DES MARCHES DE GUERRE
Dans les marches de guerre, la première condition, c'est que les troupes soient toujours prêtes à combattre, puisq[u'oD peut constamment s'attendre à rencontrer l'ennemi ; on s'oocupe donc beaucoup moins du soin de ménager les troupes et le pays que Ton traverse.
Dans ces marches, de fortes colonnes, composées de toutes armes, doivent être constamment réunies ; elles ne peuvent plus se diviser dans des quartiers ou cantonnements, et toute la colonne doit être logée dans le môme bivouac, ou concentrée autant que possible dans des granges, des églises oa d'autres bâtiments considérables, Il n'est plus possible, comme dans les routes, de faer la longueur moyenne d'une marche de guerre.
En général, une de ces journées de marche sera luoius longue qu'une journée de route. En effet, on peut rencontrer l'ennemi pendant la marche, lui livrer combat, et le temps employé h, se battre est perdu pour la marche; ou bien, si Ton ne rencontre pas l'ennemi, on le sent néanmoins constamment près de soi, et la marche est -alors retardée parce qu'on s'inquiète de l'ennemi, on attend des nouvelles, on regte quelque temps dans une position avantageuse pour s'assurer qu'on n'est pas sur le point de livrer bataille. L'exécution des marches de guerre présente des caractères différents, selon qu'on se trouve plus ou moins loin de l'ennemi ; selon que l'on a un but positif bien arrêté ou que l'on veut faire dépendre ses opérations de celles de rennemi; selon enfin que l'on a ou non des nouvelles certaines de Ten»
nemi, et que ce dernier est plus ou moins mobile que nous. En raison de ces diverses circonstances, les corps d'armée ou les divisions pourront recevoir leur ordre de marche pour plusieurs jours, ou bien cet ordre leur sera donné chaque jour et Us ne se mettront en mouvement qu'après l'avoir reçu, Plus on part tard, plus la marche est courte. Elle est également abrégée si Ton doit faire la soupe le matin avant . de SB mettre en route. — Le 24 juillet iSSO, la veille de la bataille dldstedt, le général WiÛisen ordonna fort h propos de faire cuire la soupe le soir, de manière à n'avoir plus qu'à la faire réchaufiTer le lendemain. Cette mesure sera toujours excellente dans le voisinage de l'ennemi, et elle peut toujours être prise.
Au point du jour, les hommes doivent prendre du café. L'usage du café dans les armées devient de plus en plus général et il se recommande de lui-même. Le café en poudre est facile à transporter dans de petites bottes bien closes, et il se fait en quelques instants dans la marmite de campagne. D est essentiel de bien nettoyer chaque fois cette marmite où Ton fait tantôt la soupe et tantôt le café. Lorsqu'on manquera de café, on pourra parfois le remplacer par un morceau de pain et un verre d'eau-de-vie. H faut, toutes les fois que la chose est possible, que les hommes fassent un repas avant une bataille ; si l'avant-garde n'en a pas le temps, les réserves le peuvent toujours, et c'est autant de gagné.
Senrice de sûreté dans les marches de guerre.
La différence essentielle entre les marches de guerre et les routes, par rapport à l'ordre tactique, consiste dans la formation du service de sûreté. Dans les routes, ce service n'est qu'une simple mesure de police, tandis que dans les marches il a une importance toute particulière. En efifet, lorsque nous avons dit que dans les marches de guerre le premier soin ne doit pas être de ménager les troupes, nous aurions dû ajouter qu'il faut cependant les ménager le plus que l'on peut.
Pour cela, on partage une troupe en marche en deux fractions principales : le gros de la colonne que l'on doit ménager autant que les circonstances le permettent, et la fraction chargée du service de sûreté, laquelle a pour mission de veiller à ce que le gros de la colonne ne soit pas surpris par Tennemi et attaqué dans une formation défavorable pour combattre.
Supposons le gros de la colonne suivant une route frayée, nous pourrions l'entourer de tous les côtés d'une chaîne de sûreté qui préviendrait de tous les mouvements de rennemi, dans quelque direction qu'ils vinssent à se produire, en avant, en arrière ou sur les flancs de la colonne.
Mais on reconnaît bientôt qu'un point de cette chatoe a plus d'importance que les autres. En effet le corps ennemi que nous avons devant nous a lui-même besoin de marcher en ordre ; il lui faut, comme nous, être concentré, suivre une certaine direction, occuper un certain front lorsqu'il se déploie. Le point le plus important de notre chatne de sûreté est donc celui qui se trouve entre la direction de notre colonne et l'ennemi, et cette importance fait disparaître celle des autres points de la chaîne. Au lieu de nous entourer dans tous les sens de troupes de sûreté, il sufiBra donc de placer ces troupes d'un seul côté.
Le côté à garder sera déterminé, dans chaque cas particulier, par les circonstances de la marche :
Dans une marche perpendiculaire en avant, la troupe de sûreté — l'avant-garde — est en avant de la colonne ;
Dans une marche perpendiculaire en retraite, c'est ^a^ rière-garde, derrière la colonne ;
Dans une marche de flanc, c'est le côté où se trouve Teftnemi.
La troupe de sûreté est donc, dans tous les cas, entre l'ei^ nemi et le gros de la colonne.
La proportion de la troupe de sûreté au gros et sa formai tion tactique sont réellement les mêmes dans tous les cas. Cependant, afin de mieux fixer les idées, nous allons l'examiner dans le cas d'une marche perpendiculaire en avant,
pour voir ensuite quelles seront les modifications à y apporter dans les autres cas.
COHPOSITION DB L'àTàNT- GARDE.
