DANOIS
Après le combat de Sollbrûck , le détachement de l'aile droite danoise bivouaqua à Sollerup , en plaçant ses avan^ postes sur la Treene.
Sur la route de Flensbourg à Schlesmg, presque toutes les troupes des 4"* et 6® brigades avaient été engagées. Le général Krogh crut alors convenable de mettre aux avantpostes laS"" bj*igade , jusqu'à présent réserve générale. Les 4» et 6** brigades établirent donc leurs bivouacs au nord da
Stenderapholz, à Texceptioû du S"* bataillon de réserve qui bivouaqua plus à gauche, au nord de Siverstedt.
La 5» brigade mit aux avant-postes sur rHelIigbeck le 3* bataillon de ligne , le S"" de renfort , et le 1** bataillon de chasseurs de renfort; le reste de ses troupes campa au nord de la rivière,
La cavalerie s'établit à droite de la !'• division, à Tarp ; la 2* division (1" et 2* brigades) campa sur la gauche , à flostrup^ oh elle fut rejointe à minuit par le IS^^ bataillon de ligne que Ton avait envoyé dans la journée au delà de Kla* pholzheide, au secours de la i"* division.
La !'• division s'était avancée plus loin qu'on ne l'avait résolu d'abord; ses avant-postes, ou plutôt les avant-postes de l'aile droite occupaient l'HellighecL Mais le combat im<* prévu , dans lequel presque toutes les troupes des 4* et 6* brigades s'étaient trouvées engagées sans une nécessité pressante, obligeait de modifier la répartition des troupes et les ordres qu'elles avaient reçus pour la journée du 2S. En outre, on était si près de l'ennemi qu'on devait chercher à le prévenir, si l'on ne voulait pas être attaqué par lui.
Ces circonstances amenèrent un changement dans la disposition qui fat arrêtée ainsi qu'il suit dans la soirée du 24 : ce L'attaque aura lieu demain 25 juillet. On se conformera aux ordres déjà donnés le 23 avec les modifications suivantes :
« La 5» brigade, qui, à la suite du combat d'aujourd'hui, a relevé la !•• division et a pris position à Helligbeck, repassera sous les ordres du général commandant la 2"" division.
« La 2* division est chargée d'attaquer l'ennemi entre l'Ahrenholzersee et le Langsee, ainsi que des mouvements contre Wedelspang. A cet effet, la !'• et la 2* brigade, qui sont à Haveltoft, rompront à une heure et demie du matin , et le commandant de la 2« division fera rompre la 2* brigade, de manière que son attaque ait lieu simultanément avec celle des autres brigades.
a La 1" division , avec l'artillerie et la cavalerie de ré-
serve, formera la réserve générale. La cavalerie de résem se portera sur la route à Idstedtkrug, dès que le bois (Westergehege) et ses environs seront en notre pouvoir. EUe devra observer autant qu'elle pourra les mouvements de la 3^ brigade.
« La 3** brigade rompra à trois heures du matin, marchera sur Silverstedt et attaquera Tennemi dans cette direction. »
La marche en avant de la 1" division danoise et la conduite de l'avant-garde schleswig-holsteinoise le 24 juillet sont un exemple frappant des retards que peut occasionner à une troupe en marche, le seul voisinage de rennemi,et surtout une résistance même peu sérieuse, lorsque cette résistance, s'effectuant de position en position, force les troupes qui s'avancent à faire de nouveaux déploiements, et lorsque la défensive est liée dans les moments favoraWes avec l'offensive , ainsi que cela arriva par hasard chez les Schleswîg-Holsteinois, par suite de la marche tardive du 15' bataillon contre TElmholz. — (Voir livre I, des détachemeniSy page 63).
La 1'® division danoise quittait, dès trois heures du matin, le bivouac d'Oversee , et elle n'arriva que six heures plus tard, à neuf heures, à Schmedeby, qui n'est qu'à une heure et quart de marche d'Oversee. Il lui fallut ensuite quatre heures, de neuf heures à une heure, pour aller de Schmedeby à Helligbeck, à cause d'un déploiement de forces peu considérable de l'ennemi, bien que la distance entre Schmedeby et Helligbeck ne soit que d'une bonne heure de marche. Ce fait prouve tout ce qu'on peut obtenir avec peu de troupes quand on ne veut qu'arrêter Tennemi sur un point donné et qu'on est favorisé par le terrain.
L'engagement prématuré des 4* et 6* brigades presque entières, qui fut causé dans l'après-midi par le 15' bataillon schleswig-holsteinois, n'eut lieu dans tous les cas que sous l'impression de la surprise. Cependant il faut en chercher ailleurs les raisons^ d'abord dans la confusion des ordres donnés par les commandants de brigade et par un comman-
dant de division tout à fait superflu, ensuite dans l'emploi du système des colonnes de compagnie , lequel favorise outre mesure la dispersion de chaînes épaisses de tirailleurs, déserte que l'attaque du 15' bataillon contre toute la ligne danoise produisit un grand bruit de mousqueterie , qui ne pouvait avoir d'autre résultat que de troubler les ofiBciers supérieurs, de diviser leur attention et de l'attirer vers des choses tout h fait inutiles.
Les modifications apportées par les Danois dans leurs dispositions le 24 au soir, ainsi que d'autres raisons accessoires, leur firent répartir ainsi leurs forces pour le 25 :
Détachement de l'aile droite (3* brigade) à Sollbrûck, 3,800 hoEQmes.
De Tarp à Engbrtick, la cavalerie de réserve et 4 compagnies d'infanterie, 2,200 hommes.
Pour attaquer la position ennemie en avant du Westergehege, la 2* brigade , la 5* et une partie de la 1'*, en tout 14,000 hommes.
Derrière, la réserve générale , 4® et 6* brigades, artillerie de réserve, 13,000 hommes.
Détachement de l'aile gauche (de la T* brigade) contre Wedelspang, 3,000 hommes.
La réserve générale est ainsi considérablement augmentée, contrairement an plan primitif, mais elle se compose de troupes qui ont combattu pendant toute la journée du 24 et ne sont plus fraîches, bien que cela n'ait pas une grande signification.
Par contre , les troupes destinées à attaquer en première ligne la position schleswig-holsteinoise en avant du Westergehege sont réduites par rapport à ce qu'elles étaient primitivement, et, en outre, elles ne doivent être concentrées que le 25 au matin, par suite de la marche de la 2*" brigade et d'une partie de la 1" du bivouac d'Haveltoft sur Idstedt. En raison du voisinage de l'ennemi, le général en chef danois croyait devoir attaquer le plus tôt possible pour ne pas être attaqué lui-môme ; et lé mouvement de concentration de la 2'' division sur Idstedt devait commencer de
trte^nne beure i afin qu'il ne pût être inquiété par Tennemi. Ces troupes avaient donc l'ordre de partir du bivouac d'Qofttrup à quatre heures du matin, en pleine nuit.
Le 24 juillet au soir, après le combat de SoUbrûck, le 3* bataillon schleswig-holsteinois plaça ses grand'gardes à Ëspertoft , à SollbrOck et à l'école d'Htinningen, et le gros du bataillon , auquel était réunie une demi-batterie de 6, campa sur le chemin de Jttbeck, à 800 pas à Test de la Treeae. Le 4^ bataillon et les deui escadrons de dragons retournèrent à Jûbeck.
Le i^ corps de chasseurs avait quatre compagnies à Gammellund et Engbrtick , et quatre à BoUingstedt avec l'escadron de la 1" brigade. Le 2* bataillon , avec quatre pièces de 6, bivouaqua à Liirschau.
Après le combat d'Helligbeck, la brigade d'avant-garde mit aux avant^postes le 1'' demi-bataillon du 3"" corps de chasseurs et le 2'' demi-bataillon du 8' bataillon qui n'avait pas combattu, le premier à l'ouest , le second h l'est de la route; leur chaîne de sentinelles n'était qu'à SOO pas de l'Helligbeck et des sentinelles danoises.
La batterie de 12 de l'avant-garde fut relevée par la batterie de i2 , n^ 2 , de la réserve , qui établit son bivouac dans une position préparée au Buchmoor , à 2,000 pas au sud de l'Helligheck ; à sa droite campait le 1®' demi-^-bataillon du S"* bataillon, à sa gauche et de l'autre côté de la route, le 2' demi-bataillon du 3« corps de chasseurs.
A 2,000 pas derrière étaient le i''' bataillon et les deux eseadrons. Le 15" bataillon , à Idstedt, avait ses grandgardes à droite jusqu'au lac d'Idstedt, et elles le mettaient en communication sur la gauche avec les graud'gardes du 8* bataillon.
Pendant le combat du 24, la cavalerie de réserve s'était réunie à Lttrschau où quatre de ses escadrons oampèienl La 4" brigade, rassemblée à Berendlmâe, bivouaqua au sud-
est du Westergehege , après avoir détaché le 4* corps de cfaasseursdansleGrtiderholz. La 3* brigade campaàBerend. Le gros de la 2^ à Wedelspang. Elle fut rejointe dans la journée par le bataillon laissé en arrière à Missunde et par la batterie de 3, forte de six pièces, ce qui lui en faisait 22. Les aTant>-postes , — le 2*" corps de chasseurs, — étaient à Bôcklund et Norderfahrenstedt. L'artillerie de réserve avait son bivouac au nord du Westergehege.
On vit de bonne heure , le 24 , qu'une bataille décisive serait livrée le lendemain. Dans cette prévision, le général Willisen donna l'après-midi l'ordre suivant :
« Les munitions dépensées seront remplacées aujourd'hui à Falkenberg par la colonne de munitions n^ 1 , demain à Osterkrug-Triangel.
a Le capitaine d'Irminger commandera le parc des bagages.
a Les bagages et les havre-sacs seront , en cas d'alarme, renvoyés à Fahrdorf, sur la route d'Eckernfôrde.
(c On fera cuire la soupe ce soir, de manière à n'avoir qu'à la faire réchauffer demain. Les hommes prendront le café au point du jour. »
Le quartier général reçut de SoUbrfick des rapports disant que l'ennemi était en force sur ce point. La grand'garde de Langstedt estimait entre 6,000 et 8,000 hommes la colonne danoise qui marchait sur SoUerup ; ses patrouilles ayant en outre aperçu la cavalerie de réserve danoise à Tarp, elle en avait informé le quartier général et s'était ensuite retirée sur Bollingstedt. A Helligbeck , le feu avait été assez vif, cependant l'ennemi auquel avait eu afTaire le commandant del'avant-gardeschleswig-holsteinoise ne lui avait pas semblé très-considérable. On ne savait rien de la force des Danois sur la route de Missunde , mais on ne la croyait pas trèsçrande. Les renseignements qu'on obtint des prisonniers semblèrent confirmer les nouvelles qu'on avait déjà reçues, et l'on en conclut que les Danois avaient deux brigades à l*(mest de la Treene , ce qui semblait assez vraisemblable parce que le terrain était découvert près de Sollbriick. Les
troupes schlei)Wig-holsteinoises qui avaient été engagées le 24 juillet s'étaient fort bien battues , mais le gros de Tar* mée n'avait pas encore donné.
Telles furent les véritables raisons qui firent prendre au général Willisen les dispositions suivantes, qu'il dicta le 24 au soir, à Idstedtkrug, au chef d'état-major général des brigades.
a La 2' brigade débouchera le 25 de Wedelspang à quatre heures du matin ; elle s'avancera sur la route de Flensbourg jusqu'à Westscheide, enverra un bataillon et deux pièces sur Havetx)ft et Hostrup, et portera le gros de ses forces sur Stenderup et Siverstedt où elle attaquera le défilé (sur le Bollingstedter-Aa). Un petit détachement restera à Wedelspang.
(( La 3' brigade passera le pont de Guldenholmseehikus (passerelle sur le Langsee), et se mettra ensuite en mouvement à quatre heures et demie. Elle marchera par Oberstolk, en laissant l'Elmholz à l'ouest et tournant les bois, sur le défilé de Klapholz-Helligbeck (pont sur l'Helligheck à Klapholz). La batterie de 6 n° 3 passera le pont de pierres près du lac d'Idstedt et marchera sur Stolk.
« La 4* brigade débouchera dlstedt à cinq heures et marchera, par Rôhmke, sur l'angle est de l'Elmholz.
« La 1" brigade défendra Sollbriick avec 4 compagnies du 3« bataillon et 4 pièces de la batterie de 6 n" 1. Pour recevoir les troupes qui défendront le passage de la Treene, la moitié du 3^ bataillon et tout le 4* resteront à Jiibeck. La moitié du 1" corps de chasseurs, sous les ordres du capitaine de Schœning, avec deux pièces d'artillerie, défendront Bollingstedt. La cavalerie de réserve et l'artillerie à cheval sont chargées de soutenir la .1'* brigade, et sont placées sous les ordres du général comte de Baudissin qui la commande. Le 2'' bataillon et 4 compagnies du l'^ corfs de chasseurs, capitaine de Hennings, avec 4 pièces de k batterie de 6 n* 1 , marcheront sur Helligbeck, en traversant le Buchholz et le marais d'Heiligbeck (Buchmoor), pour appuyer l'attaque de l'avant-garde et attaquer le flanc droit
de l'ennemi. Le capitaine de Uennings détruira le passage d'Engbrttck. L'attaque de l'avant-garde devant commencer à six heures, le détachement ci-dessus se réglera en consé* quence pour déboucher du Buchholz.
« L'avant-garde marchera à six heures sur Helligbeck et s'emparera de l'Ëlmholz.
« Comme l'aile droite formera l'échelon le plus avancé de l'attaque, les autres brigades devront se régler sur elle pour commencer leur attaque.
a Jusqu'à six heures du matin, la l'*" colonne de munitions de réserve se trouvera à Falkenberg, et elle se rendra ensuite à Osterkrug-Triangel.
•c Le quartier général sera jusqu'à demain matin à Falkenberg, puis à Idstedtkrug, et, pendant les opérations, sur la grande route. »
Analysons ces dispositions, sans tenir compte des événements :
Le général Willisen veut attaquer les Danois le 28 au matin. Pour cela, il concentre le gros de ses forces à son aile droite et il occupe faiblement l'aile gauche jusqu'à la Treene ; il ne veut, en effet, que contenir de ce côté les troupes danoises, particulièrement à SoUerup, et les forces qu'il a déployées entre Jûbeck et la Treene suffisent parfaitement pour cela.
L'aile droite doit converser à gauche autour d'Idstedt comme pivot, faire front ensuite à la route de Schleswig à Flensbourg, rejeter d'abord les Danois sur la Treene, puis sur la côte occidentale du Schleswig.
Le général ne se garde pas une réserve pour cette attaque puisque l'ordre dispose de toutes lés troupes ; c'est-à-dire qu'il ne laisse aucune place à l'intervention du commande^ ment en chef pendant l'action ; il ne fait pas du tout entrer en ligne de compte qu'il peut s'être trompé sur quelques points; il ne fait la part ni du hasard, ni des fautes que pourraient commettre ses lieute;iants, ni des entreprises que peut faire ] 'ennemi avant l'exécution de son plan. (Voir livre I, page 5.) Le 25 juillet au matin, avant le commencement des opé*
rations, la 2« brigade, à Wedelspang, se trouve à 5,000 pas de la 3" à Guldenholmseehaus, et celle-ci presque aussi Icnn de la 4"" à Idstedt. Les trois brigades de Taile droite sont donc réparties sur un front de 10,000 pas, ce qui fait deax heures de marche en présence de l'ennemi ; il n'y a donc pas à compter sur la possibilité de faire appuyer promptement une de ces brigades par les autres en cas de besoin. Le manque d'union des forces donne encore plus de gravité à la faute de n'avoir pas formé de réserve. (Voir livre I, page 4.)
En présence de l'ennemi, môme si ce dernier reste immobile, une brigade de 5,000 hommes de toutes armes, marchant à l'attaque, aura beaucoup de peine à faire en une heure de temps plus de 4,000 pas.
Par conséquent, en obéissant exactement aux ordres donnés, et si elle ne rencontre pas de résistance, la 2** brigade sera à 5 heures à Norderfahrenstedt, à 6 heures à Klapholz, et à 7 heures à Siverstedt. La 3* brigade sera près d'Oberstolk à 5 heures, à 5 heures I /2 elle aura dépassé cette localité, approchera vers 6 heures de IQapholzheide, et pourra être à 6 hejires 1/2 à hauteur du Stenderupbusch. La 4* brigade, qui se trouve à Idstedt, pourra être avant 6 heures à l'Elmholz.
D'après cela, les 3 brigades de l'aile droite occuperont encore à 5 heures un front de 7,000 pas ; à 6 heures, elles seront déjà concentrées sur un front de 4,000 pas, entre l'Elmholz à gauche et Klapholz à droite. Mais, à ce moment, le combat aura déjà commencé, puisque l'ennemi est sur l'Helligbeck, ce que Ton sait pertinemment. D'ailleurs, cette concentration n'est pas très -grande, puisqu'il n'y a que 14,000 hommes sur ce front, ce qui fait 7 hommes sur deux pas. (Vcnr livre I, page 56.) En outre, à 6 heures, la 2« brigade est déjà en marche depuis deux heures, la 4« brigade depuis une heure ; si l'ennemi n'a pas complètement négligé le service de sûreté, il est fort peu prpbable qu'on puisse atteindre la ligne Ëhnholz-Kiapholz sans avoir à fivrer quelques combats, et dans ce cas tout le plan se trouve contre-
carré, détruit, sans qu'il soit possible de le modifier rapidemant à cause de l'éloignement où se trouvent les brigades les unes des autres. (Voir livre I, page S.) Tout ce que oous disons là est vraî, même si l'ennemi n'a pas de son côté l'intention d'attaquer lui-môme avant 6 heures. Mais si tel est son dessein, les mauvaises conditions dans lesquelles se sont placés les Schleswig-Holsteinois deviennent plus mau- Yfiises encore ; or, puisque Willisen fait rompre ses troupes à 4 beureS) pourquoi l'ennemi n'en ferait- il pas autant ?
