RETRAITE DES RUSSES
Revenons à Taile gauche des Russes et à l'attaque des Français.
La marche de Bosquet sur Orta-Kisek, en même temps que le déploiement de Canrobert sur le plateau et le mouvement en avant de la division Napoléon à gauche de Canrobert, produisirent à 2 heures et demie la retraite de l'aile gauche russe ; mais comme les Français le suivirent trèslentement, ce mouvement de retraite ne tarda pas à être suspendu. A 2 heures et demie passées, les Russes occupaient la ligne suivante : leur extrême gauche, régiment de Minsk, était à quelques centaines de pas en avant d'Ulukull, sur le coteau du télégraphe, puis venait le régiment de Moscou, et ensuite les bataillons des régiments de Brzesc et de ïarutina, que la division Napoléon avait forcés de se retirer en arrière de leurs positions primitives. Toutes ces troupes faisaient front au nord-ouest. La droite durégiment de Brzesc se joignait aux bataillons de réserve de Bialystock, qui faisaient front au nord vers l'Aima. En avant des régiments de Minsk et de Moscou, se tenaient encore trois batteries ; la batterie légère n» 4 (de la 17* brigade d'artillerie), s'était réunie sur le plateau au régiment de Tarutina, pour arrêter la division Napoléon ; le régiment de hussards et la batterie à cheval n° 12 manœuvraient sur le flanc droit de Bosquet, dans les environs d'Orta-Kisek. Il y avait maintenant contre les Français, 14 bataillons russes, réduits par leurs pertes à environ 8,000 hommes, 10,000 en y comprenant l'artillerie et la cavalerie. Les trois divisions Bosquet, Canrobert etNapoléon comptaient 18,000 hommes. Malgré cette supériorité, elles ne pressèrent pas vigoureusement l'ennemi ; le feu d'artillerie et de tirailleurs des Russes contint les Français, et le combat se livra de pied ferme pendant quelques instants. L'artillerie de Canrobert et de Napoléon n'arrivait que peu à peu sur le plateau, et Bosquet paraissait être inquiété par la présence sur son flanc droit d'un régiment de
hussards russes. A ce moment, le? Français reçurent de nouveaux renforts sur le plateau.
torsqu'après une heure et demie, Saint-Arnaud avait fait avancer très à l'ouest les divisions Canrobert et prince Napoléon, pour attaquer les hauteurs, il avait fait appuyer à gauche la division Forey afin de se relier aux Anglais. Mais à peine cette division s'était-elle ébranlée dans cette direction qu'elle reçut de nouveaux ordres. Saint- Arnaud, qui se tenait sur une éminence au nord de l'Aima, observa que la division Canrobert éprouvait des difficultés à gravir les hauteurs au sud de la rivière ; nous savons en efifet que cette division s'était arrêtée un instant lorsque le régiment de Moscou la prit en flanc en descendant les pentes d'Alma-Tamak. Malade, épuisé par la fièvre, le maréchal voyait de grands dangers partout où la marche de ses troupes était un instant arrêtée. Il fallait appuyer Canrobert, et Forey reçut Tordre de le faire. L'artillerie de réserve fut même envoyée sur la rive gauche de l'Aima. Pendant que Forey accourait, il arriva des nouvelles de Bosquet, qui annonçait que son flanc droit était en l'air,, et que les Turcs, qui devaient le soutenir en s'étendant de son aile droite à la mer, n'avaient pas encore traversé l'Aima. Saint-Arnaud modifia aussitôt les ordres qu'il avait donnés à Forey : la brigade d'Aurelle devait seule marcher au secours de Canrobert, et la brigade de Lourmel irait soutenir Bosquet. Cette dernière rejoignit en effet la division Bosquet et reçut l'ordre de se réunir à la brigade Bouat à l'ouest d'Orta-Kisek, en faisant front au sud. La division turque de son côté traversa l'Aima, arriva sur le plateau et se plaça sur la même ligne que Bouat et Lourmel, en s'étendant jusqu'à la mer.
La brigade d'Aurelle passa l'Aima au même point que d'Autemarre, le 39* de ligne en tête, et ce régiment aida une batterie d'artillerie de réserve à passer le gué de l'Aima. Pendant que cette batterie cherchait ensuite à gauche le chemin le moins difficile dans le ravin d'Alma-Tamak, le 39' gravit les hauteurs et s'avança sur le plateau entre la gauche de la division Canrobert et la droite de la brigade de Monet, division Napoléon.