L'avant-garde est chargée d'une double mission : elle doit d'abord fouiller le* terrain que va parcourir la colonne, Téciairer, en visiter chaque point avant l'arrivée du gros de la troupe; elle doit en second lieut si elle rencontre l'ennemi, conquérir ou conserver le terrain nécessaire au déploiement du gros de la colonne, ou bien contenir l'ennemi qui s'avancerait impétueusement, afin de l'empêcher d'attaquer la colonne avant que celle-ci soit déployée et en état de combattre.
A cette double mission de Tavant-garde il vient s*en ajouter d'autres qui s'y rapportent : c'est d'écarter les obstacles de la marche, par exemple de réparer les ponts détruits, d'ordonner des réquisitions dans les lieux habités que va traverser la colonne et où elle pourra compléter ses approvisionnements ; de se procurer des nouvelles, répandîre de faux bruits, enfin de préparer des bivouacs pour la colonne.
Les questions principales, relativement à la composition de l'avant-garde, ont trait à sa force, à la proportion dans laquelle y entrent les différentes armes, à son éloignement du gros de la colonne, et enfin à sa formation tactique.
On fixera très-diversement la force de l'avant-garde selon qu'on n'envisagera que l'un ou l'autre de ses devoirs principaux. Ainsi, elle peut être très-faible s'il ne s'agit que de voir et d'éclairer le terrain ; mais il faut qu'elle soit trèsforte pour livrer combat. On peut dire, d'une manière générale, que l'avant-garde doit être aussi faible que possible, car plus elle est faible, plus le gros de la colonne sera relativement considérable, et plus, en conséquence, on ménagera de troupes. Moins l'avant-garde est nombreuse, plus elle est mobile; mais, d'un autre côté, il faut qu'elle soit très-forte pour pouvoir s'emparer d'un terrain de déploiement occupé
par l'ennemi, ou pour contenir, pendant un certain temps, des forces supérieures.
Ces contradictions apparentes disparaissent dès qu'on divise l'avant-garde elle-même en deux parties, l'extrême avantgarde et le gros de Tavant-garde, la première uniquement chargée de voir, la seconde destinée h combattre, Vane faible et l'autre forte. L'estrème avant'-garde {VortrcA)^ seule à déployer constamment une activité fatigante ; le gros de Tavant-garde n'est obligé à Cette activité que dans des cas plus rares, pour combattre par exemple des détachements ennemis d'une force importante. Le gros de l'avant-gardë sera donc presque autant ménagé que le gros de la colonne. Ces données admises, on peut accepter comme règle générale que l'avant-garde totale sera du sixième au moins, du tiers au plus de la troupe en marche, et que l'éxtrêmcl avantgarde sera, de son côté, le sixième au moins et le tiers an plus de l'avant-garde totale*
En général, Tavan^-garde doit se composer de Umixs armes. Elle aura une forte artillerie , de gros calibre à c'est possible, afin d'en imposer à l'ennemi et de paratM plus forte qu'elle ne l'est réellement. On lui donnera tireurs d*élite, parce que c'est généralement à eux]qu'il ap*| partient d'arrêter l'ennemi et de défendre une {K>siti&ii. L'arme qui convient le mieux au service de l'extrême avantgarde, c'est la cavalerie. On lui adjoindra une in&ntehe très-mobile et endurcie à la fatigue, quand le terrain iiê sera pas favorable aux mouvements de la oataleriOé B ne faut pas d'artillerie à l'extrême avant-<garde«
Moins une troupe en marche est nombreuse, plus son avant-garde doit être rdalivement forte ; une brigade Bietirai donc proportionnellement plus de monde à l'avant^ garde qu'une division ou un corps d'armée. Quand plusiettl*s divi* sions se suivent sur la même route, l'avant-garde de lâpie^ mière division sufiBt pour toute la colonne^ et chacune di!& divisions suivantes ne se fait précéder que d'une faible avaiK' garde dans un but de police ou d'administration^ Une autre considération, qui peut décider, dans chaque
cas particulier, de la force de Tavant-garde, c'est le désir de ne pas briser un corps de troupes. Ainsi, qu'une division se compose de trois ou de quatre brigades, on mettra, dans les deux cas, une brigade en avant*garde, et le commandant de cette brigade commandera en même temps Favant-garde.
On entend par éloignement de l'avant-garde du gros de la troupe la distance qui sépare les troupes les plus avancées de l'extrême avant-garde de la tête du gros de la colonne, en faisant abstraction des détachements envoyés très-loin en avant, ou sur les flancs, pour reconnaître l'ennemi. Cet éloignement ne doit être ni trop grand ni trop petit. S'il était trop petit, il pourrait arriver que l'ennemi rejetât l'avant-^ garde sur la colonne avant que celle-'ci eût le temps de se déployer ; la colonne n'aurait plus toute sa liberté d'action; les décisions et les plans du commandant en chef dépendraient trop immédiatement des événements qui surviendraient à l'avant-'garde. D'un autre côté, cela ferait également perdre àl'avant^ardela liberté de ses mouvements : supposons, par exemple, quel'avant'garde apérçoiverennemi lorsqu'elle vient justementde dépasser une position très-favorable, il est probable qu'elle reviendra occuper cette position si ses mouvements sont libres ; mais si le gros de la colonne la suit de trop près, elle ne pourra plus agir ainsi de peur de gêner le déploiement de la colonne. Si au contraire Téloignement de l'avant-garde est trop grand, il en résulte le danger qu'elle reste exposée aux attaques d'un ennemi supérieur pendant plus de temps qu'elle ne peut le contenir. L'éloîgnement moyen le plus convenable de l'avant-garde est d'une fois et demie la longueur de la colonne en marche. 10,000 hommes, avec les bagages, occupeùt sur une seule î'oute une longueur de 7 à 8,000 pas. Si telle est la force du gros de la coloniîe, Tavantgarde sera donc de 10 à 12,000 pas en avant. On peut appliquer la même règle à l'éloignement de l'extrême avantgarde du gros de l'avant-garde; et si les 10,000 hommes dont nous venons de parler ont une avant-garde de 3,000 hommes, dont 700 à l'extrême avant-garde, le gros de ravailt*garde sera à 1500 ou 2,000 pas derrière l'extrême
avant-*garâe, et il précédera le gros de la colonne de 8 à 10,000 pas.
