‹ Tactique généraleChapitre 28 sur 48 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Un passage de rivière est une bataille offensive, et le

point de passage choisi est le point d'attaque principal. Le cours d'eau que Ton veut traverser doit être considéré comme l'obstacle de front de la position ennemie. Comme c'est un obstjicle considérable, on doit chercher à affaiblir et à tenir inactives le plus que l'on peut les forces mobiles de l'ennemi sur le point d'attaque, c'est-à-dire au point de'passage. On y parvient au moyen de fausses attaques, c'est-à-dire en simulant des passages sur d'autres points, ainsi qu'en dissimulant le plus longtemps possible les préparatifs et les travaux que l'on fait au point de passage principal, enfin en gênant ou fermant les communications entre les diverses fractions des forces ennemies. Nous voyons tous ces moyens employés par Masséna au passage de la Limmat.

Deux fausses attaques eurent lieu sur chacun des flancsdu* passage principal , et toutes les deux dans des conditions très-favorables : l'une, à gauche, sur le cours inférieur delà Limmat et de TAar, annonce une action importante, parce que l'attention des Russes est déjà attirée de ce côté par les événements antérieurs, et parce que si Masséna passait la rivière en cet endroit, il couperait les communications de Korsakoff avec le Rhin et l'Allemagne. La fausse attaque sur le flanc droit trouve à combattre un ennemi, GortschakofiF, dont elle n'est séparée par aucun obstacle, et elle menace directement Zurich, c'est-à-dire les communications de Korsakoff avec Hotze et avec Souwaroff, qui revient d'Italie. Les communications entre l'aile droite et le centre de l'année russe se trouvent coupées par la batterie de 12 établie en face d'Oetweil; elles le sont mieux encore, après le passage de la rivière, par l'envoi d'un détachement à Oetweil ; et il arrivera très-rarement qu'on puisse couper aussi complètement une fraction des forces ennemies.

Le secret des préparatifs exécutés au point de passage principal est obtenu par la reconstruction du pont de Lunnern sur la Reuss, dont le matériel, destiné à former le pont de Diétikon, avait été déjà transporté à Vogelsang ; par le choix convenable du dépôt de bateaux-transports au village de Diétikon ; et enfin par la manière dont le rassemblement

des troupes au point de passage ataii; été {M^épavé^ et exécnté au dernier moment.

L'ennemi peut empêcher le passage en s'y opposaûtfr rectement, et en outre d^une manière indirecte, en pWHaai l'offensive sur la rive occupée par l'agresseur, et cherchante prendre à revers les troupes de passage. Ce danger était d'autant plus à craindre dans le cas qui nous occupe qne te Russes étaient sur la rive gauche, dans le SîWfeld, en avant de Zurich. Le général français avait doublement pris ses mesures contre cette éventualité : Mortier, par son atfeqiw, qui pouvait avantageusement se changer ensuite en défefi^ sive, ainsi que cela eut lieu, devait attirer Gortschakoff*ta direction dangereuse du nord dans la direction sans danger de Touest ; mais, non content décela, Masséna plaçale général Klein devant ScHlîeren, faisant front au sud. Ktein-«wil d'abord un rôle défensif, qui ne devait se changer en olfensive qu'après le succès du passage des troupes de Lorgesôt de Ménard.

Lorsqu'on a réussi, par des démonstrations ou par tfafr très moyens, à diminuer les forces que l'ennemi pourrais réunir au point de passage, de manière à rendre le satcè» plus probable, il n'en faut pas moins chercher par tons te moyens possibles à protéger le passage contre les troijçcs que l'ennemi lui opposera directement. On y parvient parle choix du point de passage, ainsi que par lies dispositions techniques et tactiques qui se rattachent directement à ce passage.

Un passage de rivière ne' peut être assuré que par la con* struction d'un pont solîde, car c'est le' seul moyen de reu*^ possible une retraite à laquelle les dispositions' dfe Vemeé pourraient obliger l'agresseur. Le passage au moyen deba'' teauxou de transports ne peut convenir qu'à' de feibles détachements.

Pour construire un pont, il faut accumuler un matérid considérable sur la rivière et au point de passage. Cette rta* nion du matériel indispensable devra parfois se feire en quelques heures, ou bien s'opérer tranquillement.

Cedernief point serait à désirer dans l'intérêt de Tordre de Topération, mais ce n'est pas toujours possible. S'il se trmive près du pont à construire des îles boisées et occupées depuis longtemps par le parti qui veut passer le fleuve, on peut y rassembler d'avance les matériaux du pont sans atti* rer Tattection de l'ennemi ; s'il fallait au contraire commencer par occuper ces îles, afin de s'en servir ensuite pour masquer celte opération, Tattention de l'ennemi serait éveillée immédiatement. C'est pour cette raison qu'une opération de ce genre peut être ordonnée avec succès, comme démonstration, sur un point de la rivière où l'on n'a pas l'intention de passer. Si un affluent du cours d'eau à traverser s'y jette dans le voisinage du point oîi l'on veut construire un pont de bateaux, on peut réunir d'avance les pontons dans cet affluent, assez loin du cours d'eau pour que reonemi ne s'en aperçoive pas, et l'on n'a plus ensuite qu'à les faire descendre dans la rivière pour les y relier entre eux et clouer sur les bateaux le tablier du pont. Quand la rive d'où l'on part est boisée, cela procure un masque excellent poor les préparatifs de construction du pont.

