sa valeur personnelle.
Une ligne dispersée de cavalerie a contre une ligne com-
pacte le désavantage que chaque homme a affaire à plusieurs, de sorte qu'il doit succomber si les autres conditions sont les mêmes. Par conséquent, lorsqu'on doit attaquer une cavalerie compacte il faut se demander seulement si cette attaque se fera en ligne ou en colonne.
La colonne serrée a les avantages suivants : on place au premier rang les cavaliers les meilleurs et les plus braves ; les moins habiles sont un peu moins exposés au second rang et n'en suivent que mieux, et la ligne déployée qui ne saurait opposer à la colonne une force égale sera nécessairement enfoncée. H est vrai que cette rupture de la ligne n'aura lieu que sur un point , sur une partie relativement minime du front ennemi , mais cela ne fait rien si l'on a bien choisi le point d'attaque, par exemple celui où se trouve l'étendard du régiment ennemi. Une colonne se désunit beaucoup moins facilement qu'une ligne déployée , il est plus rare qu'elle soit arrêtée par les obstacles du terrain et forcée de se briser.
La ligne a sur la colonne l'avantage d'éprouver moins de pertes par le feu de l'ennemi, de pouvoir entourer la colonne, attaquer ses flancs et même ses derrières. Cette circonstance serait peu importante si l'on pouvait admettre que la colonne d'attaque restera constamment serrée, mais comme cela est inadmissible, elle est fort à considérer.
En faisant cette réserve, sur laquelle nous reviendrons du reste , la colonne serrée semble mériter la préférence pour une attaque de cavalerie contre cavalerie , même lorsque la formation ne permet pas de mettre au premier rang les meilleurs cavaliers et les meilleurs chevaux.
Lorsque l'infanterie est attaquée par la cavalerie , sans être complètement surprise , elle se forme en carré ou en groupes qui font face de tous côtés. Les carrés ont été aussi souvent rompus par la cavalerie qu'ils l'ont repoussée , et l'expérience ne nous prouve pas plus la supériorité de Tin- Êinterie se défendant contre la cavalerie que celle de la cavalerie attaquant l'infanterie, toutes les fois que la cavalerie est arrivée jusqu'au carré. En revanche, on trouverait dans
toutes les batailles des cas assez nombreux où le (en de l'înfanterie a fait faire demi-tour à la cavalerie avant qu'elle arrivât très-près d'elle. La dernière guerre n'a pas prouvé que les choses se soient modifiées d'une manière esswitîelle, et nous ne citerons , à ce sujet, que le combat de Langensalza, 27 juin 1866.
Aujourd'hui , Finfanterie doit compter beaucoup plus sur ses feux que sur son ordre serré et la pointe de ses baïonnettes pour résister à la cavalerie; d'où il résulte que, pour attaquer Tinfanterie , la cavalerie doit choisir les formations qui sont le plus propres à faire dépenser le feu de l'ennemi, à l'étourdir, et dans lesquelles le feu cause le moins de pertes. Elle doit au contraire compter beaucoup moins sur la force de son choc. Si l'infanterie est armée dn fusil se chargeant par la culasse, et surtout du fusil à répétition, la cavalerie ne saurait plus songer à lui faire dépenser son fen prématurément, mais elle a toujours le droit de compter sur répouvante et l'étourdissement de l'infanterie.
La meilleure formation pour un régiment qui attaque un carré ennemi sera donc la colonne ouverte par escadrons , ou en échelons. Les règles à établir pour l'attaque en 'colonne sont celles-ci : Quand le régiment ainsi formé arrive à 500 pas de l'ennemi, le premier escadron se dispersée! charge en fourrageurs. Les autres escadrons suivent au trot avec des distances de 300 pas. Si l'attaque du premier escadron est repoussée, le deuxième charge en fourrageurs ou en ligne pendant que le premier va se reformer derrière le régiment.
On se comporte de la même manière dans la chai^ge en échelons, où l'on a seulement l'avantage qu'on déploie mieux ses forces avant l'attaque, et qu'on est moins exposé à voir les premières fractions, repoussées, entraîner les autres dans leur fuite.
Dans ces deux formes d'attaque, l'ennemi , chargé à plusieurs reprises sur le même point ou sur des points dSfférents , peut être mis en désordre; en outre, le colonel du régiment de cavalerie conserve toujours sofus la main une
ou plusieurs fractions de sa troupe , au moyen desquelles il peut poursuivre aussitôt la victoirequ'il a remportée, ou faire tête à une attaque imprévue d'une troupe ennemie qui viendrait au secours de Finfanterie.
Cette dernière considération est d'une extrême importance pour tout mouvement de la cavalerie, parce que cette arme est facilement mise en désordre, même alors qu'elle est victorieuse. La crise qui se manifeste par ce désordre dure relativement longtemps, tandis que TefTet produit par une attaque de cavalerie est très-court, à moins que cette attaque ne se transforme en une poursuite décidée , après une défaire complète de Fennemi qui ne laisse plus à craindre de résistance. S'il est vrai qu'une troupe d'infanterie d'une certaine force ne peut se passer de réserve, ce l'est davantage encore pour la cavalerie , même pour les plus petits détachements de cette arme. Dans la plupart des combats de cavalerie, il est de principe qu'une formation qui permet plusieurs charges successives dans un temps très-court est préférable à une autre formation qui ne permettrait qu'une seule diarge , même alors que celle-ci semblerait beaucoup plus puissante que chacune des charges partielles.
En conséquence , toute troupe de cavalerie, avant d'attaquer, doit se former nécessairement une réserve. L'escadron isdé qui charge en ligne met au moins un peloton , 1 {fig, 4S), derrière une de ses ailes pour se mettre en garde contre une attaque ennemie, et pouvoir y faire tête, ou pour arrêter une poursuite trop vive si l'attaque de l'escadron n'a pas réussi. Un régiment déployé placera derrière chaque aile quelques pelotons en colonne, 1, 2, 15, 16 {/ig. 46). Si le régiment est en colonne ouverte par escadrons, chaque escadron sert de réserve à ceux qui le précèdent; tel n'est plus le cas lorsque le régiment est en colonne serrée , parce que les escadrons sont beaucoup trop près les uns des autres pour que ceux qui sont derrière ne soient pas forcément entraînés dans le mouvement de retraite des escadrons plus avancés. On place alors en réserve sur les flancs de la colonne quelques pelotons déployés, 13, 14, 15, 16 {fig. 47).
La nécessité pour la cavalerie de ne rien faire sans réserve a remis dernièrement à Tordre du jour cette question , déjà très-discutée du temps de Charles Quînt : vaut-il mieux que la formation normale de la cavalerie soit Tordre mince ou Tordre profond ? Aujourd'hui que la cavalerie se forme sur deux rangs , la question peut se traduire par celle-ci : ne vaut-il pas mieux former la cavalerie sur un rang? Cette question a une importance pratique pour les armées qui ont peu de cavalerie , et peut être alors résolue affirmativement. La formation sur un rang n'empêche point d'avoir des colonnes suffisamment profondes lorsqu'elles semblent avantageuses, mais elle permet mieux à de petites troupes de cavalerie de se constituer une réserve sans trop diminuer leur front.
COMBAT DE PLUS GRATïDES MASSES DE CAVALERIE.
Plus la masse de cavalerie dont on dispose est considérable, plus il est facile, sous certains rapports, de la disposer de la manière qui convient le mieux à la nature du combat de cavalerie, puisque rien n'empêche de la former sur plusieurs lignes dont chacune sert de réserve à celle qui est immédiatement devant elle. Mais, d'un autre côté , on rencontre alors de nouvelles difficultés si Ton se trouve ailleurs que dans une plaine complètement découverte, c'est-à-dire dans le terrain le plus habituel; si, même dans une plaine, la cavalerie, au heu d'agir isolément, se trouve! en liaison avec d'autres troupes [qui limitent le champ de son action.
S'il est nécessaire de former la cavalerie sur plusieurs lignes, il ne Test pas moins de disposer ces lignes de manière que les fractions en arrière puissent se porter, pour charger , à hauteur des plus avancées , afin de ne pas être entraînées par les premières lignes quand celles-ci se repUent. Plus on place de lignes les unes derrière les autres, plus il faut de grands intervalles entre les escadrons ou les régiments d'une même ligne. De cette manière on ne diminue pas le front en formant plusieurs lignes* Ainsi les cinç escadrons sur deux lignes (/î^. 48) , et les neuf escadrons
sur trois lignes * {/ig. 49) , occupent un front aussi étendu que s'ils étaient déployés sur une seule ligne. On peut ainsi couvrir avec quelques milliers de chevaux des fronts trèsconsidérables, et tels que le terrain les offre rarement sans interruption y surtout si Ton considère que la cavalerie ne se trouve pas d'avance au point où elle doit agir, mais qu'il lui faut d'abord se porter sur ce point aux allures vives, en parcourant des espaces assez étendus où elle rencontrera des obstacles.
C'est en raison de xes circonstances que les grandes masses de cavalerie ont eu si rarement une action importante à notre époque, non-seulement parce que la culture a fait disparaître les grandes plaines de l'Europe centrale, mais aussi parce que les combattants recherchent souvent les terrains coupés.
Il n'est pas nécessaire de s'élever jusqu'à de gros corps de 4,000 à 6,000 chevaux pour s'apercevoir des difficultés d'un déploiement convenable de la cavalerie , car elles se présentent déjà pour des corps beaucoup moins nombreux que cela. Le seul moyen d'y remédier , c'est de diminuer les fronts, tout en conservant le môme nombre de chevaux. On arrive à ce résultat de deux manières : d'abord, en répartissant la cavalerie en détachements plus petits sur différents points du champ de bataille au lieu de la réunir en grandes masses sur un ou deux points, car il est évidemment plus facile de trouver plusieurs fronts de développement peu étendus qu'un seul front considérable; — en second lieu , par un choix convenable de formations de manœuvre.
Si nous mettons en première ligne trois régiments déployés 1, 2, 3 (/îy. 50), chacun d'eux détachant un escadron en tirailleurs, nous pouvons placer derrière eux quatre autres régiments •4, S, 6 et 7, en colonne double, sans augmenter beaucoup l'espace nécessaire à leur déploiement. On suppose seulement que les quatre régiments de la deuxième ligne passeront en colonne double dans les intervalles delà première ligne qui se replie, et ne se déploieront
iO
ou ne prendront toute autre formation convenable qu'après avoir dépassé la première ligne , et lorsque leurs têtes de colonne arriveront sur la ligne ah. Nous pourrions encore, sans avoir besoin d'un front beaucoup plus étendu, form^ une troisième ligne des régiments 8 et 9 que nous placerons en colonne serrée derrière Tun des flancs de la deuxième ligne , en leur donnant pour mission spéciale de se porter par le flanc de la deuxième ligne contre ceux de l'ennemi.
Toutes les formations de manœuvre de la cavalerie doivent se faire surtout sur des fronts très-restreints , permettre de conserver autant que possible Tordre serré et de passer facilement à une formation d'attaque. Pour une troupe de cavalerie peu considérable , la formation en colonne d'escadron {fig, 43) est excellente; pour un corps plus nombreux (m formera des colonnes doubles de régiment, sur le centre, avec un front de deux pelotons {fig. 44).
On diminuerait beaucoup le front si l'on formait les régiments des deuxième et troisième lignes en colonne serrée, les uns derrière les autres. Mais cette formation rencontre d'abord de plus grandes difficultés de mouvement que la colonne double, et l'on pourrait être en outre obligé de conserver cette formation pour l'attaque, à cause de la âiffîei:dté de se déployer, ce qui ne serait pas avantageux.
Tout ce que nous venons de dire de l'emploi de la cava* lerie sur les champs de bataille s'est trouvé récemment confirmé par les grandes guerres de 1859 et de 1866. Dans les deux cas , on voit de grandes masses de cavalerie sur le théâtre de la guerre, et Ton en cherche en vain l'emploi sur les champs de bataille.
On comprend facilement que l'emploi de la cavalerie doit être amoindri par le perfectionnement des armes à feu de toute sorte , et cela non-seulement à cause des pertes cansh dérables que subira vraisemblablement la cavalerie en attaquant l'infanterie ou l'artillerie, mais pour une autre raiaoQ encore :
Pour ne pas l'exposer inutilement à de grandes pertes A peut-être à la destruction , il faut tenir la cavalerie très-Ioio
de rennemi jusqu'à ce qn^elle soit appelée à e^r. Or, à cette grande distance, la cavalerie est peu h même de reconnaître le' moment d'agir et de profiter à temps de ce moment* Et cependant la cavalerie est essentiellement l'arme qui doit voir et saisir le moment favorable.