Il vaut mieux, dans un cas douteux, que l'extrême avantgarde soit plutôt trop loin que trop près du gros de Tayantgarde. On a fait remarquer, avec assez de justesse, que si Tavant-garde observait strictement toutes les formalités que prescrivent ordinairement les règlements, Favant-garde et, par suite, la colonne entière, pourraient à peine ayancei. D'un autre côté, il est incontestable que si l'extrême avantgarde n'est pas assez en avant, l'observation de toutes ces formalités semble plus nécessaire, pour ne pas exposer tonte la colonne, qui marche dans le voisinage de Tennemi, an danger d'être surprise et attaquée à Timproviste. Si l'on place Textrême avant-garde assez en avant, plutôt trop loin que trop près, elle se trouve ainsi amenée à se considérer comme une troupe isolée, un corps de partisans, par exemple» chargé d'une mission spéciale. Dans ce cas, elle marche plus librement, plus hardiment, avec plus d'indépendance, parce que les dangers auxquels elle s'expose ne menacent qu'elle et n'atteignent pas le gros de la colonne. Elle peut laisser de côté telle ou telle prescription trop pédantesqae, pour avancer plus rapidement et faciliter ainsi la vitesse de la colonne, ce qui est toujours la question principale dans toute marche en avant.
La formation tactique de l'avant-garde comprend celle àe l'extrême ayant-garde et du gros de l'avant-garde. On voit, sans aller plus loin, que l'extrême avant-garde doit occuper un front considérable. Supposons que notre colonne A {fig, 66) marche sur une seule route avec un but positif déterminé, et qu'elle n'ait qu'une connaissance approximative des positions et des desseins de l'ennemi. Il est fort possible que ce dernier, au lieu d'être sur la route ab où noos le croyons, se montre sur une des routes parallèles c«Iod ef. Il faut donc que Textrême avant-garde fouille également ces routes latérales, et de là résulte la nécessité qu'elle occupe un front étendu. Mais quelles doivent être les limites d& ce front? Si une seconde colonne B marche parallèlement à
la colonne A, à une distance de un ou plusieurs jours de marche, il est alors tout naturel que les deux colonnes A et B se partagent la surveillance de l'espace compris entre les routes ab et^//, de manière que l'ennemi ne puisse pénétrer entre les deux colonnes sans être aperçu. Mais cela ne dit pas jusqu'oïl l'extrême avant-garde de la colonne A doit s'étendre du côté du flanc libre k. Pour les mêmes raisons gui ont fait admettre que la distance mn entre l'avant-garde et le gros de la colonne devait être d'une fois et demie la longueur de la colonne A, on dira que le front de l'extrême avant-garde doit s'étendre de la même distance vers le flanc Jibre. Si la colonne A est isolée, elle a ses deux flancs libres, et le front de l'extrême avant-garde occupera, dans ce cas, le double de l'éloignement entre l'extrême avant-garde et la tête de la colonne A, c'est-à-dire trois fois la longueur de cette colonne.
L'extrême avant-garde doit donc former une chaîne de la longueur ci-dessus. Mais cette expression ne veut pas dire une chaîne continue de tirailleurs, ce qui serait aussi inutile qu'impossible. Si l'on pouvait former cette chaîne uniquement de cavalerie, il serait très-suffisant de mettre un peloton de 30 à 40 chevaux, a a, sur chacun des chemins qui coupent le front indiqué de chaque côté de la route. Un peloton de cavalerie de cette force est parfaitement à même de voir et de fouiller un terrain pas trop couvert, sur une largeur de 1,5U0 à 2,000 pas. Pour cela, chaque peloton envoie à 500 pas en avant, dans différentes directions, deux ou trois patrouilles de trois chevaux chacune, et il suit en conservant réuni le reste de ses cavaliers. S'il trouve un chemin qui croise celui qu'il suit, il y envoie quelques cavaliers qui se mettent en communication avec le peloton de cavalerie voisin et rejoignent ensuite leur peloton par un autre chemin transversal. Chaque peloton rend compte directement au commandant de l'avant-garde de tout ce qu'il voit et apprend.
On peut composer de cavalerie la chaîne d'éclaireurs, lorsqu'on possède assez de cette arme, et que le terrain est favorable à ses mouvements.
Lorsqu'on n'a pas assez de cavalerie, on peut y suppléer en partie avec l'infanterie. On met alors les pelotons de cavalerie aux points les plus éloignés de la route principale, et les pelotons d'infanterie sont au contraire plus rapprochés de cette route. Pour atteindre le but qu'on se propose, les détachements d'infanterie doivent toujours être plus forts qne oeui de cavalerie, parce que les premiers ne peuvent pas se multiplier comme les derniers, gr&ce à la vitesse du cheval, et parce que le cavalier voit plus loin autour de lui que le fantassin. Là où un seul peloton de cavalerie serait sufBsaat, il faudra donc employer une demi-compagnie et parfois même une compagnie entière d'infanterie. On donne toujours à ces détachements d'infanterie quelques cavaliersd'o^ donnance pour porter rapidement les nouvelles au eomioai^ dant de l'avant-garde.
L'infanterie remplace complètement la cavalerie, lorsque le terrain est couvert et très-accidenté, et que la cavalerie s'y meut difficilement.