Les Français ne rencontrèrent à Diétikon aucun de ces avantages : il n'y avait pas d'île dans la rivière, pas d'a^ fluent navigable dans le voisinage, pas de masque immédiat sur la rive gauche. Les abris les plus rapprochés, notamment les haies de Diétikon et le bois de Guggenbiihl, étaient encore à plus de 1,000 pas du pont. Il fallait donc transporter à découvert de cette cachette assez éloignée les matériaux du pont, et les bateaux nécessaires pour passer l 'avantgarde. Une circonstance favorable, c'est que la Limmat n'était pas très-large, et qu'il ne fallait donc pas un noatériel considérable, dont la quantité augmente naturellement la difficidté de le réunir instantanément.

Il est à désirer que les postes ennemis s'aperçoivent le ^lus tard possiUe des préparatifs de la construction du pont, i£n qu'on ait plus de temps pour continuer ces travaux sans Hre inquiété, et pour qu'on soit certain de terminer le pont ivant que Tennemi ait fait avancer des forces imposantes

et ait pris des mesures efficaces pour s'opposer au passage. On choisit donc avant tout la nuit pour commencer la constraction du pont, parce que l'ennemi ne peut s'en aperceràr que par l'oreille, et que l'ouïe est un sens moins certain et moins étendu que la vue. Plus la rivière est large, plus ilest probable que les postes ennemis de la rive opposée s'apetavront tard de la construction de notre pont. Dès qu'ils s'ea aperçoiveat, ces postes font feu et alarment leurs réserves; bëltes-ci s'avancent alors pour nous empêcher de déboucher; ehes font en même temps avancer de l'artillerie pour détruire notre pont ou pour nous empêcher de l'achever.

A Diétikon, les Français prirent leurs mesures dételle

"""* — le leur avant-garde passait déjà la rivière avant que

fût commencé. C'était tout à fait dans Tordre. E^

peu de largeur de la Limmat ne permettait pas

;r que les Russes n'entendraient rien du commeDce-

e construction du pont. En raison de la même àt-

constance, si on laissait l'ennemi mattre de la rive gauche,

il commandait complètement l'emplacement du pont avec

ses feux d'infanterie, et rendait impossible le travail des

pontonniers. Enfin le peu de largeur de la rivière permel-

tait de passer très-rapidement l'avant-garde.

Mais si l'on doit construire un pont sur une rivière d'une largeur considérable, on fera mieui, dans la plupart des cas, de commencer la construction du pont dès que la nuit sera tombée, et de faire passer l'avant-garde le plus tari possible, par exemple lorsqu'on est certain que l'ennemi s'est aperçu de la construction du pont, ou seulement ter le point du jour, c'est-à-dire quand approche le momeol oîi l'ennemi apercevra nécessairement nos travaux s'il ne les a pas encore entendus. Quand on peut admettre quels largeur du fleuve a empêché l'ennemi de s'apercevOir à commencement des travaux du pont, un passage prématurt de l'avant^arde éveillerait inutilement son attention. Pins le fleuve est large, plus le passage de l'avant-garde sen long, et il faut donc chercher à donner le plus desouliea possible à la {portion de l'avant-garde qui passera la pr^

mière et qui pourra avoir affaire au début à des forces trèssupérieures de Tenneini. Or, cela ne peut se faire que par l'action de l'artillerie de la rive qui nous appartient, et l'on ne peut compter sur la coopération de cette artillerie avant qu'il fasse jour; notre exemple en fait foi, puisque les Français furent forcés de suspendre leur feu lorsqu'ils entendirent battre la charge sur la rive droite, parce qu'ils ignoraient s'ils n'atteindraient pas leurs propres troupes. Plu&le fleuve est large, moins l'avant-garde qui le traverse a de forces au début, plus la construction du pont est longue, et plus le défenseur a de temps pour concentrer ses forces défensives avant que le pont soit achevé. Or, comme l'agresseur a tout intérêt à diminuer le temps que peut gagner le défenseur, il fera bien de ne pas se hâter de faire passer son avant-garde toutes les fois que la rivière à traverser sera très-large.

Tout en jetant une avant-garde sur la rive occupée par Tennemi, on doit encore chercher à éloigner l'ennemi du pont au moyen de feux dirigés de la rive que l'on occupe. L'action de ces feux est si importante qu'il faut toujours s'efforcer d'en faire usage. La largeur du cours d'eau décidera d'abord si l'on peut agir d'une rive sur l'autre par des feux d'artillerie ou d'infanterie. Quand cela sera possible, le feu d'infanterie devra toujours renforcer celui d'artillerie. Grâce à la plus grande portée de ses armes, l'infanterie peut être employée de nos jours beaucoup plus souvent qu'autrefois. Dans un passage de rivière, cette grande portée des fusils d'infanterie est un avantage absolu, car cette arme occupe ici une position solide qu'elle n'a pas besoin de quitter, et elle est couverte par la rivière même dont le miroir des eaux forme une grande partie de son champ de tir. Dans de telles circonstances, d'habiles tireurs soutiendront efficacement Tartillerie, même sur des rivières larges de 800 pas. Cependant ils ne sauraient faire davantage en pareil cas que de forcer l'ennemi à évacuer le terrain qui touche immédiatement la rive opposée. Or, il s'agit de faire plus. En effet, quand nous aurons passé le fleuve, notre premier soin devra

