RETRAITE DE BLUCHER
Jetons un coup d'œil sur le terrain oîi Blûcher allait opérer sa retraite. A Test de la Boularderie, le terrain est trèspraticable à 1000 pas de chaque côté de la route d'Etoges ; il est légèrement accidenté et coupé çà et là de petits bois. Cependant Tartillerie ne pouvait être employée que sur la route même ou tout près de la route. A 6,000 pas à Test de la Boularderie, la route traverse le village de Fromentières, oh elle forme un défilé, qui peut facilement être tourné au sud sans faire un grand détour. A 4000 pas à Test de Fro-
mentièresy on trouve au nord de la roste ua bois et un étang très-allongé, lequel est si près de la roale qu'on ne peut passer que sur la route même ou au sud. A 3,000 pas à l'est de ce défilé, on rencontre le village de Champubert, Entre Champaubert et le bois d'Etoges, lequel s'étend jusqu'à la localité de ce nom, la route traverse un espace découvert de 1 ,500 pas, compris, au nord de la route, entre le grand étang des Déserts et le bois d'Etoges. Dans ce trajet, la route suit des hauteurs en pente douce dont la partie la plus élevée se trouve au sud. A 1000 pas à l'est de €^paubert on rencontre un chemin de traverse gui se dirige vers Sézanne, en traversant des vignes jusqu'à Baye.
A une heure et demie, les débris de la brigade Ziethen rejoignirent le gros de Blûcher à la Boularderie. Celui-ci se mit aussitôt en retraite. Neumann fut dirigé en avant sur Etoges, avec la plus grande partie de TartilLerie dont en ne pouvait pas faire usage. Le coi*ps de Kleist marcha au nord de la route et celui de Eapczewitsch au sud. Quatre escadrons de la cavalerie d'avant-garde furent donnés àlakigade Hacke qui fut attachée au corps de Kleist, pour «OQvrîr son flanc au nord. Le reste de la cavalerie de ravaatgarde fut donné au corps de Kapczewitsch pour couvrir sûb flanc au sud. Le bataillon qui avait été détaché à Serbiechamps, se trouvant déjà cerné par la cavalerie de L^ntr Desnouettes, fut abandonné à lui-même. Les 33& hommes dont il se composait se défendirent bravement jusqu'à quatre heures du soir contre l'infanterie française, mais ils furent enfin tués ou pris jusqu'au. dernier. C'est la résistaflce acharnée de cette poignée d'hommes qui fut probablement cause que la retraite de Blucher sur Fromentâères ne &t presque point inquiétée par la cavalerie et rartilterie.
Bliicher et le général Gneisenau, son chef d'éiaifr-majari étaient avec le coxps de Kapczewitsch ; le major MufiUfig» sous-chef d'état-major, était près de KJeisL La retraite s'opéra presque sans encombre jusqu'à Fromentières, mais le passage de ce village occasionna des retards, et les alliég en étaient à peine sortis que la cavalerie de Lefèvre-Des-
iiouettès les attaqua de nouveau vigouteusctnent. Pendant qnll dirigeait le gros de ses forces sur les Déserts et le Bouc^aax-Pîerres, Blûcher était resté en arrière avec un bataillon, sur les hauteurs à l'est de Froraentières, afin d'observer de plus près les mouvements de la cavalerie françâîse.Le bataillon fut alors attaqué parles cavaliers; il formale carréetles repoussa par son feu. Après cette première attaque, Blûcher rejoignît le gros de Kapczewitsch. Ce bataillon repoussa encore une seconde attaque, mais une troisième réussit. Les fantassins étaient armés de fosils anglais, avec lesquels il fallait verser de la poudre dans le bassinet, et comme les attaques de la cavalerie française se faisaient en échelons et très-rapidement, les hommes n'eurent pas le temps de charger leurs armes entre la seconde et la troisième charge ; le bataillon fut enveloppé et taillé en pièces à l'exception de 80 hommes environ, qui furent faits prisonniers.
La vigueur des attaques de la cavalerie française qui poursuivait Kapczewîtsch au sud de la route, décida ce général à s'arrêter h l'ouest du Bouc-aux-Pierres, pour faire usage de son artillerie, et à exécuter ensuite très-lentement une retraite en échiquier. Il reçut pour cela des éloges de Blôcher, qui se trouvait près de lui et observait en même temps ce qui se passait sur la route.