Des troupes de soutien plus nombreuses marchent sur la route principale et les routes latérales derrière les pelotoofi d'éclaireurs de l'extrême avant-garde. Ce sont, par exem^ pie, sur les routes latérales en ^ ^, des détachements de la force d'un escadron ou d'une compagnie ; le reste de l'extrême avant-garde marche concentré sur la route principale,
en Y-
Les troupes de soutien ont pour mission d'empêcher que la marche des éclaireurs ne soit arrêtée par de simples par trouilles ennemies. Il est clair, en effet, que si cela avait lieu, les éclaireurs ne rempliraient pas leur rôle et ne verraient pas ce qu'ils doivent voir, puisqu'il faut qu'ils s'avancent jusqu'à ce qu'ils découvrent les bataillons ennemis.
Lorsque la chaîne d'éclaireurs se compose de cavalerie, les troupes de soutien qui suivent les routes latérales doivent être de l'infanterie et vice versa. De cette manière, on met constamment les deux armes en relation, ce qui procure, sur chaque point, le double avantage de la vitesse et de la solidité. C'est quand la chaîne d'éclaireurs se compose d'infa&-
terie qu'il est surtout important que les soutiens soient de la cavalerie ; en effet, celle-ci pourra de temps à autre détacher des patrouilles en avant, pour embrasser momentanément un terrain plus étendu, de façon que la marche des éclaireurs d'infanterie ne soit pas ralentie outre mesure par une manière trop pédantesque de fouiller le terrain.
La troupe de soutien qui suit la route principale doit se composer d'infanterie et de cavalerie.
Le gros de Tavant-garde, qui est destiné à combattre, marche en une seule colonne, sur la route principale. Cet ordre est le plus convenable, parce qu'on ne sait pas de quelle manière l'avant-garde sera engagée dans le combat, et il faut que le gros de cette troupe soit dans la main de son chef pour qu'il puisse s'en servir, le moment venu, de la manière la plus avantageuse. Dans l'ordre de marche du gros de Tavant-garde, il faut placer en tête de colonne les troupes qui seront vraisemblablement employées les premières. Quand l'avant-garde a de l'artillerie, ce qui doit toujours être, excepté pour de très-faibles colonnes, cette artillerie viendra immédiatement après le premier bataillon du gros de l'avant-garde. Quant à la cavalerie, il est moins nécessaire qu'elle occupe la tête du gros de l'avant-garde, parce que, d'après notre hypothèse, cette arme est largement représentée à l'extrême avant-garde, de sorte qu'elle se trouvera de suite à la disposition du chef de l'avant-garde. Quand on rencontre, sur l'un des flancs de l'avant-garde, un terrain découvert et une route convenable pour la cavalerie, on devra l'y faire marcher. S'il n'en est pas ainsi, la cavalerie suivra l'infanterie du gros de l'avant-garde, et comme il existe toujours une grande distance entre l'avantgarde et la colonne, la cavalerie, ainsi placée, aura une liberté suffisante de mouvement, ce qui lui est nécessaire pour marcher aux allures vives.
Ordre de marche dn gros de la colonne dans une marche perpendiculaire en avant ; ses rapports avec Tavantgarde ; — arrière-garde et flanqnenrs.
Une colonne qui exécute une marche perpendiculaire en avant a constamment devant les yeux un but positif. MaL^ ce but est plus ou moins rapproché. Quand une division ou un corps d'armée — ^sait d'une manière positive que l'ennemi est devant elle, à deux ou trois heures de marche, et qu'il faudra lui livrer combat le jour même, elle doit songer avant toutes choses à pouvoir se déployer. La division, le corps d'armée, marchent donc, dans ce cas, autant que possible en ordre de bataille, ils répartissent leurs brigades snr plusieurs routes latérales parallèles ; chaque brigade marche aussi déployée qu elle peut, et au heu de s'en tenir aux seules routes frayées, on suit, quand c'est nécessaire, des routesde colonne imparfaitement tracées. Chaque colonne, concentrant ses forces pour combattre, n'a plus d'avant-garde réglementaire, mais seulement une très-faible extrême avantgarde, parce qu'elle doit déjà savoir à grands traits où et comment elle va se battre. Son extrême avant-garde ne sert donc plus qu'à lui frayer la route et à la préserver d'arri^ei à l'improviste dans la sphère d'action de l'ennemi, avant d'avoir complété son déploiement. Nous ne dirons rien ici de ce passage de la marche à la bataille dont les lois découlent de celles du combat. Nous supposerons plutôt la colonne dans des circonstances moins précises : elle marche sans doute avec le dessein de rencontrer l'ennemi, mais elle ignore si elle le trouvera aujourd'hui, si elle arrivera au bivouac sans être inquiétée, si son avant-garde ne rencontre» que de faibles partis ennemis qui se disperseront aussitW, ou si elle se heurtera à une forte avant-garde ennemie, i laquelle il faudra livrer de suite un combat décisif, ou dont la présence annoncera pour demain une grande bataille.