Le 1" et le 9^ bataillon de chasseurs à pied, ainsi que le iy zouaves, de la division Canrobert, mais surtout le 2* zouaves, de la division Napoléon, souffraient beaucoup du feu des Russes, et les^ldats cherchaient déjà à s'abriterdans les plis du terrain. Le* colonel Cler, comniandant le 2* zouaves, s'aperçoit qu'on perd son temps à attendre l'arrivée de Tartillerie. Lorsquil voit le 39* arriver en ligne entre le 4" et le 2« zouaves, il se décide à saisir le moment, et à marcher contre le centre de la position russe, la tour inachevée du télégraphe. Cler enflamme ses hommes et les enlève au pas de course. Le 39% le 1" zouaves et les bataillons de chasseurs de la division Canrobert suivent son exemple. L'artillerie russe, surprise par cette attaque impétueuse, tire qudques coups et se retire, mais pour prendre bientôt une nouvelle position. L'infanterie russe des régiments de Tarutina, de Moscou et de Minsk couvre la retraite de l'artillerie et attend l'attaque à la baïonnette des Français ; mais elle est culbutée par cette attaque et se retire également. La deuxième ligne d'infanterie russe est restée compacte et protège la retraite qui s'opère lentement et sans aucun désordre.
Lorsque l'attaque des régiments du grand-duc Michel et de Wladimir fut repoussée par la garde anglaise et ^a^till^ rie qui l'appuyait, et que les Anglais attaquèrent la grande batterie russe, Menschikoff ordonna la retraite de son armée. Pour la couvrir, le général Kischinski, commandant l'artillerie, prit une nouvelle position sur une éminence que traverse la route de poste à 3000 pas au sud de rAlma. 1 léunit d'abord dans cette position la battevie à eheval n*" 13, qu'il rappela de l'extrême gauche où elle se trouvait aux environs d'Orta-Kisek, puis tous les hussards qui reviarenldes ailes et se placèrent à l'est de la grande route, pendant que les Cosaques se formaient à leur droite. A la batterie à A^ val n<> 12 se réunirent bientôt les batteries légères à pied, n*»' 3 et 4 (de la 14* brigade d'artillerie), qui avaient été chassées de leurs positions par l'attaque des gardes et des highlanderâ. Derrière ces batteries s'établit le régimentd'infanterie de Wolynie, le seul qui fût resté jusqu'à ce mam^t
dans la réserve générale et qui n'eût pas donné. Les régiments de Susdal, d'Uglitz et de Borodino, ainsi que les bataillons de réserve de Bialystock, avaient également peu souffert, mais ils avaient du moins été au feu et, dans tous les cas, ils avaient une destination fixée, et le général en chef n'en pouvait plus disposer à son gré. Tous les régiments de la première ligne reçurent alors Tordre de se retirer derrière la position de retraite, ceux de l'aile gauche par Ulu- Ml.
Le régiment de Borodino, ainsi que les batteries qui lui avaient été attachées et les bataillous^l^H^ialystock, avaient déjà commencé leur retraite, lorsque Lacy Evans renouvela son attaque à trois heures passées, et s'empara facilement des hauteurs. C'est à ce moment queles Anglais etles Français se donnèrent la main sur le plateau. Le général de Martimprey, qui avait observé à l'aile gauche le combat des Anglais et avait été témoin de l'attaque infructueuse des divisions Lacy Evans et Brown, en informa Saint-Arnaud, qui s'était déjà porté par Alma-Tamak sur la rive gauche de l'Aima. A cette nouvelle de son chef d'état-major général, Saint-Arnaud ordonna à la division Napoléon de faire front à Test avec une batterie d'artillerie de réserve, et de marcher dans cette direction vers la route de poste, ce qui n'offrait pas de difficultés, puisque les régiments de Minsk, de Moscou, de Tarutina et de Brzesc, étaient déjà en retraite sur la position d'arrière-garde de Kischinski. Le mouvement de la division Napoléon ne fit qu'accélérer la retraite des régiments de Bialystock et de Borodino, et cette division française se mit en communication avec Lacy Evans.
