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EXÉCUTION DU PASSAGE

Le 24 septembre au soir, les i6,000 hommesde Lorgesse réunirent silencieusement à Test de Diétikoo. Dedoo, çpa s'était rendu dans la journée à Bremgarten, pour f faire charger les matériaux du pont de Lunnern et diriger les voitures sur Diétikon, précéda le convoi et arriva à IMétikm, avant le coucher du soleil. Il y irouva déjà deux compagnies et demie de pontonniers, sur les trois compagnies et deaùe mises à sa disposition ; elles devaient transporter sur la rive de la Limmat les bateaux de passage, puis anaer et ^co»duire ces bateaux, tandis que la compagnie attendue serait chargée de construire le pont. Un bataillon de la HT" den»brigade et quatre compagnies de 4a 37* forent mis provisoirement à la disposition de Dedon. Dès que la nuit arriva, Dedon commença à faire porter les bateaux de passage du dépôt de Diétikon à la rivière. Ces barques étaient pcHrtéeg sur les épaules des hommes, afin de faire le moins de bruit possible. Comme l'infanterie n'avait pas l'habitude de ce travail, il fallut employer jusqu'à cent hommes pour traos^ porter les plus grands bateaux, «t il était bien diffieile à\ cuter sans bruit cette opération. Q/r y parvint o^endanL

On avait réparti d'avance ces bateaux en trois détachements an dépôt de Diétikon, l'un contenant ]es pins petits, tm autre les plus grands, le troisième ceux de grandeur BK)yenne« On avait affecté à chaque bateau le nombre depontonniers nécessaires pour l'armer. Ces détachements devaient rester formés, en arrivant au bord de la rivière, exactement comme ils l'étaient au dépôt : le premier détachement à droite ou en amont serait mis à l'eau le premier et passerait la tète d'avant-garde, il serait suivi du deuxième détachement, puis du troisième. Lorsqu'on se fiit assuré que tous ces bateaux étaient pourvus des agrès nécessaires, les pontonniers reçurent Tordre de se coucher, leurs avirons à la main, derrië^ les bateaux auxquels ils appartenaient. Les soldats de la 37** et de la 97* demi-brigade retournèrent à Diétikon pour prendre leurs armes. La légion helvétique, nouvellement formée, fut alors donnée à Dedon pour aider à construire le pont. Il reçut, en outre, quelques sapeurs ^*il répartit dans les détachements de bateaux-transports, dans le but de faciliter leur mise à l'eau en pratiquant |des rampes dans les berges de la rivière qui étaient élevées de 7 à 8 pieds. S était alors minuit et, selon toute apparence, ces préparatifs n'avaient pas été aperçus de l'ennemi.

En môme temps, l'artillerie, sous la direction du chef d'escadron Foy, avait pris ses positions avec tant de précaution que les troupes françaises elles-mêmes ne s'en étaient pas aperçues. Une batterie se trouvait à l'aile droite, sur le plateau de Nieder-Urdorf, pour battre l'espace compris entre le Hardbolz et le Glanzenberg. Une seconde batterie était à Vm\e gauche, près de Kœpfli, au-dessous de l'emplacement du pont ; die devait agir contre le camp de baraques des grenadiers russes, situé près du flardholz, et cm }a oon^posa principalement d'obusiers, parce que le camp russe était en partie couvert par le bois et plus élevé que la batterie. Entre ces deux batteries principales se trou- Taient quelques pièces en des points convenablement choisis. Une batterie de 12 était à peu près en face d'Oetweil, un peu aiJhdeasous de ce viili^ Sur ce point, les pentes de ia

rive droite sont très-escarpées et descendent presque jus* qu'au bord de la rivière où passe la route que le corps du général Durassoff était forcé de suivre pour se réunir à Mar« koff, à moins de faire un très-grand détour. Si Durassoff ne se laissait pas retenir au confluent de la Lixnmat par les dé* monstrations de Ménard, il ne pouvait passer ce défilé Bdm éprouver des pertes considérables par le feu de cette batterie* Quelques pièces légères furent tenues en réserve, notamment pour être opposées de suite à un mouvement offensif que viendrait à faire Gortschakoff par Altstaetten et Schlieren. A minuit passé, Tinfanteriede l'avant-garde, 3,000hommes sous Gazan, s'approcha jusqu'à 50 pas de la Limmat. A l'aube du jour, Dedon se rendit auprès du premier détachement, de bateaux, qui était placé dans le lit desséché du Schaeftlibach. Les neuf bateaux légers qui composaient ce détachement pouvaient recevoir en tout 180 hommes d'infanterie. L'ordre fut donné de mettre à l'eau les bateaux des trois détachements, où l'avant-garde devait s'embarquer pour traverser la rivière et attaquer les postes russes dans le Glanzenbergholz. Les bateaux légers du premier détachement furent mis à l'eau les premiers, et pendant que cela se faisait, Dedon se rendit au deuxième détachement pour diriger la mise à flot qui était beaucoup plus difficile à cause du poids des bateaux et de la hauteur des rives. Les bateaux du premier détachement furent mis facilement à l'eau, grâce aux rampes naturelles formées par le sable et les cailloux roulés par le Schaeftlibach, et l'infanterie de la tète d' avantgarde s'y précipita en plus grand nombre qu'on ne l'avait prescrit. Cependant la même cause qui avait favorisé la mise à l'eau de ces bateaux rendait plus difficile leur éloignement de terre ; les bateaux surchargés se couchaient sur les bancs de cailloux au confluent du ruisseau ; il fallut faire descendre des fantassins; les pontonniers travaillèrent à mettre les enir barcations à flot, et il en résulta quelques chocs de gouvernails et des appels à demi-voix. Ce bruit attira l'attention des postes russes de la rive droite ; ils appelèrent, une sentindle fit feu et toute la grand'garde russe l'imita. Il n'y avait donc