Dans des circonstances semblables, le but le plus certain de la colonne, c'est d'arriver au lieu oîi elle doit bivouaqner
aujourd'hui, d'après Tordre général des opérations, et, pour être prête à toutes les éventualités, elle forme son avant-garde de la manière prescrite plus haut. Sous la protection de cette avant-garde, la colonne ménage autant que possible le gros de ses forces. Pour cela elle suit une grande route, au lieu de marcher à travers champs sur un chemin de colonne. Elle marche sur un front de colonne de route ; non pas qu*on s'occupe beaucoup de laisser la route libre aux voitures, mais parce que si la colonne marchait sur un plus grand front que la largeur de la chaussée, elle pourrait être forcée de le réduire à tous les défilés, pour traverser par exemple les villages, les ponts, etc. ; or, des ruptures et des formations trop répétées fatiguent les troupes. L'inconvénient de l'allongement des colonnes, lequel résulte d'un front trop petit, a peu d'importance par suite de la protection fournie par l'avant-garde ; et il n'est jamais opportun de marcher sur un front plus grand que celui qui permet de passer facilement partout. Dans le but de ménager les troupes, il semblerait avantageux de séparer les armes qui n'ont pas la même mobilité, de faire marcher par exemple l'infanterie sur une route, la cavalerie et l'artillerie sur d'autres routes parallèles. Mais cela n'est exécutable d'une manière absolue que lorsqu'il existe des chemins latéraux très-rapprochés de la route principale, à 1 ,000 pas au plus de cette route. Toutes les fois qu'il n'en est pas ainsi, il faut au moins conserver sur la même route l'infanterie et l'artillerie, afin que ces deux armes puissent se prêter immédiatement un mutuel appui. Il est plus souvent permis de séparer la cavalerie. On ne doitpas non plus mettre toute l'infanterie en tète et toute l'artillerie en queue, lorsque la colonne a une certaine force. Si la colonne est, par exemple, d'une division, elle mettra au moins une batterie derrière le premier bataillon d'infanterie, ou tout au plus derrière le deuxième bataillon.
Si la colonne se compose de plusieurs divisions, il faut absolument que la division de tête place derrière le premier bataillon toute son artillerie divisionnaire (moins ce qu'elle en pourrait avoir à l'avant-garde), c'est-à-dire deux ou trois
batteries. La deuûème division fera la même chose. Au contraire Tartillerie divisionnaire des divisions suivantes, ainsi que la réserve d*artillerie, seront réunies à la queue ou sur un point déterminé de la colonne. C'est en agissant de la sorte qu'on se prémunit le mieuï con^e le double danger, soit d'engager le combat avec trop peu d'artillerie sous la main, soit de n'avoir plus d'artillerie disponible pour l'em* ployer aux points qui se dessinent, pendant l'action, comme points décisifs.
Il faut seulement veiller, pour la commodité de la marche, à ce qu'il existe toujours une distance de 40 à SO pas entre deux bataillons consécutifs, et de 80 à 100 pas entre un bataillon et une batterie, ou une batterie et un bataillon qui se suivent, afin que les à-coup, résultant d'un ralentissement de la tète de colonne ou d'une accélération de vitesse de la queue, ne se fassent pas sentir immédiatement dans toute la colonne*
Il est commode pour les troupes d'avoir le plus longtemps possible avec elles toutes leurs voitures. Quelques-unes les accompagnent forcément au combat ; ce sont : les caissons d'artillerie, les voitures de munitions des bataillons, une partie des parcs de division ou de corps d'armée, et enfin les voitures d'ambulance. Oii n'a pas besoin pendant le combat des voitures de provisions ou de bagages, mais il est avantageux de les avoir sous la main le plus tard podsâAe avant de rencontrer l'ennemi et le plus tôt après le combat. On n'admet en général dans les colonnes de troupes que les voitures d'artillerie et d'ambulance; toutes les autres sont réunies dans un grîyid convoi à la queue de la colonne. Mais si l'on formait sur la route un ou plusieurs corps d'armée en une seule colonne, et que Ton plaçât tout le convoi à la queue de cette colonne de plusieurs lieues de longueur, les troupes n'en retireraient presque aucune utilité, car il serait très-difficile d'amener des voitures de chaque divisioa dans le bivouac qu'elle occupe. Pour cette raison, lorsqu'une très-forte colonne doit suivre la même route, il faut la frac* tîonner en plusieurs autres qui ne soient pas trop considé-
râbles pour que chacune puisse être réunie commodément daiîs le même bivouac^ ce qui suppose que la queue de cette colonne partielle n'arrivera pas au bivouac plus d'une heure après la tête, et l'on fait suivre chacune de ces colonnes des voitures dont la présence en fait réellement un corps indépendant. Les voitures qui ne peuvent pas être conduites sur le champ de bataille resteront en arrière toutes les fois qu'on sera certain de combattre dans un ou deux jours.
À la fin de chaque journée de marche dans laquelle on n'a pas rencontré l'ennemi^ ou seulement des partis ennemis sans importance^ l'avant-gàrde bivouaque en ayant du gros de la colonne, et l'eitrème avant-garde forme une chaîne de grand 'gardes.
Bien qu'il soit moins indispensable aujourd'hui qu'au siècle dernier d'établir un rapport intime entre l'ordre de marche et l'ordre de bataille, il est toujours bon de faire marcher la colonne tantôt la droite, tantôt la gauche en tôte, en alternant tous les jours ou tous les deux jours, de manière que les troupes qui sont arrivées hier les dernières au bivouac y arrivent les premières aujourd'hui. Plus tôt une troupe arrive au bivouac^ mieux elle s'en trouve; et si l'on change l'ordre de rupture des colonnes considérables, c'est plutôt pour procurer successivement cet avantage à tous les corps de troupes que pour leur donner l'avantage assez imaginaire de marcher les premiers à leur tour.
Outre l'avant-garde, on a généralement l'habitude de placer sur les flancs de la colonne de petits détachements de flanqueurs qui se comportent exactement de la même manière que l'extrême avant-garde. Cependant cette précaution peut être négligée dans les circonstances ordinaires, pourvu que l'extrême avant-garde occupe un front suffisant, puisqu'elle éclaire alors une zone assez large dans laquelle la colonne peut s'avancer en toute sécurité. L'unité du commandement est toujours avantageuse, et s'il existe des patrouilles de flanqueurs en même temps que Tavant-garde, il pourra se faire que l'avant-garde se repose sur les flanqueurs, et ceux-ci sur l'avant-garde.