D'après le plan de Willisen, le point d'attaque était l'aile gauche danoise. Ce point était bien choisi stratégiquement parce que la ligne de retraite que les Danois devaient chercher à conserver était la route de Schleswig à Flensbourg, et que leur plus mauvaise ligne de retraite était dirigée vers l'ouest, à peu près sur Bredstedt. Le point d'attaque était également bien choisi tactiquement, parce que l'on pouvait admettre que les Danois, qui avaient intérêt à pousser les Schlesveig-Holsteinois à la côte orientale du pays, renforceraient pour cela leur aile droite et afTaibliraient d'autant leur aile gauche; Willisen pouvait fort bien faire cette supposition, môme dans le cas où il aurait ignoré la présence d'un détachement danois à Sollbrtick. C'est justement ce détachement qui trompa Willisen sur la véritable situation. Il avait été cependant envoyé beaucoup trop loin pour qu'on pût le considérer comme faisant partie du front tactique des Danois, si l'on avait réfléchi à la force réelle de l'armée daiu)ise. Ce n'était donc qu'un détachement indépendant auqu^ les Schles^ig-Holsteinois devaient opposer un détachement de même nature, en cherchant à le faire le plus faible possible. (Voir livre I, page 63.)
On devait considérer comme front tactique des Danois une ligne allant à peu près du Jalmmoor à Kiapholz par Helligbeck. Les Danois étaient forts à leur aile droite, faible& à leur aile gauche, ce qui voulait dire tactiquement qu'ils étaient forts sur la routé de Schleswig, depuis le Bol- Ungstedter-Aa jusqu'à l'angle oriental de l'Elmholz, et faibles ûegm» là jusqu'à la route de Missunde.
Les dispositions des Schleswig-Holsteinoîs que nous avons fait ressortir supposaient comme déjà opérée une concentration de leurs troupes, laquelle ne pouvait cependant être obtenue qu'à la suite d'un combat, et qui, par conséquent, dépendait réellement de toutes les chances d'un combat. (Voir livre I, page 4.)
Le général Willisen donne à son extrême droite 22 pièces de canon, ce qui prouve l'importance qu'il attache à l'action de cette aile. En effet, c'est elle, la 2* brigade, à laquelle se joindra plus tard la 3* avec 8 canons, qui doit exécuter l'attaque principale. Malgré cela, le général en chef se place sur la route de Schleswig, c'est-à-dire, d'après son plan, sur un point secondaire du théâtre de l'action. (Voir livre U, page 88.) Pourquoi cela? Il est évident que cette attaque principale lui semble trop éloignée du point où les Danois chercheront vraisemblablement à décider l'affaire, et cependant il n'ose pas regarder complètement comme secondaire un point qtii ne saurait pourtant être autre chose.
L'ordre n'indique pas la ligne de retraite à prendre si l'on est battu, ce qui prouve que l'on hésitait entre Schleswiget Missunde comme points de retraite. On préférait le second pour rester sur le flanc de l'ennemi si l'on était battu, mais on n'osait point abandonner le premier pour ne pas perdre ses communications avec Rendsbourg.
Il faut observer à ce sujet que, dans l'habitude des Prussiens, la ligne de retraite n'est jamais indiquée dans le plan de la bataille, mais on la fait connaître verbalement ou par écrit aux généraux. Il n'est pas venu à notre connaissance que cela ait été fait par le général Willisen.
On n'avait pas indiqué non plus de point de rassemblement en cas de victoire.
Les défauts de ces dispositions provenaient en grande partie de contradictions dans les desseins de Willisen qui, d'un côté, voulait attaquer, mais d'un autre ne se croyait pas asseï fort pour cela et manquait de confiance. Les buts différents qu'il avait devant les yeux étaient de sa force à son plan. Entre autres circonstances, ce fut la nature même de la po-
sition, laquelle, dans sa forme actuelle, convenait à une offensive intérieure, qui fit naître Tidée qu'il ne fallait pas attaquer. En effet, au point de vue tactique, la position n'avait pas de champ offensif, puisque c'était sur le terrain qu'on aurait pu considérer comme ce champ offensif, en raison de la nature du sol, — le plateau d'Idstedt en avant du Westerge- ' hege et les environs de la route de Schleswig, — c'était là, disons-nous, qu'on devait attendre l'attaque de l'ennemi. Eu mettant de côté les conditions du terrain, toutes les autres conditions faisaient du plateau d'Idstedt le champ défensif et, par suite, l'offensive ne pouvait avoir lieu que de Wedeispang. Or, la ligne d'offensive, de Wedelspang au flanc gauche des Danois déployés entre le Buchmoor et Oberstolk, avait plus d'une heure de marche. Par conséquent, la liaison entre la défense sur le plateau d'Idstedt et l'attaque de Wedelspang ne pouvait pas être très-intime. D'un côté, il était à désirer que l'attaque venant de Wedelspang contre les Danois à Oberstolk et Idstedt pût n'avoir lieu qu'après que l'on connaîtrait le résultat probable du combat engagé sur le plateau d'Idstedt, mais d'un autre côté, il ne fallait pas que cette attaque se fît trop attendre, pour ne pas donner à l'ennemi le temps de remporter de trop grands avantages sur le plateau d'Idstedt.
Si Ton trouvait que ces raisons s'opposaient à ce que Ton concentrât le gros de l'armée schleswig- holsteinoise à Wedelspang, et si l'on voulait malgré cela joindre à la défense du plateau d'Idstedt une offensive en avant du front et du Westergehege, il n'y avait qu'à se créer par des moyens techniques un champ offensif artificiel. Ces moyens pouvaient consister à construire sur le Langsee, près du gué de Guldenholm, quelques ponts praticables à toutes les armes; et à élever au nord du Langsee des retranchements qui couvriraient ces ponts, mais qui permettraient en même temps à de grandes masses de troupes de déboucher. On pouvait en outre construire une forte redoute au défilé de Wedelspang. En supposant que ces dispositions fussent prises, on répartissait ensuite les troupes de la manière suivante :
La brigade d'avant-garde, dans la position de défense sur le plateau dldstedt, son artillerie étant renforcée par celle de la réserve.
Colonne d'attaque principale : la 3* brigade entière et 3 bataillons de la 2% aux ponts de Guldenbolmhokhans, avec Tordre de marcher à Test du lac dldstedt sur Idâtedt et Oberstolk, dès que l'ennemi attaquerait le plateau d'Idstedt.
Réserve générale : la 4* brigade derrière Faile droite, entre Giildenholmholzhaus et Berend ; derrière l*aîle gaucie, 2 bataillons de la 1" brigade et la cavalerie de réserve, à Berendheide, sur la route de Scbleswig.
Détachements : à Taile droite, un bataillon de la 2* brigade et 4 pièces de canon, pour défendre le défilé de Wedelspang, avec retraite sur Mîssunde en cas de nécessité; à l'aile gauche, 2 bataillons et 8 pièces, ayant le gros à Jttbeck et des postes sur le bas Helligbeck et la Treene, avec mission de retarder le plus longtemps possible la marche en avant des Danois (3« brigade, détachement de l'aile droite), et retraite sur Ltirschau. Ces deux détachements recevaient naturellement de la cavalerie.
Missunde devait être le point de retraite de Tannée. Si Tavant-garde ne pouvait conserver le plateau d'Idstedt, elle se retirait dans le Westergehege, puis elle trouvait encore plus loin une nouvelle position derrière le cours d'eau à Kœnigsdamm. En cas de besoin, et avec l'appui du demibataillon de réserve de Taile gauche, Tavant-garde pouvait, dans ces trois positions, faire mettre au moins quatre heures aux Danois pour parcourir les 9,000 pas qui séparent Helligbeck de la lisière méridionale du Westergehege.
Puis, comme le gros de l'armée schleswig-holsteinoîse se serait alors trouvé concentré sur le front de 4,000 pas seul^ ment qui va de la route de Scbleswig à Gûldenholmholzhaus, le général en chef avait parfaitement le tenaps de prendre un parti d'après le résultat du combat de Tavant-garde, et de se décider soit à attaquer, en avant du front, Idstedt et Oberstolk, avec les 3*, 2* et 4* brigades, soit à marcher au nord
du LaDgsee contre le Griiderholz ; on, s'il le préférait, il abandonnait complètement Toffensive en avant de son front, il laissait déboucher l'ennemi du Westergehege et le prenait ensuite en flanc avec les 3% 2^ et 4« brigades. (Voir, pour tout ce qui précède, livre II, page 89.)
Mais on n'avait fait aucun des préparatifs qu'eût exigés une telle manière d'opérer. Il n'y avait à Gîildenholmholzhaus qu'une simple passerelle pour l'infanterie, et quand la 3» brigade s'avançait pour attaquer, sonrfirtillerie était forcée de prendre un autre chemin que l'infanterie.
Telles sont les observations que provoque tout d'abord le plan des Schleswig-Holsteinois.
Les nouvelles qui arrivèrent dans la nuit au quartier général de Willisen rendirent fort invraisemblable que le détachement de l'aile droite danoise, qu'on avait d'abord estimé à 2 brigades, fût aussi fort que cela. Or, si ce détachement avait moins de troupes qu'on ne croyait, les Danois en avaient donc davantage entre les routes de Schlesv^^ig et de Missunde. Le général Willisen se demanda alors si, dans cette occurrence, il avait encore raison de prendre l'offensive. Nous avons vu que les projets d'offensive et de défensive étaient déjà en lutte dans les dispositions premières ; les idées défensives prirent alors plus de force, et Willisen envoya Tordre aux brigades de surseoir à l'attaque ordonnée. Le général se réservait néanmoins de renouveler l'ordre d'attaquer, en raison des circonstances^ et, dans ce cas, l'offensive aurait lieu conformément au plan déjà communiqué. Pour ne pas i>erdre de temps dans la transmission des ordres^ on donnerait le signal d'attaquer en allumant des fanaux, dont une ligne avait été établie afin de remédier au grand éloignenient des corps entre eux.
L'ordre de suspendre provisoirement l'offensive et d'attendre le signal des fanaux ne parvint qu'à 4 heures du matin aux brigades qui devaient entamer le mouvement. C'étaient la 2* et la 3*" brigade : l'une avait déjà commencé à passer le défilé de Wedelspang avec le gros de ses forces ; l'autre avait traversé le Langsee et se trouvait formée à Gûl-
denholmseehâus. A cette heure matinale^ le combat était déjà commencé.
Combat sur le plateau d*Idstedt jusqu'à huit heurei
du matin.
La 2® division danoise (!'• et 2* brigades), sous le général Schleppegrell, se ccjpformant au plan d'opérations, quitta le 25, à une heure 1/2 du matin, les bivouacs de Hostrupet d'Havetoft et marcha réunie sur la route de Missunde jusqu'à Klapholz. Il devait être au moins 3 heures 1/2 lorsqu'elle atteignit ce point. Alors elle se divisa.
Le détachement de l'aile gauche, sous les ordres du colonel Grabbe, et composé du 4* bataillon de ligne, du 10' bataillon léger et du 3* corps de chasseurs, tous les trois appartenant à la r* brigade, plus de la batterie de 6 Dinesen et d'un demi-escadron de dragons, continua de suivre la route de Missunde jusque vers Norderfahrenstedt,
Le gros de la division se dirigea à droite sur Oberstolk, dans l'ordre suivant :
Avant-garde, colonel Laessoe : 12* bataillon léger, un peloton de dragons, 2 canons-obusiers, une division du génie.
Gros, colonel Baggesen : 2 demi-escadrons de dragons, une division du génie, 6 pièces de la batterie Baggesen avec une compagnie du 2'' bataillon de réserve comme soutien; le reste du 2* bataillon de réserve (3 compagnies), un demipeloton de dragons, le 3® corps de chasseurs de réserve, le 5^ bataillon de ligne, une demi-division du génie et le 13® bataillon de ligne.
Réserve, général Schleppegrell lui-môme et, sous ses ordres, le colonel Henkel : 1*' bataillon de réserve, deux compagnies du 3* bataillon de réserve et la batterie de six Just
Aussitôt après avoir dépassé Oberstolk, l'infanterie de Tavant-garde et le gros de la division devaient se séparer en deux colonnes : l'une à droite, colonel Laessoe, composée du 12« bataillon léger, du 2* bataillon de réserve et du 13* ba-
tailloD de ligne ; Tautre à gauche, colonel Baggesen, était formée du 3*" corps de chasseurs et du 5* bataillon de ligne. A quatre heures, le général Schleppegrell, qui était encore en vue des maisons de Elapholz, reconnut que le combat était déjà engagé sur sa droite à Helligbeck. Il donna alors au colonel Henkel le commandement de la réserve, et se rendit de sa personne à Tavant-garde, dont il accéléra la marche et qu'il jeta dans Oberstolk, après avoir reconnu que ce village n'était point occupé. Il était alors un peu plus de 4 heures 1/2. Le 12* bataillon léger envoya un peloton de flanqueurs dans la direction de Gûldenholmseehaus.
Lorsque l'avant-garde eut traversé Oberstolk, Schleppegrell modifia ses dispositions ; il dirigea au sud le 12* bataillon léger, sur le chemin qui conduit directement d'Oberstolk au'Grûderholz.
Ce bataillon ayant eu à livrer combat presque immédiatement, le 2* bataillon de réserve marcha aussitôt à son secours.
Pour se relier maintenant aux troupes de la S« brigade qui s'étaient avancées d'Helligbeck, Schleppegrell revint de sa personne à l'entrée nord d'Oberstolk. Il y trouva le 3* corps de chasseurs de réserve, qui se disposait à entrer dans le village, et il le dirigea à droite sur Rômke, avec un demi-peloton de dragons. Il ordonna ensuite au 5* bataillon de ligne de suivre au sud le 2* bataillon de réserve. On ne disposa point du 13* bataillon de ligne qui n'était pas encore arrivé à Oberstolk à 5 heures et demie.
Abandonnons pour un instant les troupes que Schleppegrell dirigeait d'Oberstolk vers lelac d'Istedt, et transportonsnous près de la 5" brigade.
Celle-ci traverse l'flelligbeck vers 4 heures, formée sur deux lignes :
A droite de la route (à l'ouest), le 5' et le 3" bataillon de renfort en première ligne, le 3* bataillon de ligne en deuxième.
A gauche de la route, en première ligne, le 1" corps de chasseurs de renfort, en deuxième ligne le 2® bataillon de
renfort et le 2* corps de chasseurs de renfort. Ce dernier fut bientôt mis en première ligne.
Les avant-postes schleswig-holsteinoîs furent refoulés dès le début. Les tirailleurs danois s'avancèrent alors jusqu'à la batterie de 12 n" 2, qui se vit obligée d'abandonner la position qu'elle avait prise à 2,000 pas au sud de l'HelIigbeck, et d'aller prendre une nouvelle position près du Kessemoor, à 2000 pas plus loin. L'infanterie de l'avant-garde schleswigholsteinoise qui occupait la route se retira sur cette batterie, tout en faisant feu et résistant aux Danois ; le 8^ bataillon s'établit au Kessemoor h droite de la batterie ; et à gauche vinrent se former les 1'®, 3* et 4* compagnies du 3' corps de chasseurs.
Le combat cesse alors sur ce point de la route. La batterie danoise Marcussen s'établit en face de la batterie de 12 n"* 2, tandis que du côté des Schleswig-Holsteinois 4 canons-obusiers de 12 viennent, vers 5 heures, prendre position adroite de la batterie n** 2, puis 4 pièces de B se placent à l'ouest de la route, mais trop loin de l'ennemi, et sont enfin renforcées par 4 canons-obusiers.
La batterie danoise Lund vient plus tard appuyer la batterie Marcussen, de sorte que 16 pièces danoises conabattaient contre 20 pièces schleswig-holsteînoises.
Ce combat d'artillerie se continua sur la chaussée pendant plusieurs heures. L'infanterie prenait une faible part à la lutte ; le feu très-efficace des Schleswig-Holsteinois obligea l'infanterie danoise à évacuer complètement la grande route, aux côtés de laquelle se limita son action : à droite contre le Buchmoor et le Buchholz, à gauche contre le village d'Istedt.
Avant de suivre en détail les combats qui eurent lieu sur ce point, jetons encore un coup d'œil sur l'ensemble des opérations.