Entre trois heures et demie et quatre heures, les alliés avaient toutes leurs troupes sur les hauteurs au sud de l'Aima, mais il n'y eut que la division légère anglaise, qui s'était ralliée derrière la garde, et la cavalerie anglaise qui firent mine de poursuivre les Russes, et ces troupes s'arx'ètèrent dès que Kischinski envoya sur leur flanc gauche les Cosaques qui occupaient son aile droite. Menschikoff se retira sans ^re inquiété vers la Katcha.
La bataille proprement dite n'avait réellement commencé qu'à 2 heures, car avant ce moment les alliés n'avaient d'engagée que la division Bosquet; elle était finie à 3 heures et demie, bien que le feu durât encore pendant quelques heures à de grandes distances.
Les deux partis avaient commis autant de fautes Tun que l'autre dans le plan et la conduite de la bataille. Chez les Russes, les fautes d'exécution pendant le combat furent la conséquence inévitable de leur plan défectueux ; chez les alliés, elles furent le résultat du double commandement en chef et de la maladie4e Saint-Arnaud. Les fautes étant aussi grandes des deux côtés, les forces presque doubles des alliés leur donnèrent forcément la victoire, car la force défensive de la position des Russes ne suffisait pas pour compenser leur infériorité numérique, d'autant plus qu'ils ne surent pas tirer parti de cette position et ne l'utilisèrent que comme obstacle de front et emplacements pour l'artillerie.
Les Français avaient eu affaire au tiers des forces russes. Cela ebt même exact pour rartillerie, bien qu'ils aient eu devant eux 40 pièces russes sur 96, puisque dans les 56 pièces opposées aux Anglais, se trouvaient les 16 pièces de gros calibre que possédaient les Russes.
Les Français, y compris les Turcs, engagèrent 33,000 hommes contre 12,000 ; les Anglais 27,000 contre 23,000. Ces derniers avaient donc la tâche la plus difficile. Du côté des Français, le combat fut surtout une lutte d'artillerie, dans laquelle ils avaient une supériorité marquée à cause de la grosseur de leurs calibres et de la maladresse des Russes à tirer parti du terrain pour se couvrir, ce qui du reste était assez difQcile. Les Anglais combattirent surtout par des feux d'infanterie contre un feu d'artillerie.
Les Russes évaluent leurs pertes à 1,892 tués, 3,172 blessés et contusionnés et 735 disparus, en tout 8,709 hommes ou le sixième de leur effectif. Les Français estiment leurs pertes à 1,346 hommes, les Anglais à 2,965, ce qui fgiîtpour les alliés 4,301 hommes ou le quatorzième de leurs forces totales. On s'explique assez facilement, d'après ce que nous
avons dit plus haut, que les Français aient perdu beaucoup moins de monde que les Anglais ; il est aussi naturel que les pertes des Russes fussent plus considérables que celles des alliés, puisque ces derniers engagèrent plus d'armes à feu que leurs adversaires, et que ceux-ci se formèrent en masses compactes toutes les fois qu'ils voulurent faire quelque chose, sans pourtant employer d'autre moyen que des coups de fusil.
Bataille de Kœniggraetz (Sadowa), 3 juillet 1866 ^
(Planche X his.) SITUATION GÉNfiRALE.
Après avoir occupé la Saxe, les Prussiens avaient concentré dans ce royaume et dans la Silésie trois armées acti« vesj'savoir :
A l'aile droite, l'armée de l'Elbe , sous les ordres du général flerv^arth de Bittenfeld, se composant de la i4* division — du VIP corps d'armée, — des 15* et 16* divisions — du Vin* corps d'armée, — et d'une brigade de cavalerie de réserve, ensemble : 34 bataillons, 26 escadrons et 20 batteries, ou 34,000 hommes d'infanterie, 3,900 de cavalerie et 120 bouches à feu ;
Au centre, la première armée, sous le prince Frédéric- Charles, composée des 3® et 4* divisions — du IP corps, — des 5* et 6* divisions — du IIP corps, — des V et 8* dissions — du IV' corps, — et d'un corps de cavalerie sous le prince Albert de Prusse ; ensemble 72 bataillons, 82 escadrons et 48 batteries, ou 72, 000 hommes d'infanterie, 12,300 de cavalerie et 288 pièces de canon ;
, *■ Les noms de localités sont portés sur la carte de Kœniggraetz avec h>rthographe tchèque, d'après la carte de l'état-major général autrinien ; dans le texte allemand, au contraire, le colonel Rttstow a écrit pës noms de lieu à peu près comme ils se prononcent en allemand.