Il est cependant des cas où ces patrouilles de flanc sont nécessaires ; c'est d'abord lorsqu'on opère dans un pays insurgé dont les habitants prennent une partactive à la guerre. En effet, il pourrait alors arriver que l'avant-garde ne trouvai pas l'ennemi devant elle, et que celui-ci se rassemblât tout à coup derrière elle. Il faut donc, dans ce cas, couvrir les flancs de la colonne dans toute sa longueur. H faut aussi que chaque brigade organise sur ses flancs un service de sûreté en détachant des patrouilles de flanqueurs.
Le second cas est celui des marches de la guerre de montagnes. Dans cette guerre, il n'y a que des marches rapides qui puissent donner des résultats : or on ne peut les exécuter que dans les grandes vallées, et les hauteurs, ainsi que les passages qui s'y trouvent, restent alors sur les flancs des colonnes. Un ennemi qui serait maître de ces hauteurs pourrait être très-dangereux, quelle que fût sa force, et arrêter tout le mouvement. H est donc indispensable â'occupei d'avance les passages les plus praticables sur les crêtes que doit longer la colonne. Les détachements postés à ces passages sont alors des patrouilles de flanc immobiles, et elles doivent rester en place au] moins jusqu'à ce que la colonne dont elles couvrent la marche les ait dépassées ; souveut même jusqu'à ce que la colonne soit arrivée au point oii se décidera l'affaire, ou jusqu'à ce qu'elle l'ait décidée, et que par là tout mouvement de l'ennemi venant des vallées latérales soit devenu impossible ou sans danger.
De même que les flanqueurs sont généralement superflus dans les marches perpendiculaires en avant, l'arrière-gaide n'y joue de son côté qu'un simple rôle de police. Elle fournit l'escorte du convoi qui suit la colonne et empêche que ui homme, ili cheval, ni voiture ne reste en arrière sans une nécessité absolue dont elle est juge. Pour cela, quelques compagnies sont suffisantes dans une colonne de 10 à 20,000 hommes. L'arrière-garde est généralement composée d'infanterie.
Comme il se trouve, dans le convoi, des voitures qui ne sont pas la propriété commune du corps d'armée ou de la
division, mais qui appartiennent à des bataillons^ escadrons ou batteries^ telles que les voitures de bagages et de mu-* nitions, il faut que chacune de ces fractions de troupes détache tjuelques hommes pour accompagner ses voitures. Tant que dure leur service d'escorte, ces hommes sont placés sous les ordres du commandant de Tarrière-garde, laquelle est toujours composée de compagnies entières, et non pas d'hommes fournis par tous les bataillons.
Ce n'est que dans un pays insurgé que T arrière-garde a un rôle tactique important dans les marches perpendiculaires en avant. Il faut alors qu'elle soit plus forte, eue reçoit de la cavalerie, et même de l'artillerie dans un cas pressant. L'arrière-garde s'organise ensuite exactement comme l'avantgarde.
Dans ce cas, les flanqueurs et l'arrière-garde s'établissent, comme l'avant-garde, dans des bivouacs particuliers, de sorte que le bivouac du gros de la colonne est entouré de tous côtés d'une chaîne de sûreté.
Si l'avant-garde rencontre l'ennemi, sa conduite dépend, dans chaque cas particulier, des circonstances où l'on se trouve : du but que poursuit la colonne, du terrain que l'avant-garde parcourt en ce moment. Mais, en général, ce que l'avant-garde a de mieux à faire, c'est d'attaquer promptement et vigoureusement l'ennemi. Ce dernier, en effet, se fait également précéder d'une avant-garde, il ne peut pas non plus engager immédiatement toutes ses forces, et il n'y a donc pas beaucoup de danger de se jeter dans un piège. L'adversaire ne s'avance lui aussi qu'avec prudence, en tâtonnant, et il sera également étourdi, ou au moins indécis, à ce premier choc. Celui des deux qui se remet le premier de cette indécision a nécessairement l'avantage. Nous avons dit qu'il faut que l'avant-garde voie et observe ; mais comment pourrait-elle le faire autrement qu'en s'avançant aussi loin que possible sur le terrain ennemi, en pénétrant le plus profondément qu'elle peut au cœur des positions de l'adversaire? Or, dans quel moment cela lui sera-t-il plus facile que dans la première surprise? Le but le plus couve-
nable que puisse se proposer le commandant de TavanU garde dans le cas d'une rencontre^ c'est d'enlever à Tennemi une position favorable qu'il aperçoit devant lui. Le gros de l'extrôme avant-garde, qui se trouve sur la route principale^ se charge aussitôt de cette attaque, et le gros de ï'avant-garde se déploie pour l'appuyer vigoureusement. La plus grande faute serait alors de faire des manœuvres compliquées qui coûtent nécessairement du temps, et la pensée dominante du commandant de Tavant-garde devra être d'employer ses forces sur le point où elles se trouvent, d'y faire une vive impression sur l'ennemi par l'énergie de son attaque, et d'attirer son attention dans une direction déterminée*
Cette règle générale de faire attaquer vigoureusement l'avant-garde ne souffre d'exception que dans le cas où le terrain est très-couvert, au milieu de bois étendus et d'autres obstacles, parce qu'on n'aurait alors aucun avantage à «e porter en avant, puisqu'on ne pourrait rien voir. Il est sonvent préférable, dans ce cas, d'arrêter l'extrême avantgarde là où elle se trouve, pour attendre l'attaque de l'ennemi, et pendant ce temps, de déployer le gros de ravan\garde en arrière, dans une position convenable, puis, dès que l'ennemi se porte en avant, on retire également rextrême avant*garde dans cette position.