être de prendre sur la rive conquise une position d'où nous puissions nous avancer plus loin. Cette position, qu'il fiut gagner promptement en faisant le moins de sacrifices possible, sera plus ou moins loin du pont ; or, il sera très-difficile à l'avant-garde passée sur la rive ennemie de s'emparer de cette position, d'autant plus qu'il est fort rare qu'die puisse faire passer avec elle de l'artillerie ; c'est pour cela que nous devons chercher par nos feux à contribuer de notre propre rive à la conquête de cette position, qui sera généralement aussi avantageuse pour l'ennemi que pour nous. L'action de ces feux devra commander le plus loin possible la rive ennemie, ce qui est le rôle de l'artillerie et prindpilement des pièces de gros calibre.

L'action de nos feux contre la rive ennafnie sera favorisée par certaines circonstances .: lorsque la rivière forme an point de passage une courbe qui nous permet de donnera l'artillerie une position embrassante; quand notre rive commande la rive opposée ; quand la rive ennemie est découverte; enfin quand la rivière n'a qu'une laideur moyenne. Lorsque cette largeur est considérable, il peut exister dans le fleuve des îles où l'on pourra passer de l'infanterie et, dans certains cas, de l'artillerie, pour avoir de là plus d'action sur le terrain ennemi. Nous avons sous ce rapport plus de bâr lités qu'autrefois, d'abord à cause de la plus grande portée des armes d'infanterie, et ensuite grâce aux fusées, qui peavent tenir lieu d'artillerie aux petites distances et sont plos faciles à transporter. Tandis qu'il eût fallu autrefois trans* porter l'artillerie dans ces îles dès la veille pour y prendre position, on a aujourd'hui tout le temps qu*il faut en ne passant l'artillerie dans ces îles qu^au moment où l'on commenee à construire le pont.

Plus le rayon de la courbe de rivière dans laquelle on construit le pont est restreint, mieux on la commande par ses feux. Il n'est cependant pas absolument avantageux de choisir cette courbe aussi petite que possible, car en règle générale la corde de l'arc figure la position d'avant-garde sur laqueNe U &ut toi^ d'abord s'établir sur la rive opposée, et quand

cette corde est trop courte, elle ne donne pas assez de liberté ^r s'étendre au delà et manœuvrer contre Tennemi ; l'enûfâni de son côté peut embrasser et fermer inyp facilement ^te position, ainsi que fit l'archiduc Charles contre Napo* léoD à Aspern et Essling. Plus la corde est courte, plus Tare est petit, et moins on peut déployer de troupes derrière la position d'avant-garde, entre cette position et le pont lorsqu'il est terminé ; il faut alors les entasser les unes sur les autres et elles fournissent une excellente cible aux feux de l'artillerie ennemie.

Plus l'armée qui doit passer une rivière sur un pont est considérable, plus la courbe de rivière sur laquelle on veut jeter ce pont doit être étendue. Cependant il est toujours avantageux de commander par des feux d'artillerie toute la corde de l'arc, et il faut pour cela que la corde totale, y compris la largeur du fleuve à ses deux extrémités, ne dépasse pas 4000 à 50O0 pas. Mais cela ne saurait être donné pour une règle invariable, la condition essentielle étant toujours que Tarmée qui doit passer la rivière puisse se déployer libaremeot et convenablement sur la rive ennemie. S'il est opportun, pour pouvoir repousser l'ennemi de la rive opposée, que le terrain enveloppé par l'arc soit libre ^ découvert il n'en est plus ainsi pour faciliter notre établissement sur la rive ennemie pendant et après notre passage. Sous ce riq^port, il serait au contraire plus avantageux pour nous de trouver là quelques couverts, des positions telles que villages bois, etc., où nous pourrions nousétabliret d'où l'ennemi ne pourrait pas nous chasser très^faciiement. Dans de certaines Mmites, ces deux conditions sont presque toujours réunies. Ainsi il se trouvait dans l'arc de la Limmat à Diétikon le bois de Glanzenberg, celui du Hard, le Closter-Fahr, dans ksquds les Français pouvaient s'établir solidement après «voir repoussé les Russes. En même temps, l'espace libre œtare le Glansenbergholz et le Hardhoiz et à l'ouest de ces deux bois, offrait un champ assez vaste aux feux d'artillerie de la rive gauche, iia position d'avant-garde, sous la protection de laquelle

lés troupes doivent se déployer après avoir passé la rivière doit être choisie le plus en avant possible. Une deuxième position immédiatement devant le pont est le point de retraite de la première. Celte tète. de pont doit toujours être fortifiée et appuyée par des retranchements élevés sur la rive même d'où Ton est parti. La continuation des opérations sur la rive ennemie peut ensuite rendre inutile cette tête de

pont.