Il est néanmoins possible de placer la cavalerie à une distance modérée de son point d'action probable, toutes les fois çull existe des abris convenables. Mais ce cas-là ne s'offre en général que pour de petites fractions, quelques escadrons ou , au plus , quelques régiments , et pas pour des masses plus considérables.
L'augmentation de puissance des feux indique d'avance que toutes les fois que la cavalerie n'est pas employée à poursuivre des troupes rendues incapables de résister , elle doit chercher plus que jamais à profiter des surprises, à faire des mouvements tournants au moyen des chemins de traverse, en se défilant derrière des obstacles étendus, etc., etc. Cette manière d'opérer de la cavalerie exerce nécessairement peu d'influence sur le choix des formes tactiques, mais elle demande de la part des chefs de l'audace et de l'intelligence. Il est en outre indispensable de donner aux détachements de cavalerie qui sont répartis douais l'ordre de bataille, un rMe aussi indépendant que possible , après leur avoir indiqjié d'une manière générale la mission qu'ils ont à remplir vis-à-vis de firactions déterminées de troupes d'autres annes.
Combat de l'artillerie,
La cavalerie doit se mouvoir pour combattre; l'artillerie, au ooiitraire, n'agit que de pied ferme. Pour la cavalerie, la flctamœavre est en rapport intime avee le combat ; pour l'artiUerie , manœuvrer n'est pas autre chose que se porter en avant ou en arrière pour gagner un point où Ton peut s'arrèier de nouveau et recommencer à combattre. — Par suite de l'adoption des canons rayés , il est devenu encore plus important pour Tartillerie de rester longtemps sur le même
point, et de manœuvrer le moins possible. En effet, les canons rayés sont de véritables armes de précision, mais cette qualité ne peut se produire et s'utiliser que si les pièces ont le temps de s'exercer au tir sur un but déterminé. Par suite des grandes distances où portent les pièces rayées, les points élevés acquièrent aujourd'hui d'autant plus d'importance pour l'artillerie que la culture rend la vue de plus en plus bornée dans les grandes plaines. En outre, on doit d'autant moins hésiter à choisir les hauteurs pour positions de l'artillerie qu'il n'y a pas beaucoup à compter sur un tir rasant avec les canons rayés.
L'artillerie n'a qu'une formation de combat, la ligne, dans laquelle les pièces sont déployées les unes à côté des autres. La cavalerie peut être tenue loin de l'ennemi, parce que sa vitesse lui permet de parcourir rapidement la distance qui l'en sépare ; mais dès qu'elle doit agir , il faut absolument qu'elle se porte en avant, parce que son action n'a lieu que corps à corps, ou au moins de très-près. L'artillerie au contraire a une action considérable de loin et n'a pas absolument besoin de s'approcher de l'ennemi pour combattre. Comme elle déploie sa plus grande force sans changer de place, elle a nécessairement une plus grande valeur dans la défense que dans l'attaque, mais l'action de l'artillerie est trop considérable pour que l'attaque puisse s'en passer. Tandis que la défense peut compter sur l'action de son artillerie à tous les moments du combat et sur chaque point de la position, l'artillerie de l'attaque ne doit chercher à obtenir l'avantage qu'en agissant à certains moments opportuns contre des points particulièrement bien choisis; en remplaçant par la masse de feux qu'elle dirige en peu de temps sur un point déterminé ce que son action a de restreint. L'adoption des canons rayés facilite beaucoup cette manière d'agir de l'artillerie, pourvu que l'attaque choisisse d'avance pour ses batteries des positions avantageuses.
En mettant en ligne plus de canons et , en général, plus d'armes à feu , on augmente l'effet de ses feux, on fait plus de mal à l'ennemi, mais on éprouve soi-même plus de pertes.
Cela ne donne donc pas la supériorité d'une manière absolue. Cette supériorité de l'artillerie dépendra toujours du moment et du point où l'on mettra en batterie plus de canons que l'ennemi.
De même que les bataillons de la première ligne entament le combat par les feux de leurs tirailleurs , de même une armée ou un corps d'armée engage la lutte par le feu de son artillerie. Mais ce combat d'artillerie peut faire oublier le but final de l'attaque avec plus de facilité encore que le combat de tirailleurs d'infanterie, parce que l'artillerie peut agir en restant plus lojn de^l'ennemi que l'infanterie, parce qu'en outre il est moins facile de juger si le feu de l'artillerie a produit ou non Tefiet qu'on en attendait.
Les pièces peuvent être déployées avec le grand intervalle de combat ou avec le demi-intervalle. Dans le premier cas, chaque pièce légère occupe 20 à 22 pas de front, chaque pièce de grosse artillerie 28 à 30 pas ; dans le dernier, 10 à 12 pas pour les pièces légères, 14 à 15 pas de front pour les gros calibres. Dans la formation à grands intervalles, le même nombre de pièces occupe un plus grand front qu'avec des demi-intervalles , l'action du feu ennemi contre elles n'est donc pas aussi grande, et les pièces peuvent encore sortir de batterie' plus facilement ; mais d'un autre côté l'on ne peut pas concentrer sur un front égal la même puissance de feux. La formation à grands intervalles est la plus habituelle ; la formation à demi -intervalles ne s'emploie qu'exceptionnellement, lorsqu'on veut déployer une grande masse de feux , et réunir, par exemple, plusieurs batteries très-près les unes des autres, ce qu'on appelle masse d'artillerie ou grandes batteries ; lorsque le terrain ou Taction des autres troupes ne permettent pas à l'artillerie de prendre un trop grand front. Toutes les fois qu'on veut faire usage des demi-intervall es, il faut se prémunir contre le danger des attaques imprévues , soit au moyen du terrain, soit en plaçant près de l'artillerie d'autres troupes abritées. Cela est plus facile pour la défense que cour l'attaque , et cependant l'attaque a plus besoin que la défense de fortes batteries.
Les ixiUeries font feu, soit par sâlves, toutes les pièces à la fois ; sut une pièce après l'autre , au commandement; soit chaque pièce dès qu'eUe est chargée (&u rapide). La deuxième manière est le tir habituel dans le combat; la troisième n'a lieu que tout près de Tennemi, au moment décisif/ et quand le moindre retard constitue us danger.
Les batteries manœuvrent autant que possible sur un front de batterie, c'est-à--dire dans leur formation de combat. C'est seulement quand ce front est trop grand que rartillerie se forme en colonne, soit par demi-batterie, 3 ou 4 pièces de front ; soit par section, 2 pièces de front ; soit en colonne par un.
Liaison des armes dans le combat.
Cberchons maintenant à développer les principes généraux qui règlent la liaison des trois armes dans le combat.
Les armes doivent être liées de telle façon qu'elles ne se gênent pas mutuellement , que leur action ne soit pas amoindrie, et qu'au contraire l'effet de chacune d'elles soit augmenté par l'action combinée des deux autres.
Pour que les armes ne se gênent pas, il est de règle, en raison de leur mode d'action si différent, qu'elles soieut placées les unes à côté des autres, et non pas les unes der* rière les autres. Cependant ce principe est beaucoup plus vrai pour l'offensive que pour la défensive. Supposons ea effet qu'un certain nombre de bataillons d'infanterie soient soutenus dans leur attaque par quelques batteries. Les batteries, agissant de beaucoup plus loin «que les bataillouSi elles doivent, surtout avec les nouveaux canons , rester ea place le plus longtemps possiUe pour produire tout leur affet. Les batajJlons^ au contraire, dbivent marcher en avant» ce qui est le principe essentiel de l'attaque. Quand les bitaiUoii3 aa s'avancent, les batierîes bà pourront continuer leux fau CQUtre la ligne èQoemie ad tmiw t beaucoup fixtSf
Jongtemps, si eilessont placées comme dans la figure 51 que si elles occupent la position indiquée par la figure K2. An contraire , la place des batteries importe beaucoup moins dans la ligne de défense cd, parce que les bataillons de cette ligne ne se portent pas en avant. On arrivera à des conclusions analogues pour ce qui concerne Teffet de la cavalerie, sa position ou tout au moins son emploi. Pour que chacune des armes déploie toute la force dont elle est susceptible, il faut qu'elle ait toute son indépendance et , par suite, un champ d'action qui lui soit propre, sur lequel aucun élément étranger n'élève de prétentions.
Pour que chaque arme puisse augmenter l'effet des deux autres, il faut, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'elle s^sse de la manière qui lui est propre ; mais il est en outre nécessaire que l'arme qui doit en soutenir une autre ait celle-ci dans sa sphère d'action. Si, par exemple, la ligne ennemie à attaquer ab \fig. 53) , a 40,000 pas de longueur, et que la ligne attaquante de soit aussi longue , on ne voit pas de quelle manière l'attaque du bataillon central c contre le centre ennemi /pourrait être soutenue par les deux batteries g^X k^ si celles-ci sont placées sur les ailes de la ligne de. On dirait la même chose si, au lieu d'artillerie, il se trouvait de la cavalerie en g et h. Si cette cavalerie avait l'ordre de charger en /lorsque c aurait enfoncé l'ennemi sur ce point, cela lui serait complètement impossible, parce qu'elle ne pourrait pas voir de y et de h ce qui se passe en /, et cela l'empêcherait de reconnaître le moment favorable ; en outre, sa position éloignée ne lui permettrait point d'arriver assez vite, même si elle pouvait voir ce qui se passe en /.
Ces considérations font ressortir les avantages de la formation des armées en divisions, et elles prouvent en même temps qu'on ne doit pas exagérer le fractionnement de l'armée en corps formés de toutes armes. Il est clair en effet que si l'on voulait avoir de trës«petites divisions d'armée de un bataillon, un escadron et quelques canons, il en résulterait cet inoonvéaient que les différentes armes, devant agir sur le même mplaoement, se gêneraient mutuellement, ee qui
détruirait les avantages du soutien réciproque. En cela, comme en tout, il y a une limite.
La règle doit donc se tenir dans un juste milieu. Elle ne doit pas être de réunir en une seule masse distincte toute rinfanterie, puis toute la cavalerie et enfin toute rartillerie d'une armée, et de placer ces trois masses à côté les unes des autres ; mais elle dit : placez autant que possible à côté Tune de l'autre l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie d'une division d'armée qui occupe en moyenne un front de(5OOà2500 pas, tout en observant, bien entendu, les lois générales qui prescrivent que les troupes soient ordonnées les unes derrière les autres, pour donner de la durée au combat et avoir la possibilité de le continuer sans interruption jusqu'à ce qu'on arrive au but.
Après avoir parlé de la force de chaque arme il faut en étudier le côté faible ; car si la première doit être favorisée et augmentée, il est également nécessaire de jJrotégerT autre*
Tant que la cavalerie n'est pas en contact immédiat avec l'ennemi, elle ne saurait l'atteindre, mais elle peut souffrir beaucoup de son feu. Il faut donc, autant que possible, tenir la cavalerie éloignée du feu ennemi jusqu'à ce qu'il soit temps de la faire agir. D'un autre côté , on peut la tenir plus en arrière que les autres troupes, parce que sa vitesse lui permet de répondre plus vite aux ordres du général en chef. On a déduit de là cette règle qu'il faut placer la cavalerie derrière l'infanterie. Comme on le voit , on peut observer cette règle sans violer celles précédemment données, en plaçant la cavalerie en arrière et sur le flanc de l'infanterie. Nous avons déjà dit plus haut, du reste, jusqu'à qud point la nécessité de placer la cavalerie en arrière est désavantageuse à son action, en lui rendant plus difficile de reconnaître et de saisir le moment de combattre.
La cavalerie est facilement mise en désordre, et il lui faut beaucoup de temps pour se reformer. A cause de cela, on ne doit pas en faire le noyau de la formation, car ce noyau doit toujours avoir une force de résistance, même alors que le rôle qui lui est assigné est de détruire la résistance de
l'ennemi. On ne mettra donc pas la cavalerie au centre de la formation, dont elle fait partie, mais de préférence aux ailes. Cela semble entraîner une contradiction : supposons en effet sur la même ligne deux divisions A et B (Jig. 54), si nous plaçons la cavalerie de chaque division ab^cd^ sur les ailes de Tinfanterie e et /, nous aurons par le fait la cavalerie bc au centre de la formation totale. Mais cette contradiction n'est qu'apparente. — Disons d'abord que dans une autre formation, représentée par la figure 55, la division e peut placer toute sa cavalerie ab à son aile droite, la division / sa cavalerie cd à son aile gauche ; — ^mais en revenant à la figure 54, rappelons-nous que, d'après notre hypothèse, la division est un corps qui peut livrer un combat indépendant. Ce n'est que pour ce combat-là qu'il faut à la division un noyau solide ; mais la combinaison des difiêrents combats pour livrer une bataille générale est une tout autre question.