Ajoutons encore que, même dans le cas où l'ou suit la règle générale en faisant attaquer hardiment l'avant-garde, il ne faut pas pousser trop loin cette attaque. Dès que l'avant-garde s'est emparée de la position qu'elle avait choisie et d'où elle peut voir le déploiement de l'ennemi, elle doit cesser de se porter en avant et ne combattre que daos le but de conserver la position conquise. En effet, l'avantgarde n'étant qu'une fraction du tout ne doit que prëparei une action convenable du gros de la colonne, sans chercher elle-même à décider l'affaire. Or, l'action du tout réussin d'autant mieux que le plan reposera sur des données plus certaines^ En poursuivant trop loin son mouvement en avant, le commandant de l'avant-garde ne pourrait plus
donner au commandant en chef de la colonne des nouvelles précises sur la position même de l'avant-garde ; il n'aurait plus ni le temps ni le loisir d'observer l'ennemi^ sa position et ses mouvements, de déduire les conséquences de ses observations, et d'en faire part au commandant en chef pour que ce dernier établisse son plan sur ces données»
Il n'en est plus ainsi quand l'avant-garde, après avoir obtenu un premier succès, prend une position défensive ou au moins d'expectative. Elle forme ainsi une première ligne du tout ; elle peut faire connaître au général quel est le front de cette première ligne, quelles espérances elle a de le conserver ; en outre les choses ne tardent pas h prendre chez l'ennemi une forme plus précise et plus reconnaissable, et le commandant en chef en est informé. D'après ces rapports, le général en chef peut décider avec assez de certitude s'il doit ou non accepter la bataille le jour même, s'il doit pren* dre l'offensive ou se tenir sur la défensive, comment il lui faut répartir ses troupes et les déployer, soit pour remporter un succès décisif, soit pour se mettre en sûreté.
L'ail^lâre-garde dans une marche perpendiculaire
en retraite.
Dans une retraite perpendiculaire, les conditions sont inverses de ce qu'elles étaient tout à l'heure. On forme une faible avant-garde qui n'a qu'un rôle de police et d'administration, elle prépare les bivouacs, écarte les obstacles, balaye le chemin. Cette avant-garde, que l'on ne doit renforcer beaucoup que dans un pays insurgé, est suivie du convoi qui prendre plus d'avance possible sur la colonne; puis vient le gros de la colonne, et enfin l'arrière-garde qui est organisée de la même manière que l'avant-garde dans une marche en avant.
Les mêmes principes invoqués pour l'avant-garde décideront de la force de l'arrière-garde.
Le gros de la colonne est suivi du gros de l'arrière-garde^
et enfla Textrême arrière-garde est le plus rapprochée de Tennemi.
Tandis que Tavant-garde est chargée de frayer le chemin au gros de la colonne, Tarrière-garde doit arrêter la poursuite de Tennemi. Le seul moyen d'y arriver, c'est de prendre des positions successives sur la route qu'elle suit en se retirant, de défendre assez longtemps chacune de ces positions, puis de l'évacuer pour en occuper ensuite une nouvelle. L'arrière-garde doit s'étendre autant que le faisait l'avant-garde, car l'ennemi ne se contentera pas. de noijs poursuivre directement, mais il cherchera sans cesse à nous tourner et à se porter sur les flancs de la colonne. Le gros de l'arrière-garde ne s'étend pas plus que le gros de l'avantgarde, parce que cela lui ferait perdre toute force de résistance^ c'est l'extrême arrière-garde qui doit occuper un front étendu. Mais la différence qui existe entre ce déploiement de l'extrême arrière-garde et celui de l'extrême avant-garde, jc'est que les détachements qu'elle forme conserveront autant que possible leurs forces réunies sur la route principale et les routes latérales. En effet il doivent voir, eux aussi, ce qui se passe du côté de l'ennemi et, pour cela, il faut qu'ils se séparent les uns des autres, mais ils se trouvent vis-à-vis de l'ennemi qui les poursuit dans des conditions tout autres que s'ils marchaient à sa rencontre. Beaucoup de circonstances qui, dans ce dernier cas, sont obscures et indécises, prennent, dans le premier, une forme très-précise; on a des points mieux déterminés sur lesquels il faut concentrer son attention. Dans une retraite et dans le rôle défensif qui en découle, il faut se régler beaucoup plus strictement sur le terrain que lorsqu'on marche en avant pour attaquer. H y a donc moins à observer dans une retraite que dans une marche en avant, bien qu'on doive le faire avec plus de soin encore. En conséquence, l'extrême arrière-garde n'a pas besoin de se fractionner autant que l'extrême avant-garde, et il lui est même interdit de le faire puisqu'elle doit déployer une asseï grande force de résistance. Pour la même raison, elle ne s'é" loigne pas autant du gros de l'arrière-garde que l'extrême avant-garde du gros de l'avant-garde.
Nous avons dît que rarrière-garde ne peut remplir sa mission qu'en défendant Tune après l'autre des positions convenablement choisies. Pendant qu'elle se retire d'une position vers l'autre, elle doit éviter le combat, parce qu'elle ne pourrait l'accepter alors que dans des conditions trèsdéfavorables. Elle doit au contraire chercher à gagner la nouvelle position le plus vite possible. Elle ne peut y réussir qu'en se débarrassant momentanément de l'ennemi d'une manière ou d'une autre ; soit qu'elle se retire dès que l'obscurité a' mis fin au combat ; soit qu'elle ait exécuté de la position précédente un mouvement offensif heureux qui ait repoussé l'ennemi, et qu'elle utilise aussitôt le temps ainsi gagné pour continuer sa retraite sans être inquiétée et arriver dans la seconde position. D'un autre côté, cependant, on exige de l'arrière-garde qu'elle reste constanmient en contact avec l'ennemi afin de ne pas le perdre de vue. Or, ces deux conditions de se débarrasser momentanément de l'ennemi et de rester toujours en contact avec lui semblent assez difficiles à concilier ; on y arrive pourtant fort bien en partageant les rôles dans l'arrière-garde.