Dès le commencement de l'attaque danoise, le g-énéral Willisen quitta son quartier général de Falkenberg pour se rendre sur le théâtre de l'action. Il y arriva à S heures. A ce moment, le combat était suspendu et semblait devoir
retenir longtemps l'ennemi en avant du plateau. Wîllisen ordonna alors d'allumer les fanaux qui devaient donner aux 2% 3* et 4* brigades le signal de l'attaque ; mais comme il n'avait point en ces signaux une confiance absolue, il envoya en même temps des aides de camp prévenir ces brigades. Disons immédiatement que, par suite de ces ordres, la 4** brigade s'avança vers 6 heures du Westergiehege jusqu'aux environs d'Istedt, et nous verrons plus tard ce que firent les autres brigades.
La 4* et la 6" brigade danoises, 'ainsi que la réserve générale, quittèrent leurs bivouacs à 3 heures et demie, et parurent sur l'Helligbeck peu de temps après que la 5« brigade eut traversé cette rivière pour se porter à Tattaque. De là, 2 compagnies du !•' bataillon de renfort furent envoyées à Engbrtick, afin d'occuper ce passage et de le conserver pour la cavalerie de réserve. Une compagnie du même bataillon avait été détachée à Engbrtick dès le 24, la 4« compagnie de ce bataillon servait de soutien à l'artillerie.
Le reste de la 6* brigade suivit ensuite la 5* sur la route. La 4* brigade traversa l'Elmholz et prit une position de réserve au sud de THelligheck, en se formant en colonnes de bataîllod, sur deux lignes. Un escadron de hussards lui fut donné.
Peu d'instants après le lever du soleil, il survînt un brouillard épais qui se changea, vers S heures, en une pluie fine et pénétrante. Le mauvais temps rendait fort difficile de voir le terrain, et cela eut une influence très-grande sur Ja marche du combat.
Revenons maintenant aux combats qui se livraient des deux côtés de la grande route.
Les Schleswig-Holsteinois n'avaient au début dans le JBuchmoor que la deuxième compagnie du 3^ corps de chasseurs, et les forces très-supérieures de l'aile droite danoise la délogèrent sans coup férir du Ëuchmoor, du Buchholz et de la Tuilerie. Déjà les Danois s'avançaient du Buchholz vers Engbrtick lorsque s'élancèrent de ce point le 2° bataillon schleswig-holsteinois, et 2 compagnies du 1®' bataillon
(1" brigade) venant de Gammellund. Les Danois furent surpris et refoulés du Buchmoor et du Buchholz jusqu'à la route où ils se trouvèrent sous le feu des batteries schleswig-holstei noises du Kessemoor. Ils cherchèrent alors un abri contre ce feu à Test de la route, et c'est là seulement que les 3 bataillons (5* et 3* de renfort et 3* de ligne) se rallièrent et se reformèrent. — Il était un peu plus de cinq heures. — A peine ralliés, ces bataillons revinrent à l'ouest de la route et marchèrent de nouveau contre le Buchmoor. Ils étaient suivis comme réserve par le 2' bataillon léger, et furent rejoints en outre par les 2 compagnies du !«' bataillon de renfort (de la 6"" brigade) qui avaient été détachées à Ëngbrûck. Néanmoins ces troupes ne réussirent à rejeter les Schleswig- Holsteinois dans le Buchholz que lorsque la 6' brigade leur envoya le secours du i" bataillon léger et d'une compagnie du !•' corps de chasseurs de réserve. Cet avantage des Danois ne fut pas de longue durée, parce que les Schleswig-Holsteinois reçurent à leur tour de nouveaux renforts.
En effet, le 4* bataillon, de la 1" brigade, lequel, d'après Tordre, devait être à Jiibeck, s'était porté à Gammellund par suite d'une erreur, et il s'y réunit avec 5 escadrons de cavalerie de réserve et les 6 pièces à cheval qui les accompagnaient. La cavalerie et l'artillerie de réserve s'arrêtèrent près de Gammellund sur le chemin d'Idstedt, mais 2 compagnies du 4* bataillon marchèrent sur le Buchholz, et la vue de ces troupes fraîches occasionna aussitôt la retraite des Danois. La 6* brigade danoise dirigea alors sur le Buchholz le 4* bataillon de renfort, le seul qui n'eût point encore donné ; mais, à peu près au même moment, les Schleswig- Holsteinois recevaient le 1 2* bataillon que le général Willisen empruntait à la 4® brigade, placée à Idstedt, pour l'envoyer au Buchholz. Les Danois eurent décidément le désavantage malgré les forces importantes qu'ils déployèrent sur ce point. Pendant que leur aile gauche s'avançait victorieusement à l'est de la route et occupait même une partie d'Idstedt, l'aile droite ne faisait pas de progrès à l'ouest de la chaussée. H semblait pourtant indispensable que cette aile droite gagnât
du terrain. En conséquence, ordre fut donné vers 8 heures au H* bataillon de ligne, de la 5* brigade, de marcher contre le Buchmoor. Il y arriva en même temps qu'un ordre du général en chef schleswîg-holsteînois qui rappelait du Buchmoor la plus grande partie des troupes qui s'y trouvaient. Les Danois ne rencontrèrent donc plus sur ce point une grande résistance.
Dans le village d'Idstedt et immédiatement en avant, les Schleswig-Holsteinois avaient le IS* bataillon, et au sud, dans le Griîderholz, le 4» corps de chasseurs, de la A* brigade. Vers 5 heures, Taile gauche de la 8* brigade danoise attaqua Idstedt au nord ; une partie de ces troupes pénétra dans le village incendié, mais ne put s'y maintenir. La 4e brigade, qui avait traversé THelligbeck à TElmholz et servait de réserve, fit avancer aussitôt le §• bataillon de réserve au secours de la 8« brigade. Ces troupes se portèrent de nouveau en avant et un autre renfort se joignit à elles. Nous avons vu que le général Schleppegrell avait envoyé d'Oberstolk à Rômke le 3' corps de chasseurs de réserve, pour établir ses communications avec la 5® brigade. Ce corps, arrivé à 6 heures à Rômke, entendit une fusillade du côté d'Oberstolk. Il en conclut qu'un combat avait lieu sur ce point et ne crut pouvoir mieux faire que d'attaquer de son côté l'ennemi le plus rapproché. Il se jeta donc de Rômke contre la partie orientale d'Idstedt que la 5* brigade et le 5® bataillon de réserve attaquaient de leur côté. Cette attaque eut un plein succès. Le i5« bataillon schleswig-holsteinois fut rejeté dans la partie sud du village et les Danois s'établirent dans la partie nord. La 4" compagnie du 1S« bataillon fut séparée des autres et forcée de se retirer sur le Griiderholz,à l'est du lac d'Idstedt. A l'intérieur même d'Idstedt, les deux partis ennemis se trouvaient séparés par les eaux grossies du ruisseau qui traverse le village et sur lequel existe un pont.
Au moment où le 15' bataillon était ainsi refoulé dans la partie sud d'Idstedt, la 4® brigade, venant du Westergehege, arrivait au sud du village. Le général Willisen en détacha
le 12® bataillon pour l'envoyer appuyer le combat qui se livrait au Buchmoor, D'après l'esprit du plan, les deux bataillons, 13® et 14% qui restaient de la brigade, devaient déboucher à travers Idstedt. En effet, Willisen n'avait pas encore renoncé à son plan d'attaque. U était alors plus de 6 heures, et il y avait au moins trois quarts d'heure que les fanaux brûlaient; la 3® brigade, partie de Giildenholmseehaus, devait certainement être à Oberstolk, et il fallait se mettre en communication avec elle par Idstedt.
JjB ly bataillon marcha donc sur ce village par le chemin qui contourne à l'ouest le lac d'Idstedt. Le 14* bataillon suivit un chemin situé plus à l'ouest, Ce dernier bataillon, arrivé le premier à Idstedt, s'avança dans la rue qui conduit au pont, et repoussa les tirailleurs danois qui poursuivaient lelS* bataillon. Les Danois évacuèrent en grande partie le village, le 14*" bataillon en déboucha au nord, mais il fîit acr cueilli, tout à coup par un feu de mitraille qui le rejeta en désordre dans Idstedt d'où il sortit au sud complètement débandé. On ne parvint à l'arrêter en partie qu'à 600 pas .au sud du village. Son désordre se communiqua au 13^ bataillon. Ce dernier devait s'avancer entre le lac et le village d'Idstedt ; mais incommodé par un feu d'artillerie venant de l'est du lac d'Idstedt, il appuya à l'ouest pour l'éviter et entra dans la village au moment où le 14^ bataillon en sortait débandé. L'exemple fut contagieux, la fuite devint impossible à arrêter, et 2 compagnies du 13^ bataillon se sauvèrent jusqu'au Westergehege. 4 pièces de 6 de la batterie n* 4, qui avaient marché sur Idstedt en même temps que les deu^ bar taillons, se mirent en sûreté dans la direction de l'ouest.
Les Danois étaient de nouveau maîtres d'Idàtedt avant 7 heures.
Aux premiers coups de fusil qui furent tirés sur i'HeUigr beck, le 4^ corps de chasseurs schleswig-holsteinois, qui occupait le Grîiderholz,. avait envoyé deux compagnies, la 3* et la 4% à l'est du lac d'Idstedt. C'est à ces deux compagnies que se heurta vers 5 heures le 12^ bataillon léger que le général Schleppegrell avait, comme nous savons, envoyé
d'Oberstolk dans la direction du lac dldstedt. Les Danois, d'abord surpris, plièrent, mais ils se remirent promptement et se reportèrent en avant. Il leur arriva successivement des renforts importants envoyés par Sschleppegrell : d'abord le 2' bataillon de réserve, puis le 5® bataillon de ligne. Les Danois s'étendirent alors sur la gauche, en menaçant la ligne de retraite des chasseurs ennemis vers le Griiderholz, et ils les obligèrent ainsi à se retirer dans ce bois. A 6 heures, le i*» corps de chasseurs s'était renfermé dans le Grûderholz dont il défendait la lisière est. A 6 heures passées, quand la i« brigade schleswig-holsteinoise marcha du Westergehege contre Idstedt, 4 pièces de la batterie de 6 de cette brigade forent envoyées par le pont de pierres au sud du lac d'Idstedt pour appuyer le 4* corps de chasseurs. Mais elles furent d'un faible secours. Avant 7 heures, les Danois s'avancèrent contre le Griiderholz en chaîne épaisse de tirailleurs, ils repoussèrent sur tous les points les chasseurs ennemis et forcèrent les quatre pièces de canon à repasser le pont de pierres au delà duquel ils les suivirent. Une des pièces fut enclouée et abandonnée, les trois autres, qui avaient épuisé leurs munitions, furent emmenées au Westergehege et placées plus tard sur la rive sud du Langsee.
Willîsen n'avait pas encore renoncé à déboucher par Idstedt et à s'ouvrir une communication avec la 3* brigade, qui devait être engagée à Oberstolk si elle y avait trouvé Tennemî.
Lorsque le 43* et le 14* bataillon furent reformés, le colonel Garrelts fit une nouvelle tentative contre Idstedt avec le 13* bataillon et une compagnie et demie du 14®. Il pénétra encore dans le village, mais il ne put traverser le pont, et ses troupes furent mises de nouveau en désordre.
Une compagnie du 14« bataillon avait été placée en réserve dans le Westergehege, une autre fut envoyée au secours du 4* corps de chasseurs qui devait reprendre le Grûderholz, car on ne pouvait laisser l'ennemi aussi avancé sur le flanc de la position principale qu'on n'avait pas encore le dessein d'abandonner. Les chasseurs et la compagnie
du 14' bataillon se portèrent en avant à 7 heures et demie et ils réoccupërent sans difficulté le Grtiderholz, parce que les Danois se repliaient déjà sur ce point, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.
La cavalerie de réserve danoise, venant de Tarp par Langstedt, parut vers 4 heures du matin à Bollingstedt. Après quelques coups de canon tirés par la batterie de canonsobusiers de 12, des dragons à pied, soutenus par deux compagnies d'infanterie, attaquèrent le pont de Bollingstedt que défendaient deux compagnies du 1" corps de chasseurs schleswig - holsteinois. Ces derniers reçurent Tennemi si bravement, que celui-ci désespéra bientôt de se faire jour. Le commandant de la cavalerie de réserve fit connaître sa situation au général Krogh, de qui il reçut à 7 heures et demie. Tordre de laisser à Bollingstedt deux escadrons et son infanterie, et de conduire sa cavalerie sur Helligbeck, par Jalm, ce qu'il fit aussitôt.
Le désordre dans lequel le 13® et le H"* bataillon s'étaient enfuis d'Idstedt avait fait, dès la première fois, une profonde impression sur le général Willisen. S'il ne pouvait parvenir à se faire jour sur ce point, il lui semblait nécessaire de renoncer complètement à l'ofiensive. Il ne savait absolument rien de la 2^ et de la 3'' brigade : avaient-elles ou non commencé leur mouvement au signal donné par les fanaux? Si cela était, la 3® brigade aurait dû se trouver à 7 heures sur les derrières de l'ennemi, à l'ElmhoIz, si elle n'avait pas rencontré de résistance ; la 2* brigade pouvait être à Klapholz. Leur action sur les derrières de l'ennemi pouvait donc se produire d'un instant à l'autre. Mais il était possible aussi qu'elles eussent donné un coup d'épée dans l'eau, qu'elles fussent allées tyop loin, et alors Tavant-garde, la i" et la 4« brigade, pouvaient être battues avant que la 3« et la 2'' entrassent en ligne. Rappeler maintenant à soi ces deux brigades, c'était chose presque impossible à cause de la grande distance qui séparait les troupes. Comment se faisait-il que les Danois eussent tant de forces au Gruderholz? La 3e brigade, en se portant en avant, n 'aurait-elle pas dû for-
cément les rencontrer ? — C'est alors que le général Willîsen fit versS heures unenouvelle tentative contre Idstedt. L'attaque ayant échoué, il renonça complètement à exécuter son plan d'offensive, et résolut de passer sur la défensive et d'exécuter une retraite successive. Mais Willisen ne pouvait exécuter cette retraite qu'avec les troupes qu'il avait sous la main, c'est-à-dire l'avant-garde, la 4* brigade et une partie de la V% jusqu'à ce qu'il lui fût possible de rappeler à lui la 3' et la 2' brigade. Ce n'est qu'à ce moment qu'il songea qu'il n'avait point de réserve et qu'il résolut de s'en former une, ce qu'il ne pouvait faire qu'en retirant du combatdes troupes déjà engagées. En conséquence, Willisen ordonna vers 8 heures que le 1" corps de chasseurs, le 2' et le 4* bataillon de la V^ brigade et le 12* bataillon de la 4* brigade, qui combattaient dans le Buchmoor, se retireraient sur Ltirschau où ils prendraient position.
Pendant que ces troupes effectuaient leur retraite lentement et en bon ordre, nous avons déjà dit que les Danois renforcés entraient dans le Buchmoor où ils gagnaient du terrain sans difficulté.
Toute la ligne schleswig-holsteinoise fut portée plus en arrière. La nouvelle position que Willisen fit prendre après 8 heures aux troupes qui défendaient la route de Schleswig partait de Gammellund, suivait le chemin qui va perpendiculairement de. ce village à la route de Schleswig , et se repliait ensuite un peu en arrière jusqu'à l'angle nord-ouest du Langsee. Sur un front s'étendant de THellesomoor à droite jusqu'à quelques centaines de pas à» gauche de la route de Schleswig, Willisen déploya 37 pièces de canon de difiërentes batteries, la plupart de la réserve, qui soutinrent un feu violent contre les 28 pièces danoises qu'elles avaient devant elles. L'infanterie des Schlesi^ig-Holsteinois se trouvait alors répartie de la manière suivante dans le voisinage de leur artillerie.
Le 13% le 14* bataillon et le &* corps de chasseurs (de la 4* brigade) occupaient la partie orientale du Westergehege ; 2 compagnies du 8* bataillon, de l'avant-garde, étaient plus
à l'ouest, sur la lisière nord du Westergehege, à 1000 pas à l'est de la route. Les deux autres compagnies de ce bataillon, ainsi qu'une compagnie du 15* bataillon,* avaient été envoyées dans le GrOderholz pour relever le 4* corps de chasseurs qui en avait été retiré. Les trois autres compagnies du IS* bataillon étaient entre THelIesômoor et la route, le 3* corps de chasseurs à l'est et tout près de la chaussée. Deux compagnies du !•» bataillon (1" brigade) qui, peu d'instants après 4 heures et dès le commencement du combat, avaient été détachées à l'est de la route pour appuyer le 8* bataillon, se trouvaient maintenant à l'ouest de la chaussée et du 3* corps de chasseurs. Elles furent bientôt dirigées à gauche sur Gammellund, pour soutenir une division du 12" bataillon dont le commandant de l'avant-garde avait disposé, dès qu'il s'était aperçu que les Danois faisaient mine d'inquiéter la retraite du Buchmoor.