plus à songera agir secrètement, mais il fallait se hâter. Tous les bateaux farent mis à l'eau avant que les sapeurs qui devaient pratiquer les rampes eussent le temps de donner un «oup de pioche. L'infanterie de l'avant-garde aida les pontonniers dans cette opération. Trois minutes après que le premier coup de fusil était parti de la rive occupée par le§ Russes, tous les bateaux étaient h flot, et 600 Français avaient débarqué sur la rive drofte dans le Glanzenberg. Le feu des Russes n'avait causé ni perte d'hommes ni perte de temps. L'artillerie française ouvrit alors son feu avec vigueur contre l'espace compris entre le Glanzenberg et le Hardholz, et fut soutenue par quelques pelotons d'infanterie convenablement postés sur la rive gauche.

Les bateaux-transports, qui avaient passé les premières troupes, revinrent bientôt en chercher d'autres. A ce moment, les officiers supérieurs français, qui étaient sur la rive gauche, entendirent battre la charge sur la rive droite. Ce pouvait être les Russes, mais ce pouvait être aussi les Français qui débouchaient du Glanzenberg, après s'y être solidement établis. Cette hypothèse fit aussitôt suspendre le feu de la rive gauche, et l'on activa le plus possible l'embarquement de l'avant-gardè.

C'est à quatre heures trois quarts qu'étaient partis les premiers coups de fusrl des Russes, et à cinq heures et quart il y avait assez de Français dans le Glanzenberg pour qu'ils pussent s'avancer de ce bois avec confiance contre le Hardwald et le camp de baraques des grenadiers russes. Après un combat acharné contre les Russes, qui avaient six pièces de canon, les Français étaient maîtres, à six heures, du Hardwald et du camp russe.

L'équipage de pont était arrivé à Diétikon à la nuit tombée et s'y était arrêté. Le capitaine de pontonniers qui le commandait avait ordre de conduire son convoi à l'emplacement du pont dès qu'il entendrait le premier coup de canon. Ce convoi se composait d'environ 80 voitures ; 17 étaient des baquets (voitures à pontons), dont l'un portait une nacelle pour jeter les ancres; 16 étaient chargées des

pontons ; les autres étaient des voitnres da pays, la plupirt attelées de bœufs, et elles portaient les poutrelles, les planches et les autres matériaux nécessaires à la construction d'un pont. Une compagnie de pontonniers et un détacha ment de hussards escortaient le convoi ; ces derniers avswnt pour mission de surveiller les voitures de réquisition et à^mf pécher qu'il en restât une seule en arrière. Dans Tordre à marche adc^té, le bateau à ancre ouvrait la marche, pois venaient les pontons deux par deux, et ensuite les roiixm chargées du matériel de pont correspondant»

Aussitôt que Dedon vit le passage de Tavand^arde enb» train, il revint à Diétikon pour diriger l'équipage de pont sur l'emplacement choisi pour le construire et qui était encwe h 1200 pas de Diétikon* Le convoi étant arrivé, il fit aussitôt commencer la construction du pont, quoique les Russes se fussent pas encore chassés de leurs positions. Il était alors 5 heures. En même temps, des détachements de sapeuis furent envoyés sur la rive droite pour^ ouvrir, à travers le Glanzenberg, des chemins praticables à Tartillerie et à la cavalerie. Ces sapeurs, les pontonniers et leurs travailleos auxiliaires de la légion helvétique se mirent à l'ouvrage afrec zèle. Le pont était achevé à 7 heures 1/2. Mais pendant toot ce temps, le service des bateaux-transports avait continué sans interruption , de sorte que 8,000 hoiimMS étaient déjà passés par ce moyen sur la rive droite. Le rtste de l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie légère passèrent la Limmat sur le pont. Toutes les troupes françaises, placée sous les ordres de Loiges, étaient sur la rire droite aTaat 9 heures*