La cavalerie est plus propre à compléter une impression déjà faite qu'à en produire une nouvelle. Pour cette raison encore, il est convenable de la placer en arrière, parce qu'alors d'autres troupes agiront réellement avant elle. En plaçant la cavalerie sur les ailes des autres troupes, on ne lui donne pas seulement la liberté de ses mouvements, on lui affecte encore la meilleure place pour pouvoir opérer sur les flancs ou les. derrières de l'ennemi battu qui sont ses côtés faibles.
S'il est vrai que la cavalerie d'une division ou d'un corps d'armée isolé doit être employée sur une de ses ailes ou sur les deux à la fois, la même loi s'applique à la réserve de cavalerie d'une armée entière.
L'artillerie est l'arme qui peut être engagée sérieusement avant toutes les autres. On se déploie sous sa protection; son action à grande distance permet une activité qui occupe et qui pourtant n'engage à rien; elle prépare l'action des autres armes. A cause de cela, l'artillerie devrait toujours être en avant, et la seule considération qui empêche de la mettre trop loin devant les autres armes, c'est son manque d'indé-
pendance. En effet rartîUerie doit toujours être couverte et protégée par d'autres troupes.
Pour que TartîUerie pût agir convenablement, il faudrait qu'elle fût placée, comme la cavalerie, sur les ailes de l'iafanterie. Si les divisions qui constituent les grandes unités de l'armée ne sont pas trop fortes, les fronts qu'elles occupent seront assez peu étendus pour que l'artillerie, placée aux ailes, puisse tirer sur les points situés en avant du ceo* tre de l'infanterie. L'artillerie gêne alors le moins possible les mouvements de l'infanterie ; c'est là aussi qu'elle est placée de la manière la plus avantageuse pour prendre en flanc l'ennemi. Cependant sa faiblesse, c'est-à-dire son besoin d'être prot^ée par d'autres troupes, a fait souvent répartir l'artillerie dans les intervalles de la première ligne d'infanterie. De cette façon, l'infanterie se trouve privée de l'appui de l'artillerie dans les moments les plus critiques, ou bien elle est condamnée à lui servir uniquement de soutien, à se déployer derrière elle et à se laisser écraser par le feu de l'ennemi sans agir elle-même.
Une telle répartition des troupes est surtout défectueuse dans l'attaque. Elle a moins d'inconvénients dans la défensive, parce qu'alors la position se lie plus intimement avec le terrain dont les avantages constituent sa force; parce que le terrain décide réellement de la répartition de l'artillerie ; parce qu'enfin le mouvement des autres troupes est confiné dans des limites fixées d'avance et qui sont indiquées le plus souvent par la position même de l'artillerie. Au reste, l'artillerie placée au milieu de l'infanterie n'est pas moins exposée que sur les ailes, oîi elle doit trouver, d'après notre hypothèse, la protection de la cavalerie. Comme les canons rayés, en raison de leur grande portée, doivent occuper plus longtemps la même position, il sera d'autant plus important de placer l'artillerie aux ailes et de la rendre ainsi très-indépendante de l'infanterie* Lorsqu'elle occupe des points élevés, (die peut encore tirer par-dessus son in&nterie qui s'avance, et cela d'autant mieux que la trajectoire des canons rayés n'est pas très-rasante. Cependant chaeon sait qa'ii &nt
^ter le plus qu'on peut de faire des feux d'artillerie pardessus les troupes, parce que cela leur cause toujours une impresmon désagréable qui les trouble profondément Ce tir a généndement moins d'ineonvénients pour la défense, dont l'action a lieu sur place, que pour l'attaque, à laquelle le mouvement est indispensable.
Ce serait une grande faute de ne pas avoir d'artillerie en tête de ses troupes, mais c'en serait une non moins grande de mettre en tôte toute l'artillerie dont on dispose. On commettrait la même erreur que si l'on dispersait tout d'abord en tiraillrars toute son infanterie de combat. On n'a besoin d'artillerie en tête que pour engager la lutte, et il faut garder le reste en arrière jusqu'à ce que l'on sache où le combat sera sérieux. Dans la défense, on a besoin de mettre moins d'artill^e en réserve que dans l'attaque, parce que le terrain est connu et qu'il indique d'avance le point où la lutte doit ^re le plus sérieuse.
LIAISON DES AR1I£S DÂKS l'ATTAQUS.
Nous étudierons séparément la liaison des trois armes dans l'attaque et dans la défense.
Le premier moment de l'attaque est le combat préparatcdre. On peut encore, dans ce combat, distinguer deux parties qm se succèdent : la première doit couvrir le déploiement, la formation en bataille des troupes de l'agresseur, et faire reconnaitreà celui-ci où il doit diriger son attaque principale ; la deuxième partie du combat préliminaire prépare le mouvement en avant des troupes, quand le point de l'attaque principale est choisi.
lia première partie du combat préparatoire est livrée presque exclusivement par l'artillerie, et par une portion relati* vement faible de cette arme. Entre les batteries avancées se dépk>ient les tiiaiileurs des bataillons en première ligne, mais ils n'ont presque pas à faire feu si l'ennemi n'envoie pas «ontre eux des tirailleurs ; en arrière sont les bataillons; dfinière les batteries avancées se lient la cavalerie; tout le SMnde «a expectative. Les batteries ne doivent s'avaneer
qu'à 1200 pas, 1000 pas au plus de l'ennemi ; on pourrait môme aujourd'hui fixer cette distance minima à 1800' pas. L'artillerie tire avec calme et sans se presser; la cavalerie se tient prête à défendre les batteries si l'ennemi les fait attaquer par de la cavalerie ou de l'infanterie.
Il peut arriver que le feu d'artillerie décide l'ennemi ï déployer ses forces et à montrer ses dispositions. Dans tous les cas, ce feu donne au commandant de la division ou du corps d'armée le temps d'observer et de réfléchir. Cependant, en raison de la distance qui sépare les deux partis, ce n'est que dans des cas très-rares que l'agresseur pourra, dès ce moment, reconnaître avec quelque sûreté les forces et les dispositions de l'ennemi. Il peut toujours faire des suppositions, tirer des conclusions de ce qu'il voit ou croit voir, et il s'efforce de répondre aux questions qui se présentent à son esprit.
Le seul moyen de bien reconnaître l'ennemi est de s'en approcher davantage, et l'arme la plus importante dans ce moment où l'on ne cherche qu'à voir, c'est la cavalerie. Il ne faut pour cela qu'une poignée de hardis cavaliers : quelques escadrons, ou même quelques pelotons, pris à l'une des ailes, sont lancés en avant avec l'ordre de pénétrer dans la position ennemie sur un point déterminé, et d'y faire certaines observations précises qui leur sont indiquées d'avance. Un escadron prend la tête et les autres le suivent à une distance convenable pour le soutenir. Cette cavalerie ne verra jamais rien si elle se laisse arrêter par les tirailleurs ennemis et s'amuse à escarmoucher avec eux; il faut qu'elle traverse la chaîne de tirailleurs et arrive jusqu'aux bataillons. Alors seulement elle fait demi-tour, et, toutes les fois qu'elle le peut, elle cherche à revenir par un autre point que celui où elle a percé la chaîne de tirailleurs ennemis,
. On peut affirmer que cet emploi de la cavalerie est, pour le commandant du corps d'attaque, le meilleur moyen nonseulement de sortir d'incertitude, mais de se mettre à même d'agir. S'il voulait attendre que les résultats du combat d'artillerie lui indiquassent ce qu'il doit faire, il pourrait fort
bien ne jamais arriver à prendre un parti. Le service qu'on demande ici à la cavalerie est sans doute fort dangereux avecles nouvelles armes; c'est dans ce cas qu'elle devra surtout chercher à profiter du terrain et des chemins couverts pour pénétrer à l'improviste dans la position ennemie et y causer des surprises. Mais, d'un autre côté, ce qui facilite ces reconnaissances, c'est qu'il suffit, pour les faire, de petits détachements de cavalerie.
La première partie du combat préparatoire doit, dans tous les cas, durer assez longtemps pour, que le corps se déploie et que toutes les troupes soient prêtes à s'avancer dès qu'elles en reçoivent l'ordre. H faut même quelquefois qu'il dure plus longtemps. Si l'attaque dont nous parlons ici n'est qu'une partie de la bataille, soit l'attaque principale dans une bataille offensive, soit l'offensive prise d'une position défensive, le moment de la commencer dépendra ou d'une heure fixée d'avance par la disposition générale, ou bien d'un ordre particulier.
Dès que finit la première partie du combat préparatoire, la seconde partie commence. On cesse d'observer et de se couvrir , car le moment est venu d'agir vigoureusement et de s'efforcer de battre l'ennemi. Cet effort doit se traduire par un redoublement d'intensité du feu de l'artillerie , et par une concentration de ce feu sur des points déterminés de la position ennemie.
Il y a deux manières de donner plus de force au feu de l'artillerie : c'est de faire avancer de nouvelles batteries, ou bien de rapprocher de la position ennemie les premières batteries, et de leur faire exécuter un feu plus rapide et plus nourri.
Il est toujours possible de faire avancer de nouvelles batteries, même lorsque toute l'artillerie du corps d'armée ou de la division est engagée , en les empruntant à la réserve d'artillerie de l'armée; c'est le cas qui se présentera toujours dans une attaque principale contre le point décisif de la position ennemie. Ces nouvelles batteries seront, au moins en partie, de grosse artillerie. Jusqu'à ce moment , la direc-
tion da fea des batteries ayancées Ujb {fig, S6), anit été choisie d'après des eonsidérations très^généràles ; mais il faut maintenant que tout revête une forme plus pfédse. Ea Dotéme temps que le feu augmente d'intensité^ la diredioa de la ligne de feu doit changer. D'après les résultats qn'â donnés la première partie du combat préparatoire, le gé^ néral en chef a résolu, par exemple, de ne pas diriger son attaque contre la partie cd de la position ennemie, en îm de laquelle il s'était d'abord déployé , mais d'attsquer au contraire la partie e/, sur laquelle il choisit wrs c2 et ^ ses points d'attaque principaux.
En conséquence , la nouvelle ligne de batteries ne dmt plus être directement en avant de ab , mais elle occupera une ligne telle que hk^ et c'est entre A et A que s'avancent l'infanterie du corps d'armée. Pendant que les premières batteries continuent leur feu en lui donnant une nouvelle vigueur, les batteries que l'on vient de prendre dans la ré» serve du corps A ou dans la réserve de l'armée se portent aussitôt sur la ligne hk et prennent posdtion aux ailes h et ^, de znanière à laisser à l'infanterie la plaœ nécessaire pour se porter plus tard en avant. Ce n'est que lorsque les battes ries A et A: ont ouvert leur &n que les batteries a^%b abandonnent leur position pour se joindre à elles. On décidera) dans chaque cas particulier, si tootes les batteries primitivement placées en ab doivent changer de position; par exemple, si les dispositions d'attaque contre dg demandaient beaucoup de temps , la batterie a pourrait rester en plaee plus longtemps et b seule se rendrait en A.
Douze piècesi prenant de grands intervalles, occupent au moins 240 pas; 36 pièces, moitié de gros calibre et moitié d'artillerie légère, occupent environ iOôO pas. On peut trèssouvent faire agir 36 pièces sur une ligne relativement peu étendue d'où l'on vent partir pour exécuter Fattaqoe principale. Supposons que la ligne ab^ sn^r laquelle noire corps s'est d'abord déployé , ait une étendue de âOM pas, et^ en même temps , qu'on ne puisse donner une plus grande longueur à ki ligne hk d'oà partira Taltaque dféeî-
sîve; si 36 pièces doivent agir sur cette ligne hk^ il sera tout à fait impossible de les répartir aux ailes de façon que l'infanterie puisse avancer librement entre les batteries h et k. U faut alors placer des pièces sur le centre de la ligne, en m et n par exemple. Afin que ces batteries du centre n'arrêtent pas trop longtemps le mouvement en avant de rin- &nterie, et pour que leur action ne soit pas trop limitée, on les porte d'avance le plus près possible de Tennemi, en les faisant appuyer par les batteries des ailes. -— Il est toutefois difficile de les &ire avancer à plus de 800 pas* — Ce n'est qu'après que les batteries centrales auront tiré suffisamment que les batteries des ailes devront se porter en avant, si on le juge nécessaire, ce qui dépendra de la nature des premières positions de l'artillerie ainsi que du calibre des batteries des ailes.