Note du traducteur,
A Taile gauche, )a deuiième armée, sous le prince royal de Prusse, composée des deux divisions du corps de la garde, des 4" et 2® divisions — du I" corps, — des 9* et 10* divisions — du V* corps, — des !!• et <2* divisions — du W corps, — d'une brigade de cavalerie de réserve attachée au T' corps, et d'une division de cavalerie de réserve sous le général Hartmann ; ensemble 92 bataillons, 74 escadrons et 60 batteries, ou 92,000 hommes d'infanterie, H,IOO de cavalerie et 360 bouches à feu.
L'effectif total des forces prussiennes était donc de 198,000 hommes d'infanterie, 27,300 de cavalerie et 768 bouches à feu.
Le 22 juin 1866, ces troupes reçurent Tordre d'entrer en Bohême en deux grandes masses.
L'une de ces masses, l'armée du prince royal, partant du comté de Glatz, marchait sur Gitschin, en traversant le Biesengebirge et le cours supérieur de l'Elbe ; — la seconde — formée de l'armée de l'Elbe et de la première année — s'avangait de la Saxe et de la Lusace, et marchait paiement sur Gitschin par Tumau et Mttnchengraetz.
Si Ton envisage cette opération dans son ensemble^ e^ sans s'occuper des détails, on trouve qu'elle était très-hasardée. EUle consistait en effet à réunir les forces prussiennies sur un terrain qui se trouvait encore dans les mains de l'ennoaû, et où les Autrichiens pouvaient jeter toute leur armée entre les deux armées prussiennes, el les battre isolémenL
Cette opération hasardeuse eut néanmoins un plein succès, gr&ce à la bravoure, à l'intelligence et à rarmementdes troupes prussiennes, grâce à la précision des détails d'exécution, et surtout aui fautes des Autrichiens.
L^armée autrichienne du Nord, sous les ordres dufcddxeor gmeister de Benedek, se composait de 7 corps d'année, les I^, Ils IIIs IV, VI% VHP et X« corps ; de 3 divisions de cavalerie de réserve, de 2 divisions de cavalerie légère» rt d'une réserve d'artillerie. Chaque corps d'armée comptait 4 brigades d'infanterie à 7 bataillons, on r^iment de cavalerie de 5 escadrons, et 9 batteries de canons rayés (de 8 piè-
ces), auxquelles on ajoutait le plus souvent une ou plusieurs batteries de fusées. — Les divisions de cavalerie avaient de 20 à 30 escadrons chacune, et toute l'armée autrichienne du Nord renfermait au milieu de juin 200,000 hommes d'infanterie, 2A,000 cavaliers et 800 bouches à feu.
A cette armée devait bientôt se joindre le corps d'armée saxon, évacuant la Saxe avec 18,700 hommes d'infanterie, 2,400 cavaliers et 60 canons, répartis dans 10 batteries de 6 pièces.
L'effectif total de l'armée de Benedek était donc de 218,000 hommes d'infanterie, environ 27,000 cavaliers et au moins 850 pièces de canon.
Depuis le milieu du mois de mai, le gros des forces de Benedek était concentré en Moravie, sur une ligne allant d'Okoutz à Brunn. Le I" corps — Clam Gailas ~ était détaché sur la gauche en Bohème, avec 9(m quartier général à Prague ; la 1'* division de cavalerie légère — Ëdelsheim -*était attachée au I^ corps. Le IP corps d'armée — Thun- Hohenstein — était détaché à droite vers Brisau et Landscron y avec la 2* division de cavalerie légère •— Taxis.
Avant que les hostilités fussent sérieusement engagées, les Saxons se réunirent à Clam-Gallas sur l'Iser, aux environs de Munchengraetz. Les troupes alliées qui occupaient cette partie de la Bohème formèrent alors, sous le prince royal Albert de Saxe, l'armée de l'Iser, forte d'au moins 61,000 hommes d'infanterie et de cavalerie (7,600 cavaliers)» avec environ 180 bouches à feu. Cette armée de l'Iser devait faire tête à la première armée prussienne et à l'armée de l'Elbe réunies — 122,000 hommes et 400 pièces de canon. Le reste des troupes autrichiennes, plus de 180,000
.liomakes, avec 760 bouches à feu, restait à la disposition immédiate de Benedek.