Pour défendre la Limmat, les Russes s'étaient fractionnés ep trois masses principales, à Wettingen, à Diétikon et à Zurich. Le gros de leurs forces était à Zurich, sur les deux rives de la Limmat. Ils voulaient s'opposer au passage des Français de deux manières : par une défense directe, et au moyen d'une attaque sur la rive ennemie.

La défense directe consiste à répartir ses troupes le long de la rivière, en plusieurs corps dont chacun soit assez fort pour retarder les premiers travaux de passage de Tennemi ; puis, dès qu'on est certain du point oîi l'adversaire cherche sérieusement à passer le cours d'eau, on appelle sur ce point les corps qui n'ont rien devant eux, afin de repousser l'ennemi avec toutes ses forces. On suppose, dans ce cas, que le défenseur puisse réunir au point de passage, avant l'achèvement du pont, plus de troupes que l'agresseur n'a pu en transporter lui-même avec des barques. Il va de soi que cette défense directe n'est admissible dans la pratique que pour des fleuves d'une largeur considérable. Plus le fleuve est large, plus le pont est long à construire, et la défense gagne alors plus de temps pour discerner si la tentative de passage de l'ennemi est sérieuse, et pour réunir tous ses corps au point menacé. Plus le fleuve est large, plus il faut de matériaux pour construire un pont, plus il faut de temps pour les réunir sur un seul point, plus il est invraisemblable que ces préparatifs échappent à l'attention de l'ennemi, et moins il reste de matériel disponible pour faire de fausses tentatives de passage qui puissent paraître sérieuses. Il sera donc facile alors de reconnaître ces démonstrations pour ce qu'elles sont. En outre, le passage des troupes en bateau se fait len-

tement si Ton n'a pas de nombreux transports, et, pour cette raison, c'est à peine si Ton pourra employer ce moyen pour une démonstration. Lorsqu^e fleuve est large, le feu de son artillerie ne peut prêter à l'agresseur qu'un faible appui sur la rive opposée, à l'endroit où il jett« son pont, et le défenseur a les mains libres pour attaquer les troupes ennemies qui ont passéla rivière en bateau, et obtenir sur elles la supériorité, grâce à l'emploi de son artillerie.

Il n'en est plus ainsi pour des cours d'eau d'une largeur moins grande ; dans ce cas, il ne faut sur chaque point de passage qu'un matériel restreint, de sorte que l'ennemi peut être facilement trompé par des démonstrations et surpris même au point de passage réel. Les forces que l'agresseur a déjà fait passer sur la rive opposée sont alors soutenues ef- * ficacement par l'artillerie de la rive d'oîi il part; le pont est terminé en peu de temps, ce qui permet de faire passer de nouvelles masses. C'est donc toujours une illusion de croire que l'on peut empêcher par une défense directe le passage d'un cours d'eau aussi peu large que la Limmat, et c'est une faute de prendre des dispositions en vue de cette défense directe. Une rivière de cette nature ne peut jamais offrir qu'une bonne position d'avant-postes, derrière laquelle on prend ensuite ses dispositions comme si le cours d'eau n'existait pas.

Les Russes étaient en mesure de faire une défense indirecte en prenant eux-mêmes à revers Masséna, puisqu'ils s'étaient établis solidement sur la rive gauche de la Limmat en avant de Zurich. Comme cette ville était fortifiée, KorsakofF pouvait y réunir le gros, de ses forces et les porter ensuite sur la rive gauche contre Klein, pendant que Masséna passait à Diétikon. Cette manière d'opérer pouvait avoir pour résultat dS faire revenir Masséna sur la rive gauche; mais o 'était tout. Dans ce cas même, en effet, Korsakoff ne pouvait espérer de battre Mortier et Klein d'une manière décisive, osiT la distance entre Zurich et Diétikon est &i peu grande qxie Masséna avait toujours le temps de revenir sur ses pas, pour soutenir Mortier et Klein, et il avait alors des forces

supérieures. Mais il pouvait arriver que cette entreprise des- Russes n'eût même pas le succès de rappeler momentanément Masséna sur la rive gaucne ; pendant que Klein et Mortier arrêteraient Korsakoff, Masséna pouvait fort bien marcher sur Zurich par la rive droite, enlever par un coup de main cette ville imparfaitement fortifiée et couper ainsi complètement la retraite de Korsakoff.

Il résulte de la discussion de ces éventualités qu'on ne doit tenter une opération telle que celle que pouvait entreprendre Korfiakoff en portant le gros de ses troupes sur la rive gauche de la Limmat que lorsqu'on est à peu près certain d'avoir sur le champ de bataille la supériorité matérielle ou morala Or ce n'était pas te cas des Russes. Ils étaient moins nonn breux que les Français, et ils le savaient; ils attendaient justement Souwaroff, dont l'arrivée devait leur permettre de prendre l'offensive ; ils n'étaient donc pas en mesure de tenter un coup de main audacieux.

Le passage de la Limmat par Masséna peut servir d'exemple pour des entreprises de ce genre. Quelque bien prises que fussent les dispositions du général français, il résulte cependant de tout ce qui précède que l'opération avait beaucoup de chances de réussir, dans les conditions gêné* raies où se trouvaient les deux armées, et que les difScultés en étaient fort amoindries.