Par suite de la grande mobilité que possède aujourd'hui l'artillerie de tout calibre , on n'a plus aucune raison de mettre de préférence des batteries légères à l'avant-garde et à la tète des colonnes qui marchent au combat. U faut au contraire y employer la grosse artillerie pour protéger plus efficacement les premiers déploiements, sans s'exposer soi"-même à de trop grandes pertes. H est donc permis d'admettre qu'il se trouve aux ailes de la ligne kh des batteries de gros calibre , qui ne seront pas facilement obligées d'abandonner leurs positions éloignées, en admettant, bien entendu, que ces positions aient été convenablement cb<H« sâes.
n va de soi qu'on doit laisser entre les batteries du centre de la ligne hk les intervalles nécessaires pour permettre à l'infanterie d'y passer conunodément sur un front an moins égal à celui de la colonne double.
L'artillerie déployée sur le front hk doit être considérée comme une grande batterie ou une masse d'artillerie. Les pièces de gros calibre concentreront leur feu contre les points d'attaque choisis dans la position ennemie, pour détruire les barricades , parapets ou ëpaulements qui s'y trouveraient. Les batteries légères ont pris, autant que possible , des po-
sitions d'enfilade pour chasser les troupes déployées sur le front ennemi; elles dirigent en outre une partie de leur feu par-dessus les abris du front défensif, d&n d'atteindre ou d'effrayer le plus loin possible les réserves de l'adversaire.
La masse d'artillerie en hk a besoin d'être protégée, afin de pouvoir rester en action et de ne pas être chassée par la moindre attaque des troupes ennemies. Les soutiens habituels des batteries ne sont plus suffisants pour leur donner la protection nécessaire, et il faut faire avancer aussitôt des troupes plus nombreuses de cavalerie ou d'infanterie. Ces troupes seront prises dans la réserve, ou bien la cavalerie de l'aile droite le se portera en 0 pour y prendre position. On pourra peut-être faire avancer la brigade d'infanterie de l'aile droite 16 derrière la grande batterie.
Le combat de la grande batterie hk est une préparation immédiate de l'attaque , et il ne faut pas oublier que l'on a renforcé l'artillerie sur cette ligne afin d'arriver plus vite au but. Ce n'est que dans des cas très-rares que le feu de l'artillerie produira sur l'ennemi une impression suffisante pour le décider à évacuer sa position, môme si ce feu durait pendant très-longtemps; en revanche, il est possible qu'un feu très-vif et non interrompu réussisse en peu de temps à étourdir Tennemi, et à le troubler au point que les troupes d'attaque ne trouvent plus qu'une faible résistance. Le but de cette attaque d'artillerie est donc plutôt de démoraliser l'ennemi que de lui causer des pertes matérielles. Mais , avec l'habitude, l'esprit humain peut tout supporter. Il ne faul donc pas laisser à l'ennemi le temps de s'habituer à ce feu violent d'artillerie, et, dès qu'il a produit son action stupéfiante, il faut en venir aux mains et faire avancer les troupes qui peuvent obtenir un résultat réel et déterminer le succès.
Par conséquent, dès que la grande batterie est établie sur la ligne hk^ on commence à préparer le deuxième moment : la marche en avant. Les^troupes destinées à l'attaque se déploient en arrière de hk et, lorsque ce déploiement est exécuté, elles entrent aussitôt en ligne, s'emparent du rôle principal, et le feu de la grande batterie ne continue qu'au-
tant que le permet l'action principale qui vient d'être engagée.
Les troupes destinées à l'attaque sont déployées derrière hk de la même manière qu'elles Tétaient derrière ab. Si Ton a laissé la batterie âs à sa place primitive, il faudra égale* meut laisser près d'elle la brigade de l'aile gauche //b avec quelque cavalerie. On remplace alors ces troupes dans la nouvelle position par des troupes tirées de la réserve, par exemple la brigade 74 par la brigade ///!>.
Le deuxième moment consiste par le fait dans la marche de l'infanterie III^ et I^^ destinée à l'attaque, de sa position en pq jusque sur le front de la ligne ennemie rf/, contre les points d'attaque choisis sur cette ligne. Nous avons déjà vu comment chaque bataillon, chaque brigade d'infanterie, se forme à cet effet, comment ces troupes se garantissent le plus longtemps possible du feu ennemi, et comment elles résistent aux charges de cavalerie. La formation en carré est pour cela la meilleure, et plusieurs carrés à distance convenable les uns des autres, couvrant de leurs feux l'espace qui les sépare, rendent difficile mais non impossible à la cavalerie de pénétrer dans ces intervalles.
Bien que l'infanterie soit aujourd'hui en état de repousser seule les attaques de cavalerie, il ne faut cependant négliger aucun moyen d'augmenter sa force afin de la mettre à. même de prévenir les retards que de^attaques de cavalerie pourraient apporter à-son mouvement en avant. On y parvient en faisant convenablement appuyer par de la cavalerie l'attaque de l'infanterie. Si cette infanterie, après avoir traversé la ligne hk^ arrive en r$ et s'y tïouve attaquée par la cavalerie ennemie C, alors la cavalerie de l'agresseur qui, de o^ a suivi lentement l'infanterie à l'aile de laquelle elle se trouve placée, peut s'élancer rapidement en t sur le flanc de la cavalerie ennemie, appuyer par cette charge le feu des carrés de son infanterie et forcer l'ennemi à se retirer.
La cavalerie de l'attaque ne doit pas marcher à hauteur de son infanterie, afin de se tenir le plus longtemps possible hors du feu ennemi et de surprendre davantage l'adversaire
lorsqu'elle s'élance sur lui. D'un autre côté, nous avons établi, comme un des principes essentiels de la liaison des armes, que chacune d'elles doit être aussi indépendante que possible pour avoir son maximum de force. Il faudra donc, dans le cas qui nous occupe, que les chefs de la cavalerie en 0 puissent choisir eux-mêmes le moment de charger, sans être obligés d'attendre un ordre supérieur ou les demandes de secours des chefs de l'infanterie qui les précède. Le chef de cette cavalerie doit donc voir lui-même ce qui se passe en avant du front ; et, comme cela lui serait presque toujours impossible s'il se tenait à 400 pas en arrière de l'infanterie, il fait marcher constamment à hauteur de l'infanterie un détachement plus ou moins fort, un escadron ou un demi-escadron par exemple, selon la force de sa cavalerie ; il se tient lui-même avec cette troupe avancée, il observe et, au moment décisif, il appelle rapidement à lui le gros de sa cavalerie à l'aide d'un signal ou d'un aide de camp.
On donne plus de force à cette action de la cavalerie, on augmente ses chances de charger, si au lieu de placer toute la cavalerie aux ailes, on en met une portion vo derrière le centre de l'infanterie. Voici quel est l'emploi de cette troupe w : si l'ennemi dirige une attaque contre le centre de l'infanterie et que la cavalerie des ailes ne puisse être à temps sous la main du général, la cavalerie traverse la ligne d'inianterie pour repousser la cavalerie ennemie. A cet e&t, il est de la plus grande importance que-la cavalerie adopte des formations de manœuvres convenables, qui lui permettent de passer sur un front restreint entre les bataillons de l'infanterie, et de prendre rapidement ime formation d'attaque dès qu'elle a passé la ligne. Le rôle principal du détachement vo n'en reste pas moins le suivant : repousser la cavalerie ennemie qui aurait réussi à traverser l'infanterie de l'agresseur, pour l'empêcher d'abord d'envelopper cette in* fanterie et, en second lieu, de se jeter comme l'éclair sur la réserve A^^ qui suit la première ligne d'infanterie et qui se trouve rarement dans l'ordre de combat*
Toutes les fois que le terrain ne permet pas un grand dé-
veloppement, la cavalerie doit être placée derrière Tinfanterie, à l'exception du détachement qu'il .est toujours bon de placer aux ailes pour couvrir l'artillerie, lorsqu'on n'est pas trop faible en cavalerie.
Dès que l'infanterie d'attaque a traversé la ligne M, les batteries du centre m et w, se trouvant masquées par elle, cessent leur feu ; les batteries des ailes continuent le leur encore quelque temps, mais, en général, elles le cessent bientôt. On pourrait maintenant faire atteler toute l'artillerie, pour lui faire prendre plus en avant une nouvelle position d'où elle recommencerait le feu ; mais en agissant delà sorte, on rendrait le mouvement en avant de l'infanterie complètement subordonné à celui de l'artillerie, l'action de l'infanterie perdrait son indépendance, et les hypothèses que l'on a faites sur la liaison intime des différents moments de l'atta^ que se trouveraient détruites. On suppose que le feu préparatoire de la grande batterie hk a étourdi l'ennemi par son énergie, et que l'on profite de ce moment de stupéfaction pour faire avancer l'infanterie avant que l'ennemi ait le temps de se remettre. Par conséquent la marche en avant ' de l'infanterie doit être aussi continue et aussi rapide que le permettent la vitesse et les formations de cette arme. D'un autre côté, on ne saurait vouloir faire taire oomplétemient l'artillerie de l'agresseur, et il faut au contraire chercher dans tous les cas à obtenir son concours.
De là résulte pour l'artillerie la ligne de conduite suivante pendant le deuxième moment de l'attaque : dès que l'infanterie qui s'avance de pq approche de la ligne M, les batteries du centre donnent à leur feu toute la vivacité possible. La moitié (ou les deux tiers) de l'artillerie des ailes en A et k attelle et va prendre en avant une nouvelle position d'où elle peut encore tirer pendant que l'infanterfe, après avoir atteint le front de la position ennemie, pénètre dans cette position. Les batteries qui se sont portées en avant dirigent d'abord contre le front de la position un feu qu'elles s'efforcent de cendre convergent ; elles tirent ensuite sur les réserves de l'ennemi dès que l'infanterie d'attaque arrive sur le front défensif.
L'artillerie des ailes qui est restée dans les anciennes positions hk fait un feu redoublé jusqu'à ce qu'elle soit masquée par rinfanterie qui s'avance ; et elle se porte alors également dans les positions avancées.
L'artillerie du centre cesse entièrement son feu dès que ' l'infanterie a dépassé la ligne hk^ et elle attend de nouveaux ordres.
Dans le troisième moment : pénétrer dans le front ennemi, l'infanterie se trouve d'abord réduite à ses propres forces. Le principal appui qu'elle reçoive alors des autres armes consiste dans le feu convergent que les batteries avancées dirigent sur les réserves ennemies, qui gêne l'action de ces réserves et donne à l'infanterie entrée dans la position le temps de s'y établir et de s'orienter. En raison de la grande portée de l'artillerie actuelle, l'infanterie peut encore être appuyée par des batteries plus éloignées , telles que celles qui seraient restées sur la ligne ab. La cavalerie doit chercher à suivre l'infanterie dès qu'elle le peut, afin de lui prêter son concours à Tintérieur de la position : cela est d'autant plus nécessaire que la cavalerie de la défense y trouve de son côté un vaste champ d'action. Lorsque les flancs de la position défensive sont mal appuyés, la cavalerie de l'agresseur peut souvent attaquer la position de flanc, en même temps que l'infanterie y pénètre de front. Mais quand ces mouvements de flanc ne sont pas possibles, la cavalerie se contentera de suivre Tinfanterie et d'entrer dans la position par le môme chemin. Il en est de même pour l'artillerie.
Il ne faut pas entraîner toute l'artillerie dans la position avant d'avoir la certitude qu'on n'en peut être chassé, parce qu'on s'exposerait trop au danger de perdre ses canons. Il est, pour cette raison, d'une im^portance extrême que les dernières positions que prend l'artillerie avant que l'infanterie pénètre dans le front ennemi lui permettent de commander le plus longtemps et le plus loin possible l'entrée de la position ennemie. Lorsque l'agresseur peut trouver pour son artillerie des positions de cette nature, sa \âctoire est déjà presque assurée. Mais si l'ennemi à bien pris ses mesures.
il sera difficile de trouver des positions semblables, et ce qui constitue Tune des plus grandes faiblesses de Tattaque, c'est précisément que l'action combinée des différentes armes lui fait défaut juste au moment de la crise.