Sur ces entrefaites, le général Kleist et le major Mtiffling qui l'accompagnait se voyaient exposés à un danger plus pressant par le mouvement tournant de Grouchy. C'était dans l'espace libre qui sépare Champaubert du bois d'Etoges que ce mouvement devenait le plus menaçant. Grouchy pouvait eti effet y précéder Blîicher, se mettre à cheval sur la route et empêcher les alliés d'atteindre le bois d'Etoges, où ils voyaient leur salut. Pour aller de Janvilliers jusqu'à la Toute à l'est de Champaubert, en passant par la Chapelle- Orbais, Grouchy avait environ 17,000 pas. Les alliés n'avaient sur la grande route que 13,000 pas, de la Boulaiv derie à l'est de Champaubert. Les chevaux de Grouchy étant fatigués et le terrain ne leur permettant pas facilement
d'aller aux allures vives, il était possible aux alliés d'arriver avant Grouchy au bois d'Etoges ; mais pour cela il fallait se hâter et ne pas se laisser arrêter sur la routç par la poursuite des Français. Comme Kleist était le plus exposé au danger dont Grouchy menaçait les alliés, et qu'il était le mieui [rfacé pour observer les mouvements de la cavalerie ennemie, le major Muffling, qui l'accompagnait, avait été chargé de régler la vitesse de la marche, de sorte que Kapczewitscli devait se régler sur Kleist. Lorsque Kapczewitsch fît halte au Bouc-aux-Pierres, Miif&ing l'invita à se h&ter, mais son avis ne fut pas écouté. — Nous avons vu que Blûcher luimême avait complimenté Kapczewitsch sur la précision de sa retraite. — Kleist, qui ne pouvait plus rester au nord de la route à partir des Déserts, à cause du bois et de l'étang qui lui fermaient le passage, et qui en outre comprenait comme Mflffling le danger dont le menaçait Grouchy, profita de la halte de Kapczevï^itsch au Bouc-aux-Pierres pour regagner la route et prendre de l'avance dans la direction de Champaubert. Il n'était déjà plus qu'à 1,500 pas de ce village, lorsqu'il reçut de Bliicher Tordre de s'arrêter et d'attendre que Kapczewitsch fût arrivé à sa hauteur. Eieist dot obéir.
Peu de temps après avoir quitté la Boularderie, le majiK Mûffling avait envoyé un aide de camp à Champaabert, pour dire au général Udom, qui devait y venir d'Etoges dans la journée du 14, d'occuper la lisière du bois d'Etoges, afin d'empêcher Grouchy de pénétrer entre ce bois et Champan- . bert. L'aide de camp arriva trop tard. En effet, avant même que la retraite commençât, un aide (de camp de Kapczewitsch avait porté Tordre au général Udom de se retirer sur Etoges. Udom avait obéi ponctuellement à cet ordre et se trouvait déjà loin de Champaubert. L'aide de camp de Mfit fling revenait avec cette nouvelle, lorsque le général Kleist reçut l'ordre de Bliicher de s'arrêter à 1,500 pas à l'ouest de Champaubert. Comme cet ordre mettait Kleist dans rimpossibilité d'arriver à temps dans l'espace libre entre Champaubert et le bois d'Etoges, et que la nouvelle apportée
par l'aide de camp ne permettait plus de compter surUdom, Kleist se conteata d'envoyer Hacke avec la cavalerie dans la direction du Mesnil, pour opposer au mouvement tournant de Grouchy le plus de résistance qu'il pourrait. Le colonel d'artillerie Braun se rendit en outre à Champaubert, pour prendre les dispositions nécessaires avec Tartillerie que l'on avait renvoyée de la Boularderie, mais qui n'avait pas encore dépassé Charapaubert. En arrivant à Champaubert, Bradn ordonna au capitaine Neumann d'occuper *vec ses chasseurs la lisière occidentale du bois d'Etoges.
A quatre heures et demie, Kapczewitsch étant enfin arrivé à hauteur de Kleist, ce dernier se remit en marche sur la route, au sud de laquelle s'avançait Kapczewitsch. Lorsque leurs têtes de colonne dépassèrent Champaubert, les alliés virent la plaine entre ce village et Je bois d'Etoges occjupée déjà par la cavalerie française.
