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PREND POUR LIVRER BATAILLE

Nous avons déjà vu que Benedek avait ordonné, le 30 juifl, la concentration de son armée dans la position de Kœniggraetz. Les ordres de marche dirigeaient :

Le II** corps, la 1" division de cavalerie de réserve et la 2^ division de cavalerie légère, surTrotina, sur la Trotinka, près du point où ce ruisseau se jette dans TËlbe ;

Le IV* et le VIU* corps, à gauche du IP, sur Nedielischt;

Le VP corps et la 2^ division de cavalerie de réserve m Wscbestar;

Le III'' et le X"* corps, la 3« division de cavalerie de réserve et la 1" division de cavalerie légère, sur Lipa. • Le I" corps et le corps d'armée saxon venaient d'euxmêmes à Kuklena, au sud-ouest de Kœniggraetz.

Telles sont les positions que prit l'armée autrichienne le i*' juillet et dans la nuit du premier au deux.

Le 1" juillet au soir, le colonel PidoU, chef du génie de l'armée, reçut l'ordre de construire quelques retranchements entre Nedielischt et Lipa.

Le 2 au matin, PidoU se mit à l'œuvre et fit construire 7 batteries, d'après un modèle d'une exécution facile dont il avait déjà proposé le projet, savoir :

Batterie n"" 1, à 800 pas au nord de Nedielischt;

Batterie n"" 3, à iOOO pas à l'ouest de la précédente ;

Batterie n"" 2, entre les batteries n"^ 1 et n*" 3 ;

Batterie n*» 4, au nord-ouest et tout près de Chlum ;

Batteries n^s 6 et 7, à l'est de Lipa et au nord de la route d'Horzitz à Kœniggraetz ;

Batterie n"" 8, entre les nos 4 et 6, mais plus près de la première.

Des trous de loup furent creusés près des batteries pour les protéger. On fit, dans le même but, des abatis sur la lisière de plusieurs bois, particulièrement à Chlum et entre Chlum et Lipa.

On n'ordonna que dansla matinée du 3 juillet de renforcer Tâile gauche par des retranchements, et Ton en commença la construction, à 10 heures et demie environ, à Problusz et Nieder-Przim, lorsque la lutte était déjà engagée de ce côté.

Remarquons en passant que la ligne des batteries n"" 1 à 7 court à peu près de Test à l'ouest, et fiiit front dans la direction où devait arriver l'armée du prince royal de Prusse.

Par suite des opérations antérieures, le chef d'état-major de Benedek, baron Henickstein, le quartier-maître général, général Krismanich, et le commandant du I" corps, Clam- Gallas, furent appelés à Vienne le 3 au matin pour justifier leur conduite. On comprend que ces modifications, apportées au moment décisif dans l'état-major de l'armée autrichienne, devaient produire du désordre, même en admettant que Henickstein et Krismanich fussent remplacés par des hommes très-supérieurs à eux.

Les détachements autrichiens, qui avaient décidé, le 2 juillet, le prince Frédéric-Charles à se préparer à une bataille décisive, n'étaient que des reconnaissances du IIP et du X" corps.

Le 3 juillet, vers quatre heures du matin, les commandants de corps furent informés par Benedek que les Prussiens étaient en forces à Neu-Bidschow, Smidar et Horzitz, et qu'on devait s'attendre dans la journée à une attaque qui s'adresserait d'abord au corps saxon.

L'ordre suivant accompagnait cette communication :

« En cas d'attaque, le corps d'armée saxon occupera les hauteurs de Popowitz et de Trzesowitz, l'aile gauche un peu refusée et couverte par sa cavalerie. La 1»' division de cavalerie légère se placera un peu en arrière des Saxons et occupera l'extrême gauche à Problus et Przim.

a Le X* corps prendra position à droite du corps saxon, et le II|e corp3 à droite du X% sur les hauteurs de Lipa et de Chlum.

« Le VIII* corps se placera derrière les Saxons pour les appuyer.

« Les troupes dont il n'est pas questioa iei i^'aoront qu'à se tenir prêtes à agir, tant que l'attaque se lioûtera à l'aile gauche.

c( Si Fattaque de Tennemi vient à prendre déplus grandes proportions, toute l'armée prendra son ordre de bataille. Le IVe corps se portera à droite du 111% entre Chlum et Nedielischt, et le I^ corps à Textrême droite à ctÂé du IV.