C'est en effet à cette faiblesse qu'est due souvent la perte d'une victoire que l'agresseur avait déjà dans la main. Il faut toujours être préparé à cette perte, et c'est en s'y préparant qu'on pourra être le mieux à même, non-seulement d'afiTaiblir les suites d'une défaite si on la subit, mais encore de changer cette défaite en victoire, si le défenseur, après avoir battu l'agresseur à l'intérieur de la position, s'exagère s^n succès, juge mal la situation et perd ses avantages. Nous avons dit que l'artillerie du centre de l'attaque se trouve momentanément inactive dès que l'infanterie traverse la ligne hk. L'effort de l'agresseur doit être d'ouvrir le plus tôt possible à cette artillerie un nouveau champ de tir. On pourrait songer à faire entrer cette artillerie dans la position ennemie pour y prêter son concours à l'infanterie qui Ta envahie ; mais, en se livrant à un examen plus attentif, on reconnaît qu'il ne faut pas faire entrer l'artillerie dans la position avant d'être à peu près certain de s'y maintenir. Au contraire, l'artillerie et surtout celle de gros calibre est d*un emploi excellent dans les positions qui commandent l'intérieur de la position ennemie, celles par exemple qu'a dA prendre le gros de l'artillerie des ailes immédiatement avant l'entrée de Tinfanterie dans le front ennemi. Quant on trouve de ces positions, on n^a rien de mieux à faire que d'y placer la grosse artillerie pendant le troisième moment, et alors une partie de l'artillerie légère peut suivre l'infanterie dans la position ennemie pour lui prêter son concours. Il faut en général que la grosse artillerie du centre, devenue inactive dans le deuxième moment, soit toujours portée aux ailes quand commence le troisième moment et reste provisoirement hors de la position envahie. Si l'attaque est repoussée, cette artillerie se trouve alors placée de la manière la plus avantageuse pour rejeter dans ses retranchements l'ennemi victorieux s'il essayait d'en sortir. Si l'attaque réussit, cette artillerie est
portée tranquillement aux points où sa présence paraît le phis utile.
C'est dans l'attaque d'une position bien choisie et bien occupée qu'un emploi rationnel dt Faïtillerie est le plus difficile. Les erreurs que l'on commet alors le plus fréquemment proviennent de ce qu'on veut employer l'artillerie partout et dans chaque moment de l'attaque. Cette idée détruit iGute rindépendaBce et, par suite, la force des diffé-* rentes armes. Pour avoir de l'artillerie partout, on la dissémine beaucoup trop. Il est bien certain qu'on ne dte«t plus compter aujourd'hui sur une grande réserre d'artillerie pour une armée entière et, par suite, sur un commandant en chef de rartillerie d'une armée, par la raison que les décisions partielles seront obtenues très-rapidement sortes points principaux oîi elles deviennent des décisions générales. Mais si Ton doit renoncer à former «ne réserve générale d'artillerie, on n'en a que plus de motifs de conserver réunie Tartillerie de chaque corps d'armée ou de chaque division, eî d'en placer une grande partie à la tête des colonnes d'attaque.
Il faut encore aujourd'hui conserver la possibilité de répartir inégalement l'artillerie (ainsi que les autres armes), afin de pouvoir en amener de plus grandes masses aux points décisifs ; mais, dans tous les cas, les réserves d'artillerie d'armée seront moins fortes aujourd'hui qu'il y a dix aïis. L'adoption des canons rayés s'oppose naturellement à un éparpillement de l'artillerie, au moins dans Tintérieur des corps d'airmée et des divisions, parce que ces canons à longue portée , pour agir efficacement, doivent se trouva autant que possible aux ailes de Fiirfanterie combattaBlie; mais tout en donnant à l'artillerie cette indépendancequ'elle dfM avoir, on ne doit pas réduire l'infenterie au simple rôfc de soutien de l'artillerie ; — on ne veut pas que la liaison dtes armes d'ans le combat devimne dm plus nuisibles au Kew tf être a^vanlageuse.
n ne faut jaoœtais oublierque F6»iiptoi des armes spéciales dans te combat dépend en grande partie de la manière àôiâ
elles sont réparties préalablement dans les corps d'armée et. les divisions.
Le quatrième moment de l'attaque consiste à éviter les suites d'une défaite, ou à profiter de la victoire. Dans le second cas, ce moment commence lorsque l'agresseur, après avoir enfoncé le front ennemi, a battu et repoussé les premières réserves partielles qui soutenaient immédiatement le front de la position. Ce nouveau succès fait gagnera l'agresseur de l'espace pour s'étendre dans la position, et le temps de s'établir assez fortement sur certains points du front conquis pour n'avoir plus à s'inquiéter d'une retraite s'il venait à y être forcé. Il peut maintenant faire entrer dans la position sa cavalerie et le gros de son artillerie, et le rôle de ses forces réunies sera d'attaquer le gros des réserves ennenûes, soit que ces réserves s'établissent dans une nouvelle position plus en arrière, soit qu'elles essaient de prendre l'offensive.
La lutte recommence de plus belle : la première partie seulement du combat préparatoire a lieu ; tous les autres moments se succèdent en général beaucoup plus rapidement que dans la première attaque. Les circonstances sont devenues le plus souvent beaucoup plus favorables à l'attaque ; lorsqu'il a traversé le front ennemi, l'agresseur se trouve à peu près sur le même terrain que le défenseur , et dans le cas où ce dernier formerait un nouveau front défensif ea arrière, il est à présumer que la force de ce nouveau front ne sera point comparable h celle du premier.
Si la réserve principale de l'ennemi finit par être forcée d'abandonner le terraia , la poursuite conmience. Le rôleprincipal appartient généralement à la cavalerie et à l'artillerie. La cavalerie poursuit les groupes de fuyards ennemis sans leur donner le temps de se rallier. L'artillerie se tient prête à ouvrir les défilés oîi l'arrière-garde ennemie prend position pour couvrir la retraite de son armée et ralentir la poursuite. U est naturellement plus avantageux encore de pouvoir prévenir l'ennemi à ces postes importants,. mais on n'y parviendra qu'en donnant une grande rapidité
à là poursuite et en choisissant une direction avantageuse et constamment tournante. La cavalerie et Tartillerie doivent être suivies de près par l'infanterie afin de pouvoir être soutenues par elle dès que l'ennemi oppose une résistance plus sérieuse.
Il est arrivé souvent qu'une nombreuse cavalerie de l'agresseur n'a pas obtenu de la poursuite les résultats brillants qu'on était en droit d'attendre, et non moins souvent aussi qu'une armée pourvue d'une cavalerie insuffisante a fait merveille dans la poursuite. Pour que la poursuite donne de grands résultats, il faut avant tout qu'elle se lie immédiatement au combat, qu'elle en soit la continuation. Il n'en est presque jamais ainsi toutes les f6is que l'agresseur attend son succès du combat à distance. En effet, il arriire souvent alors qu'il ne sait qu'il est vainqueur que lorsque le gros de l'ennemi a déjà évacué le champ de bataille; te combat s'est assoupi par fatigue, il en est résulté une pause qui a permis à l'adversaire de gagner une avance plus ou moins grande, de se rassembler et d'organiser la résistance sur la ligne de retraite. La poursuite peut difficilement rega* gner ensuite le temps perdu. Ce qui vaut mieux que la cavalerie la meilleure et la plus nombreuse pour rendre une poursuite fructueuse, c'est que le général en chef ait constamment devant les yeux la nécessité d'établir une liaison intime entre le combat à distance et le mouvement en avant; il faut qu'il se pénètre de cette pensée que le premier de ces combats prépare, tandis que le second achève , et que la durée de l'un doit être diminuée tant qu'on peut, afin de passer à l'autre le plus tôt possible. En raison de la grande portée actuelle des armes à feu, il est d'autant plus important d'observer le principe qui vient d'être énoncé*
LIAISOIV DBS ARMES BA5S LÀ DÉFENSE.
Nous avons déjà vu, en parlant du combat de l'infanterie, que la formation d'une forte ligne de feux est le premier besoin de la défense. Une ligne de feux bien organisée, qui
commande un vaste champ de tir sur lequel les chemins d'approche sont exposés à ses feux directs et de flanc ; une ligne de feux qui est en outre convenablement protégée contre l'ennemi par des abris immédiats et par la conformation du terrain qui la sépare des premières positions de l'ennemi, telle est la condition la plus importante pour tout le premier moment de la lutte et, en partie du moins , pour le deuxième et le troisième moment»
En conséquence, l'infanterie qui doit occuper le front d'une position mettra en première ligne le plus de bataillons possible et , de ce qui lui reste , elle formera une réserve plutôt qu'une deuxième ligne. Etant donnée une masse d'infanterie destinée à défendre un front déterminé, on peut admettre qu'il faudra en prendre le tiers pour former une réserve générale, et placer les deux autres tiers sur la ligne de front. Les trois quarts de ces deux tiers du tout seront en première ligne et l'autre quart en seconde ligne. D'après ce qui a été dit plus haut , il est à peine besoin de faire observer qu'il ne s'agit ici que des divisions ou corps d'armée qui sont spécialement chargés de la défense dans une bataille défensive, par exemple des divisions placées comme 1, 2, 3(/î^. 21 , planche III). Cela ne s'applique point à une armée entière qui voudrait relier à la défense d'un front déterminé l'offensive, soit en avant de ce front, soit à l'intérieur de la position. Cette armée pourra ne piacer sur le front à défendre que la moitié de ses divisions, et môme moins, et conserver le reste, qui peut être considéré comme une grande réserve, pour prendre l'offensive. Nous devons rappeler encore une fois que le principe qui dit que la défense doit adopter l'ordre profond n'est vrai que pour l'ensemble de la défensive, et seulement à condition qu'elle introduira l'élément offensif si elle veut obtenir un succès. Mais il est absolument nécessaire que la défense donne un front étendu à celles de ses troupes qui sont chargées du rôle purement défensif et qui n'ont qu'à repousser les attaques de l'ennemi. Sans cette étendue du front, la formation profonde de la défense serait inutile.
Ce qui est utile pour une armée entière parait Tôtre également pour une division qui occupe le front , et est chargée de la défense, dans l'acception la plus étroite du mot. Elle forme donc aussi une réserve pour donner, par une formation profonde , à la partie du front qu'elle garde le même avantage que l'armée obtient ainsi pour le front total. Cependant, comme l'armée obtient précisément au moyen des divisions qu^elle répartit sur le front défensif l'étendue qui lui est indispensable, tandis que les autres divisions 4,5,6 {fig. 21), qu'elle conserve en masse, lui assurent la profondeur qui lui est également nécessaire, il va de soi que ces divisions avancées auront beaucoup moins de souci que l'armée entière d'avoir une formation profonde.
Nous savons déjà qu'un bataillon d'infanterie , placé sur le front d'une position défensive, détache en avant ses compagnies de tirailleurs pour former une ligne de feux, et conserve en réserve le gros de ses forces pour repousser , soit par ses feux, soit par une attaque à la baïonnette, l'ennemi qui forcerait un point quelconque du front. De la même manière , la division ou le corps de toutes armes, chargé de défendre une partie du front de l'armée, doit se fractionner en deux parties, celle qui occupe le front et la réserve intérieure.
Tous les bataillons placés en première ligne et dans une seconde ligne plus faible constituent la défense du front ; la réserve intérieure se compose des troupes qui restent serrées et plus en arrière , sous la main du général commandant la division ou le corps d'armée.
En parlant du bataillon isolé nous avons distingué deux cas : celui d'une position dont l'espace intérieur est facile à voir et pourvu de bonnes conununications, et celui d'une position dont l'intérieur est couvert et très-coupé ; nous avons recommandé dans le premier cas la formation du bataillon, et dans le second l'ordre en colonnes de compagnie.
D n'y a presque rien d'analogue pout la division. On peut affirmer avee assez de certitude, — sauf quelques exceptions qui confirment la r^le , — qu'une division entière , placée
sur un terrain où la formation en colonnes de compagnie serait opportune , occuperait une position mauvaise, dans laquelle il lui serait impossible de déployer toute sa force et de profiter des avantages de la liaison des trois armes.
Les troupes qui occupent le front doivent chercher leur jEorce principale dans les feux, la réserve intérieure la trouve an contraire dans le mouvement offensif. Nous avons vu néanmoins que les premières troupes peuvent avantageusement faire usage du combat à petite distance pendant le troisième moment de l'attaque — entrée dans le front défend.
Le firont est donc occupé principalement par l'infanterie et l'artillerie. Nous nous sommes étendu suffisamment sur le rôle de l'infanterie; ajoutons seulement qu'il est très-important de répartir sur la ligne de feux quelques tireurs d'élite. C*est là leur véritable place.