Nous avons vu Hacke marcher dans la direction du Mesnil avec ses trois régiments de cavalerie ; il avait dû laisser sur la route son artillerie dont les attelages n'en pouvaient plus. Il rencontra Grouchy au sud du Mesnil, et le général français, qui n'avait pas non plus d'artillerie, se déploya aussitôt. Hackè mit un régiment en première ligne et deux en deuxième. Cette fois, Grouchy avait formé sa première ligne de dragons très-bien montés, et derrière les ailes se tenaient des cuirassiers en colonne. Le choc des dragons français culbuta immédiatement la preipière ligne de Hacke, et celle-ci entraîna la seconde dans sa faite. Tous les efforts des officiers pour rallier leurs pelotons furent inutiles, et les cavaliers prussiens se jetèrent éparpillés dans le bois d'Etoges. Les Français qui les poursuivaient furent alors accueillis par un feu très-vif des chasseurs de Neumann, qui occupaient la lisière du bois, et par la mitraille d'une pièce prussienne établie près de Champaubert. Malgré cela quelques régiments français vinrent se mettre en travers de la route, pendant que le gros de la cavalerie de Grouchy restait au nord. C'est dans cette position que Kleist et Kapczewitsch
trouvèrent Grouchy lorsqu'ils débouchèrent de C^bamps^bert. L'artillerie des alliés ne s'était pas portée en avant, et c'était leur infanterie qui se trouvait chaînée de U sauver et de se sauver elle-même.
Blficher prit les dispositions suivantes pour continuer sa retraite : Tartillerie devait suivre la route^ à l'exception de quelques pièces légères et bien attelées, qui pouvaient passer partout ; l'infanterie de Eapczev^itsch marchait au sud de la route, en masse serrée de bataillon ; Kieist marchait dasus le même ordre au nord de la route ; qudques bataillons^ sous les ordres d'UrussofT, formaient l'arrière-garde contre Tennemi qui poursuivait de Fromentières. Les alliés formaient ainsi un carré long. Tout le inonde avait l'ordjoe de rester en mouvement, de ne s'arrêter qu'en cas de nécessité absolue et de se remettre en marche aussitôt après. Mûffling conduisait la tête de colonne sur le terrain élevé au sud de la route, et il avait sous ses ordres trois bataillons russes et deux pièces d'artillerie à cheval bien attelées. Blûcher et Gneisenau se tenaient au centre du carré. La tète de colonne ne fut pas tout d'abord attaquée par les cuirassiers français qui se trouvaient sur laroute, à environ 1,0(14 pas de Champaubert, mais l'infanterie de Kieist eut à soutenir des attaques réitérées du gros de la cavalerie de Grouchy. Elle les repoussa par son feu, ne s'arrétant que pour tirer, et restant toujours serrée, de manière à empêcher te Français de pénétrer entre les bataillons. La situation n'en était pas moins très-critique.
Lorsque la tête de colonne de Miiffling arriva à environ 800 pas de Champaubert, au point de jonction du chemin de Sézanne, l'état-major allié tint conseil. Les attaques del» cavalerie de Grouchy ne discontinuaient pas, et le feu devenait de plus en plus vif à l'ouest de Champaubert, ce qui indiquait qu'Urussoff était aussi vivement pressé pax l'eane* mi, et que cet ennemi — Marmont '— avait de rartillerie- Toutes ces circonstances firent songer un instant à l'étalmajor allié à abandonner la retraite sur le bois d'Etogas» pour se jeter à droite et se retirer sur Sézanne. Dans cett^
DoimUe direction, on rencontrait aussitôt des vignes où la eatalerie etrartillerie françaises ne pourraient pas suivre Tinteuiterie alliée, et Ton avaôt Tespoir de trouver au delà de Baye un corps de cavalerie russe. Mais d'un autre côté, en marchant sur Sézanne, Blucher s'éloignait du petit corps d'Udbm, qui se retirait sur Ëtoges et Bergères, et de la cavalerie de Hacke, qui avait pris le même chemin après avoir été battoepar Grouchj ; il perdait en outre ses communications les plus directes avec York et Saeken par Châlons. Enfin le chemin: de Gfaampaubert à Sézanne par Baye était un mauvais diemin de traverse, ou les alliés ne pouvaient espérer de faire passer leur nombreuse artillOTÎe, dont les attelages étaient fatigués et décimés, et qu'il faudrait abandonner à Tennemi en grande partie, sinon tout entière.