Ainsi qu'on peut le voir, les bataillons, les demi-bataillons et même les compagnies étaient passablement entremêlés ; il existait en outre un grand désordre dans chacune de ces fractions. Les troupes que nous venons d'énumérer n'étaient pas toutes formées sur elles-mêmes : les pelotons d'un même bataillon se trouvaient séparés les uns des autres, et des hommes isolés avaient abandonné leur peloton. Comme il se produisit à partir de 8 heures une pause assez longue qui ne fut remplie que par un combat d'artillerie, on aurait eu le temps de reformer et de remettre en ordre les bataillons ; cela n'eut pourtant pas lieu. C'est en cette occasion que se Montrèrent d'une manière frappante quelquesuns des inconvénients d'une formation normale en petites colonnes de compagnie. Cette formation qui partage la troupe en 4 ou 8 petites unités, lesquelles, par suite de leur éloignement entre elles, réclament plus d'indépendance que ne le comporte leur force, tend à faire oublier trop facilement au commandant du bataillon et même à celui du den[ii-4)ataillon qu'ils doivent s'inquiéter du mécanisme intérieur de leur troupe. Ils laisseront alors ce soin aux commandants de compagnie qui, dans l'armée de Willîsen, étaient, pour
la plupart, des officiers jeunes, manquant d'expérience et d'autorité, qui ne s'occupaient pas assez de leurs hommes. Le fractionnement en un aussi grand nombre de petites unités rendait extrêmement difficile Fintervention énergique du compiandant de la brigade. Il est permis d'affirmer que si la formation des Schleswig-Holsteinois avait été en bataillons de 600 à 800 hommes, ils auraient évité une confusion aussi grande que celle dont nous venons de parler. Une petite compagnie de 1 SO hommes est trop tôt dépensée si elle se forme en tirailleurs pour les feux. Que le commandant de cette compagnie disperse 50 hommes en tirailleurs et qu'il renforce ensuite cette chaîne de 25 hommes, il aura déjà, employé la moitié de son monde ; s'il veut relever ses tirailleurs, il faudra qu'il y consacre tout ce qui lui reste. Mais si la moitié de la compagnie que l'on a engagée la première doit être relevée par l'autre moitié et retirée du combat, où trouvera-t-elle un point de ralliement? Elle ne voit derrière elle aucune masse qui l'attende de pied ferme, aucun drapeau qui l'appelle ; le chef de la compagnie est le seul point de ralliement et on l'aperçoit avec peine si le terrain est coupé. ïl n'en est plus ainsi lorsque des bataillons de 600 à 800 hommes agissent comme unités tactiques. Quant un semblable bataillon met 100 hommes sur la ligne de feux et 100 hommes en arrière comme soutien, il lui reste encore une masse respectable d'au moins 400 hommes. Quand les soutiens se portent en avant pour renforcer ou relever les tirailleurs, ils peuvent être remplacés par d'autres hommes pris dans le gros du bataillon. Cette masse offre toujours un point d'appui et de ralliement convenable qui, s'il est perdu de vue par la chaîne des tirailleurs, ne le sera jamais par la troupe de soutien avec laquelle il a une communication aussi intime que celle-ci avec les tirailleurs.
L'action spontanée faisait complètement défaut dans l'ordre de bataille normal des Schleswig-Holsteinois. Voici ot quoi consiste essentiellement cette action spontanée : quand les tirailleurs du bataillon ont remporté quelque avantage, la masse du bataillon se porte aussitôt en avant pour prendre
possession du terrain conquis et assurer ainsi l'avantage obtenu ; ou bien, si la chaîne de tirailleurs a le dessous, le gros du bataillon arrête aussitôt l'ennemi qui presse les tirailleurs et répare ainsi le désavantage. Mais pour pouvoir agir de cette façon, il faut avant tout avoir à sa disposition des fractions de troupes serrées. Or cela était à peu près impossible aux Schleswig-Holsteinois.
Il est vrai de dire cependant que l'ordre avait été donné de ne mettre en tirailleurs que deux compagnies de chaque demi-bataillon, et de conserver les deux autres réunies sous la main du chef du demi-bataillon. Mais il était presque impossible que cette prescription fût observée. Lorsqu'un commandant de compagnie de la ligne la plus avancée, remué par le moindre souffle de vent à cause de la faiblesse de sa troupe, avait mis toute sa compagnie en tirailleurs, renforçant et allongeant constamment cette chaîne, le commandant du demi-bataillon était bien forcé de donner de nouvelles troupes de soutien à la longue chaîne de tirailleurs que formaient ses deux compagnies avancées ; les compagnies en arrière étaient employées à cet usage, de sorte qu'il n'en restait bientôt plus rien pour agir en masse. Les soutiens qu'on faisait avancer se dispersaient eux-mêmes en se naêlant à la première chaîne de tirailleurs, et les pelotons s'enchevêtraient bientôt de telle façon qu'il était difficile de les débrouiller et de reformer le demi-bataillon, surtout en présence de l'ennemi. Ajoutons à cela ce fait incontestable que plus les fractions qui servent d'unités tactiques sont faibles, plus facilement on les engage. On hésite beaucoup moins à envoyer au feu une compagnie qu'un bataillon. On se dit : après tout, ce n'est qu'une compagnie. Et c'est ainsi que le commandant du demi-bataillon se voit, au bout d'un instant, réduit à une seule compagnie, avec laquelle il lui est absolument impossible de livrer un combat de quelque durée et qui puisse se diviser en moments.
Le front très-étendu du champ de bataille dldstedt, sur lequel les brigades étaient comme perdues^ favorisait, exigeait même le développement en largeur de chaque unité
tactique, et c'est pour cela que le manque de réserves s'y fit tellement sentir, en grand comme en petit.
Le désordre dans lequel se mit le li^ bataillon dans sa première marche à travers Idstedt prouve d'une manière frappante j usqu'à quel point le système des colonnes de compagnie peut faire perdre de vue l'idée de la liaison intime des moments dans lesquels se divise un combat. Si le corn-mandant de ce bataillon avait eu l'habitude de considérer sa troupe comme un tout qu'il devait diriger lui-même, n'auraitil pas envoyé à travers le village une avant-garde de tirailleurs, avec des soutiens qu'il aurait suivis à une distance convenable, en occupant des positions avantageuses pour y recevoir son avant-garde si elle venait à être repoussée ? Mais son bataillon n'était à ses yeux que la réunion de 8 petites fractions, dont chacune devait pouvoir livrer un combat indépendant. Il fit donc avancer son bataillon par le flanc à travers le village en doublant les files. La fraction la plus avancée pouvait facilement, en raison de sa petitesse, se déployer pour combattre dès qu'elle rencontra l'ennemi, et elle devenait même alors un corps indépendant d'après les prescriptions pour la formation de combat. Le chef de bataillon n'avait point ici à s'occuper des détails. Cependant, cette compagnie avancée ne se déploya point lorsqu'elle reçut des coups de canon au moment où elle débouchait du village d'Idstedt ; elle se pelotonna comme un troupeau de moutons, et mit dans le plus beau désordre le bataillon qui obéit machinalement à l'impulsion rétrograde que lui imprimait la tête de colonne.
Pendant que dure le combat d'artillerie à Idstedt, allons voir ce qui s'était passé jusqu'à ce moment entre le lac d'Idstedt, le Langsee et la route de Missunde.
Combat d'Oberstolk.
JVous avons laissé vers 6 heures du matin le général Schleppegrell dans les environs d'Oberstolk.
Le 12« bataillon léger, le 2* bataillon de réserve, le 3« corps de chasseurs de réserve et le 5« bataillon de ligne ont déjà dépassé Oberstolk et se sont portés à l'ouest, en partie sur le Grtiderholz, en partie sur Rômke, où nous les avons déjà vus en action.
La batterie Baggeseii et un escadron et demi de dragons ont également traversé le village; rartillerie a pris position à 1000 pas au sud du village, sûr les hauteurs qui regardent le lac d'Idstedt, et elle tire sur Idstedt et sur les batteries ennemies qui s'en trouvent rapprochées. Le général Schleppegrell reste de sa personne avec Baggesen et les dragons.
Le 13' bataillon de ligne, venant de Klapholz, s'approche alors du village d'Oberstolk. La réserve, sous le colonel Hen* kel, est encore en arrière*
Tout à coup, à 6 heures passées, Schleppegrell entend une vive fusillade dans Oberstolk.
C'était une attaque de la S'' brigade schleswig-holsteinoise.
Lorsque cette brigade avait reçu vers 4 heures Tordre de suspendre son mouvement en avant et d'attendre le signal des fanaux, elle était déjà à Guldenholmseehaus, sur la rive nord du Langsee, le S* corps de chasseurs détaché ua peu en avant. Elle vit à la pointe du jour et entendit le combat qui se livrait entre l'Hellîgbeck et Idstedt, ainsi que la retraite de ce combat vers Idstedt. Elle attendait le signal avec impatience.
Les fanaux brillèrent enfin vers 8 heures 1/2. Le général de Horst se mit aussitôt en mouvement. Une seule compagnie fut laissée pour garder le gué et la passerelle, et les autres troupes se mirent en marche dans l'ordre suivant, en se dirigeant sur Oberstolk à travers le Lyngmoos : S** corps de chasseurs ayant une compagnie en avant-garde, puis les 9*, 10® et 11® bataillons, et enfin l'escadron de dragons. La batterie de la brigade, qui ne pouvait passer ni dans le gué ni sur la passerelle construite pour l'infanterie, ne suivit pas le mouvement des autres troupes. Elle s'était déjà dirigée par la rive sud du Langsee sur le Westergehege où elle arriva vers 5 he.ures 1 /2, dans le desi^in de marcher sur Oberstolk
par le Grûderholz ; mais on sait par les événements que nous avons déjà racontés que cela n'était plus possible. La batterie dut donc rester à l'ouest du lac d'Idstedt où elle fut • utilisée j et la 3» brigade resta sans artillerie.
L'infanterie de la 3* brigade, évitant la faute de marcher par le flanc, se mit en colonne par section, formation dans laquelle le plus petit détachement fait encore front à Tennemi qu'il cherche. En arrivant à Oberstolk, la compagnie d'ayant-garde du 8* corps de chasseurs rencontra le 13® bataillon danois qui traversait en ce moment le village sans prendre aucune précaution. Elle se jeta aussitôt sur l'ennemi surpris, et les autres compagnies du corps la suivirent en se déployant à droite et à gauche. La moitié du 9" bataillon leur servait de réserve ; l'autre moitié fut envoyée à Unterstolk pour voir si Ton y pouvait découvrir quelque chose de l'ennemi, ou de la 2* brigade schleswig-holsteinoise. Le 10* et le 11* bataillon restèrent provisoirement en colonne au sud-est d'Oberstolk. .
L'attaque du 5* corps de chasseurs rejeta aussitôt le 13« bataillon danois dans la partie nord d'Oberstolk. Il parvînt à s'y établir et il s'engagea alors un combat acharné de village, dans lequel- les deux partis cherchaient à s'enlever les maisons dont plusieurs étaient en feu, et se battaient dans des rues étroites et bordées de ces talus élevés qui séparent les fermes. Pendant les péripéties de cette lutte, la fusillade, puis le canon, se firent entendre à Unterstolk. La moitié du 9* bataillon qui avait été envoyée sur ce point était tombée sur lé 1*' bataillon de réserve, de la réserve de Schleppegrell, et un combat très-vif s'en était aussitôt suivi. Horst envoya au secours deux compagnies du 10* bataillon. Lorsque Schleppegrell qui se tenait, comme nous savons, au sud-ouest d'Oberstolk avec la batterie Baggesen, entendit le feu continu dans le village, il lui vint d'abord à l'idée que c'étaient les paysans qui attaquaient le 13* bataillon de Bgne qvi'il attendait. 11 ordonna donc à un demi-escadron de dragons de rétrograder et d'aller balayer Oberstolk. Ces cavaliers entrèrent dans le village et tombèrent au milieu
des chasseurs schleswig-holsteinois qui se jetèrent à droite et à gauche derrière les knicks et laissèrent défiler les dragons sous leur feu. Peu de cavaliers en revinrent. Avant même que Schleppegrell fût informé de cet événement, les tirailleurs ennemis s'approchaient de la batterie avec laquelle il se trouvait.
Le général Horst, trouvant Tenneml dans Oberstolk, voyant que ses troupes l'avaient également rencontré dans Unterstolky et n'apprenant rien de la 2® brigade qui, d'après son calcul, aurait dû déjà signaler sa présence, ne crut pas prudent de rester sur ce point où il était complètement séparé de l'armée, et il prit la résolution très-sensée de se porter à Touest pour attaquer en flanc les Danois qui combattaient sur la route de Schleswig.
Il ordonna donc aux deux dernières compagnies du 10* bataillon de s'avancer à Touest d'Oberstolk. Ces compa^ies, auxquelles se réunit une compagnie du 9* bataillon, rencontrèrent la batterie Baggesen. Schleppegrell leur opposa la seule infanterie qu'il eût sous la main, *celle qui soutenait la batterie. Cette infanterie fut aussitôt dispersée ; les dragons quil lança ensuite furent reçus par un feu violent et firent demi-tour. Les Schleswig-Holsteinois pénétrèrent alors dans la batterie dont 5 pièces seulement purent s'échapper; les 3 autres furent prises.
Tout ce qui s'était passé jusqu'alors à Oberstolk semblait un succès pour les Schleswig-Holsteinois ; cependant il était clair que cette victoire était loin d'être assez complète pour qu'elle eût de l'importance. Horst avait remporté par surprise un succès momentané qu'il fallait poursuivre pour le rendre durable. Or cela ne pouvait se faire par surprise. Au contraire, les Danois, dès 7 heures du matin, s'étaient de* puis longtemps remis de cette défaite. Le iS"" bataillon de ligne tenait ferme dans la partie nord d'Oberstolk ; il s*était mis en communication avec la réserve d'Henkel : i*' bataillon de réserve, la moitié du 3^ et la batterie Just, et le combat autour d'Oberstolk et d'Unterstolk était conduit par les Danois avec beaucoup d'ensemble. 9 compagnies schleswig-
holsteinoises : 4 du 5' corps de chasseurs, 3 du 9« bataillon et 2 du 10% aussi peu fraîches que les troupes danoises, leur étaient opposées. Des trois autres compagnies : 2 du 10'' bataillon et une du 9% qui avaient attaqué la batterie Baggesen, la moitié à peine était réunie.
La seule troupe fraîche sur laquelle pût compter Horst était le ir bataillon ; mais il ne l'avait déjà plus à sa disposition.
Le major Wynecken avait été nommé sous-chef de Tétatmajor général de Willisen, et on l'avait maintenu dans cette position bien qu'il criât par les rues qu'il ne s'intéressait pas du tout au succès de la cause des Schleswig*Holsteinois. Lorsqu'Idstedt fut enlevé par les Danois, Wynecken galopa du sud au nord du Langsee pour voir ce qui se passait à l'aile droite. Il aperçut là, dans le voisinage de Gtildenholmseehaus, des troupes danoises, — vraisemblablement des patrouilles, envoyées par Schleppegrell d'un côté et par le colonel Krabbe de l'autre, ainsi que nous le verrons ; — il entendit la fusillade devant lui dans Oberstolk, et plus à l'est tout près de Wedelspang. Craignant alors pour la retraite de Horst, Wynecken courut à Oberstolk, il rencontra le il* bataillon au sud du village et, sans consulter le général, il renvoya ce bataillon à Gtildenholmseehaus pour garder le gué. Gela fait, il alla trouver le général de Horst, lui annonça qu'Idstedt était perdu, que l'ennemi était au gué du Langsee, que lui, Wynecken, venait en conséquence de renvoyer le 11* bataillon au Langsee, et que Horst n'avait pas à compter sur l'appui de la 2' brigade qui n'avait pas encore quitté Wedelspang. Toutes ces nouvelles, dans la bouche d'un officier supérieur d'état-major, étaient tellement accablantes que Horst n'avait plus qu'à songer à se tirer de la gueule du loup. Croyant d'une part que la route du gué lui était déjà coupée, et d'un autre côté que sa présence à Idstedt pouvait encore être utile, il résolut d'opérer sa retraite sur ce village et de se faire jour jusqu'à la route. Il rassembla donc 300 à 400 hommes des troupes qui avaient attaqué la batterie Baggesen et des chasseurs d'Oberstolk, et il en-
voya aux troupes d'OberstoIk et d*Unterstolk Tordre de le rejoindre. Maïs celles-ci ne le pouvaient pas parce qu'elles étaient engagées dans un combat trop acharné pour qu'il tut possible de le rompre de suite. Horst laissa donc ces troupes livrées à elles-mêmes, il abandonna les 3 canons conquis, et prit la route d'Idstedt avec 400 hommes du S* corps de chasseurs et des 9" et 10* bataillons. Lorsqu'il trouva ce village fortement occupé par les Danois, il marcha au sud vers le Grîiderholz où il se fit jour à travers quelques détachements ennemis.
Les troupes du 5* corps de chasseurs et des 9* et 10' bataillons, qui combattaient dans Oberstolk et Unterstolk se retirèrent lentement vers le gué du Langsee, mollement poursuivies par l'ennemi, et, à 9 heures du matin, elles étaient complètement réunies sur la rive méridionale du lac à Giildenholmholzhaus. Horst amena également sur ce point par le Westergehege la plus grande partie de son détachement.
Combat de Wedelspang*
Lorsque le colonel Abercron reçut à 4 heures l'ordre de suspendre provisoirement son mouvement en avant, il ne laissa au nord du défilé de Wedelspang que le 2* corps de chasseurs, 2 compagnies du T bataillon et la batterie de 6, n^ 3. Le gros de la brigade resta en arrière du déiSlé.