Il est de principe que l'artillerie du front défensif soit placée sur les points de la ligne de feux d'oîi Ton voit le mieux l'ennemi; mais, tout en observant ce principe, on peut encore placer l'artillerie de deux manières différentes : sent aux points d'oîi elle a le champ de vue le plus étendu, d'où elle peut tirer de tous côtés et atteindre l'ennemi partout où il se montre à portée ; ou l'établir, en second lieu , là où elle n'a qu'un champ de vue restreint . mais où son action doit être considérable si l'ennemi paraît sur ce terrain. Ce dernier cas est celui de batteries qui battent les défilés, ponts, etc., que l'ennemi est forcé de passer pour arriver au front de la position. Quant aux batteries qui doivent avoir une vue très-étendue, on cherche à les placer dans des positions telles que plusieurs de ces batteries embrassent l'ennemi et le prennent en flanc. Cette disposition de l'artillerie suppose toujours un front défensif coupé sous divers angles. LÀ défense doit toujours chercher à se donner tiD front de cette espèce, et elle y arrive de la manière la pins simple en occupant des postes avancés.
. Ëa grand c'est toujours l'attaqué qui s'efforce d'embrasser, mais en petit elle n'y trouve plus d'avantage, parce qu'elle
sait fort bien qu'en agissant ainsi, elle s'expose elle-même à être enveloppée par la défense. La valeur de ce principe est constante pourvu qu'on le comprenne bien, La portée plus considérable des armes à feu actuelles lui apporte des modifications, de façon, par exemple , qu'un bataillon d'infanterie qui attaque, cherche à mettre en ligne tous ses fusils dans le combat à distance, pour envoyer à l'ennemi le plus de balles qu'il peut ; mais ce ne sont là que des modifications qui restent plus souvent en projet qu'elles ne s'exécutent réellement.
Soit ab{fig. 57) le front d'une position défensive. L'agresseur cherchera à gagner dans la direction x ou y un des flancs 6 ou « de cette position. Il lui serait au contraire difficile d'attaquer de cette façon le poste avancé d^ car s'il entouré ce point en cfe^ il est certain d'être lui-môme pris en flanc des points g et h^ et s'il attaque ce poste d à revers en cicy toute la partie gh du front défensif le prend luimême à dos. Des positions telles que g et h sont, à cause de cela, toujours avantageuses pour l'artillerie de la défense quand l'ennemi peut attaquer le poste rf. La défense cherchera donc à installer le poste d^ de telle sorte que l'ennemi ne puisse se dispenser de l'attaquer. Pour cela, il faut absolument , quelles que soient du reste les autres conditions, que ce poste d commande une grande étendue du front, ce qu'on ne peut obtenir qu'en plaçant en c? une artillerie suffisante et, de préférence, de gros calibre. Pour éviter de perdre cette artillerie, on cherche à donner à ce poste avancé le plus de force possible. Une condition essentielle de cette force, c'est que les communications entre ce poste avancé et le front de la position soient faciles et, sous ce rapport, la langue de hauteurs k est plus avantageuse que la colline isolée d {fig. 57).
S'il est généralement vrai que la défense est forcée de se soumettre aux lois que lui impose le terrain dont elle veut faire usage, cela s'applique plus particulièrement à Tartillerie de la défense. Mais le terrain est un séducteur dangereux, qui nous fait voir constamment de nouvelles positions avan-
tageuses si nous nous laissons dominer complètement par ridée de son importance. Il en peut résulter deux fautes : soit de mettre toute l'artillerie en première ligne, soit de la trop disséminer.
La première peut avoir pour suites de nous faire perdre toute notre artillerie d'une manière irréparable si l'ennemi est heureux au début, et de nous mettre ainsi hors d'état de faire tourner la chance. En disséminant trop l'artillerie, on court le danger d'avoir de l'artillerie inutile sur plusieurs points, et de n'en avoir pas assez là où elle doit agir efficacement.
Pour vous prémunir contre ces fautes et leurs conséquences, ayez toujours pour règle d'employer l'artillerie au moins par batteries entières, et, avant de fractionner une batterie en sections ou en détachements plus petits, rendezvous bien compte chaque fois du motif qui vous y engage. Placez au plus les deux tiers de votre artillerie sur le front et conservez le reste dans la réserve intérieure. N'engagez pas dès le début plus de la moitié de l'artillerie que vous avez mise sur le front de la position, et gardez l'autre moitié réunie derrière le centre de la ligne, sur un point d'où vous puissiez facilement la porter dans toutes les directions où sou action serait nécessaire , par exemple sur une grande route, pour la mettre ensuite en mouvement quand les desseins de l'ennemi s'annoncent clairement. Cela n'a jamais lieu avant le commencement du deuxième moment de l'attaque. Ce serait gaspiller ses forces que de vouloir opposer un feu égal ou supérieur à celui des grandes batteries avec lesquelles l'agresseur prépare son attaque. La véritable supériorité de l'artillerie de la défense commence quand l'infanterie de l'attaque traverse la ligne hk {fig. 86), et,. pour augmenter cette supériorité, la défense a dû laisser d'abord înactîve une partie de son artillerie. Il importe pour la défense de faire le moins de pertes possible au commencement et, par suite, d'exposer le moins qu'elle peut. La moitié de l'artîUerie que vous engagez au début sur la ligne de défense doit être répartie aux postes avancés d'où elle aura le champ
de vue le plus étendu et , en outre, sur les points d'où elle peut agir de plusieurs manières. Ainsi la batterie h {fig. 57) enfile le défilé m , et elle causera des pertes considérables aux colonnes ennemies qui voudraient le traverser; en outre, elle flanque en même temps le poste avancé d et peut toujours rendre de grands services , si l'ennemi renonce à passer le défilé m et attaque le poste d dans une autre direction.
Ces règles sont toujours applicables, que l'on ait beaucoup ou peu d'artillerie.' Dans ce dernier cas, il faut se rappeler que l'artillerie peut en général être remplacée, dans certaines limites, par des tireurs^d'élite etméme aujourd'hui par l'infanterie. C'est dans ce sens que les règles qui viennent d'être énoncées s'appliquent à la répartition des tireurs d'élite, et il ne reste plus qu'à se rendre compte si Ton peut remplacer sur certains points l'artillerie par ces tireurs.
Faut-il placer de la cavalerie sur le front de la position défensive?
Nous savons que l'attaque a besoin de se renseigner le plus tôt possible sur les dispositions de la défense, entre autres sur la répartition de ses troupes. La défense a eliemême un plus grand besoin de connaître les dispositions de l'agresseur. Le défenseur sait qu'il doit attendre, qu'il lui faut laisser du temps à l'attaque, mais il se demande de quelle façon l'agresseur mettra ce temps à profit, et cette pensée lui cause une tension d'esprit qui devient prompt&mentde l'inquiétude et de l'indécision, s'il n'occupe pas son esprit de quelque manière. Des reconnaissances de cavalerie sont, pour cela, d'une grande utilité.
Il n'est cependant pas nécessaire que la cavalerie chargée de ces reconnaissances soit prise dans les troupes qui occupent le front de la position, il est beaucoup plus naturel de la demander à la réserve intérieure.
Un autre usage que le défenseur peut faire de sa cavalerie, ce sont des charges en avant du front pour forcer les tirailleurs ennemis à la prudence, repousser ou même enlever les batteries qui s'avanceraient trop audacieusement, pour
ralentir par des menaces continuelles la marche en avant des bataillons d'attaque et les maintenir plus longtemps sous le feu du défenseur. Ces attaques de cavalerie peuvent donner de grands résultats au prix de sacrifices relativement minimes. La possibilité de les exécuter dépend en premier lieu de la nature du terrain en avant du front défensif et sur ce front même, parce qu'il faut que le retour dans la position ne soit pas trop difficile, et, en second lieu, de la quantité de cavalerie dont on dispose. Comme la cavalerie qui charge ainsi est toujours très-exposée, et que le succès, bien que considérable quand on l'obtient, n'en est pas moins assez peoi vraisemblable, il est de règle, si l'on a peu de cavalerie, de la ménager en attendant l'instant où elle pourra déployer une supériorité réelle. On peut donc poser en principe: quand vous avez beaucoup de cavalerie, donnez-en une partie à la troupe qui garde le front défensif et faites-lui faire quelques sorties en temps opportun ; qu'elle soit, dans ce but, assez près du front pour pouvoir saisir le moment de s'élancer ; si, au contraire, vous awez peu de cavalerie, conservez-la réunie avec la réserve intérieure, cherchez avant tout à obtenir un effet satisfaisant des feux de la garnison du front, comptez do préférence sur ces feux en tâchant de voir par Tous-même ou d'apprendre par des rapports ce qui se passe en avant du front, puis, si vous avez des raisons presque certaines de croire qu'une attaque de cavalerie vous donn;erâ un résultat important, vous pouvez faire exécuter cette charge par la cavalerie de la réserve.
JNous avons déjà vu que l'instant le plus critique pour l'agresseur est celui où il vient justement de pénétrer dans la position défensive. Ses troupes sont affaiblies par les efforts qu'elles viennent de faire et elles se croient déjà victorieuses. Cet a&iblissem^ent et l'idée qu'elles ont vaincu ont pour effet de causer un abandon, un relâchement momentané. Li'attaque se ralentit un instant. La plus grande faiblesse de l'agresseur provient aussi de ce qu'il est en ce moment hors d'état de faire usage de toutes les armes dans un accord convenable, de ce que l'infanterie est à peu près réduite à ses
propres forces. En outre, comme tout se passe d'une manière inverse pour la défense, c'est dans ce moment-là qu'elle trouve la plus belle occasion de se changer en offensive. Cette attaque du défenseur est d'abord le rôle des troupes de la garnison du ' front qui n'ont pas été employées sur la ligne de feux. Nous avons déjà relaté comment les choses se passent pour l'infanterie seule ; il résulte de ce que nous avons dit alors que le combat de loin et celui de près, — ou* la menace de ce dernier, — produisent leur effet et que ces deux actions peuvent être combinées de manière à augmenter réciproquement leurs chances de succès. Le feu de l'infanterie est alors renforcé par celui de l'artillerie. Sd l'agresseur, qui a pénétré dans la position par la brèche n {fig. 57) qu'il a faite dans le front défensif, se serre en masses épaisses, alors quelques pièces de canon que Ton a réservées en arrière du front peuvent produire beaucoup d'effet en enfilant dans sa longueur le défilé n. Mais l'ennemi ne s'efforcera pas seulement de gagner du terrain en avant, il voudra aussi s'étendre sur les côtés afin de se donner un front de déploiement pour ses entreprises postérieures. Des pièces qui le prendront en flanc de o et de /? s'opposeront directement à ce déploiement. C'est là un des cas si fréquents où la défense, bien qu'enveloppée peut-être en grand par l'agresseur, l'enveloppe elle-même en détail d'une manière beaucoup plus dangereuse. Les pièces employées actuellement en 0 et/? contre l'ennemi entré dans la position pouvaient servir tout à l'heure à retarder l'approche de l'ennemi.
Le combat de près de l'infanterie peut être soutenu par des charges de cavalerie. Si l'ennemi qui est entré en n est d'abord étourdi par un feu à mitraille, très-violent mais de courte durée, s'il est ensuite foudroyé à courte distance par le feu rapide de l'infanterie, et enfin attaqué par la cavalerie avec le sabre ou le revolver, il lui sera bien difffcile de se maintenir dans la position. La condition essentielle du succès de cette attaque du défenseur, c'est qu'elle ne se fasse pas attendre ; il s'agit moins ici de la grandeur des forces employées quû de leur action immédiate. Pour tous les au-
très services que la cavalerie est susceptible de rendre sur le front défensif, il est indifférent qu'elle soit placée sur ce front même ou à la réserve qui la détache en temps et lieu ; mais pour le rôle dont nous venons de parler, il est trèsimportant que la cavalerie se trouve avec les troupes qui gardent le front. On leur donnera donc de la cavalerie quand on n'en sera pas trop pauvre. Si l'on a une longue ligne à occuper et, par cela même, un nombre à peine su£Bsant de bataillons, on placera tous les bataillons en première ligne et Ton formera en arrière, en seconde ligne, la cavalerie par escadrons, avec des intervalles de 300 à 500 pas.