A la nouvelle de l'entrée des Prussiens dans la Hesse-
^leclorale, le Hanovre et la Saxe, Benedek dirigea le 19 juin son armée prindpale sur la Bohème, où elle devait prendre
^|io8Îtîon sur l'Elbe, entre la forteresse de Josephstadt et Kœ-
.jiiginhof, prar attaquer ensuite la Silésie.
D'après les ordres de marche, la grande armée autrichienne devait être sur l'Elbe le 29 ou le 30 juin. Maisavam que les corps 'autrichiens atteignissent ces positions, le prince royal de Prusse avait déjà débouché des montagnes, et Benedek se vît obligé, le 26 juin, d'opposer des détachements de son armée aux colonnes du prince royal.
Le 27 et le 28 juin furent des journées fatales et décisives.
Le 27, le V« corps prussien battit à Wysokow le M* corps autrichien — Ramming ; — en revanche, le X" corps autrichien — Gablenz — défit complètement à Trautenaule I" corps prussien — Bonin.
Benedek envoya le VHI* corps — archiduc I^éopold — au secours de Ramming, croyant évidemment qu'il pourrait arrêter quelque temps le prince royal de Prusse avec des forces relativement peu considérables. Il prit en conséquence des dispositions pour diriger sur sa gauche une grande partie de ses troupes contre le prince Frédéric-Charles, afin de l'attaquer avec des forces supérieures. Mais avant que ces mesures fussent exécutées, la journée du 28 juin modifia considérablement la situation. Les Prussiens furent victorieux ce jour-là à Skalitz et à Biirgersdorf ; le prince royal de Saxe évacua la ligne de l'Iser, et Benedek concentra, le 30 juin, 4 corps d'armée et 4 divisions de cavalerie — 130,000 hommes environ — dans la position de Salney sur la rive droite de l'Elbe, attendant et désirant même l'attaque do prince royal de Prusse. Mais cette attaque n'eut pas lieu. Cependant le prince Frédéric-Charles battait, le 29 juio, à Gitschin, Clam-Gallas et les Saxons. Le prince Albert de Saxe se mit en retraite sur Eœniggraetz, et Benedek résolut alors de concentrer toutes ses forces à l'ouest de cette place forte. Les ordres nécessaires furent donnés le 30 juii et, dans l'aprës-mididul^' juillet, presque toute l'armée au£ tro-saxonne se trouvait déjà dans l'espace compris entre Bistritz et l'Elbe, à hauteur de Kœniggraetz.
Les pertes de Benedek jusqu'au 1"" juillet sont évalui par les Autrichiens à 32,000 hommes et, par les Prussiei
à un chiffre plus élevé. Benedek, qui, d'après nos calculs, avait au début 245,000 hommes, était donc encore à la tète de 200 à 210,000 hommes le 1" juillet.
Les armées prussiennes, qui suivaient lentement le mouvement de concentration des Autrichiens, avaient subi elles aussi des pertes importantes, mais beaucoup moins considérables que leurs adversaires. En tout cas, les Prussiens étaient aussi forts que les Austro-Saxons en infanterie et cavalerie, 210,000 hommes. La proportion de rartillerie était à peu près la même des deux côtés, 780 pièces environ.
Près d'un tiers de l'artillerie prussienne se composait encore de pièces de 12 non rayées. Les Saxons avaient de leur côté quelques batteries d'obusiers lisses. Les Autrichiens avaient des batteries de fusées. Enfin, les canons rayés des Autrichiens se chargeaient par la bouche, ceux des Prussiens par la culasse.
Jusqu'à présent, l'artillerie n'a pas reconnu aux canons se chargeant par la culasse une grande supériorité sur ceux qui se chargent par la bouche. Cela semble en effet justifié, si l'on n'envisage que la rapidité du tir; mais le chargement par la culasse n'a-t-il pas l'avantage de mieux conserver les fusées ? Toujours est-il qu'un grand nombre d'obus, lancés par des pièces se chargeant par la bouche, n'ont pas éclaté. Les ftisées sont aujourd'hui discréditées partout. Nous n'avons jamais été partisan des fusées comme arme normale d'artillerie, avec un matériel encore plus embarrassant que celui de l'artillerie de campagne ordinaire, mais nous ne pouvons cependant partager tout le mépris qu'il est de mode aujourd'hui d'avoir pour les fusées. Elles sont faciles à transporter partout si l'on emploie pour cela un matériel intelligent au lieu de lourds chariots, et en raison de cette propriété des fusées, on peut en tirer parti non-seulement à la guerre de montagnes, mais encore, bien que d'une manière secondaire, dans la grande guerre.