Nous avons laissé à Klapholz le détachement du colonel Krabbe, lorsqu'il se séparait vers 4 heures du gros de Schleppegrell pour marcher sur Wedelspang. Il rencontra bientôt à Bôcklund le 2* corps de chasseurs schleswîg-holsteinois, soutenu par la moitié du ?• bataillon. Il s'engagea un combat de feux dans lequel les Danois eurent d'abord Favantage et gagnèrent peu à peu du terrain. Néanmoins ce combat ne fut pas poussé avec une grande vigueur, ce qui s'explique suffisamment par les circonstances dans lesquelles se trouvaient les deux partis. Krabbe n'avait pas l'ordre d'enlever
le défilé de Wedelspang, mais seulement d'y occuper et de contenir les troupes ennemies qui s'y trouveraient. Il devait, dans tous les cas, chercher à arriver le plus près possible de Wedekpang, afin de pouvoir surveiller les mouvements des Sohleswig-Holsteinois, particulièrement ceux qu'ils pourraient tenter dans la direction de l'ouest, mais il devait en même temps ménager ses troupes, afin d'être en mesure d'arrêter le mouvement en avant de l'ennemi s'il venait à se produire. Afin de s'orienter h l'ouest, il envoya un peloton dans la direction de Gtlldenholmseehaus, et ce peloton, se joignant aux troupes d'Henkel, prit part au combat livré aux troupes de Horst quand elles se repliaient d'Oberstolk et d'Unterstolké De son côté, Abercron avait l'ordre de suspendre provisoirement son ofiensive, et d'attendre, pour la recommencer, que les fanaux fussent allumés.
Es le furent, comme on sait, à 5 heures 1/2. S'ils eussent été aperçus, si Abercron s'était aussitôt avancé vigoureusement, s'il avait obéi ponctuellement à ses instructions en prenant la route de Stenderup, on ne pouvait rien lui demander de plus, dans le cas le plus heureux, que d'arriver à 8 heures i /2 entre Oberstolk et Klapholz, après avoir battu Krabbe. Il est clair en outre que sa présence sur ce point ne pouvait plus y être utile, puîsqu'à cette heure-là Horst s'en était complètement retiré. Si, au contraire, Abercron, s'écartant de ses instructions lorsqu'il entendit le feu à Oberstolk^ n'avait laissé en face de Erabbe qu'un détachement pour marcher lui-même contre Oberstolk et la partie orientale d' Unterstolk, il pouvait y arriver à 7 heures et jeter ainsi un poids considérable dans la balance.
Mais la 2* brigade n'aperçut point les fanaux, et c'est là un des exemples de l'insuffisance trop fréquente en campagne de ces moyens artificiels de transmettre les ordres. L'officier que Willisen avait envoyé pour plus de sûreté porter à la 2* brigade l'ordre d'attaquer n'arriva qu'à 6 heures 1/2 à Wedelspang ; il ne trouva pas de suite le colonel Abercron auquel l'ordre ne fut communiqué qu'à 7 heures. Comme il était tout à fait hors de propos de songer à surprendre Krabbe
h cette heure-là, l'offensive la plus énergique eût été vraisemblablement sans aucune utilité.
On ne songea même pas à cette offensive. Abercron dirigea le combat non pas en agresseur, mais comme s'il devait seulement occuper son adversaire ; il ne fit même pas usage de son artillerie. Outre les troupes qui se trouvaient dès le début au nord du défilé, il envoya d'abord deux compagnies du 6® bataillon vers Bôcklund et le bois de Fahrenstedt, pour relever les compagnies du 7' bataillon qui faisaient dire qu'elles avaient épuisé les munitions de leurs gibernes, et qu'il était impossible, sous le feu de l'ennemi, de prendre des munitions de réserve dans les caissons. Il fit avancer plus tard deux compagnies du S« bataillon pour couvrir le flanc gauche, mais non pour attaquer. Le combat se traîna ainsi jusqu'à 8 heures d'une manière pitoyable, et sans aucune idée de la part des Schleswig-Holsteinois.
A cette heure arriva la nouvelle de la première tentative infructueuse de reprendre Idstedt aux Danois, en même temps qu'un ordre de Willisen disant à Abercron d'agir d'après sa propre inspiration. Bientôt après, arrivait le major Wynecken qui annonça que Horst s'était retiré d'Oberstolk. Abercron ne chercha pas plus longtemps des inspirations : il se contenta d'occuper le défilé de Wedelspang en renonçant complètement à l'offensive, et il ne laissa au nord du défilé qu'un faible détachement qui se battit mollement jusqu'à onze heures, puis le combat cessa complètement sur ce point.
Impression pFoduite sur le général Erogh par le combat
d'Oberstolk.
Le général Schleppegrell ayant été tué dans le combat d'Oberstolk, le colonel Baggesen prit le commandement des troupes danoises qui se trouvaient sur ce point du champ de bataille. Il fit part aussitôt des événements au général Krogh. D'après son rapport, il semblait que la plus grande partie de
la 2^ division fût dispersée. Cette nouvelle fit sur le général Krogh la même impression qu'avait produite sur le général Willisen Tattaque malheureuse des 13« et 14® bataillons contre Idstedt. L'idée de pourvoir à sa propre sûreté prit le dessus et la pensée d'offensive passa au second plan. Erogh prit alors les dispositions suivantes : D ordonna au colonel Thestrup de s'avancer de l'Helligbeck à la tète du 2** corps de chasseurs, des 5® et 6® bataillons de réserve, appartenant tous trois à la 4* brigade tenue jusqu'alors en réserve, et d'aller soutenir vers Idstedt la 2* division.
Aussitôt après, il envoya à Oberstolk le général de Méza, de son état-major, pour rassembler aux environs d'Idstedt tout ce qu'il pourrait réunir de la 2* division et en prendre le commandement.
Kjogh n'avait plus alors comme réserve d'infanterie que le bataillon de gardes du corps et le 9** bataillon de ligne.
Il fallait se constituer une nouvelle réserve. Krogh ne renonçait pas plus à l'offensive que ne l'avait fait Willisen après son premier échec contre Idstedt, mais il doutait au moins très-fort de son succès. Si le mouvement à travers le Westergehege ne réussissait pas, si les Danois étaient au contraire forcés à la retraite, qu'adviendrait-il alors de la 3® brigade, qui à ce moment, — huit heures environ, — devait être à Silverstedt ? Elle serait complètement isolée et, selon toute apparence, forcée de mettre bas les armes. Krogh ne réfléchit pas longtemps. Il envoya l'ordre au colonel Schepelern de rejoindre l'armée sur la grande route en passant par Eggebeck. Or, si la 3* brigade était, comme on le supposait, à Silverstedt, elle aurait certainement dépassé ce point quand l'ordre lui parviendrait. Elle avait ensuite 2à ou 25 kilomètres à faire pour arriver à la route de Schleswig par la Treene et Eggebeck, ce qui était une marche de 6 à 7 heures pour un marcheur isolé , mais beaucoup plus longue pour une brigade, et surtout pour une troupe qui était sur ses jambes depuis le matin, et peut-être engagée dans un combat. Le général Krogh ne pouvait
donc pas songer à se faire une réserve de cette brigade, et son ordre n'avait pour objet que de la mettre en sûreté*^ Qui sait si ce n'est pas cette considération qui l'empêcha d'ordonner immédiatement la retraite de son armée, et s'il ne résolut pas de tenir devant le plateau d'Idstedt uniquement pour donner h la 3* brigade le temps de prendre le plus d'avance possible ?
Mais pour conserver quelque sécurité, abstraction faite de toute pensée d'offensive, il fallait toujours avoir une ré* serve. Pour la constituer, Krogh ordonna de retirer du Buchmoor les troupes qui l'occupaient et de les réunir sur la route.
Voyons maintenant quelle fut la conséquence de ces dispositions, sans nous occuper de la S"" brigade,
Thestrup marcha sur Idstedt avec la plus grande partie de ses forces, et sa présence sur ce point coïncida aveo la retraite de Horst d'Oberstolk. Ce dernier arriva sans en* combre dans le Griiderholz, ce qui lui fut d'autant plus facile que les troupes danoises, qui étaient devant le GrUder^ holz depuis cinq heures du matin, se crurent menacées sur leurs derrières lorsqu'elles virent que le combat d'Oberstolk ne finissait pas, et elles commencèrent vers sept heures à se retirer dans la direction d'Oberstolk. Thestrup prit posi-^ tion à Idstedt.
Lorsque les troupes danoises, qui se retiraient du Grvr derholz sur Oberstolk, apprirent, chemin faisant, que le combat avait cessé sur ce point, elles revinrent lentement vers le Grtiderholz. Le colonel Henkel se joignit à elles avec le 1er bataillon de réserve et la batterie Just, après que la plus grande partie de la brigade florst eut traversé le Langsee à Giildenholmseehaus. Henkel avait laissé dans Oberstolk la moitié du 3® bataillon de réserve. Le général de Méza rallia toutes ces troupes, il les remit en ordre, envoya un officier au colonel Krabbe pour savoir ce qui se passait de son côté, et lui ordonner de se maintenir sur la route de Missunde et de ne se retirer sur Oberstolk que s'U y était forcé. Krabbe répondit qu'il CQqserverait sa position
à tout prii. A neuf heures et demie^ SOOO hommes environ de la 2*" division étaient réunis en bon ordre de combat, sans compter le détachement de Krabbe et la S"* brigade gui se trouvaient sur la route de Missunde« — L'attaque de Horst contre Oberstolk avait donc fait perdre aux Danois environ 200O hommes, tués, blessés ou disparus*
Lorsque les troupes danoises, la plupart de la 6' brigade, gui occupaient le Buchmoor, reçurent Tordre de se retirer sur la chaussée derrière Fartillerie, elles venaient de se porter en avant, dès que les Schleswig-Holsteinois avaient évacué ce terrain pour aller former la réserve à Ltirschau. Le mouvement en avant des Danois força même le colonel Ger* hardt à renvoyer sur Gammellund un bataillon pour les contenir* Mais cela devint inutile puisque les Danois se retirèrent aussi de leur côté.
Il résulte de tout cela qu'après 8 heures ni les Schleswig- Holsteinois ni les Danois ne songeaient à attaquer, ce qui donna lieu à cette pause qui fut uniquement remplie par un combat d'artillerie. La retraite semblait déjà aux deux généraux en chef une éventualité prochaine, et il n'eût fallu peut-être que le moindre coup pour décider l'un ou l'autre à l'ordonner. Peut-être aussi que c'était celui des deux auquel la retraite semblait la plus dangereuse qui hésitait le plus à la commencer. En effet, le général Erogh craignait beaucoup pour sa 3^ brigade, et cela le maintenait en place ; mais les choses prirent bientôt une tournure telle que le courage lui revint. Peu à peu les troupes des 5* et 6® brigades et, plus à l'ouest, celles de la 4'» se rassemblèrent près de la grande route. Les groupes de tirailleurs se formaient en bataillons compactes, et l'ennemi ne s'opposait en rien à la formation de ces bataillons; les officiers danois s'occupaient avec le plus grand zèle à reformer leurs troupes, tandis que les officiers schleswig-holsteinois négligeaient complètement ce soin. Bientôt arriva le rapport de Méza, annonçant qu'il disposait de 3,000 hommes de troupes de Schepelern, et que Krabbe promettait de se maintenir à tout prix sur la route de Missunde. L'impression produite par l'attaque de Horst
contre Oberstolk avait été considérable, mais elle ne pouvait pas avoir plus de durée que n'en avait eu lui-même ce coup isolé. Il ne fallait que du teipps pour s'en remettre et le temps n'avait pas manqué.
Aussi, le général danois conçut-il à 10 heures 1/2 Tidée d'attaquer la position que Willisen avait prise de Gammellund à l'Hellesornoor. Mais en tout cas il fallait différer l'exécution de cette idée, puisqu'il convenait de donner du repos aux troupes qui devaient exécuter l'attaque principale sur la chaussée, et qui combattaient depuis le matin.
On a dit souvent que les Schleswig-Holsteinois étaient complètement vainqueurs à 8 heures du matin, ce qui accordait une grande importance à leur succès d'Oberstolk. Mais les legons de Texpérience n'apprendront jamais rien à ceux qui portent un tel jugement. Ce succès se dissipa comme une bulle de savon ^arce qu'on ne put lui donner aucune durée, aucun effet ultérieur, par suite du manque de réserves. La présence même du 11^ bataillon, si Wynecken ne l'avait pas renvoyé au gué de Langsee, n'aurait rien changé à la question principale. — Voici en quelques mots ce que peut nous enseigner ce succès dans ses rapports avec l'ensemble de la bataille :
Un succès auquel on ne peut donner une importance ultérieure n'a pas de valeur. Tenez vos forces concentrées, non-seulement pour remporter sur un point donné un succès momentané, mais en outre, alSn de pouvoir profiter de toutes les conséquences de ce succès. Alors il ne manquera jamais son effet. — Comptez sur l'immense force de résistance que possède un détachement, même peu considérable, contre un ennemi très-supérieur, afin de réunir avec d'autant moins d'appréhension le gros de vos forces sur un seul point et de les y faire donner sans crainte. — Ne songez jamais à concentrer vos forces sur un terrain qui ne vous appartient pas et qu'il vous faut conquérir ayant de combattre dessus, surtout lorsque vous êtes forcé de concentrer vos forces pour vous rendre maître de ce terrain.
Impression produite par les événements sur le général
Willisen.
Nous avons déjà dit que le général Willisen avait renoncé à ses projets d'attaque après la seconde tentative infructueuse des IS"" et 14*" bataillons contre Idstedt, et qu'il avait songé à une retraite successive. A 9 heures, il se rendit de sa personne à Ahrenholz, pour voir lui-môme comment se formait la réserve qu'il voulait composer de la 1" brigade. Il fut rejoint sur la route par le major Wynecken qui revenait de l'aile droite (2* brigade). Cet officier lui raconta qu'il avait rencontré beaucoup de fuyards au sud du Westergehege, et il lui apprit en outre qu'Abercron ne s'était pas porté en avant.
Willisen avait été fort déconcerté pa^la conduite des 13« et 14^ bataillons dans les deux attaques contre Idstedt, et il était déjà bien près de croire qu'il n'y avait rien à attendre de troupes qui se battaient aussi mal ; cette idée fut encore fortifiée par le récit de Wynecken qui prétendait avoir vu tant de fuyards au sud du Westergehege. C'est alors que Willisen se décida sans hésiter à battre en retraite. Il était clair pour lui qu'il ne fallait plus penser à l'offensive; d'un autre côté, en abandonnant la position d'Idstedt, on n'exposait la sûreté d'aucun détachement, puisqu'il ne s'en trouvait pas en avant du front de cette position , attendu qu'Abercron ne s'était point avancé et que Hoïst était revenu d'Oberstolk. Willisen envoya donc le major Wynecken à Idstedtkrug porter l'ordre au colonel Gerhardt, commandant la brigade d'avant-garde, et au colonel Wissel, commandant la réserve d'artillerie, d'évacuer peu à peu la position en se retirant par la grande route.
Ces officiers ne comprirent pas la nécessité de ce mouvement rétrograde. La seule chose qui les avait inquiétés, c'était le mouvement des Danois contre leur flanc gauche à travers le Buchmoor; mais ce mouvement s'était arrêté, comme nous savons, par suite des nouvelles reçues d'Oberstolk, et.
loin de marcher en avant, les Danois se retiraient du Buchmoor. Rien ne menaçait encore le front de la position. Les colonels tierhardt et Wissel en concluaient, et avec raison du point où ils se trouvaient, que la situation s'était améliorée pour les Schleswig-Holsteinoîs. Wynecken rapporta leur réponse au général WilliseUi ainsi que leurs objections contre la retraite.
Ce dernier consentit alors à ce que la position d'Idstedtkrug fût conservée, mais sans prendre aucune mesure pour continuer le combat à Tintérieur de cette position, c'est-àdire en arrière du front que formaient le Langsee, le Wes^ tergehege et le lac d'Ahrenholz. Il regardait encore la retraite comme absolument nécessaire et ne voulait que la différer. Quand le moment en serait venu, il voulait l'opérer par Schleswig ; ou bien par Missunde dans le cas seulement où les Danois le presseraient trop vivement sur la route de Schleswig, Afin de conserver, dans ce cas, cette dernière ligne de retraite, Willisen envoya Wynecken porter l'ordre au colonel Aberoron de conserver jusqu'au soir le défilé de Wedelspang.
Mouvements du détachement de Taile droite danoise
(3« brigade) .