Après avoir ainsi pesé le pour et le contre, Blucher se décida à conserver la direction d'Eltoges. Mûffling conduisait encore la têt& Gneisenau se tenait au centre et veillait au bon ordre. Pendant qu'on s'avançait ainsi, les cuirassiers français qui s'étaient mis à cheval sur la route attaquèrent au sud la tète de Golonoe de Eapczev^itsch. Les trois bataillons de jeunes troupes russes s'arrêtèrent en colonne, dans l'ordre où ils marchaient ; ils apprêtèrent les armes et, au commandement feu qui ne fut prononcé que lorsque les cuirassiers n'étaient plus qu'à 60 pas, tous les fantassins tirèrent à la fois, au Ûeu des deux premiers rangs seulement ; tous les coups furent donc tirés en l'air, et Jes cuirassiers français pouvaiwit enfoncer sans danger cette infanterie, puisque les Russes avaient dépensé tous leurs feux; mais au lieu de cela, ils firent demi-tour jusqu'au bois d'Etoges, où ils essayèrent de se reformer. Afin de les empêcher de revenir à la charge, Mlkffîing fit avancer les deux pièces d'aortillerie à cheval- Elles se mirent en batterie à petite portée de mitraiEe et firent feu sur les cuirassiers ennemis, qui rece^ vaient en même temps des coups de fusil des chasseurs silé^ siens ^nbusqués dans le bois d'Etoges. Les cuirassiers fiarent alors un à-droite au nord de la route et rejoignirent le gros de Grouchy en laissant l'entrée du boas complètement libre*
Les colonnes de Kapczewitsch et de Kleist se reportèrent alors vivement en avant, et, bien qu'elles fussent constamment attaquées en flanc, surtout Kleist, par la cavalerie française, elles atteignirent sans encombre la lisière du bois. Là eut lieu quelque désordre.
D était en effet nécessaire pour entrer dans le bois d'Etoges de fondre en une seule les trois colonnes alliées que formaient Kapczewitsch, Kleist et Tartillerie qui marchait entre eux. Une partie des bataillons était donc obligée d'attendre à l'entrée du bois que les autres eussent pris de l'avance. On aurait pu diminuer le danger de ce temps d'arrêt, en formant les troupes à la lisière du bois qui les protégeait contre la cavalerie jusqu'à ce que leur tour arrivât de s'engager dans le bois ; mais au lieu de cela, chacun se pressait pour se mettre à couvert, la nombreuse artillerie n'était qu'une gène pour l'infanterie qui la protégeait, Marmont s'avançait toujours de Ghampaubert, et enfin la nuit arrivait déjà. Toutes ces circonstances ne permirent pas d'éviter le désordre dans une opération aussi difficile que celle d'engager dans le bois les trois colonnes alliées. Aussi, deux bataillons de la queue s'égarèrent, l'obscurité leur fit prendre les Français pour des Russes ou des Prussiens, et ils furent faits prisonniers.
Dès que les troupes de Blûcher furent abritées dans le bois d'Etoges, Marmont abandonna la poursuite directe. Les alliés avaient conservé autant d'ordre que possible dans cette retraite difficile, et les suivre dans les bois ne promettait aucun résultat, surtout pendant la nuit, Marmont dirigea donc la cavalerie, appuyée par de l'infanterie, au sud de la route, pour marcher sur Etoges par Férébrianges. Ce détachement trouva encore à Etoges une partie du corps de Kleist, la division du prince Auguste, et l'arrière-garde russe d'Urussoff; le gros de Blucher avait déjà dépassé Etoges. Un combat de nuit s'engagea, et, dans le désordre de cette lutte, les alliés subirent encore de grandes pertes. Le gros de Blucher, qui avait rallié à Etoges le corps d'Udom et la cavalerie de Hacke, arriva vers minuit dans le camp de Bergères, où il fut re-
joint bientôt après par Urussoff et le prince Auguste. La retraite continua le 15 jusqu'à Chftlons sans être inquiétée.
Les Prussiens perdirent, le 14, 4027 hommes et 7 canons, les Russes environ 2000 hommes et 9 canons. La perte totale des alliés fut donc de 6000 hommes et 16 canons, plus du tiers des troupes engagées. Si Ton évalue à 2300 hommes les pertes de Ziethen dans le combat de Vauchamps et le bataillon prussien abandonné à Serrechamps, on trouve que la retraite seule ne coûta pas aux alliés beaucoup plus de 3500 hommes, ce qui n'est pas énorme dans les circonstances où ils se trouvaient placés. La cavalerie prussienne ne perdit pas plus de 195 hommes, sur 15 à 1600 cavaliers dont elle se composait.