L'infanterie prussienne était supérieure à l'infanterie autrichienne par son fusil à tir rapide et par l'intelligence qui f régnait.
Pour ce qui est de ce dernier point, on a cherché à le tourner en ridicule, en disant que chaque soldat prussien ayait dans son sac une carte du théâtre de la guerre, et avait pris part à la discussion du plan de campagne.
La plaisanterie n'est pas mauvaise. Mais il est incontestable que plus l'intelligence et l'instruction sont répandues dans les rangs d'une troupe, mieux cette troupe saura obéir aux ordres donnés et en comprendre le véritable sens, plus le sentiment de Thonneur y sera développé, ce qui est excellent dans une armée, surtout en cas de revers. Dans Farmée prussienne, presque tous les hommes savent lire et écrire; mais, ce qui a bien plus d'importance à nos yeux, c'^st que dans chaque compagnie prussienne, il se trouve comme sous-officiers et soldats quelques hommes d'une instruction vraiment supérieure, et dont l'exemple ne peut manquer d'exercer une grande influence.
POSITIONS OCCUPÉES PAR l'ARMÉ£ PRUSSIENNE LE 2 JUILLET, DISPOSITIONS POUR LA JOURNÉE DU 3.
Le 2 juillet, le centre de l'armée prussienne, prince Frédéric-Charles, occupait sur la grande route d'Horzitz à Kgbnîggraetz un front d'environ 1 i kilomètres, depuis Miletin à gauche jusqu'à Liskowitz à droite. Cette armée, forte de 80,000 hommes d'infanterie et de cavalerie, était très-concentrée et avait de S à 6 hommes sur chaque pas du front. Le quartier général du prince Frédéric-Charles se trouvait à Kamenitz.
A Taile droite était l'armée de l'Elbe, du général Herwarth de Bittenfeld, sur la Czidlina, entre Sinidar et Neu-Bidschow, sur un front de 6,000 pas. Elle était forte d'aumoius 36,000 hommes et se trouvait à 8 kilomètres seulement du prince Frédéric-Charles, sous les ordres duquel elle avait été placée.
A l'aile gauche, l'armée du prince royal de Prusse, 100,000 hommes environ, occupait un front de 15 kîlomè-
très, de Prausaitz à Kukus sur TËlbe supérieur. Le quartier général du prince royal était à Kœniginhof.
La liaison du prince royal avec le prince Frédéric-Charles était déjà établie dès le 30 juin, puisque le i*' régiment de dragons delagarde, de la deuxième armée, arrivait ce jourlà à Arnau.
Le 2 juillet, Taile droite de Tarmée du prince royal, l" corps, avait ses troupes avancées à Aulejow et à Zielejow, à 3,000 pas seulement des bivouacs de l'aile gauche du prince Frédéric-Charles, à Miletin.
On trouve en grand les positions qu'occupaient les Prussiens le 2 juillet, sur un arc de cercle passant par Neu-Bidschov^, Klein-Miletin et Kukus ; la longueur de cet arc de cercle est d'un peu plus de 37 kilomètres, et son centre est aux environs du village de Wschestar, sur la route d'Horzitz à Kceniggraetz, entre la Bistritz et TElbe. Le rayon de ce cercle est d'environ 18 kilomètres.
Le roi de Prusse était arrivé le 30 juin sur le théâtre de la guerre, pour prendre le commandement en chef de son armée. Il mit ce jour-là son quartier général au château de Sichrow, puis le 2 juillet à Gitschin.
Depuis le 30 juin au soir jusqu'au 2 juillet, îl n'y eut point d'engagement. Les Prussiens n'avaient mémepas l'intention de rien entreprendre de décisif le 3 juillet ; l'armée du prince Frédéric-Charles devait faire des reconnaissances sur la route d'Horzitzà Kœnîggraetz, et celle du prince royal contre Josephstadt.
Le prince royal de Prusse ordonna au VP corps, qui bivouaquait aux environs de Gradlitz, de passer l'Elbe le 3 juillet de grand matin et de marcher par la rive droite sur Josephstadt, pour séparer cette place de la grande armée autrichienne et chercher à s'en rendre maître par surprise ou capitulation.