C'est la 3* brigade danoise qui devait porter d'une étrange façon le dernier coup nécessaire pour forcer à la retraite les Schleswig-Holsteinois. •
Le 25 à 3 heures du matin, cette brigade s'était avancée de nouveau de SoUerup à SoUbrûck. Pendant qu'un combat de tirailleurs s'engageait sur ce point d'une rive à l'autre de la Treene, elle envoya un bataillon au gué d'Hiinningen, en amont de SoUbrûck. Le 3® bataillon schleswig-holsteînois, voyant ainsi son flanc droit et ses derrières menacés, incendia le pont de la Treene, et, se conformant à ses instructions, il se retira lentement sur Jûbeck. Aucun des adversaires ne put faire usage de son artillerie, parce que le temps sombre
et pluvieux ne peimettait pas de voir assez loin. Les Schles* wig-Holsteinois se maintinrent dans Jûbeck jusqu'à 7 heures du matin, et ils se retirèrent ensuite jusqu'à Friedrichsau où se trouvaient déjà 3 escadrons de la réserve de cavalerie, 4 batteries de 6 et la batterie à cheval. £n effet, le général Willisen, voyant que la cavalerie de réserve, ainsi que l'escadron de l'avant-garde et la batterie à cheval, ne pouvaient pas être utilisés dans la position d'Idstedt à cause du terrain et de la nature du combat, avait ordonné vers 7 heures que ces troupes marcheraient sur la Treene, pour y prendre un rôle offensif ou défensif en raison des circonstances. Le reste de la cavalerie de réserve arriva bientôt aussi à Friedrichsau où se trouvèrent alors réunis 9 escadrons, en comptant les deux escadrons qui avaient été placés dès le début de la jour-» née avec le 3® bataillon. Les Danois n'attaquèrent point Friedrichsau,
Après avoir rétabli le pont de Sollbrtick et construit un pont de chevalets en aval du premier, les Danois avaient traversé la Treene et suivi, comme nous l'avons vu, les Schleswig-Holsteinois jusqu'à Jtibeok. Lorsqu'ils furent maîtres de ce village, le colonel Schepelern marcha sur Silverstedt vers huit heures du matin avec toutes ses forces. Il ne restait à Sollbrttck qu'un faible détachement. Le pont de chevalets fdt enlevé et on lui fit descendre la Treene, afin de pouvoir l'employer dans le cas où les Danois seraient forcés de repasser la Treene au-dessous de Sollbrtick,
Les Schleswig-Holsteinois observaient la marche des Danois vers le sud, sans pouvoir apprécier exactement leurs forces. L'attaque de l'ennemi s'étant complètement arrêtée, ils se préparaient eux-mêmes, vers huit heures et demie, à marcher de Friedrichsau à l'ouest pour prendre à leur tour Tofifensive, lorsqu'ils reçurent l'ordre qui prescrivait à la |re brigade d'aller se former entre Ahrenholz et Ltlrschau pour servir de réserve*
Lie S"" bataillon s'y rendit aussitôt. La réserve de cavalerie ayant été placée sous les ordres du commandant delà 1'^ brigade, le colonel Ftlrsen-Bachmann en envoya un escadron
(capitaine Weise) aux passages de la Treene à Silberstedt et Treya, et il marcha sur Lîirschau avec les huit autres escadrons et la batterie à cheval. Il envoya le capitaine Keudell, son chef d'état-major, au général Willisen pour lui porter des nouvelles et demander ses ordres ; et il expédia son aide de camp de brigade au général Baudissin, chef de la 1'® brigade.
Keudell trouva le général WiUisen à Ahrenholz entre neuf et dix heures. Willisen savait déjà ce qui s'était passé sur son flanc gauche, c'est-à-dire que les Danois avaient passé la Treene, et il connaissait à peu près leur force sur ce point. Keudell venait lui apprendre maintenant qu'ils marchaient sur Silverstedt. C'est au moment même où Willisen venait d'envoyer le major Wynecken aux colonels Gerhardt et Wissel avec l'ordre de la retraite, et Wynecken n'était pas encore de retour avec les nouvelles qui firent différer cette retraite. Willisen dit donc au capitaine Keudell que la retraite était ordonnée et que la cavalerie de réserve devait marcher sur Kurburg pour la couvrir.
A peine Keudell était-il reparti porteur de cet ordre que Wynecken revint dldstedtkrug et que la retraite fut suspendue. La cavalerie de réserve reçut alors de nouveaux ordres. L'aide de camp de brigade chercha longtemps en vain le général Baudissin, qui avait été blessé dans le combat du Buchmoor et remplacé par le major Gagern.
Il rencontra enfin vers dix heures le colonel de Tann, chef d'état-major général de l'armée, qui le chargea de porter à la cavalerie de réserve l'ordre de prendre deux heures de repos à Lîirschau. A peine la cavalerie de réserve avait-elle reçu cet ordre que le capitaine Weise lui envoya la nouvelle que l'ennemi avait occupé Silverstedt avec deux bataillons et de l'artillerie. Fiirsen-Bachmann fit aussitôt partir au trot de Ltirschau sur Schuby deux escadrons et quatre pièces d'artillerie à cheval et il en informa Willisen, qui ne reçut pas cette nouvelle par la négligence d'un officier d'étatmajor. Le détachement dont nous venons de parler, sous les ordres du lieutenant-colonel Buchwaldt, se réunit vers onze
heures à Schuby à l'escadron du capitaine Weise et marcha sur Silverstedt. Les Danois en sortirent aussitôt ; on fit avancer de l'artillerie des deux côtés et le feu commença. Cependant Bucfawaldt ne tarda pas à se retirer derrière Schuby et il évacua ce village que les Danois occupèrent.
Lorsque le général Willisen, qui se trouvait alors avec la réserve, entendit le canon à Schuby, il ordonna d'abandonner la position d'Idstedt. S'il avait été vainqueur dans cette position, la présence sur ses derrières de la brigade danoise qui marchait par Schuby sur Schleswig eût été sans danger pour lui ; mais il se rappelait vivement l'état dans lequel il avait laissé les troupes sur le plateau d'Idstedt entre huit et neuf heures. L'esprit rempli de pensées de retraite depuis huit heures du matin, il se figure l'efiet que l'occupation de Schleswig par les Danois va produire sur ses troupes qui se retirent en désordre d'Idstedtkrug à travers le Westergehege. Joignez à cela que la réserve rassemblée à huit heures à Lllrschau avait été depuis lors fort diminuée.
En effet, ainsi que nous le verrons, les Danois avaient presque complètement reformé leurs troupes à dix heures et demie et ils reprenaient l'offensive. Ils coptimencèrent par réoccuper fortement le Buchmoor. Pour les arrêter, un demi-bataillon du l^'' corps de chasseurs fut envoyé d'Ahrenholz à Ganimellund avec 2 pièces de canon et un escadron, pour appuyer les détachements d'infanterie dispersés dans la position principale.
Après qu'il eut envoyé à Idstedtkrug l'ordre de la retraite, le général Willisen conduisit lui-même à Schuby, pour dégager ses derrières, ce qui restait encore de la réserve, savoir : la moitié du 1" corps de chasseurs, les 2' et 4* bataillons, & pièces de 6 et les escadrons disponibles de la réserve de cavalerie.
Mais lorsqu'il arriva à Schuby, le détachement de l'aile droite danoise était déjà en pleine retraite. Au moment oii son avant-garde entrait dans Schuby, le colonel Schèpelern recevait enfin l'ordre que le général Krogh lui avait expédié
à huit heures du matin pour lui prescrire de rejoindre l'armée le plus lot possible par SoUbrîick et Eggebeck, et il crut devoir exécuter cet ordre au pied de la lettre. Willisen ne put que lui envoyer quelques boulets à une très-grande distance.
Pendant que Willisen s'éloignait ainsi de la position dldstedtkrug, les choses prenaient là une tournure décisive.
Retraite des Schleswig-Holsteinois.
Nous avons déjà vu que les Schleswig-Holsteinois avaient complètement négligé de mettre à profit la longue pause qui leur avait éié accordée, pour reformer leur infanterie dans la position en avant du Westergehege. Aux mauvaises conditions générales, résultant de l'organisation de leurs troupes, il venait s'en ajouter d'autres. Le général Willisen avait abandonné la position d'Idstedtkrug pour se porter à la réserve. Il restait dans la position des troupes de trois brigades difTérentes : avant-garde, 3« et 4* brigades, auxquelles vinrent^core se joindre des troupes de la 1^ brigade. Les chefs de chaque brigade étaient là ou tout près de là. Un conmiandement supérieur de ces forces n'existait plus depuis le départ de Willisen et n'avait été donné à personne. Chaque commandant de brigade employait ses troupes à sa guise et d'après l'inspiration du moment. Il n'existait plus de plan déterminé, puisque le général Willisen avait abandonné, à huit heures, son plan primitif sans le remplacer par un autre. On en était arrivé au laissezfaire ; tout était livré au hasardé Horst n'avait pas reça de nouveaux ordres, et Abercron était autorisé à suivre ses seules inspirations.
Était-il donc impossible à 8 heures du matin de prendre des dispositions nouvelles ? Assurément non I 8i les Sehiésvrig' Holsteinois renonçaient à TofTensive, ils pouvaient toujours se mettre sur la défensive.
S'ils avaient pris franchement ce dernier parti , rien n'était encore perdu. Il n'y avait qu'à donner les ordres suivants : La 3"" brigade s'établira à Kœnigsdamm, en laissant un bataillon au gué de Giildenholm ; la 4^ brigade à droite de la 3% en plaçant un faible détachement devant le Orflderholzy et après avoir détruit les ponts du canal qui relie le lac dldstedt au Langsee. La 2^ brigade, contre laquelle les Danois ne sont pas en forces, ne laissera à Wedelspang qu'un bataillon et 4 pièces de canon, et marchera sur Berend avec le reste de ses forces. La r* brigade restera provisoirement h Lfirschau ; la brigade d'avant^garde attendra que les Danois l'attaquent vigoureusement pour se mettre en. retraite sur la grande route* L'artillerie de réserve enverra à la lisière nord du Westergebege le tiers des pièces en batterie à Idstedtkrug, et cette artillerie occupera tous les chemins qui traversent ce bois, afin d'y recevoir l'avant^garde lorsque celle-ci se repliera avec le reste de l'artillerie de réserve.
Lorsque l'avant-garde et l'artillerie de réserve ne pourront plus tenir, elles se retireront le plus rapidement possible à travers le Westergebege, et iront prendre position au sud de ce bois, à gauche de la 3* brigade.
La cavalerie de réserve servira en partie à couvrir la retraite de l'avant-garde, et en partie à soutenir la l"* brigade, dans le cas où l'ennemi s'avancerait sérieusement de Silverstedt.
On avait plus de temps qu'il n'en fallait pour exécuter tous ces ordres, et alors les Danois auraient été chaudement reçus dès qu'ils auraient débouché du Westergebege, en admettant qu'ils eussent osé le faire, dans l'état où ils se trouvaient le 2S, en face de troupes en bon ordre, quelle que fût du reste l'organisation de ces troupes.
Il est bon de ne renoncer à son plan que le plus tard possible, et de s'y tenir tant qu'on n'a pas perdu tout espoir de le voir réussir; mais une fois qu'on a résolu d'abandonner ses premiers desseins, il faut non-^seulement les mettre de côté, mais encore les remplacer par d'autres conçus d'une
manière claire et précise. Quels que soient ces nouveam desseins, il vaut toujours mieux vouloir quelque chose que de ne plus rien vouloir du tout. Après avoir renoncé àVoîfensive, — ce qui était parfaitement juste dans la situation où il se trouvait, — le général Willisen ne crut pas pouvoir adopter la défensive avec retour offensif en arrière du front de la position, bien qu'il se trouvât dans des circonstances favorables pour cela ; mais, au lieu de ne prendre aucun parti, il eût été plus avantageux pour lui d'ordonner résolument la retraite et de réunir ses troupes pour Texécuter, Willisen n'ayant pas formé de nouveau plan, ni annoncé de nouveaux desseins, personne ne sut plus, dans l'armée schleswig-holstei noise, ce qu'il avait à faire ; les commandants de brigade qui occupaient la position d'Idstedtkrugei le Westergehege gaspillèrent les dernières forces de leur infanterie dans des tentatives isolées et sans but pour reprendre le Grtiderholz ; ils augmentèrent ainsi le désordre déjà trèsgrand, et compromirent davantage la situation générale.
Lorsque les colonels Gerhardt et Wissel reçurent à onze heures et demie l'ordre de se retirer sur Schleswîg, Tartillerie, sauf 4 pièces de 6, traversa d'abord en bon ordre le Westergehege : lorsque deux batteries se trouvaient ensemble, une seule se retirait à la fois ; une batterie isolée opérait sa retraite par demi-batterie; [le premier échelon s'arrêtait quand il avait parcouru 1000 à 1500 pas, et le second se retirait alors sous la protection de son feu ; puis le premier échelon opérait à son tour sa retraite.
Vingt-deux de ces pièces de canon prirent une nouvelle position entre Berend et Katt-und-Hund, faisant front «a nord. Cette retraite de l'artillerie ne fut point inquiétée par les Danois. Voyons ce que faisaient ces derniers.
n était onze heures lorsque les Danois se trouvèrent réunis derrière leur artillerie des deux côtés de la route, aux environs du Kessemoor.
En première ligne, sur la route, formés en colonnes de compagnie avec des tirailleurs en avant, se trouvaient une compagnie du 1®' corps de chasseurs de réserve, le 4® batail-
Ion de renfort et la garde du corps à pied ; en deuxième ligne, le !«' bataillon léger. Toutes ces troupes appartenaient à la 6® brigade. Le 9*» et le 11* bataillon de ligne, de la 4* brigade, formaient la réserve. A gauche de ces troupes, devant Idstedt, étaient le reste de la 5^ brigade et le détaclieinent du colonel Thestrup, qui avait été envoyé sur ce point par suite des nouvelles reçues d'Oberstolk.
Vers onze heures et demie l'infanterie danoise commença à se rapprocher lentement de son artillerie. Celle-ci n'avait pas causé de grandes pertes aux Danois dans le combat qu'elle leur livrait depuis huit heures et demie du matin ; mais, bien abritée elle-môme, elle n'avait pas beauc;oup souffert. Bientôt après, l'artillerie de réserve schlesvrigholsteinoise se retira par le Westergehege, et les 4 pièces de 6 dont nous avons parlé restèrent seules sur la chaussée pour couvrir la retraite. Les Danois purent s'en apercevoir, car la pluie avait cessé et le brouillard s'était dissipé. Us firent donc avancer aussitôt leur ligne de tirailleurs d'infanterie que les 4 pièces ennemies reçurent avec des schrapnels et, à SOO pas, par de la mitraille. Malgré ce feu, les tirailleurs danois s'avancèrent jusqu'à 50 pas des pièces. Cette marche audacieuse porta le dernier coup à l'infanterie schleswig-holsteînoise. Déjà la retraite de l'artillerie de réserve avait eu pour elle un effet pernicieux, parce que de Méza s'était vivement avancé avec la 2* division pendant que le gros des Danois suivait la grande route. Alors commença une débandade générale à travers le Westergehege. L'infanterie schleswig-holsteinoise s'éparpilla en petits détachements, les corps s'enchevêtrèrent, sous les ordres de chefs qui leur étaient parfois étrangers, si bien qu'il devint impossible de rétablir l'ordre. Les soutiens d'infanterie des 4 pièces de canon prirent également la fuite et l'exemple gagna l'artillerie; deux avant-trains se sauvèrent et le commandant de .la batterie eut de la peine à retenir les deux
autres.
Les tirailleurs danois étaient déjà presque entrés dans la batterie lorsque le capitaine Keudell amena trois escadrons
au secours de l'avant-garde ; mais les deux derniers escadrons firent aussitôt demi-tour et Keudell ne put conduire à la charge que le premier ; cependant les tirailleurs danois furent repoussés et se réfugièrent en courant derrière les knicks les plus rapprochés. La cavalerie ne put pas franchir ces talus, fut accueillie par un feu très-vif et fit demi-tour. Elle rencontra dans sa retraite une demi-batterie de 12 qui venait d'être envoyée au secours des k pièces de 6, et elle en entraîna 3 pièces avec elle. Une seule pièce de 12 se joignit donc aux pièces de 6 dont trois étaient encore en état de faire feu. Après la retraite des cavaliers ennemis, r infanterie danoise se reporta en avant et ne fut plus arrêtée. La plus grande partie de l'infanterie schleswig-holsteinoise, qui avait combattu dans la position dldstedt, se retira en petits groupes sur Moldenit, à Test de la route.
Ce n'est qu'au sud de la position prise par l'artillerie à Katt-und-Hund que l'on parvint à former sur la route uoe petite arrière-garde ou plutôt un semblant de soutien pour l'artillerie. Le général Willisen, accouru de Schuby, fit tons ses efforts pour arrêter le désordre et organiser une résis^ tance contre la poursuite des Danois qu'il redoutait. Tout en cherchant à arrêter ses troupes sur la route de Scbles^, il ordonna à une partie de la 3^ brigade, qui se trouvait depuis neuf heures en bon ordre et sans rien faire, à Gôidenholmholzhaus sur la rive sud du Langsee, de marches ^ l'ouest sur Neu-Berend contre le flanc gauche des Danois, s'ils continuaient d'avancer*
Il n'y avait cependant pas lieu d'avoir à ce sujet des craintes exagérées. Les prétentions de victoire des Danois n'étaient pas grandes, et s'ils en avaient depuis qu'ils s'étaient remis de leur frayeur d'Oberstolk, elles n'allaient pas jusqu'à songer à anéantir l'ennemi. Les Danois se contentaient parfaitement d'avoir conquis le plateau d'Idstedt En outre, ils avaient devant eux le Westergehege, et, ne sacdiant pas ee qu'il renfermait, ils s'y engagèrent avec prudence. Ds savaient encore qu'il y avait sur leur flâne droit des troupes SGhleswig*holsteinoises en bon ordre ; c'étaient : à LQrsc^as,
le 1*' bataillon et la moitié du i2% auxquels s'étaient jointes deux compagnies du 3" ; puis, au nord de ces troupes, le détachement gui avait été envoyé à Gammellund au commencement de la dernière attaque de la position dldstedt, et qui fit demî-touf lorsqu'il s'aperçut, en n'entendant plus le feu de l'artillerie, que la retraite générale avait commencé. Ces troupes arrêtèrent la cavalerie de réserve danoise, laquelle, après s'être retirée de BoUingstedt, était arrivée de bonne heure à Helligbeck, avait suivi l'infanterie sur la route et s'était enfin jetée à droite pour poursuivre les Schlesvirig-Holsteinoisi qui évacuaient la position d'Idstedtkrug. Ces troupes schlesv^^îg-holsteinoises opérèrent leur retraite en bon ordre par Schuby et Husby jusqu'à Gross- Dannewerk oîi elleâ se reposèrent pendant une heure. Elles ne furent inquiétées qu'à Husby par quelques obus que leur lança l'artillerie qui les poursuivait.