De quelques passages de rivières et de bras de mer exécutés dans les guerres les plus récentes.

Les perfectionnements introduits depuis peu dans l'ar* moment ne sauraient modifier d'une manière esseatielie les r^les données pour le passage des rivières.

La plus grande portée des armes à feu permet à Tagre»seur, même avec les plus grands fleuves, d'appuyer de la rive qu'il occupe l'opération du passage par le feu d'artillerie et même d'infanterie. D'un autre côté, cela donne aussi aia feux du défenseur une plus grande force de résistance; et

des oourbes de rivières, avec une corde de moyenne 1od« gueur, qui convenaient autxefois à l'agresseur, ne vaudront rien aujourd'hui dans beaucoup de cas, parce que le défenseur les commandera complètement.

Le fait d'être toujours prêt à faire feu, qui résulte de l'adoption générale des armes à chargement par la culasse, est tout à Tavantage de l'agresseur, par rapport aux détachements qu'il fait passer sur la rive ennemie pour protéger rétablissement du pont.

Les progrès de la technique militaire ont ici une importance particulière en permettant de jeter un pont plus rapidement ; grâce à cette circonstance et à la plus grande portée des armes qui tiennent l'ennemi éloigné de la rivière, ce qui l'empêche de voir, le succès des démonstrations est plus vraisemblable qu'autrefois.

Il ne faut pas oublier non plus que les progrès de la civilisation dans l'Europe centrale augmentent sans cesse le nombre des ponts permanents, même sur les plus grands fleuves ; et que, d'un autre côté, ce sont les chemins de fer qui indiquent aujourd'hui la direction des grandes opérations de guerre, parce que ce sont eux qui, de concert avec le développement des relations internationales et avec le sy^me moderne de crédit et d'économie sociale, facilitent Tentretien des armées dans une mesure qui n'était même pas soupçonnée il y a vingt ans.

Après ces observations générales, rappelons en quelques mots les passages de rivièffe les plus importants opérés récemment en Europe*

— Dans la nuit du 2 au 3 juin ISS 9, Napoléon III fît jeter un pont sur le Tessin à Turbigo. Il s'aperçut presque en même temps que les Autrichiens, en se retirant sur la rive gauche du Tessin, n'avaient détruit qu'imparfaitement le pont de San Martine, oik passe la route de Trecate à Magenta, et les Français s'emparèrent de ce pont^ qu'ils remirent aussitôt en état. Le passage du Tessin par les Français, piélimiaaires de la bataille de Ms^enta, s'effectua eosuite sans que les Âu^dchiens s'y opposassent.-

— Dans la nuit du 19 au 20 août 1860, Garibaldi passa sur deux vapeurs de Taormina sur la côte méridionale des Calabres, et il s'avança ensuite jusqu'au nord de Reggio. Le gros de ses troupes passa le 22 de grand matin de Torre di Faro à Scilla. Les Napolitains ne s'opposèrent pas au passage de ce bras de mer par l'armée italienne du Sud. Les batteries italiennes établies à Torre di Faro ne pouvaient protéger ce passage que contre des navires de la flotte napolitaine qui se seraient approchés de la côte de Sicile, ce qui n'eut pas lieu.

— Dans la matinée du 6 février 1864, le prince Frédéric Charles de Prusse fit jeter un pont sur la Schlei à Arnis. Ce pont de bateaux avait 730 pieds de long. Le convoi de pontons partit à quatre heures du matin de Karlsbourg, à 2,700 pas d' Arnis, Le pont, commencé à sept heures et demie, était terminé à neuf heures trois quarts, et le passage des troupes prussiennes s'effectua sans résistance. Le général danois de Méza avait commencé dès le 5 février l'évacuation de la position du Dannew^erk et de celle de la Schlei qui s'y relie. Les difficultés techniques pour les pontonniers prussiens et pour le passage des troupes d'avant-garde furedt considérables : le froid était très-vif, les bords de la Schlei étaient couverts de glace, le vent et le courant trèsviolents, et enfin l'eau très-profonde.

— Le 29 juin 1864, les Prussiens traversèrent le détroit d'AIsen pour passer dans l'île de ce nom ; les Danois n'avaieut alors que 9,000 hommes dans l'île d'AIsen, sous les ordres du général Steinmann, et au plus 1,300 sur la presqu'île d' Arnkiel, oîi les Prussiens avaient choisi leur point de passage. Ces derniers avaient eu d'abord l'intention de passer dans l'île d'AIsen dès le 18 avril, le jour même qu'ils attaquèrent les ouvrages de Duppel. Mais cette opération fut alors différée et préparée pendant deux mois. 160 bateaui plats furent réunis derrière le bois de Satrup, ainsi que 32 pontons et un équipage de pont d'avant-garde. Les bateaux étaient destinés à faire traverser aux troupes le détroit d'AIsen, large d'environ 1000 pas ; ils pouvaient trans-

porter trois bataillons et demi, à peu près 3,000 hommes. Ds furent divisés en trois divisions, dont chacune fut conduite sur un point d'embarquement particulier. Une compagnie de pontonniers, renforcée de travailleurs auxiliaires d'infanterie, fut affectée au service de chaque division. Les pontons, le matériel de pont et l'équipage d'avant-garde formèrent une quatrième division. Ce matériel était destiné à réunir ensemble plusieurs bateaux pour transporter l'artillerie et la cavalerie, ainsi qu'à former des ponts d'embarquement et de débarquement.