« La 2* division de cavalerie de réserve s'avancera derrière Nedielischt et se tiendra prête à marcher.

c< Le VP corps se massera à hauteur de Wschestar, le I*' corps à Rosnitz.

« La !'• et la 3* division de cavalerie de réserve marcheront sur Swietî.

« Dans la seconde hypothèse d'une attaque générale, le V" et le VP corps, les b divisions de cavalerie et la réserve d'artillerie, qui prend position derrière les I" et VI* corps, formeront la réserve de l'armée.

« Si l'armée est forcée de battre en retraite, elle se retirera sur la route d'Holitz et d'Hohenmauth, sans se rapprocher de Kœniggraetz.

« Le IP et le IV* corps ont fait jeter des ponts de bateaux sur l'Elbe entre Lochenitz et Przedmierzitz. Le ?' corps en fera jeter un autre à Swinar. »

Faisons sur ces dispositions quelques observations îndîspensables.

«.—Elles prouvent que Benedek songeait à livrer bataille

^ ^ ^ une partie de celle du prince

l^rédenc-Charles. Pour recevoir cette attaque, il disposait entre Popowitz et Lipa le corps saxon, le X« et le III* corps, et, en outre, comme réserve particulière, le VIII* corps et la 1" division de cavalerie légère.

b.—ll avait pris dès le 1- juillet des mesures pwr le cas d une bataiUe générale, puisqu'il avait ordonné de construire des retranchements.

€. — Ces dispositions donnent à Benedek l'ordre de bataiUe snivant :

A Taile gauche, contre l'attaque que Ton croyait être l'attaque principale : le corps saxon, les X% III^ et VIU'' corps, -•éventuellement la i''' division de cavalerie légère, qui peut également être comptée dans la réserve générale ; — lignes de position sur la Bistritz, de Popov^itz à Sadovi^a.

A l'aile droite, contre l'armée du prince royal que l'on croyait exécuter l'attaque secondaire : 1 V® et II® corps , — incidemment la 2® division de cavalerie légère qui pouvait aussi faire partie de la réserve générale ; — lignes de position figurées à grands traits par les retranchements entre Lipa et Nedielischt, avec une ligne avancée allant de Czistowes, par Sendraschitz, jusqu'à Trotina et vers Smirzitz.

Réserve à Wscheslar et Rosnitz, sur la route de Sadowa à Kœni^raetz : VP et i" corps, i" et 3* division de cavalerie de réserve à Swieti, 2"" division de cavalerie de réserve à Brzisa, 2^ division de cavalerie légère à Nedielischt, i" division de cavalerie légère èi Problus, réserve d'artillerie à Wschestar.

d, — ^En comptant toutes les troupes, on arrive à peu près aux effecti& suivants :

Aile gauche, 100,000 hommes, sur 8,000 pas; Aile droite, 50,000 hommes, sur 8,000 pas ; Réserve, concentrée en arrière sur un front de S,000 pas au plus, 60,000 hommes, y compris la cavalerie.

Le front général, de Trotina à Popowitz, n'a pas plus de i3^000 pas en ligne droite, de sorte que les Autrichiens avaient 18 à 20 hommes sur chaque pas de leur front, c'està-dire beaucoup trop et sans possibilité de se déployer.

e. — Ce n'était pas sur un seul front, mais bien sur deux fronts que Benedek songeait à déployer son armée. La répartition des troupes dans le plan du général autrichien aurait dû suffire pour faire voir clairement à un homme vraiment doué de l'intelligence militaire que le front Ne- &Mscht-Lipa devait être regardé comme secondaire ; mais ce qui rendait difficile pour Benedek de comprendre cette

question de métier, c'était : 1** qu'il n'était pas dit un mot, dans son plan, d'une offensive quelconque; 2"* qu'on y parlait encore moins par conséquent de forces offensives et de forces défensives; y enfin, c'est que le plan ne faisait pas mention des retranchements construits face au nord, lesquels auraient dû pourtant être occupés et défendus par le IP et le IV* corps. — Dans le fait, ces deux corps d'armée ne s'inquiétèrent pas des retranchements en question.