Les troupes de la brigade d'avant-garde et de Tartillerie de réserve qui s'étaient réunies sur la route à Katt-und- Hund, y restèrent jusqu'à six heures du soir sans être inquiétées.
Les troupes dès 3* et 4* brigades qui avaient combattu au Westergehêge se retirèrent en désordre par Moldenit jusqu'à Missunde, et l'on ne réussit que çà et là à les reformer un peu pendant la marche. Une fraction de la 3* brigade, postée à GQldenholmholzhaùs, ne reçut Tordre de retraite qu'à trois hetire» du soir et se retira sur Missunde. Elle était déjà loin qiiand les Danois traversèrent la passerelle de Goldenholmseehaus et passèrent sur la rive méridionale du
Langsee.
Ife 2* brigade, qui était au repos à Wedelspang depuis onze heures du matin, reçut à quatre heures l'ordre de se retirer sur Missunde. Lorsqu'elle fut partie, le colonel Krabbe occupa le défilé et s'avança ensuite jusqu'à Nûbel oîi îi bivouaqua.
A huit heures du soir, l'armée schleswig-holsteînoise était entièrement reformée derrière la Schlei, à Missunde et à Fahrdorf. Les {wernières troupes danoises n'entrèrent à
Schleswîg qu'à neuf heures avec une grande circonspection.
Le gros des Danois bivouaqua sur la ligne de Schuby à Nubel. La 3* brigade, qui avait reçu dans l'après-midi du 25 l'ordre de rejoindre l'armée sur la route, par Langstedt, BoUingstedt et Idstedtkrug, n'y parvînt que dans la journée du 26 à Neuenkrug.
Le général Willisen avait d'abord l'intention de passer à Missunde et Fahrdorf la nuit du 25 au 26, pour donner i ses troupes du repos dont elles avaient grand besoin ; mais il craignit bientôt de voir les Danois gagner avant lui h ville mal défendue de Rendsbourg, et il ordonna à dix heures du soir de continuer la retraite sur Sehestedt et de repasser l'Eider.
Cette marche de nuit acheva d'épuiser les troupes schleswig-holsteinoises .
La perte totale des Schleswig-Holsteinois dans les journées du 24 et du 26 juillet s'élevait à 2,808 hommes, dont 535 tués, 1,201 blessés et 1,072 prisonniers non blessés.
Les Danois perdirent 625 tués, 2,748 blessés et 424 prisonniers.
La bataille d'Idstedt fut perdue par l'armée la plus faible et la moins concentrée, et il ne faut pas en chercher ailleurs la raison.
Les deux partis étaient formés en plusieurs détachements séparés ; tous deux songeaient à prendre l'offensive, et ^^ voulaient concentrer leurs forces que pour exécuter l'attaque principale ; pour tous deux cette concentration devàl s'opérer sur un terrain qui ne leur appartenait pas : celle des Danois à Idstedt, celle des Schleswig-Holsteinois à Stenderup-Elmholz. Le terrain de concentration des Danois était plus près du front qu'ils occupaient déjà que celui des Schleswig-Holsteinois ; en outre les Danois commencèrent leur mouvement plus tôt que leurs adversaires. L'attaque des Schleswig-Holsteinois qui devait gêner le mouvement des Danois rencontra donc ces derniers assez près de leur point de concentration, et elle ne réussit que sur un points à Oberstolk, sans que les Schleswig-Holsteinois pussent
donner aucune suite à ce premier succès, parce que au moment de ce combat le gros de leurs forces était encore trop éloigné du point de concentration.
Cette circonstance^ ainsi que la disposition du terrain, sur lequel les Schleswig-Holsteinois devaient franchir, avant de se concentrer, trois défîlés dont un, celui d'Idstedt, leur était fermé, eurent pour résultat que la concentration des Danois ne fut que retardée, tandis que celle de leurs adversaires fut empêchée.
Comme les Danois étaient les plus forts, la division de leurs forces résultant des détachements de Krabbe et de Schepelern n'eut pas les mêmes conséquences que chez lei Schleswig-Holsteinois.
Ainsi, pendant que le général Willisen était nécessairement forcé d'abandonnerson plan primitif, c'est-à-dire l'offensive en avant de son front, du moment qu'il ne pouvait pas concentrer ses troupes en avant, cette nécessité ne fut apparente pour Krogh que pendant un instant. Il put nonseulement reprendre courage, mais encore effectuer la concentration primitivement conçue.
La crise, qui se produisit à peu près en même temps pour les deux généraux, vers 8 heures environ, fut plus grave pour Willisen que pour Krogh. En effet, ce dernier pouvait buivre son plan, tandis que Willisen, après l'insuccès, de la 2e attaque contre Idstedt, devait changer complètement ses dispositions pour faire quelque chose de bon ; c'est-à-dire qu'il lui fallait renoncer à la concentration primitivement résolue dans le but d'attaquer en avant du front de la position, et la remplacer par une concentration ayant pour objet l'offensive à l'intérieur de la position.
La situation exigeait du général Willisen une grande activité d'esprit, tandis qu'elle ne demandait au général Krogh que la force d'inertie. La gravité de la crise fut diminuée pour le général Krogh parce que l'attaque de Horst contre Oberstolk ne tarda pas à trahir sa faiblesse^ et en outre parce qu'il avait tout intérêt à tenif bon pour diminuer le danger de la situation exposée de sa 3** brigade. C'est par
hasard que ce détachement eut pour les Danois une utilité qu'il ne devait point avoir. Mais il est certain que l'action produite par cette 3* brigade eût été la même si, au lieu d'être envoyée sur Silverstedt, elle eût été placée sur la route de Schleswig, où elle eût constitué une réserve toute prête,
La gravité de la crise s'augmenta pour le général Williseu par suite de l'éparpillement de ses forces, puisque cela m lui permettait pas de savoir ce qui s'était passé dans les 2' et S"" brigades, et, si, en raison de leur éloiguement, m ordre formel envoyé à ces brigades serait encore opportun lorsqu'il leur parviendrait. C'est ce qui l'empêcha de donner cet ordre. A 8 heures, Willisen abandonna complètement son plan primitif, sans le remplacer par rien de précis. Or, cela ne serait jamais arrivé, même à un général moins intelligent que Willisen, si toute l'armée scWeswig-bolsteinoise avait été concentrée entre la route de Schleswig et Gui» denhohnseehaus-Oberstolk,-— à l'exception de deux faiblen détachements à Wedelspang à droite et sur l^ Treene è gauche.
Leur échec d'Oberstolk fut de si courte durée, que les Danois n'eurent pas le temps d'abandonner leur premier desr sein pour en former un autre, celui de Ib^ retraite. Ce coup eut si peu d'influence que, lorsque son effet ces^a, il n'y seyait plus de raison d'abandonner le premier dessein qui prit m contraire d'heure en heure une nouvelle force,
Lorsque les Danois purent enfin exécuter leur plan pHoiitivement conçu, en attaquant le plateau d'Idstedt, leur but positif, quelque faible qu'il fût, vu au grand jour, ne rencontra chez leurs adversaires aucune volonté arrêtée et dut donc nécessairement remporter la victoire.
Bataille de l'Aima, 20 septembre 1854.
(Figure^.) POSITION DES RUSSES SUR L'àLHA.
Les alliés. Anglais, Français et Turcs, étaient débarqués en Crimée avec 61,200 hommes et 137 pièces de canon. Leur objectif était Sébastopol et, pour l'atteindre, il leur fallait marcher au sud et traverser plusieurs cours d'eau : le Bulganak, l'Aima, la Katcha et la Belbek.
Lorsque le prince Menschikoff, commandant en chef les troupes russes en Crimée, apprit le débarquement des alliés, il résolut de leur fermer la route de SébastopoL Plusieurs moyens s'offraient à lui. La grande route d'Eupatorîa à Sébastopol était la ligne d'opérations des alliés; ils étaient obligés de marcher sur cette route et dans le voisinage de la mer, parce qu'ils avaient besoin de rester constamment en •ommunication avec leur flotte, d'où ils tiraient leurs approvisionnements, et qui les suivait comme une sorte de base d'opérations mobile. En outre, ils avaient fort peu de cavalerie, ce qui ne leur permettait pas de s'étendre au loin et de s'orienter sur tout ce qui ne se passait pas sous leurs yeux. Menschikoff pouvait placer son armée sur le flanc gauche des alliés, c'est-à-dire à l'est de la route d'Eupatoria, à une petite journée de marche de cette route, et sur l'un des cours d'eau qui la traversent perpendiculairement en se rendant à la mer. Il marchait ensuite parallèlement à l'ennemi en le harcelant avec ses cosaques, afin de l'attaquer dès qu'il trouverait le moment favorable. En livrant une bataille dans ces conditions-là, il conservait sa retraite libre à Test, vers la route de Simphéropol à Sébastopol, c'est-à-dire dans une direction où les alliés n'étaient pas disposés à le suivre. Assuré de cette façon contre un échec décisif, le général russe pouvait renouveler ce jeu plusieurs fois et causer ainsi du retard à l'ennemi ; or, c'est justement en retardant les alliés dans un pays fort peu cultivé, que Menschikoff pouvait
espérer les forcer à revenir à leur point de débarquement.
Une autre voie s'offrait encore aux Russes : c'était de faire face aux alliés sur Tune des rivières qui coupent la route de Sébastopol à Eupatoria, et MenschikofF prit ce dernier parti. Il lui restait encore à choisir entre deux manières d'opérer : soit livrer une bataille défensive avec offensive à l'intérieur de la position, soit une bataille défensive avec offensive en avant du front.
Menschikoff choisit sur la rive gauche de l'Aima une position défensive, dans laquelle il avait réuni le 19 septembre au soir 42 bataillons, 16 escadrons de hussards, 11 sotniasde cosaques et 96 bouches à feu, dont 16 pièces de position, en partie de marine ; ce qui faisait 30,000 hommes d'infanterie, 2,000 d'artillerie et 3,000 cavaliers. Parmi ces bataillons, il s'en trouvait un de tirailleurs, armés de carabines Minié ; un demi-bataillon de fusiliers de marine était porteur des mêmes armes. La masse de l'infanterie était armée du fusil lisse à percussion; mais il existait dans chaque compagnie six tireurs armés de carabines et six autres hommes familiarisés avec cette arme de précision, pour remplacer les tireurs en pied tués ou blessés. On peut évaluer à environ 2,000 le nombre d'armes rayées qu'avaient les Russes à l'Aima. Les régiments de chasseurs ne se distinguaient réellement que de nom des autres régiments d'infanterie, bien qu'ils dussent être exercés avec plus de soin au service 4e rinfanterie légère. Chaque bataillon d'infanterie ou de chasseurs avait 4 compagnies. La première compagnie s'appelait compagnie de grenadiers dans le bataillon d'infanterie, et compagnie de carabiniers dans les chasseurs. Cette compagnie se fractionnait en un peloton de grenadiers (ou de carabiniers) et un peloton de tireurs d'élite ; le premier de ces pelotons se plaçait à la droite du bataillon et le deuxième à la gauche, de sorte que le bataillon était encadré par sa première compagnie, ou compagnie d'élite.
La grosse artillerie h pied était armée de pièces de 12 et d'obusiers longs de 20 livres ; les batteries légères à pied se composaient de pièces de 6 et d'obusiers longs de 1 0 livres,
ainsi que les batteries légères à cheval et les batteries de cosaques. Les batteries russes à l'Aima renfermaient les unes 8, les autres 12 pièces, toujours moitié canons, moitié obusiers du calibre correspondant. Il n'y avait que 4 pièces de marine du calibre de 32.
Les hussards avaient le sabre, deux pistolets et une carabine ; les cosaques, une lance de 12 à 14 pieds de long» deux pistolets et le sabre ; 10 cosaques par sotnia étaient armés de fusils.
Au nord de l'Aima, entre cette rivière et le ruisseau du Bulg^anak, se trouve un plateau plat, peu élevé, sans cultures, où la vue s'étend au loin, et qui n'est coupé que par des plis de terrain sans importance. Dans le voisinage de l'Aima, ce plateau s'abaisse en pentes très-douces jusqu'à la rivière. Au sud, entre l'Aima et la Katcha, se trouve un autre plateau, plus élevé que le précédent, et qui se termine sur la rive gauche de l'Aima par des pentes presque abruptes, ayant plus de cent pieds de hauteur. Quand on a traversé l'Ahna en venant du nord, on ne peut arriver sur le plateau méridional qu'en suivant certains ravins où la pente n'est pas trop escarpée. La rivière elle-même était guéable en plusieurs endroits à cette saison de l'année ; mais ses rives à pic, hautes de six à huit pieds sur certains points, en rendaient le passage difficile. Dans la vallée de l'Aima, notamment sur les pentes douces de la rive droite, il existait quelques hameaux, entourés de jardins et de vignes.
La grande route de poste d'Ëupatoria, en quittant les hauteurs dénudées de Bulganak, traverse l'Aima sur un pont de bois. Ce pont, le seul qui existe sur le cours inférieur de la rivière, se trouve à 7000 pas de la mer et à 700 pas à Test du village de Burliuk, réunion de cinquante misérables cabanes sur la rive droite de l'Aima. Cette route arrive sur le plateau de la rive gauche par le plus important des ravins perpendiculaires à la rivière. Ce ravin, qui débouche sur l'Aima sur une largeur d'environ 1,400 pas, se rétrécit peu à peu vers le sud et commence à près de 2,000 pas de la rivière.
Un second chemin, venant du Bulganak et presque parai* lèle à la route de poste, est situé à 4,S00 pas à Touestde cette route et à 2,000 ou 3,000 pas de la mer. Il passe au village d'Alma-Tamak, traverse TAlma à gué, et débouche sur le plateau méridional par un ravin beaucoup plus étroit et plus escarpé que le précédent ; ce chemin passe ensuite au village d'UlukulI.
Enfin un troisième chemin traverse l'Aima, dont la largeur est alors très-faible, au hameau de Tarchanlar, à 10,000 pas de la mer et à 3,000 pas à l'est de la route de poste; il conduit par une pente relativement douce sur le$ hauteurs du plateau méridional.
Des tirailleurs et même des colonnes d'infanterie peuvent encore traverser l'Aima et gravir les hauteurs sur quelques points entre les trois routes dont nous venons de parler, mais avec de grandes difiScuItés.
C'est sur les hauteurs situées au sud de l'Aima que 1q prince MenschikofT avait pris position.
Son aile droite, en face du hameau de Tarchanlar, était formée, en première ligne, par le régiment d'infanterie de Susdal, de la 16* division, avec les batteries légères n"" 3 et 4 (de la 14" brigade d'artillerie) dont Tune était placée derrière un épaulement, — quatre bataillons, seize canons* La réserve de l'aile droite se composait du régiment de chasseurs d'Uglitz, de la 16* division, formé en masse de régiment dans un pli de terrain à 1300 par derrière Susdal, ainsi que de la batterie de cosaques du Don n? 3 et de la batterie légère de réserve n* 4, toutes les deux à cheval, — quatre bataillons, seize bouches à feu. Le front de l'aile droite ayant 2000 pas de long, il y avait environ trois hommes par pas.
Au centre, se trouvaient, à droite de la route de poste et du ravin par lequel elle gravit le plateau, en première ligne, le régiment de chasseurs du grand duc Michel, en deuxièipe ligne, le régiment d'infanterie de Wladimir, tous deux en colonnes de bataillon (colonnes d'attaque) ; à gauche de li route, sur deux lignes et en colonnes de bataillon, le régiment de chasseurs de Borodino. A droite de la route, de-
vaut le centra du régiment du grand duc Michel, était, der-« rière un épaulement de terre, la batterie de i2 nM (de la 16' brigade d'artillerie), renforcée par quatre pièces de ma* rioe; à gauche de la route, en avant du régiment de Boro-r dino, se trouvaient les batteries légères n*"* 1 et 2 (de la 16« brigade d'artillerie). Comme la disposition du centre russe et de ses quarante pièces d'artillerie suivait les bords du ravin que traverse la route de poste, il formait un angle rentrant et son artillerie croisait ses feux sur la route jusqu'à ISOO pas au nord de l'Aima.
Le front du centre ayant 3S00 pas, il y avait donc plus de deux hommes par pas, sans compter la réserve.