Le prince Frédéric-Charles se rendit le 2 juillet à Gitscbin} pour faire ses rapports au roi Guillaume. Les généraux prussiens croyaient encore ce jour-là que Benedek n'accepterait point la bataille sur la rive droite de l'Elbe, et qu'il se
concentrerait sur la rive gauche entre Josephstadtet Kcsniggraetz. Dans cette hypothèse, il était naturel de donner un jour de repos aux troupes prussiennes, dans les positions qu'elles occupaient actuellement* Cela étant convenu, le prince Frédéric-Charles revint à 4 heures et demie du soir à son quartier général de Kamenitz.
Il y trouva des nouvelles qui semblaient modifier considérablement la situation. Elles annonçaient en effet, qu'au lieu d'une simple arrière-garde, il y avait entre là Bistritz et l'Elbe, une grande partie de l'armée autrichienne ; et en outre, les Autrichiens ayant envoyé de grandes reconnaissances sur la route de Sadowa à Horzitz, il ne paraissait pas impossible que Benedek eût l'intemion de se jeter, le 3 juillet, avec toutes ses forces sur l'armée du prince Frédéric- Charles pour l'écraser.
Le prince prit ses mesures en conséquence, afin de n'être pas surpris. Il ordonna que son armée prendrait, le 3 juillet de grand matin, entre Horzitz et la Bistritz, une position dans laquelle elle attendrait l'attaque des Autrichiens, ou d'oîi elle pourrait prendre elle-même l'offensive, en raison des circonstances.
Herwarth deBittenfeld reçut l'ordre démarche, le 3 juillet, de Smidar sur Nechanitz, le plus tôt qu'il pourrait.
Le prince* Frédéric-Charles fit demander au prince rojal de faire avancer au moins un corps d'armée, entre la Bistritz et l'Elbe, pour appuyer la première armée.
Le prince Frédéric-Charles informa naturellement le roi Guillaume, généralen chef prussien» des mesures qu'il prescrivait. Ces mesures, prises d'abord dans un but défensif, ne faisaient que rendre plus probable une affaire sérieuse pour le 3 juillet.
Le prince envoya donc au roi son chef d'état-major, le général Voigts-Rheetz, qui arriva à Gitschin avant onzeheureà du soir. On tint alors conseil à Gitschin et Ton se rangea à l'avis que Benedek attaquerait le prince Frédéric- Charles, dans la matinée du 3 juillet. On supposait — ce qui n'était
pas exact — que Benedek avait déjà trois corps d'armée sur la rive droite (ouest) de la Bistritz.
Dans cette hypothèse, le général de Moltke, chef d'étatmajor général de l'armée prussienne, envoya au prince royal un ordre daté du 2 juillet à onze heures du soir, dans lequel il l'informait des positions qu'occuperait l'armée du prince Frédéric-Charles le 3 au matin ; il lui disait qu'on devait js'attendre à une grande bataille dans la direction deEœniggraetz à Milowitz par Sadowa, et il lui enjoignait de marcher avec toutes ses forces contre le flanc droit de l'ennemi pour soutenir la première armée, et d'entrer en ligue le plus tôt qu'il pourrait.
Le prince royal de Prusse reçut cet ordre à Eœniginhof, le 3 juillet, vers 4 heures du matin, des mains du major comte Finkenstein, aide de camp d'aile du roi Guillaume. A 5 heures, il expédia lui-même ses ordres aux commandants de corps d'armée, qui les reçurent entre 6 et 7 heures*
Ces ordres étaient les suivants :
« Le I" corps, campé à Ober-Prausnitz, avec ses troupes avancées à Zielejow et Aulejow, marchera sur Gross-Bûrgljtz en deux colonnes, celle de droite par Gross-Trotina, celle de gauche par Zabrzes.
« La cavalerie de réserve suivra de Neustaedtl, le P' corps d'armée.
« Le corps de la garde a son avant-garde — général d'Alvensleben — sur le plateau de Daubrawitz, la 1'* division à Kœniginhof, la 2* division, l'artillerie et la cavalerie de réserve à Rettendorf. Lagarde marchera sur Jerziczek et Lhota.
« Le VI« corps ne fera pas la reconnaissance ordonnée contre Josephstadt, pour le 3 juillet, il n'enverra devant cette place que des détachements, et marchera avec le gros de ses forces sur Welchow, pour se relier à l'aile gauche de la garde.