Pour couvrir le passage, 62 pièces de canon, la plupart de gros calibre, étaient le long du détroit d'Alsen, depuis Warnitzhoved jusqu'au Venningbond. Le rôle principal de cette artillerie était de protéger le passage contre toute entreprise de la flotte danoise et particulièrement du Rolf-Krake. Elle pouvait ensuite se tourner contre les batteries danoises de nie d'Alsen, mais elle ne devait sous aucun prétexte commencer le feu avant les Danois, afin de conserver le plus longtemps possible au passage l'avantage de la surprise.

Le 29 juin, à deux heures du matin, le premier détachement de troupes de débarquement, trois bataillons et demi, partit des points choisis près du bois de Satrup. A peine les bateaux qui portaient ces troupes étaient-ils à 200 pas de la rive que les Danois ouvrirent un feu violent. Les batteries prussiennes y répondirent aussitôt, ainsi que les tirailleurs, dont trois avaient 6té mis pour cela à l'avant de chaque bateau. Mais l'artillerie prussienne dut bientôt cesser son feu pour ne pas atteindre ses bateaux.

Cependant les pontonniers et les bateliers redoublèrent d'efforts et arrivèrent, non sans pertes, à l'île d'Alsen, dix minutes à peine après avoir quitté la terre ferme.

Les troupes prussiennes débarquèrent et eurent bientôt le dessus sur les postes danois peu nombreux qu'elles rencontrèrent d'aljord. Ce premier détachement prussien fut suivi d'un deuxième une demi-heure plue tard, et les renforts se succédèrent ainsi à intervalles égaux. Les batteries

âaaoiâes rapprochées du point de passage, qui élasenit seules dangereuses, fiirent promptement réduites au si-*lence, et les navires danois ne tentèrent rien de sérieux. Le succès du premier débarquement prussien assurait la conquête de Tile d'Alseu, en raison de la faiblesse des troupes danoises qui l'occupaient.

— Le 7 juillet 1866, Cialdini avait concentré sur la rive droite du Pô, au sud de Sermide, 7 divisions du corps d'année destiné à entrer en Yénétie. Dans la nuit du 8, trois poats furent jetés sur le PA, à Carbonarola, Sermide et Felonica. Chacun d'eux avait environ 1100 pas de longueur. Les divisions Mezzacapo et Chiabrera passèrent sur le pont de Carbonarola ; les divisions Medici et Ricotti, ainsi que le pare d'artillerie, sur celui de Sermide ; les divisions Casanova, délia Chiesa et Cadorna sur le pont de Felonica.

Les ponts étaient couverts par les marais des Valli Grandi Veronesi, situés sur le Tartaro, entre le Pô et TAdige, lesquels auraient empêché les Autrichiens de faire une résls* tance sérieuse et concentrée s'ils en avaient eu l'intention.

Le passage terminé, l'armée italienne devait conversera droite sur Badia-Jlovigo. Aussitôt après le passage, les ponts devaient descendre le fleuve jusqu'à Ponte di Lagoscuro, où était la division Franzini, pour couvrir rétablissement d'aa nouveau pont. La ligne de retraite de l'armée italienne opérant en Yénétie était donc de Padoue sur Ponte di Lagoscuro, Ferrare et Bologne.

Pendant le passage, la division Nunftaute assiégeait k tète de pont de Borgoforte, sur la gauche de Cialdini, a&i d'attirer de ce côté l'attention des Autrichiens qui ocoipaie&l encore le Quadrilatère.

Les dispositions étaient généralement bien prises, mais elles n'eurent pas d'épreuve à soutenir. François-Joseph se préparait à céder la Yénétie à Napoléon. Les Autrichiens n'avaient sur le Pô que des postes d'observation, et le» iOO,000 Italiens de Cialdini n'avaient pas devant eux, près du point de passage, plus d'on millier d'ennemis*

On peut observer, au sujet de tous les passages de rivite

^écutés dans les guerres les plus réeentes, qu'ils rencontrèrent peu ou point de résistance.

Retraite de Blûcher de Vanchamps le 14 férrier 1814.

(PigHre 64.) SITCATIOK GtNÉRALC.