Dès que les Russes avaient été délogés de leurs positioBS du HaiSwald, deux bataillons français s'étaient dirigés sur Oetweil, pour s'y établir, front au nord-ouest, et barr^^ ehemin aux troupes de DurassofT, qui voudraient peuipêtre marcher sur Zurich, malgré les démonstrations de Ménard et l'artillerie de Foy. Tout le reste des troupes de Lorges^ environ 1&,000 hommes, se forma au nord du HardiwM, sur tes hauteurs entre le plateau de Fahr et le village ^

Mmmgm^ en faisaxit front au sud^est. Le feu avait cooi-' ï^étement cessé depuis 8 heures aux environs du pont. A îo heiHies, les troupes réunies sur le plateau marchèrent sur ^BûBgg, gui fut pris d^assaut, apr^ avoir été faiblement dé*knàsn par le général Markoff. Dans raprès^midi, les Français s'avancèrent sur la rive droite jusqu'à Wiptingen à droite, ûeriitkon et Swamendingen à gauche.

Mortier aUaqua de bonne heure les positions de Gortscha'kitf àWoUisbcrfenet dans le Sihlfeld, sur les deux rives de la Sihl, et cette attaque, vigoureusement conduite, eut un plein dfiedàs. Les forces de Mortier et de Gortschakoff étaient à peu près égales au début de l'action; mais le premier avait poar lui l'avantage de la surprise, et les Russes furent parlout repoussés. Ce succès de Mortier décida KorsakofT à JHffeli» les réserves qu'il avait placées sur la route de Win- 4«^liur, et il les envoya au secours de Gortschakoff en leur àisaort traverser Zurich et laLimmat. Ce renfort portait à S,6d0 hommes les forces de GortschakofT, qui arrêta de suite les .progrès de Mortier et le rejeta môme jusqu'aux pentes de TAlbis. Le général Klein, qui commandait la réserve française, <^ivoya alors de Schlieren un bataillon de grenadiers au secours de Mortier.

Korsakoff avait bien appris à temps le passage desFrançais àOiétikon, mais il l'avait pris pour une simple démonstration, ptroe qu'il regardait l'attaque de Mortier comme la princi* paie. Le général russe ne reconnut son erreur que lorsque Masséna, qui se trouvait dès le début de la journée à Diéti«kon, comme au point décisif, s'avança avec le gros de ses forces sur Hôngg et Wipkingen, et dévoila clairement ses desseifis. Korsakoff rappela de nouveau sur la rive droite de la Limmat les réserves qu'il avait envoyées à Gortsdiàkoff, et il les opposa ico^tre Masséna à Wipkingen. Mais cela ne suffit pas pour arrêter les Français, et Masséna s'avança jus^ qu'aux portes de Zurich, qu'il somma de se rendre. Cependant quelques-uns des bataillons russes, envoyés pour soutenir Hotze, revinrent dans la soirée se joindre àKorsakoff, et avec leur secoure il réussit à rejeter Masséna derrière

Wipkingen. Masséna prit alors position de Wipkingcn à OerlikoD.

Le général Gortschakoff se trouvait, après midi, dans une situation critique, et il songeait à revenir du pied de TOtliberg dans la petite ville de Zurich, dont il se voyait menacé d'être coupé. En effet, Masséna, après avoir dirigé sur Hôngg les troupes qu'il avait réunies à Fahr et Weîningen, av^jt ordonné à 10 heures, au général Klein, de remonter la rive gauche de la Limmat en restant à hauteur des troupes qui remontaient la rive droite. Par suite de cet ordre, Klein s'avança vers midi de Schlieren sur Altstaetten et le Sihlfeld, et Mortier, voyant ce mouvement, reprit à son tour l'offensive contre Gortschakoff. Le 25 au soir, les Français étaient donc sur la rive gauche à Aussersihl etWiedikon, en vue de Zurich, comme sur la rive droite à Wipkingen et Oerlikon.

Les démontrations du général Ménard furent couronnées d'un succès complet. Il les exécuta sur la Limmat à Vogelsang, et, sur l'Aar, contre Wiirenlingen et Klingnau. Pour donner à sa petite troupe l'apparence d'un corps considérable, il forma son infanterie sur un seul rang. A Vogelsang et en face Klingnau, il fit même passer des troupes sur la rive droite. Cela décida le général Durassoff à faire descendre l'Aar jusqu'à Freudenau à la plus grande partie de ses troupes, qui occupaient Wûrenlos et Wettingen, ce qui les éloigna beaucoup du point décisif. Lorsque Durassoff apprit ensuite que Masséna avait passé la Limmat à Diétikon et marchait sur Zurich, il fit demi-tour, mais il trouva la route fermée par les Français à Oetweil, et il fut obligé de faire un long détour par le Katzensee pour rejoindre Korsakoff à Zurich pendant la nuit. Après avoir donné à ses troupes une nuit de repos, Korsakoff chercha à s'ouvrir la route de Winterthur le 26 septembre ; mais la plus grande partie de son armée fut dispersée et prise.

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