« Le V* corps formera la réserve générale de la deuxième armée ; il quittera son bivouac de Gradlitz deux heures
après le départ du VP corps, et marchera derrière le ceotre de la garde sur Chotieborek. »
Suivons ces ordres dansjeur commencemeût d'eiécution :
Le corps de la garde, le plus rapproché du quartier général du prince royal, reçut le premier ses ordres à 5 heures et demie ; il pouvait partir à 6 heures et demie et commeocer à arriver deux heures après, à 8 heures et demie, à Jerzîczek et Lhota.
Le I*' corps ne pouvait rompre au plus tôt qu'une heure après la garde, et ses têtes de colonne, qui partaient d'AuIejow et de Zielejow, ne pouvaient être à Gross-Bûrglitzannt 10 heures.
Le VI« corps ayant reçu, le 2 juillet, l'ordre de faire une reconnaissance contre Josephstadt, la 12* division passa l'Elbe à Kukus sur un pont de bateaux, le 3 juillet, entre 5 et 6 heures du matin, la H* division à Stangendorf et Schurz, entre 6 et 7 heures. Le VP corps était déjà en marche, lorsqu'il reçut Tordre de se diriger sur Welchow, oîi ses tètesde colonne pouvaient arriver dès 7 heures et demie.
Le V® corps pouvait être à Chotieborek vers 10 heures.
Tout bien considéré, il était possible qu'entre 10 et 11 heures, la garde et le VI® corps se trouvassent déployés sur une ligne allant de Steinbruch à Niesnaschow par Jerzîczek et Lhota, à deux heures de marche environ de Wschestar.
Voilà pour Tarmée du prince royal.
D'après les ordres du princeFrédéric-Charles, la première armée devait prendre, le 3 juillet, dès 2 heures du matin, les positions suivantes ;
La 7* division, Fransecky, au château de Cerekwitz, sut la rive gauche de la Bistritz ; La 8* division, Horn, à Milowitz ; La 3® division, à Briscbtan ; La 4® division, à Pschanek ;
Derrière cette ligne, la 5* division, Kamiensky, et la 6*^, MaDStein,au sud d'Horzitz, à droite et à gauche de la route;
la cavalerie de réserve à Baschnitz, et Tartillerie de réserve à Horzitz.
Ces positions prises, le front de la première armée ne serait plus que de 8 kilomètres • Mais il était possible — danç le cas où les Autrichiens ne prendraient pas l'offensive — que la première armée conservât ces positions jusqu'à ce que l'armée du prince royal fût arrivée dans les positions qu'elle devait atteindre entre 10 et 11 heures du matin.
Herwarth devait quitter Smidar le 3 juillet de grand matin, marcher sur Nechanitz et se relier à la 4* division, du !!• corps. Si rien ne s'opposait à son mouvement, il devait donc être vers 11 heures à peu près, entre Alt-Nechanitz etKobilitz.
Nous retrouvons donc toute Farmée prussienne réunie le 3 juillet, entre 10 et H heures, sur un autre arc de cercle, ayant toujours Wschestar pour centre et s'étendant de Alt-' Nechanitz à Niesnaschow, par Straczow et Klein-Burglitz, sur une longueur d'environ 30,000 pas, avec un rayon de 13,000 pas. La corde de cet arc, de Alt-Nechanitz à Niesnaschow, qui représente la véritable longueur du front, ne mesure que 23,000 pas. Il y avait donc près de 10 Prussiens sur chaque pas dufront,etla concentration de l'armée était ainsi parfaitement ordonnée.
Cclar est à constater, indépendamment des autres circonstances et des événements qui suivirent.
Voici quel paraît être le plan des Prussiens :
Le prince Frédéric-Charles se défend contre l'attaque dont Benedek le menace sur la route de Sadowa à Milowitz ;
Herwarth, le premier auxiliaire sur lequel il puisse compter, attaque le flanc gauche de Benedek ;
Fransecky n'a qu'un rôle secondaire : chercher à assurer la liaison avec le prince royal, dès que la deuxième armée arrivera ;
Le prince royal entrant en ligne doit naturellement, d'après la direction de ses forces, exécuter l'attaque principale.
SITUATION DE BENEDEK LE 3 JUILLET AU MATIN. DISPOSITIONS QC'll