Examinons quelles étaient les difficultés de cette retraite et quelles furent les causes des pertes des alliés.
fl. — La route sur laquelle ils se retiraient n'offrait pas aux alliés sur un assez long parcours, depuis la Buularderie jusqu'au bois d'Etoges, une position de retraite assez forte et d'un front suffisant, pour que des troupes peu nombreuses pussent la défendre longtemps contre la poursuite directe de l'ennemi, sans s'exposer constamment au danger d'être tournées par leurs flancs.
h. — Les alliés ne pouvaient couvrir leurs flancs qu'avec la cavalerie : or ils en avaient presque cinq fois moins que les Français.
c. — La retraite ne pouvait se faire avec succès que grâce à la plus grande vitesse possible : or cette vitesse était rendue difficile, d'une part par la nombreuse artillerie que traînaient après eux les alliés sans pouvoir en faire usage, et de l'autre par la poursuite de la cavalerie de Lefèvre-Desnouettes sur ia route môme, poursuite dirigée principalement contre Kapczewitsch et qui força celui-ci à faire des haltes fré- [uentes. Il importe assez peu du reste d'examiner si ces wltes et les retards qu'elles occasionnaient restèrent ou non lans les limites d'une absolue nécessité.
d. — La position de retraite la plus importante, celle où 5S alliés étaient le plus exposés aux dangers d'un mouve-
ment tournant, entre le bois d'Etoges et Cbaiopanbert, m fut presque pas occupée, par suite d'un concoQrs de cîrwmstances défavorables, bien que les alliés eussent d'abord Tintention de s'y établir.
Si les alliés n'éprouvèrent pas de pertes beaiocoup j^œ considérables, ils le durent à l'énei^e et au sang-froid â» leurs généraux, ainsi qu'à la manière dont ils concentrèrent leurs forces, pour opposer le plus de résistance possiMe lorsqu'ils y étaient forcés, et profiter ensuite dt tous le? moments pour gagner du terrain en arrière après aToir combattu, ce qu'il eût été impossible de faire si leurs forces avaient été éparpillées sur un iront étendu ; ils le durent enfin à cette circonstance que les Français n'exécutèrent leur mouvement tournant qu'avec de la cavalerie, sans appuyer cette arme par l'infanterie et l'artillerie, tandis qne les alliés pouvaient leur opposer, au moment du dangw, l'ame qui a la plus grande force de résistance, l'infanterie.
Ce qui frappe le plus dans les guerres récentes, c'est qa'il n'y est pas question de,"poursuites vigoureuses, m par conséquent de combats de retraite dans le sens propre du mol. Le nombre immense de trophées que recueillirent les Ptussiens à Kœniggraetz pourrait faire croire d'abord à qui ne réfléchit pas que cette bataille fait exception h la règle. Mais, en observant les faits de près, on renonce à cette idée, et l'on découvre que par suite des dispositions prises par BeneiÀ? les Prussiens n'avaient pas besoin de poursuivre l'ennani pour trouver, sur le champ de bataille même, des trophées dont ils eurent peine à s'expliquer le nombre considérable.
Ce phénomène est-il purement accidentel? Est*il dA an contraire, dans une certaine mesure, au nouvel armemeot et aux conditions générales dans lesquelles se fait aigoard'hui la guerre? Sera-t-il modifié par les progrès swcce^ de l'armement, ou, pour préciser davantage, par l'aiioptio» générale du système d'armement déjà accepté par tout Ifl monde en théorie ?
A ce sujet, rappelons d'abord une condition générale dont il est évident qu'on n'a pas reconnu toute Timportance dans
les dernières guerres : c'est que la grande portée des armes maintient aujourd'hui les armées plus loin Tune de l'autre qu'autrefois au moment décisif ; il est donc plus difâeile de reconnaître les points faibles de l'ennemi et sa propre force, et l'on profitera moins facilement du moment décisif, parce que les troupes qu'on voulait employer à cela auront plus de chemin à parcourir qu'autrefois avant d'entrer en action.
En général, pour que la poursuite puisse avoir une action destructive]et que le vainqueur puisse tirer de sa victoire tout le parti possible, il est plus nécessaire aujourd'hui que janoais de bien calculer ses pr^ocders coups, de bien préparer la bataille décisive.
lies conceptions stratégiques acquièrent donc une nouvelle importance.