La réserve du centre servait en même temps de réserve générale. Elle se composait du régiment d'infanterie de Wolynie et de trois bataillons du régiment d'infanterie de Minsk (de la 14* division); de la batterie légère n» 5 (de la 17* brigade d'artillerie) ; de la brigade de hussards (de la 16* division de cavalerie), et de la batterie légère à cheval n<> 12 ; en tout sept bataillons, sei^e escadrons et seize bouches à feu, Cett^ réserve générale était à 2300 pas derrière la première ligne du centre. En la comptant comme réservedu ceptre, on a quatre hommes et demi par chaque pas du front.
L'aile gauche, depuis le centre jusqu'au hameau d'Alma- Tamak, se composait en première ligne des bataillons de ré** serve des régiments de Bialystock et de Brzesc (de la 1 3*" division d'infanterie), du régiment de chasseurs de Tarutina eu deuxième ligne, et du régiment d'infanterie de Moscou, appartenant comme Tarutina à la 17^ division, et placé en réserve à 1000 pas derrière ce dernier, La batterie légère m 4 (de la 17* brigade d'artillerie), huit pièces, avait été donnée à ces douze bataillons. Le front de l'aile gauche avait ^ peu près 3000 pas, ce qui fait trois hommes sur chaque pas du front. La première ligne était en colonnes de compagnie, la deuxième en colonnes de bataillon, la réserve en masse de régiment.
Les cosaques avaient été détachés sur la rive droite de
l'Aima, en avant de Taile droite, pour observer les mouvements de l'ennemi. Le demi-bataillon de sapeurs était posté au pont près de Burliuk, pour le détruire dès qu'il en recevrait l'ordre. Le 6® bataillon de tirailleurs et le demi-bataillon de marine occupaient les jardins et les vignes des villages de Burliuk et d'Alma-Tamak, près des points principaux de passage. On avait pris les dispositions nécessaires pour incendier ces villages le cas échéant.
Le 2' bataillon du régiment d'infanterie de Minsk était détaché sur le flanc gauche au village d' Akles, situé à 2000 pas au sud de l'Aima, et il se trouvait ainsi dans l'impossibilité de voir ce qui se passait au nord de la rivière, ou d'opposer une résistance sérieuse à un passage de l'ennemi près de son embouchure.
EXAMEN DU PARTI QUI TnÈUHT LES RUSSES DE LA POSITION
DE L'ALHA.
Cette position ail ,S00 pas de firont, car elle s'étend ï l'est jusqu'au village de Tarchanlar, et à Touest son seul appui certain est la mer. Bien qu'il eût détaché un bataillon à Akles, Menschikoff n'avait pas voulu occuper la partie du front comprise entre Alma-Tamak et la mer, et cependant cet espace faisait nécessairement partie du front de la portion puisqu'il n'était pas infranchissable. Menschikoff n'avait donc pas plus de trois hommes sur chaque pas du front. Cette force très-restreinte ne lui permettait point de songer à une offensive en avant du front de la position, surtout s'il voulait y joindre une défense du front. Mais les forces russes étaient suffisantes pour exécuter une simple offensive, sans la combiner avec la défense du front. Le général russe n'y songea pas.
Il ne voulait pas d'offensive en avant de son front, ainsi que le prouvent ses retranchements, les mesures prises pour détruire le pont de Burliuk et incendier les villages, enfin ses dispositions pour battre les routes avec son artillerie. Eîi cela, il avait complètement raison, car, outre la faiblesse
numérique de ses troupes, la nature de la position était défavorable à une offensive en avant du front, pour laquelle elle n'offrait pas de champ offensif commode où l'on pût déboucher facilement.
En était-il ainsi de l'offensive intérieure? Pour qu'elle eût chance de succès, il fallait que la force défensive du front rendît tout à fait invraisemblable que Tennemî pût y pénétrer en forces sur plusieurs points à la fois. Mais ni le terrain, ni les troupes qui l'occupaient, ne donnaient au front cette force défensive. Pour avoir une occupation à peu près suffisante du front, il fallait que Menschikoff affaiblît sa réserve générale qui ne comptait que sept bataillons ; or, comment entreprendre alors quelque chose de décisif avec une semblable réserve, si l'ennemi n'était pas arrêté immédiatement sur le front même de la position, et s'il y pénétrait au contraire avec des forces respectables ?
Menschikoff avait réuni le gros de ses forces au centre, des deux côtés de la route d'Eupatoria; c'était donc là qu'il voulait exécuter une défense du front. Or, en supposant que Thypothèse du général russe fût exacte, que l'ennemi dirigeât ses forces sur cette route et qu'il trouvât au centre une résistance énergique, n'était-il pas probable que l'ennemi chercherait à tourner cette résistance? Ce mouvement tournant pouvait être entrepris dans deux directions : l"" Sur le flanc droit des Russes par Tarchanlar, en second lieu sur leur flanc gauche vers Alma-Tamak. La première direction était la plus dangereuse pour Menschikoff. En effet, si les alliés s'avançaient sur les hauteurs de Tarchanlar et s'y déployaient face à l'ouest, Menschikoff était alors forcé soit de se retirer rapidement au sud vers la Katcha, soit de faire front à l'est et d'accepter la bataille dans cette position, ce qui l'exposait, s'il était battu, au danger d'être coupé de la Katcha et poussé vers la mer. Dans ce cas, sa perte était certaine puisque la mer appartenait aux flottes alliées.
En aucune circonstance, Menschikoff ne devait donc faire front à l'est même pour une offensive intérieure, et il fallait que l'ennemi ne pût pas le forcer à prendre un tel front.
Si les alliés tournaient le flanc gauche de la position par Alma-Tamak, le danger était beaucoup moins grand. Menschîkoff se trouvait alors coupé de la mer, mais cela lui importait peu. Il se voyait forcé de faire front à l'ouest, mais c'était justement ce qu'il devait toujours chercher, puisqu'il conservait ainsi sa retraite libre vers l'intérieur de la Crimée, vers la route de Symphéropol à Sébastopol par Baktschisérai, direction dans laquelle les alliés ne pourraient probablement pas le suivre. En faisant ainsi front à l'ouest, Menschikoff ne courait qu'un seul danger, c'était de voir, pendant qu'il ferait tète à une partie de l'armée alliée, le reste de cette armée passer l'Aima à Burliuk ou même à Tatchaûlar, et tomber sur son flanc droit ou ses derrières. Par suite de la grande supériorité numérique des alliés, l'éventualité de ce danger était assez vraisemblable, et il mettait Menschikoff dans une situation très-critique. Les Russes ne devaient donc s'y exposer sous aucun prétexte, mais il n'était qu'un \ moyen de l'éviter sans s'enlever toute possibilité d'action : c'était d'occuper la ligne de l'Aima au-dessous de Tarchanlar avec de faibles détachements, chargés d'observer l'ennemi et, en second lieu, de le retarder le plus longtemps possible sur le cours inférieur de la rivière ; puis de concentrer à Tarchanlar le gros de l'armée russe, pour tomber sur le flanc gauche de l'ennemi qui, d'après l'hypothèse admise, traverserait la basse Aima sur plusieurs colonnes, et de battre successivement ces diverses colonnes par une sînïplô offensive de l'aile gauche à l'aile droite. La position défensive de l'Aima n'avait plus dans ces conditions qu^une importance secondaire, le passage de la rivière par rennemi était laissé relativement libre et l'on ne cherchait plus qu'à le retarder.
Pour retarder le passage de l'ennemi, il suffisait de trois détachements : un à Burliuk, un à Alma-Tamak, un troisième au-dessous d' Alma-Tamak tout près de la mer ; chaque détachement se composant d'un bataillon et d'une sotnia de cosaques, ces derniers pour les reconnaissances. Le détachement de Burliuk aurait reçu huit pièces de canon, tes deux autres deux pièces seulement. Le premier détache-
ment recevait Tordre d'opérer sa retraite sur le gros de l'armée au sud de Tarchanlar, les deux autres se retiraient directement sur la Katcha. Ces dispositions ne prenaient au prince Menschikoff que 2000 hommes à peine, et il restait toujours libre, soit de prendre l'offensive sans courir le danger qu'une partie des alliés l'attaquât sur son flanc droit, ou bien de se retirer à l'est vers l'intérieur de la Crimée, si les circonstances l'engageaient à ne pas livrer bataille. Au contraire, Menschikoff s'enleva cette liberté en plaçant, comme il le ât, le gros de ses troupes dans une position purement défensive à cheval sur la route de poste.
Si maintenant Menschikoff avait le dessein de renoncer à l'offensive sur une grande échelle à l'intérieur de la position, et de se contenter d'attaques partielles pour fatiguer l'ennemi et ralentir ainsi sa marche sur Sébastopol, on voit promptement que la nature de la position choisie ne s'accordait pas avec ce dessein. En effet, pour qu'une position soit favorable à une telle manière d'agir, il est nécessaire qu'elle renferme plusieurs fronts successifs de défense, difficiles à forcer, derrière lesquels on puisse s'établir de nouveau et opposer toujours à l'ennemi une nouvelle résistance. Or, la position de l'Aima n'avait qu'un seul fronts celui du fleuve même. Il n'existait aucun obstacle en arrière jusqu'à la Katcha, et la Katcha elle-même n'offrait point une position à beaucoup près aussi avantageuse que celle de l'Aima.
Nous voyonsdone que les conditions du terrain et les forces respectives des deux armées indiquaient au prince Menschikoff une offensive, dans laquelle il eût ses derrières libres, et pût conserver la possibilité d'éviter la bataille, toutes les fois qu'il û'aurait pas la presque certitude de n'avoir affaire qu'à une partie des forces ennemies ; il fallait en ou-* tre, que la défensive ne se reliât à cette offensive que comme un moyen de retarder l'ennemi, — Nous trouvons au contraire que Menschikoff choisit la défensive pure, dans laquelle il mettait toutes ses espérances sur une seule ancre de salut, l'impossibilité de passer TAlma, et cette ancre était loin d'avoir la solidité qu'il lui attribuait.
MARCHE DBS ÀLUtS JUSQU'AU BULGANAK.
Les alliés étaient débarqués en Grimée le 14 septembre, près d'un ancien fort génois situé à 22 kilomètres au plus de l'Âlma. Ils voulaient marcher sur Sébastopolle 17, mais des retards, occasionnés par la lenteur avec laquelle les Anglais organisèrent leurs services administratifs, ne leur permirent pas de partir avant le 19 au matin.
Yoici quel était Tordre de bataille de Tarmée :
Aile droite : la division turque Soliman-Pacha et la division française Bosquet. La première était forte de 6,000 hommes. La deuxième se composait des brigades d'Autemarre — 1 bataillon de tirailleurs algériens, 2 bataillons du 3" zouaves et 2 bataillons du 80* de ligne — et Bouat — 3» bataillon de chasseurs à pied, 2 bataillons du 7^ léger et 2 bataillons du 6® de ligne, — 2 batteries montées, une compagnie de sapeurs et un détachement de gendarmerie.
Centre : le reste de Tarmée française, savoir : la division Ganrobert, à gauche de celle-ci la division prince Napoléon, et, en seconde ligne, la division Forey et la réserve d'artillerie. La division Ganrobert renfermait les brigades Ëspinasse — 1®' bataillon de chasseurs à pied, 2 bataillons du 1«' zouaves, 2 bataillons du 7* de ligne, — et Vinoy, — 9* bataillon de chasseurs à pied, 2 bataillons du 20^ de Ugne,2 bataillons du 27% — plus deux batteries montées, une compagnie de sapeurs, un détachement de gendarmerie. La division Napoléon comprenait les brigades de Monet — 19* bataillon de chasseurs, 2 bataillons du 2^ zouaves, 2 bataillons du 3* régiment d'infanterie de marine, — et Thomas, —2 bataillons du 95^ et 2 du 97% — plus 2 batteries montées. La division Forey se composait des brigades de Lounnel,
— 5* bataillon de chasseurs, 2 bataillons du 19* de ligne, 2 du 26* — et d'Aurelle, — 2 bataillons du 39* et 2 du U%
— 2 batteries montées.
La réserve d'artillerie, sous les ordres du lieutenant-colonel Roujoux, se composait de deux batteries à pied, une à cheval, une de montagnes et une section de fusées.
Aile gauche : l'armée anglaise. En première ligne la division Lacy Evans et, à sa gauche, la division légère du général Brown ; en deuxième ligne, les divisions Richard England et de la garde, cette dernière sous les ordres du duc de Cambridge ; en réserve, la division Cathcart et la cavalerie.
Voici la composition des divisions anglaises :
Division ( Brigade Adams : 41% 47' et 49* régiments. Lacy Evans. ( Brigade Pennefather : 30% 55« et 95«.
[ Brigade Godrington : 7% 23* et 33» régimenU. Division Brown. | Brigade Buller : 19% 88% 77* et un bataillon de la
( brigade des rifles.
n. . . „ , ^ (Brigade George Campbell : !•% 38» et 50« régiments. Dmsion England. jg^J^^^ ^^ . ^.^ ^^. ,j ^.^
I Brigade Bentinck ( garde ) : grenadiers - gardes , coldstream-gardes, fasiliers-gardes écossais. Brigade Colin Campbell (bigblanders) : 42% 93* et 79* régiments.
/Brigade Goldle : 21% 46* et 57« régiments. Division Cathcart. | Brigade Torrens : 20% 63% 68* et un bataillon de
\ la brigade des rîfles.
La cavalerie débarquée, sous les ordres du général de division Lucan et du général de brigade Cardigan, à Teffectif de 800 chevaux, se composait de détachements des 4* et 8 régiments de dragons légers, 8' et 11* hussards et 17" lanciers. Les Anglais n'avaient débarqué que 4 batteries d'artillerie.
Toute l'armée française comptait 38 bataillons et 12 batteries. Les bataillons avaient en moyenne de 600 à 700 hommes ; les plus faibles étaient ceux de la division Canrobert qui avaient beaucoup souffert dans la Dobrudscha. Les bataillons de chasseurs à pied, formés sur deux rangs, avaient 10 compagnies ; tous les autres bataillons 8 compagnies, dont 6 du centre, une compagnie de grenadiers à la droite et une compagnie de voltigeurs à la gauche du bataillon. Les cinq bataillons de chasseurs étaient armés de carabines à tige, le reste de l'infanterie du fusil à percussion
non rayé, pourvu seulement chez les zouaves, les tirailleurs algériens et les compagnies de voltigeurs, d'une hausse per^ fectionnée.
Les batteries françaises avaient chacune 6 pièces; par exception, celles de la division Canrobert n'en avaient plus que
4 à cause des pertes éprouvées dans la Dobrudscha. Toutes les batteries divisionnaires se composaient uniquement de canons-obusiers de 12.
L'infanterie anglaise ne comptait que 32 bataillons, car chaque régiment ne fournit généralement qu'un bataillon de guerre ; le bataillon, divisé en 6 compagnies, était d'environ 700 hommes. L'infanterie anglaise seformaitsur deux rangs et n'avait point encoreadopté la tactique nouvelle des colonnes et des tirailleurs ; la règle était encore chez les Anglais la tactique linéaire, d'après les traditions laissées par Wellington. Les deux bataillons de la brigade des nfks (chasseurs) étaient armés de carabines à deux coups ; la division légère et la brigade de la garde de fusils du système Minié ; le reste de l'infanterie de fusils lisses à percussion. Tous les canons de ces armes étaient brunis. Chaque bataillon avait une compagnie, dite légère, chargée exclusivement du service des tirailleurs. Les trois batteries à pied se composaient chacune de 4 canons de 9 et 2 obusiers longs de
5 pouces 1/2 ; la batterie à cheval de 4 canons de 6, 2 obusiers longs de 4 pouces 1/2, un chevalet et une voiture de fusées.
Le nombre d'armes rayées dans les armées alliées était d'environ 10,000.
Le maréchal de Saint-Arnaud commandait l'armée fran* çaise, lord Raglan l'armée anglaise. Aucun d'eux n'étaitsubordonné à l'autre, et l'accord parfait de leur action combinée devait suppléer à l'absence d'un général en chef unique. Or cet accord parfait était fort difficile, parce que le maréchal Saint-Arnaud était débarqué mourant en Crimée et se tenait à peine debout, parce que les souvenirs historiques des deux armées n'étaient pas de nature à leur inspirer de vives sympathies l'une pour l'autre, enfin, parce qu'elles dil-
feraient essentiellement dans leurs institutions administratives et tactiques : les Français sont vifs, agiles et très-mobiles, les Anglais lents, lourds et flegmatiques.
Saint- Arnaud ayant déclaré, le 18 septembre, qu'il partirait seul au besoin le lendemain si les Anglais n'étaient pas prêts, les alliés marchèrent le 19 sur le Bulganak. Ils atteignirent ce ruisseau à une heure de Taprès-midi et établirent aussitôt leurs bivouacs sur ses rives. La cavalerie anglaise, qui était sur le flanc gauche, repoussa les postes de Cosaques que les Russes avaient détachés de l'autre côté de TAlma en avant de leur aile droite. Cela décida Menschikoff — sans qu'il soit facile d'en voir la raison — à faire passer sur la rive droite de l'Aima 9 sotnias de Cosaques, toute la brigade de hussards et 2 batteries à cheval, qu'il fit suivre plus tard des régiments de chasseurs de Borodino et de Tarutina. Après de courtes escarmouches et l'échange de quelques obus, les troupes des deux partis .rentrèrent dans leurs camps et leurs positions.