BIttcher s'était séparé de Schwarzenberg après la bataille de Brienne, pour opérer isolément et marcher sur Paris. Pendant que ses différents corps, York, Olsou^^ieff, Kleist et Kapczewitsch, s'avançaient échelonnés sur des routes dif^ iérentes, Napoléon se jeta par Sézanne contre le flanc gauche de Blûcher. Le 10 février, il anéantit à Champaubert le corps d'OlsouwieiF, à Teiception de 1700 à 1800 hommes que le général Udom réussit à ramener à Vertus. A la suite de cet échec, Blficher réunit à Bergères les débris d'Olsou-* wieff avec les corps de Kleist et.de Kapczewitsch. Mais Napoléon, laissant contre lui un faible corps sous les ordres de Marmont, qui mit son avant-garde à Étoges, marcha à l'ouest avec tout ce qu'il put réunir de troupes. Il battit Sacken à Montmîrail le 11 février, et le 12 il le força, ainsi qu'York accouru à son secours, de repasser à Château- Thierry sur la rive droite de la Marne. Au moment où il se disposait à poursuivre ces deux généraux. Napoléon reçut le 13, de Marmont, la nouvelle que Blûcher s'avançait de nouveau de Bergères. Laissant alors Mortier contre York et Sacken, Napoléon ramassa ses forces disposibles à Montmirail pour marcher à la rencontre de Blûcher.

XÀHCaB KN ÀVÀMT 9B BLUCHIR.

Ce général partit en effet de Bergères le 13 au matin, sans rien savoir encore de précis sur les événements arrivés le U et le 12 à Montmirail et à Chàleau-Thierry. Les troupes Sont il disposait étaient : le corps russe de Kapczewitsch,

8,000 hommes ; les 1700 hommes échappés, sous les ordres d'Udom, du désastre d'Olsouwieff ; le corps prussien de Kleist, 7,600 hommes, et la brigade de cavalerie Haclte, 600 chevaux. Mais de ces 17,900 hommes, 2,000 à 3,000 étaient encore à plusieurs jours de marche en arrière, de sorte que Blûcher ne disposait réellement que de 16,000 hommes au plus.

L'ordre de marche était le suivant : l'avant-garde, sous le général Ziethen, 5 bataillons 1/2 et i2 escadrons, suivant la route de Bergères, en ayant sur son flanc droit (au nord), un détachement de deux compagnies d'infanterie et de 50 chevaux, sous les ordres du major Watzdorf. 3,000 Russes suivaient Tavant-garde sur la grande route, pour lui servir de soutien. Puis venait le gros de Tinfanterie, le corps prussien de Kleist à droite de la route, ks Russes de Kapczewitsch à gauche. La brigade de cavalerie Hacke, 8 escadrons, qui venait seulement d'arriver à Bergères, devait y prendre un peu de repos et rejoindre ensuite le gros de Tinfanterie. Udom, avec les débris du corps d'OlsouwiefF, devait rester le 13 à Bergères, y reformer sa troupe et marcher le 44 sur Champaubert, où il s'établirait de manière à couvrir les derrières de Blûcher contre une nouvelle attaque venant de Sézanne.

L'avant-garde prussienne rencontra à Étoges les troupes avancées de Marmont, qui se retirèrent aussitôt et s'établirent à cheval sur la route, entre les fermes du Bouc-aux- Pierres et des Déserts. Marmont mit son quartier général à Fromentières. Les alliés établirent leurs avant-postes devant ceux des Français, et le gros de leurs forces resta à Champaubert.

Les alliés se remirent en mouvement le 14 février. L'avantgarde et le détachement de flanc partirent entre 6 et 7 heures du matin; les 3,000 Russes chargés d'appuyer Tavant-garde ne quittèrent Champaubert qu'à 9 heures, et Blticher n'en partit lui-même qu'entre 9 et 10 heures avec le gros de ses forces. Udom arrivait alors à Champaubert, où il s'arrêta.

COMBAT D'aYÀNT-GARDB A YACCHAHPS.

Marmoat se retira sans perdre de temps de Fromentières jusqu'à Touest de Vauchamps. Ziethen ne rencontra donc aucune résistance jusqu'à ce village, mais il se vit arrêté lorsqu'il voulut en sortir à dix heures du matin. Marmont avait fait volte-face, les troupes que Napoléon avait dirigées sur Montmirail arrivèrent successivement, et Napoléon luimême les rejoignit.

Comme le gros de BiQcher était encore très en arrière et qui! n'apercevait pas les 3,000 Russes'chargés de l'appuyer, Ziethen jugea dangereux de s'avancer plus loin avec son faible corps de 3,000 hommes à peine, et il prit le parti de s'arrêter à Vauchamps. Il fit occuper le village par de l'infanterie, ainsi que le bois situé au nord-ouest, et il plaça en réserve à l'est de Vauchamps la masse de son infanterie, pendant que la cavalerie couvrait l'aile gauche au sud du village, et que Watzdorf occupait Corrobert, sur la droite, avec son détachement de Ûanqueurs.

La matinée se passa en escarmouches et en canonnades. Napoléon n'avait pas encore ses troupes sous la main. Tout ce qu'il avait pu réunir avant midi se composait d'infanterie des divisions Friant, Decouz, Meunier, Lagrange et Ricard; de cavalerie des divisions Laferrière, Lefèvre-Desnouettes, Guyot, Doumerc, BordesouUe, Saint-Germain et Piquet. Les divisions françaises étaient très-faibles ; la plupart avaient déjà combattu à la Rothière, à Champaubert et à Montmirail. La plus forte division d'infanterie n'avait pas beaucoup plus de 3,000 hommes, et la plus faible 1,000. Toute l'infanterie ne s'élevait pas à 11,000 hommes. Des divisions deçà- Valérie, il n'y avait que Laferrière et Saint-Germain qui eussent plus de 2,000 chevaux et Doumerc plus de 1,000, les autres n'en avaient que 5 à 700. La cavalerie tout entière comptait 7,000 chevaux, et toutes les forces de Napoléon se montaient à 18,000 hommes. Il était néanmoins six fois plus fort que Ziethen. Napoléon s'en aperçut prompte-

— arment pendant les escarmouches de In matinée, et il prit ses dispositions pour enlever complètement Tavant-garde prussienne.