/". — Il est évident que dans le plan de bataille que les Autrichiens auraient dû concevoir, la chose principale avait échappé à Benedek, ou plutôt, pour parler d'une manière plus générale, au commandement de l'armée; et Ton n'eu trouve pas une excuse suffisante dans les changements importants introduits dans l'état-^major général autrichien la nuit même qui précéda la bataille. Un plan doit être précis et ne renfermer que des ordres formels. Or, celui de Benedek répondait fort mal à ces conditions essentielles* Mais si l'on ne veut pas accorder à ces questions de forme toute l'importance qu'elles méritent en réalité, il reste encore à répondre à une question de métier fort décisive, c'est celle-ci :

g. — Comment se fait-il que Benedek ait pu regarder l'armée du prince royal de Prusse comme une chose secondaire ?

C'est inexplicable quand on songe aux forces que celte armée avait déjà déployées à Nachod, à Skalitz, à Bîirgersdorf.

C'est également incompréhensible quand on étudie les conditions de temps et de lieu. Depuis le combat de Salney, 30 juin , Benedek devait savoir que le prince royal de Prusse était sur l'Elbe supérieur. De Kœniginhof, centre de l'armée du prince royal, à Wschestar, oîi Benedek avait placé le centre de ses positions, il n'y a pas tout à fait 22 kilomètres, ce qui fait une journée moyenne de marche dans des circonstances habituelles.

Depuis le l*'' juillet au matin, l'état-major autrichien n'avait presque pas cherché à s'instruire de ce que faisaient

les Prussiens sur TElbe supérieur, et, par suite de cette né* gligence, Tannée du prince royal aurait pu occuper dès le 1" juillet, à rinsu de Benedek, la ligne BOrglitz-Chotieborek-Welchow, éloignée de 12 kilomètres de Wschestar où était le centre autrichien.

L — On s'expliquerait peut-être, bien que très-difficilement, l'importance secondaire qu'il attachait à l'armée du prince royal, si Benedek avait eu le dessein d'une grande offensive contre le prince Frédéric-Charles ; mais la position des Autrichiens était fort mal choisie pour cela, et de plus on ne trouve dans le plan de Benedek aucune trace d'intention d'offensive. Benedek croyait-il que les combats de Nachod, Skalitz, Burgersdorf et Trautenau avaient épuisé l'armée du prince royal ?

Benedek avait-il encore une autre idée en tête ? Supposait-il que les Prussiens avaient acquis par les précédents combats une telle conscience de leur supériorité qu'ils songeassent déjà à Kœniggraetz à anéantir Tannée autrichienne? Ss eussent alors dirigé leur attaque principale contre l'aile gauche autrichienne, à peu près sur Nechanitz et Popowitz, pour rejeter l'armée autrichienne vers les frontières de la Silésie.

Benedek les croyait*il capables de concevoir un plan aussi hardi?

H est certain que ce plan n'était pas inexécutable ; car les Prussiens avaient le temps, le 1" et le 2 juillet, de faire faire à toute leur armée une marche de gauche à droite, marche qui eût porté l'armée du prince royal sur la route d'Horzitz, à l'exception d'un seul corps d'armée que ce prince eût laissé sur TElbe supérieur pour observer et tromper l'ennemi.

Si ce plan* réussissait, l'Autriche était perdue le 3 juilletll

Mais nous avons vu que depuis le 30 juin les Prussiens n'avaient pas fait preuve de cette rapidité de mouvements ]u'ont tant vantée les Autrichiens ; et que leur plan de bataille du 3 juillet n'était pas du tout dicté par la pensée

d'une grande offensive, mais bien par l'idée de se défendre contre une attaque qu'ils attendaient de Benedek.

Dans cette idée, ils ne pouvaient rien faire de mieux que ce qu'ils firent réellement : mettre tous leurs corps en nxouvement sur les lignes les plus courtes , afin d'amener au combat le plus de troupes possible. -

i. — Tout le monde comprendra que le plan de Beaeâek, s'il était calculé sur une grande conception stratégique des Prussiens, n'en valait pas mieux pour cela, et qu'il n'en était au contraire que plus condamnable.

Chacun comprend aussi quels avantages immenses les Prussiens avaient obtenus par leur initiative stratégique.