Les considérations qui précèdent doivent montrer clairement que c'est juste au moment où l'attaque est le moins en état d'obtenir le concours des trois armes dans le combat que la défense peut y arriver le plus facilement. Restant toujours défense dans l'ensemble, elle devient alors attaque sur chacun des points où l'ennemi croit déjà sa victoire assurée. Tandis que chaque attaque partielle qu'entreprend le défenseur en avant de son front a toujours autant de chances d'insuccès que de réussite, et que si elle promet un grand succès elle expose en revanche à de grands dangers; au contraire chaque attaque de la défense à l'intérieur des limites tracées par le front défensif a d'autant plus de chances de succès et d'autant moins de revers que l'ennemi s'est moins avancé au delà de ces limites.
Si la troupe qui occupe le front réussit à chasser l'ennemi de la position, elle le poursuit. Cette poursuite peut consister dans un feu redoublé, ou à sortir de la position pour courir après l'ennemi vaincu. Le premier cas doit être considéré comme la règle; Dès que l'ennemi se retire de n vers m {fig. S7), les pièces en s se portent sur le front en n pour tirer sur l!ennemi en fuite, d'abord à mitraille, puis à obus ; les pièces en o et jo se portent également sur le front et prennent en flanc les colonnes ennemies; tous les tirailleurs qui ont été repoussés momentanément reviennent sur le front où ils prennent place entre les batteries. Les bataillons et les escadrons se reforment aussitôt pour être prêts à repous-
— lisser une nouvelle attaque. Ces bataillons relèvent l&ors tirait» leurs s'ils en ont le temps et remettent de Tordre dans te systèime général de la première ligne, car il est impossible que cet ordre n'ait pas été troublé par les événements qui viennent d'avoir lieu.
En poursuivant l'ennemi au delà du front de la position, la défense renoncerait à des avantages réels. En effet, si l'ennemi n'a pas pris des dispositions complètement défectueuses, on peut s'attendre à ce que les troupes du défenseur qui sortent de la position rencontreront deft réserves ennemies contre lesquelles elles n'auront plus l'avantage du terrain et devront combattre à armes égales ; en outre, le feu du front défensif est privé d'une partie de son action dès que des troupes de la défense combattent en avant de ce front ; enfin, si la défense prolonge ainsi son action, elle n'a pas le temps de rétablir l'ordre et de rassembler de nouvelles forces, ce qui lui est cependant nécessaire à cause de l'insuffisance de troupes mobiles qu'on lui a supposée.
En récapitulant tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, nous arrivons à l'organLoation suivante pour les tronpes d'occupation du front de la position défensive :
Une première ligne de bataillons d'infanterie : chacun de ces bataillons est en ordre serré ou en colonnes de compagnie, selon la nature de la partie du front dont la garde lui est confiée ; chaque bataillon peut défendre de 250 à 500 pas du front, en raison de la force de la position. En avant de la portion serrée du bataillon se trouve, sur le front même, une chaîne de tirailleurs. C'est dans cette chaîne de tirailleurs que doivent être également les positions de l'artîUerie. Sur des points convenablement choisis, la chaîne de tirailleurs sera renfbrcée par des tireurs d'élite ;
Une seconde ligne, composée soit de bataillons d'infanterie seulement, soit de bataillons et d'escadrons, soit enfin d'escadrons seuls quand le front est très-étendu relativement au nombre de bataillons qu'on a pour l'occuper. Toutes les
ibis qu'on le peut, il faut conserver dans cette deuxième
ligne qoelqnes canons pour les employer le cas échéant, comme en s {fij. 57) .
La réserve générale de la division ou du corps d'armée est j^acée en arrière de cette garnison du front, et elle peut avoir à combattre dans les circonstances suivantes :
a. — La garnison du front ne repousse pas immédiatement Tennemi qui a pénétré dans la position, mais elle lui prépare un retard considérable, et il est probable que si elle est soutenue à propos et pas trop tard, l'ennemi devra céder. — Dans ce cas, la réserve intérieure peut marcher avec toutes ses forces sur le point en question, ou y envoyer seulement une partie de son monde, et se comporter comme il a été dit pour les troupes de la garnison du front qui restent serrées.
b. — L'ennemi a décidément refoulé la garnison du front sur le point où il est entré, il la presse et la poursuit. — La réserve intérieure doit alors commencer par recevoir la garnison du front, et elle se demandera ensuite si elle doit prendre elle-même Toffensive et chercher à chasser Tennemi de la position, ou bien si Tennemi a déjà remporté de tels avantages que cette attaque de la réserve n'aurait aucune probabilité de succès.
c. — Dans ce dernier cas, elle prendra une attitude défensive. Tout en renonçant à reconquérir le terrain perdu, il jEaut cependant qu'elle songe à empêcher l'ennemi de s'avancer plus loin, résultat qu'elle n'obtiendra généralement qu'en formant un nouveau front de défense en arrière de celui qui vient d'être perdu. A ce sujet, il ne faut pas oublier que la garnison du front peut s'être maintenue dans toutes les positions autres que celle où l'ennemi a réussi à percer le front défensif ; il est vrai que cela ne servirait de rien si la réserve intérieure ne veut pas prendre l'offensive pour regagner le terrain perdu, et qu'au contraire les troupes de la garnison du front qui resteraient dans leurs positions primitives seraient en danger d'être coupées dès que Tennemî gagnerait du terrain en avant. La réserve intérieure doit donc avoir soin de rappeler les postes de la garnison qui n'ont pas été
repoussés et tiennent encore. Pour cela, il faut que la réserve ne s'éloigne pas trop du front qui vient d'être perdu. Si le deuxième front derrière lequel elle veut se déployer est très-éloigné du premier, elle s'efforce de conserver avec une partie de ses forces le terrain qui sépare ces deux fronts, jusqu'à ce que la garnison du premier front soit retirée dans la nouvelle position. Ces troupes, ainsi laissées en arrière par le défenseur qui se replie, deviennent des troupes avancées et sont destinées à couvrir la retraite, ainsi que l'évacuation de l'ancien front. Elles se tiennent vis-à-vis de l'ennemi dans un rôle d'observation tant que ce dernier n'entreprend rien, mais elles prennent l'offensive dès que l'ennemi fait un mouvement pour couper des fractions de la garnison du front.
Nous avons dit que, dans le premier cas a, la réserve intérieure peut porter toutes ses forces contre le point où l'ennemi est entré, ou y envoyer une partie de ses troupes. On rencontre fréquemment cette manière d'opérer. C'est pourtant la plus mauvaise ; elle conduit à un éparpillement des forces disponibles, à une consommation rapide des troupes à laquelle l'agresseur ne veut souvent qu'entraîner le défenseur par ses premiers coups, afin d'être d'autant plus certain d'arriver à son but par un deuxième effort. Le défenseur ne doit jamais se laisser entraîner à cette consommation prématurée de ses forces.
Voici quelles sont à peu près les règles pour l'emploi de la réserve intérieure : n'engagez jamais cette réserve par suite d'une simple menace de l'ennemi, mais seul^nent quand l'ennemi a déjà remporté un succès. — Prenez pour principe de faire toujours avancer la réserve intérieure tout entière, de ne lui prendre aucun détachement sans avoir pour cela des raisons péremptoîres dont vous vous rendez bien compte.
Observer cette dernière règle, c'est le meilleur moyen d'éviter un engagement prématuré de la réserve qui sera le plus souvent inutile et ruineux. Celui qui est bien décidé à n'engager la réserve que toute à la fois réfléchira sérieuseinent pour savoir si le moment d'agir est réellement venu ; au
contraire, celui qui se laisse entraîner d'instinct à rengager en détail se console toujours en disant : ce n'est qu'un bataillon, qu'un escadron ; il dépense facilement cette petite monnaie et gaspille ses ressources dans le sens le plus vrai du mot.
Nous avons vu que la réserve doit recevoir la garnison du front qui se replie : cela veut dire qu'elle doit résister à la pression de l'ennemi et arrêter sa poursuite. Pour cette opération^ qui ne peut pas lui donner un résultat positif, la réserve intérieure n'emploiera jamais toutes ses forces ; elle n'y consacrera au contraire que le moins de monde possible, et l'on peut ajouter qu'une force minime sera généralement suffisante, car l'ennemi, quand il vient de pénétrer dans le front, se trouve lui-même en état de crise. On peut arriver au résultat de deux manières : par le mouvement ou de pied ferme. Dans le premier cas, en lançant la cavalerie de la réserve intérieure contre le flanc des troupes ennemies victorieuses, qui poursuivent plus ou moins en désordre ; dans le second cas, par de véritables embuscades. Dans ce dessein, on indique le plus exactement possible à chaque fraction de la garnison du front le chemin par lequel elle devra se retirer si elle y est forcée. A côté de chacune de ces routes et entre plusieurs d'entre elles, on choisit un terrain couvert pour y placer les embuscades : ce sont, par exemple, des plis de terrain, de petits bois, des fermes, des jardins entourés de haies. Ces lieux ne doivent pas être trop éloignés des lignes de retraite, afin de les dominer complètement. On y place de petits détachements d'infanterie qui laisseront passer tranquillement leurs propres troupes et accueilleront par un feu très-vif l'ennemi qui poursuit ces dernières.
C'est le moment où l'on a réussi, par l'un ou l'autre de ces procédés, à arrêter la poursuite de l'ennemi à l'aide de faibles détachements de la réserve, qui est habituellement le plus favorable pour prendre immédiatement l'ofiensive avec toutes les forces de la réserve, afin de reprendre le terrain qu'on a perdu.
Quelle que soit la manière d'opérer qu'adopte la réserve
intérieure, soit qu'elle prenne Toffensive, soit qu'elle forme un nouveau front défensif en arrive du premier, elle pourra toujours utiliser le concours des trois armes, — exeeptédans un petit nombre de cas où le terrain ne le permettrait point.
Le dernier moment de la défense, c'est la retraite du champ de bataille. Si une bataille défensive devient une yio toire et donne des résultats tels que ce soit l'agresseur luimême qui évacue le champ de bataille et que le défenseur puisse le poursuivre^ cette poursuite ne pourra être confiée aux troupes qui ont 'défendu le front, mais à celles qui avaient fait un retour offensif ou à la réserve générale. — Si aucon« traire le défenseur est obligé de se retirer, chaque corps est prévenu, dès que la retraite commence, d'avoir à se m^re en sûreté.
L'objet de la retraite est de gagner du terrain en arrière en conservant aux troupes le plus d'ordre et la meilleure tenue possible. Cela serait relativement facile si l'ennemi ne poursuivait pas ; mais cette poursuite ayant lieu, on ne peut pas se retirer sans combattre. Or une troupe ne peut pas à la fois combattre et se retirer en bon ordre. La r^Ie générale pour toutes les retraites est donc de former les troupes en plusieurs échelons dont l'un fait toujours tète à l'ennemi pendant que les autres se retirent. La vérité de ce principe est si généralement reconnue qu'il a fait créer des formations tactiques spéciales , telles qtïe la retraite en échelons , la retraite en échiquier. La conduite d'une retraite peut être soumise aux règles générales suivantes, quelle que soit la force des corps qui l'exécutent»
€{.<— Toute retraite doit trouver de temps en temps un point d'appui ; il faut donc qu'elle s'exécute de position en position. Pendant que la fraction a (/(^. 88) fait tête à l'annemi dans la position mn, le reste du corps en retraite se retireen qp où une autre fraction i preod à son tour position. l& tr<Mipe à (oceoe alors la réserve de la troupe a et se comporte vi^*vis de œtte dernière comme le fait , dans une positioa défensive, la réserve intérieure vis-à-vis de la garde du front qu'elle est chargée de recevoir.
b. — Chaque position de retraite doit répondre autant que possible aux exigences d'une bonne position défensive, afin qa'cn puisse la conserver pendant quelque temps contre des forces supérieures; mais il faut aussi faire entrer en ligne de compte la nature du terrain qui sépare deux positions successives de retraite. En général le terrain est favorable à la troupe en retraite lorsqu'il est couvert. Bien qu'un semblable terrain puisse favoriser les mouvements de l'ennemi qui ont pour but détourner et de couper, il offre néanmoins des avantages à la troupe en retraite, parce qu'elle connaît mieux le terrain que l'ennemi qui la poursuit, parce que ce dernier ne poursuivra pas aussi vivement dans un terrain diflBcile à voir que dans un terrain libre et découvert, parce que enfin la troupe en retraite peut, grâce à ce terrain difficile, tromper l'ennemi à l'aide, de faibles détachements et trouver fréquemment de bonnes occasions de faire des embuscades.