Dans ce but, Marmont devait réunir toute l'infanterie sur la grande route à l'ouest de Vauchamps, pour attaquer ce village et en chasser les Prussiens. A droite de MarmoM, les divisions de cavalerie Laferriëre, Lefèvre*Desnouettes et Guyot se formaient en face de la cavalerie prussienne. Surh gauche de Marmont, Grouchy réunissait les divisions de cavalerie Saint-Germain, Doumerc, BordesouUe et Piquet, 4,000 chevaux, pour se porter, par TEchelie et Hauteîeuille, contre le flanc droit de Ziethen.

Watzdorf s*aperçut vers onze heures de la réaniondec masses de cavalerie de Grouchy dans les environs d'fi«ut^ feuille. Il en informa Ziethen et, pour ne pas exposer iiïuti* lement les deux compagnies d'infanterie qu'il avait avec lui, il les dirigea aussitôt sur Vauchamps^ en ne conservant que ses 50 cavaliers.

A midi, l'infanterie de Marmont exécuta la première al* taque sérieuse contre Vauchamps. Ziethen mit alors dem bataillons de renfort dans le village et le bois situé au nordouest. Marmont revint aussitôt à la charge avec des forces {dus nombreuses, il s'empara du bois et entra dans Yao* champs. Ziethen à son tour y fit entrer toute son infanterie, exoepté deux compagnies de chasseurs silésiens qui resti» rent sur la route, à Test du village, sous les ordres du csf^^ taille Neumann.

Ces deux compagnies, avec les deux de Watzdorf quin'é* taient pas encore arrivées de Corrobert, composaient to^ti l'infanterie que Ziethen n'eût pas encore engagée. Grftee à ces renforts, les Prussiens re&mlèrent les Français hors de Vauchamps, mais ils ne purent réussir à reprendre le bois»

Pendant que ce combat se livrait dans Vauchamps, 8 et^ nous prussiens, protégés par 200 chevaux, avaient été ftest dre position dans le bois très-clair de Villeneuve, au oonlde Vauchamps, pour tenir en échec la cavalerie que Groudij aviait réunie à Hautefeiûllâ. Groucby fit aussitôt attaquer

cette batterie. Plusieurs de ses régiments se jetèrent sur la eavalerie de soutien, la culbutèrent et pénétrèrent à trayers le bois jusque dans la batterie. Les pièces prussiennes essayèrent alors de regagner la route à Test de Vauchamps, mais six seulement y parvinrent et les deux autres furent prises. En arrivant sur la route, les six pièces de canon furent cernées par les cavaliers de Grouchy. Pendant que les artilleurs se défendaient courageusement avec leurs éoouvillons, Ziethen accourut lui-même à la tête d'un détachement de cavalerie, dont Tattaque impétueuse réussit à éloigner les Français débandés et à dégager les pièces.

Pendant cette charge des cavaliers de Grouchy, Marmont avait attaqué Vauchamps de tous les côtés, et les Prussiens se retirèrent en désordre après un combat sanglant, en abandonnant le village à l'infanterie française. Alors Lefèvre- Desnouettes, laissant une partie de sa cavalerie devant la cavalerie prussienne qui couvrait Taile gauche ennemie, fit suivre rapidement à travers le village de Vauchamps Tinfan* terie victorieuse de Marmont par le reste de sa cavalerie, qui cerna et sabra l'infanterie prussienne en fuite.

Le capitaine Neumann, qui composait toute la réserve

avec ses deux compagnies de chasseurs, forma ces 200

hcHnmes en colonne, et les lança contre la cavalerie fran^

faise en poussant des hurrahs. Une partie de cette cavalerie

fit face aux chasseurs ; mais accueillie à 50 pas par un feu

bien dirigé, elle fit demi-tour, et quelques cavaliers seulement

arrivèrent jusqu'aux chasseurs qui les repoussèrent. Au

moment où avait lieu cette attaque des chasseurs silésiens,

les deux ccmipagnies de Corrobert arrivèrent et se jetèrent

aussitôt dans les fossés de la route d'où elles ouvrirent un

feu très-vif contre la cavalerie française. Enfin la cavalerie

prussienne, appelée par Ziethen, accourut à son tour, et

Téussit à mettre fin à la mêlée en repoussant les Français.

Cependant, malgré les secours apportés ainsi de tous côtés,

quelques centaines d'hommes à peine, le huitième environ

des cinq bataillons prussiens qui avaient combattu dans

Vauchamps, furent sauvés. Ziethen ramena ces débris jus-

qu'à la ferme de la Boularderie, constamment poursuivi par la cavalerie française, mais sans éprouver de nouvelles pertes.

Page 1