L — ^En laissant de côté les considérations qui précèdent, on n'en doit pas moins condamner le choix de la positkMi de Benedek. En effet, Benedek veut livrer une bataille défensive, laquelle a toujours pour conséquence nécessaire de diviser les forces,* et il choisit cependant une position avec deux fronts. Or, en agissant ainsi, il n'avait pas l'intention de contenir sur l'un de ces fronts une partie des forces ennemies en attendant qu'il eût battu complètement les autres, car si tel avait été son dessein, Benedek aurait fait avance davantage le IP et le IV' corps à la rencontre du prince royal ; et il resserra au contraire ses deux fronts sur un espace étroit.

/. — Quelle signification pouvaient avoir les ponts dont la construction fut ordonnée aux II* et IV* corps au uord de Kœniggraetz, à Lochenitz, Przedmierzitz et Plaka^ an P' corps sur TAdler à Swinar ? Le IP corps et le IV* devaient-ils opérer leur retraite par les ponts de Lochenitz, etc-, e'est-à-dire par leur flanc droit ? Tout en nous réservant de revenir sur la ligne de retraite des Autrichiens, nous croyons reconnaître une autre intention dans la construction des ponts sur l'Elbe au nord de Kœniggraetz et sur l' Adler à Svirinar. Nous supposons que Benedek ne regardait pas coomie invraisemblable que le j^ince royal de Prusse passât au^essus de Josei^stadt sur la rive gauche de TSlbe pour descendre ensuite la rivière. Dans ce cas il voulait loi

opposer sur cette rive le IP et le IV** eorps en première Ugne, avec le I*' corps en réserve* Il est hors de doute que le passage du prince royal de Prusse sur la rive gauche de FËlbe^ en le séparant complétemeût de l'armée du prince Frédéric-Charles, eût été la chance la plus heureuse pour les Autrichiens. Mais la meilleure manière de profiter d'une telle faute des Prussiens était-elle d'opposer au prince royal trois corps d'armée entiers ? Ne s'enlevait-on pas, en agissant ainsi, la chance de remporter sur le prince Frédéric- Charles une victoire décisive ? En outre, pourquoi Benedek ne fit*il absolument rien pour s'assurer des véritables opéra«tiens du prince royal? Gomment peut-on opérer avec justesse, si l'on n'a pas reconnu auparavant ?

m. — Benedek n'indique sa ligne de retraite que d'une manière très -générale. Il dit que l'armée battue devra se retirer sur Hohenmauth, par la route deySadowa à Kœniggraetz et Holitz, mais sans passer par Kœniggraetz. Des corps passeront l'Elbe au-dessus de cette place et d'autres au-dessous. Mais, en raison de la position très-avancée des ponts de Lochenitz et de Przedraierzitz, on pouvait prévoir d'avance que l'aile droite de Benedek serait peut être forcée de passer également l'Elbe au sud de Kœniggraetz.

Sans oublier que Benedek avait voulu se former sur un front double, représentons-nous la position autrichienne sur un seul front, ce qui nous est permis théoriquement; ce front est alors représenté par la ligne Trotina, Sendraschitz, PopoYritz, avec un crochet à gauche sur Lubno.

La ligne générale de retraite Sadowa-Holitz-Hohen*mauth est à peu près perpendiculaire à ce front et se trouve par conséquent dans les r^les.

Mais il est une chose que l'on oublie trop souvent et qui exerce pourtant une très-grande influence sur l'issue des batailles, c'est que les grandes lignes de retraite, les lignes stratégiques de retraite telles qu'on les trace sur une carte générale, importent beaucoup moins que la direction des débouchés qu'a la ligne stratégique de retraite sur le champ ^e bataille.

Envisagée de ce point de vue, la véritable ligne de retraite de Benedeï va de Sendraschitz au sud par Eukiena, et fait par conséquent un angle très-aigu avec le front de la position. Et sur cette ligne de retraite, qui est en même temps la route de retraite particulière de l'aile droite, viennent aboutir, pour le centre, la ligne de retraite Sadowa-Eœoiggraetz et, pour Taile gauche, la ligne Lubno-Przim.

Quelle confusion il est alors facile de prévoir si la retraite devient générale I

Et si Ton suppose que les Prussiens déploient des forces considérables à leur ailé droite, dans la direction la plus dangereuse pour fienedek, quelles chances aurait alors le général autrichien de ramener derrière TElbe la moitié seulement de son armée, puisque ce fleuve n'est qu'à 8 kilomètres derrière le centre de son front ?

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