Que Toa suppose un instant que Kœniggraetz n'ait pas été de la part des Prussiens une bataille de rencontre autant qu'elle le fut en réalité, et que ces mêmes Prussiens aient déployé d'avance leurs forces principales à leur aile droite, sur la ligne de Nechanitz, on verra combien la bataille de Kœniggraetz eût été plus décisive I
Les chemins de fer, tout en facilitant la concentration sur ceitains points décisifs^ peuvent apporter cependant des difficultés à la concentration qu'on voudrait opérer parfois .sur d'antres points dans le but de rendre la victoire plus décisive dains une bataille générale. En effet, les directions des chemins de fer sont données, et il n'est pas possible de ^ les changer. Lesavantages particuliers qu'offrent les chemins de fer, — et nous n'avons ici en vue, nous le répétons avec insistance, que la facilité des approvisionnements de toute nature^ et non pas la facilité plus grande de transporter les troupes jusqu'au champ de bataille, — ces avantages spé* ciaux, disons-nous, sont tell^nent grands qu'ils font oublier les inconvénients inhérents aux chemins de fer et les avantages que Ton pourrait trouver à ne pas s'en tenir absolument aux lignes ferrées.
Ce n'est pas la première fois que nous appelons l'attention sur rino^rtance que la plus grande portée des armes à feu
donne aux premières opérations d'une campagne, à la préparation stratégique de la poursuite, et par conséquent delà retraite et de tous les combats qui s'y rapportent.
Mais, en admettant même que celui qui veut être et qui est effectivement vainqueur sur le champ de bataille ait satisMt à toutes nos conditions générales, la poursuite aura toujours, dans les circonstances actuelles de la guerre, des difficultés qu'il est impossible de méconnaître.
La cavalerie a perdu de sa puissance, même contre une infanterie déjà ébranlée. Pour qu'une cavalerie puisse faire avec succès la poursuite du champ de bataille, il faut qu'elle soit de l'infanterie montée, ayant le plus de feux possible. Cette cavalerie devra donc être armée de fusils à répétition.
Mais cela ne suffit pas encore. Il faut que cette cavalerie soit d'abord ménagée, et il est cependant nécessaire qu'elle soit placée d'avance près du point décisif. Cette cavalerie de réserve (infanterie montée) sera composée uniquement de cavalerie légère, contrairement à ce qu'on à appelé jusqu'ici cavalerie de réserve.
La cavalerie seule ne suffira jamais pour livrer de véritables combats de poursuite et de retraite, même alors que son organisation et son armement lui permettraient de tenir è peu près lieu d'infanterie. Il faut que l'artillerie prenne part aux combats de poursuite. Mais les mouvements rapides de l'artillerie actuelle rencontrent toujours des difficultés qui sont propres à cette arme, ce qui nous ramène involontaire- , ment aux fusées qui peuvent être transportées par les cavaliers eux-mêmes ou sur des voitures extrêmement légère. Bien qu'on fasse aujourd'hui fort peu de cas des fusées, il es^ toujours permis de se demander si elles ne sont pas, comme tant d'autres choses, susceptibles de perfectionnements.
Lorsqu'on est vainqueur dans son propre pays, on peut donner plus de force à la poursuite et la remplacer en partie en faisant insurger les habitants sur les derrières de l'ennemi en retraite. Sans parler des nombreux exemples çu« nous en offre l'histoire de la guerre, nous nous borneronsà
rappeler celui de Trautenau en 1866. De tels soulèvements atteindront parfaitement le but en question toutes les fois que l'organisation politique et militaire d'un pays comportera 1 armement de la population. Nous prévoyons que ces milices armées auront encore pendant quelque temps une certaine faiblesse, sans nous occuper en cela de l'action exercée par les progrès de l'industrie et de la civilisa* tion. Cette faiblesse provient de ce que nous sommes à une époque de transition de l'armement. Les armes perfectionnées seront d'abord données aux armées actives, et il s'écoulera du temps avant que ces armes, avec leurs munitions spéciales, soient mises dans les mains des populations. Et jusque-là, les milices se trouveront donc dans un état d'infériorité marquée vis-à-vis de détachements, même beaucoup plus faibles, des armées d'opération.
Nous avons entendu parfois attribuer Tabsence de poursuites dans les guerres les plus récentes à ce que les combattants sont plus fatigués, plus décimés qu'autrefois par la bataille elle-même . Il nous semble cependant difficile que Ton persiste dans cette opinion, si Ton compare l'une des dernières batailles avec celle de Waterloo par exemple.