€. — La tendance de la poursuite est de tourner afin de couper; la retraite doit combattre cette tendance, et, lorsqu'elle ne le peut pas, chercher à rendre inofiFensif un mouvement tournant exécuté. La première règle est de ne chercher à tenir longtemps dans aucune position de retraite , d'en prendre plutôt plusieurs les unes derrière les autres que de compter absolument sur l'une d'elles. Dans chaque position que Ton prend, il faut s'étendre autant que possible à droite et à gauche, non par ses dispositions de défense, mais par des postes d'observation. Toutes les fois qu'on peut détruire et barricader les chemins par lesquels l'ennemi arriverait sur les flancs de la position, il faut avoir soin de le faire.
d» — ^En principe, toutes les positions successives de retraite doivent être choisies sur une seule et même route. Mais il convient de placer le gros des forces qui défendent la position tantôt à droite, tantôt à gauche de cette route. Dans la figure 58, par exemple, la troupe qui défend la position mn est à droite de la route, celle qui défend la position op est à gauche. La troupe a peut se retirer de mn en arrière de op sans entraîner dans ce mouvement la troupe ô,.
et cette dernière peut à son tour agir derrière a contre les flancs de l'ennemi qui s'avance dans la direction qr^ sans risquer de rencontrer ou de gêner la troupe a qui suit la même direction.
Considérations générales snr l'inflaence que les dernières modifications de Tarmement peuvent avoir sur la conduite et la durée des batailles et des combats.
Nous nous sommes efforcé jusqu'à présent d'examiner tous les points particuliers qui, par suite des modifications déjà apportées et de celles à prévoir encore dans l'armement, peuvent exercer de l'influence sur la marche des combats et des batailles.
Il est aussi intéressant, particulièrement pour , l'histoire des progrès de l'art de la guerre, d'étudier cette question d'une manière plus générale. Nous allons nous livrer à cette étude. Il va de soi que nous n'avons pas la prétention de nous poser en prophète, puisque nous pouvons nous tromper. Cela du reste aura peu d'importance : il sera toujours utile aux contemporains, ainsi qu'aux races futures, de savoir ce que pensaient, en 1867 , de l'influence du nouvel armement sur les batailles, des hommes qui prennent pour objet constant de leurs études le progrès des sociétés civilisées et les lois éternelles de la stratégie, sans se laisser entraîner par l'impression du moment.
Deux résultats importants pour la conduite des combats sont dus aux perfectionnements apportés depuis dix ans aux armes à feu ; c'est :
Une plus grande portée des projectiles aussi bien de l'artillerie que de l'infanterie ;
Une plus grande quantité de projectiles, tirés dans la môme unité de temps, par suite de l'adoption des armes se chargeant par la culasse et à tir rapide.
Le tir rapide n'est jusqu'à présent adopté en principe que pour l'infanterie, mais il est certain que l'artillerie ne tar-
dera pas à s'en emparer. Les mitrailleuses de rartillerie marcheront de pair avec les fusils à répétition de llnfanterie. Sous certains rapports, on peut dire que cette transformation est déjà accomplie, puisque Tartillerie, par Tusage à peu près exclusif des projectiles éclatants , se rapproche du feu rapide de l'infanterie.
Aujourd'hui comme il y a mille ans, il faut que les troupes se déploient si elles veulent agir convenablement ; le général doit les tenir prêtes à exécuter le plan qu'il s'est tracé. Sans vouloir accorder une valeur exagérée à nos observations personnelles , il nous semble cependant que dans la campagne de Bohême en 1 866 , particulièrement dans les combats qui ont précédé la bataille de Kœniggraetz, les Autrichiens ne se sont pas assez inquiétés de disposer convenablement leurs troupes avant Taction, tandis que les Prussiens ont accordé à cette opération toute Timportance qu'elle mérite, et que presque partout les combats préparatoires ont servi réellement à couvrir le déploiement méthodique de leurs masses. Nous renvoyons entre autres au combat de Nachod, 27 juin 1866.
Le déploiement des forces, suivant un plan donné, avant d'engager le combat décisif, acquiert aujourd'hui une nouvelle importance, parce que l'action se décidera beaucoup plus rapidement qu'autrefois à cause du tir rapide. Nous allons revenir sur cette question.
Mais, d'un autre côté, l'augmentation de portée des armes à feu a pour conséquence inévitable que deux armées ennemies se déploieront plus loin l'une de l'autre qu'autrefois. Il est vrai qu'on ne saurait tirer de cette portée des armes des conséquences absolues pour la distance à laquelle deux armées se déploieront, parce que sur le terrain la vue se trouve arrêtée par des couverts de toute espèce. Cependant il est incontestable que quelques coups portant bien, même par hasard, au commencement d'un combat, font souvent une très-vive impression, et, qu'on en pense cequ*on voudra, aucun des deux généraux ennemis ne voudra s'exposer à des pertes inutiles ; chacun d'eux prendra plutôt pour base de ses
calculs la plus grande portée des armes que la plus petite.
En toutes circonstances, nous arrivons donc à ce résultat que les distances entre les armées ennemies qui se déploient en face l'une de l'autre seront plus grandes aujourd'hui qu'il y a dix ans.
La distance du déploiement, — nous nous servirons souvent de cette expression dont la signification est suffisamment claire, — ne saurait être sans influence sur la marche du combat.
Tandis qu'à une distance de déploiement très-petite, on peut voir d'avance assez exactement quelle est la position de l'ennemi et, par suite, quelle sera la marche probable du combat, cela n'est plus possible à une grande distance de déploiement , telle que l'exige la portée actuelle des armes.
Le principe que nous venons d'énoncer gagne en importance et en vérité pratique , si l'on songe que les petites distances de déploiement entraînent des fronts peu étendus, et que les fronts de grande étendue sont la conséquence des grandes distances de déploiement.
. Nous renonçons à dessein à développer cette pensée. Nous laissons au lecteur le soin de comparer une bataille où la phalange grecque ou macédonienne a remporté la victoire avec n'importe quelle bataille des trois derniers siècles.
S'il est beaucoup plus difficile aujourd'hui qu'autrefois de voir sur le champ de bataille môme la position ennemie, de reconnaître quelle sera la marche probable du combat et, par suite, de diriger les troupes dans le cours de la bataille, il en résulte que le premier coup acquiert une très^grande importance, que « Tintroduction stratégique » du combat aura la plus haute signification, que Ton' a plus de raisons que précédemment d'éviter les fautes stratégiques, et qu'il faut enfin se garder de croire que Ton pourra réparer par sa conduite sur le champ de bataille les fautes stratégiques que l'on aura commises.
L'inconvénient de ne pouvoir se reconnaître sur le champ de bataille est encore augmenté de ce que l'action de la cavalerie dans les reconnaissances, bien que toujours possible,
est cependant li]i^;6e par l'action plus considérable des annes à feu.
Le tûr rapide, résultat de l'adoption des armes se chargeant par la culasse, a pour conséquence forcée que les décisions partielles sont obtenues plus promptement qu'autrefois. II estdair que si un seul des adversaires a pour lui l'avantage du tir rapide, les choses se passeront tout autrement que si les deox partis ont le môme avantage. Dans ce dernier cas, c'est la valeur des hommes dont on aura fait des soldats qui fera pencher la balance; c'est ensuite la valeur des généraux en chef , qui, dans les dernières guerres, — sans excepter les Prussiens en 1866, — ont joué un rôle si modeste, quoi qu'en disent les panégyristes qui nous ont présenté de nouveaux héros, à peu près comme le Pape fait de nouveaux saints.
Quoi qu'il en soit, le feu rapide causera des deux côtés de grandes pertes en fort peu de temps. Il faut donc songer h, r^yer les troupes engagées , et adopter des formations qui permettent de le faire à temps.
Pour cette raison , il est d'autant plus nécessaire de bien disposer ses troupes avant de commencer le combat. Mieux le combat est préparé par les directions stratégiques qui sont d'avance indiquées aux corps , de manière à n'avoir pas à prendre un parti au dernier moment , mieux la victoire est aisarée*
Les armes se chargeant par la culasse et surtout celles à répétition n'ont pas seulement l'avantage du tir rapide, elles permettent en outre d'être toujours prêt à faire feu.
Cesi en cela que Tattaque gagne une nouvelle chance de succès. Tant qu'on n'avait que l'arme lisse à courte portée, oo même l'arme rayée au chargement assez lent, ce qui donnait à l'attaque la supériorité sur la défense , c'était son action morale sur ses propres soldats et sur ceux de Tennefiii, ^'élait encore réchauffement produit par l'impétuosité de la marche en avant, c'était enfin son but simple et tracé d'avance. Mais l'attaque avait, dans le cours du combat, des désaTant^ges importants que nous avons fait ressortir, tels que la difficulté de r^ousser des attaques de cavalerie , et
en outre le danger de sa situation immédiatement après avoir pénétré dans la position ennemie.
L'adoption des armes se chargeant par la culasse lève en grande partie ces deux difficultés, et il en résulte que Vattague , déjà supérieure en elle-même à la défense dans le combat, d'après les lois les plus générales de l'action guerrière, est encore favorisée par le nouvel armement.
Si la défense veut s'établir dans des positions fortifiées, afin de compenser ces nouveaux avantages de l'attaque, il nous semble alors qu'elle doit chercher ses avantages principaux dans des troupes détachées en avant.
Par suite des grandes distances actuelles de déploiement, quelques divisions ou seulement des brigades, envoyées par une armée contre l'ennemi, pourront l'arrêter pendant plus longtemps qu'il y a dix ans, quand même il leur serait dix fois supérieur. Si ces détachements sont bien commandée et font usage à propos du feu rapide le plus énergique , ils pourront avoir sur la force et les desseins de l'ennemi des renseignements plus certains qu'ils n'auraient pu les obtenir jusqu'à présent.
Si elle n'observe pas ce principe très-simple, la défense nous semble être aujourd'hui dans une situation très-défavorable.
Dans la guerre d'Amérique , de 1861 à 1865, nous trouvons des deux côtés une tendance prononcée à se retrancher pour livrer bataille. On ne voit nulle part que ces retranchements aient exercé une influence importante sur la marche du combat, mais cette tendance explique la manière dont se traînaient les campagnes et les décisions.
Comme le nouvel armement cause nécessairement de grandes pertes aux troupes réellement engagées, ces troupes adoptent involontairement la formation dispersée. Mais comme, pour la même cause, il est nécessaire d'avoir tour jours des troupes prêtes à relever celles qui combattent, ^ qu'on ne saurait faire toujours cette opération avec des troupes fraîches quand on ne veut pas tout jouer sur un coup de dés, il en résulte que le ralliement des troupes qui ont
été engagées dans le combat acquiert une importance plus grande.
En Conséquence, il faut éviter plus que jamais les formations qui veulent élever au rang d'unités tactiques de faibles unités telles que les compagnies. On peut avec raison former dans l'unité tactique (le bataillon) plusieurs lignes de relèvement , mais il faut bien se garder de reconnaître les fractions du bataillon (compagnies) comme indépendantes. Le bataillon doit se diviser aujourd'hui plutôt en profondeur que dans le sens du front. Par suite de l'accroissement de puissance des armes à feu , la tactique de l'infanterie tend à se rapprocher de plus en plus de celle de la cavalerie : or on sait que cette arme, qui est facile à mettre en désordre, doit plutftt compter sur des charges répétées et se succédant rapidement que sur une seule charge plus puissante.
La poursuite après la victoire est rendue plus difiBcile, d'abord à cause des grandes distances de déploiement qui ne permettent plus aussi bien de reconnaître le point exact et de faire avancer à temps les troupes destinées à la poursuite ; et d'un autre côté, parce que des détachements peu considérables, établis dans des positions bien choisies, pourront, par un emploi judicieux du tir rapide, mettre en désordre et arrêter des masses qui poursuivraient avec impétuosité.
En récapitulant, nous trouvons que :
a. — La préparation stratégique delà bataille, l'économie des forces réglée d'après les renseignements généraux a plus d'influence aujourd'hui qu'autrefois sur le premier coup de dés. Ce que nous disions à ce sujet il y a dix ans acquiert une nouvelle valeur.
b. — Plus les conditions générales indiquent- une longue durée des combats préparatoires, plus on est certain d'obtenir de grands avantages si, plein de confiance dans la bonté de ses troupes, de ses formations pour le combat, de ses dispositions générales, on n'attend pas que la lutte soit engagée pour savoir ce qu'on doit faire, mais on attaque hardiment et avec intelligence.
c. — L'attaque a gagné de nouveaux avantages dans le combat, dans la bataille.
d. — La poursuite offre de grandes difficultés. Elle doit être l'objet des réflexions les plus sérieuses avant le commencement de la bataille. Mais on n'a pas è énoncer à ce sujet de principes nouveaux.