Ainsi, l'extrême arrière-garde sera chargée de rester constamment assez près de l'ennemi pour ne pas le perdre de vue, et de se déployer le plus possible afin de s'apercevoir des mouvements tournants que tenterait l'ennemi. Elle doit en outre rendre difficile la marche de l'ennemi sur toute l'étendue du front qu'elle occupe ; elle détruit les ponts dès qu'elle a traversé une rivière, elle détériore et barricade derrière elle les chemins creux, elle incendie les villages situés sur la ligne la plus courte des opérations de l'ennemi. En raison de sa faiblesse numérique, l'extrême arrière-garde ne peut retarder l'ennemi que de deux manières : en accumulant devant lui des obstacles matériels, et ensuite par une grande audace qu'elle combine avec des surprises. Les embuscades sont la véritable manière de combattre de l'extrême arrièregarde.
Le gros de l'arrière-garde ne cherche pas aussi constamment à créer des obstacles à l'ennemi ; il lui fait tête seule-
— Moment de temps en temps, mais avec beaucoup plus de ifigueupque Textrême arrière-garde. Il tient en conséquence ses forces réunies sur la route principale, il s'établit de préférence dans des positions difficiles à tourner et s'y maintient quelque temps. Pendant qu'il combat dans l'une de ces positions, l'extrême arrière-garde a plus d'une manière de le soutenir, en couvrant ses flancs, et même en y prenant l'offensive si l'ennemi n'est pas très-prudent. Lorsqu'il n'est plus possible de tenir dans une position ou qu'il semble plas avantageux de l'abandonner, alors le gros de l'arrière-garde l'évacué sous la protection de l'extrême arrière-garde, et il se porte dans une autre position pour y recevoir l'extrême arrière-garde quand celle-ci est trop vivement pressée. Ce jeu continue ensuite de la même manière.
S'il existe sur la ligne de retraite des points importants que l'ennemi pourrait occuper avant que toute la colonne les eût dépassés, ce qui gérait très-dangereux, le gros de la colonne fait alors occuper ces points par des détachements jusqu'à l'arrivée du gros de l'arrière-garde qui les relève. On peut également former, pour cet objet, un détachement spécial, — détachement intermédiaire '-^, qui marche entre le gros de la colonne et le gros de l'arrière-garde, ou, en d'autres termes, fractionner d'avance le gros de l'arrièregarde en plusieurs échelons dont le premier, le plus rapproché du gros de la colonne, occupe la première position qu'il rencontre, tandis que le second échelon continue de marcher, pour aller occuper la position suivante et y recevoir ensuite le premier échelon ; et ainsi de suite.
Des corps de flanquenrs dans les marches de flanc.
On considère assez généralement les marches de flâne comme des entreprises dangereuses dont Texécution demande une attention particulière. Cependant, si l'on réfléchit que, dans les conditions ordinaires du terrain, une colonne qui marche sur une route a plus de facilités pour faire front vers l'un de ses flancs qu'en avant ou en arrière, cette
opinion doit perdre une grande partie de sa valeur. Dans le fait, lorsqu'on marche avec l'intention de se battre, on le peut très-bien en faisant une marche de flanc, et les difficultés que rencontre Texécution d'une marche de cette nature proviennent de ce qu'on ne veut pas se battre pendant cette marche, plutôt que des conditions défavorables de combat où elle nous placerait.
La marche de flanc a généralement pour objet de nous faire atteindre un point où nous nous trouverons dans de meilleures conditions pour livrer bataille, soit pour accepter le combat en ayant une retraite mieux assurée, si l'ennemi nous attaque, soit pour prendre nous-même l'offensive avec plus de chances de remporter un succès décisif.
Le rôle de l'avant-garde dans une marche en avant, ou de l'arrière-garde dans une retraite, revient, dans une marche de flanc, au corps de flanqueurs ou garde de flanc. Cette garde se fractionne, de la même manière que l'avant-garde ou l'arrière-garde, en gros de la garde de flanc et en un détachement plus rapproché de l'ennemi, dont les fonctions répondent à celles de l'avant-garde et de l'arrière-garde.
Le détachement de flanc a {fig. 67) envoie ses éclaireurs contre le front ennemi bc. Us doivent éclairer le terrain dans la direction de l'ennemi et, en même temps, se porter en avant dans la direction ad de la marche. Pour concilier ces deux exigences, le gros de la garde de flanc envoie d'abord ses éclaireurs sur la ligne ef^ et derrière ce rideau, il marche, par exemple, jusqu'en y; arrivé là, il s'arrête et envoie de nouveaux éclaireurs sur la ligne /A, pendant qu'il fait rentrer ceux de la ligne ef. Dans une marche de flanc, les éclaireurs ont à considérer un point essentiel, c'est qu'ils doivent protéger la colonne contre une attaque imprévue de l'ennemi, en évitant cependant d'attirer son attention sur la marche de flâne, ce qui l'engagerait peut-être à faire des mouvements dont il n'avait pas conçu le dessein.
Outre le détachement de flanc qui le sépare de l'ennemi, le gros de la garde de flanc i doit avoir une petite avantgarde kj chargée principalement de s'emparer des défilés et
des passages où Tennemi pourrait créer des diMcultès à la marche s'il s'y établissait le premier. Par la même raison, le gros n de la colonne se fait précéder d'une avant-garde analogue m, et s'il y a plusieurs colonnes au lieu d'une seule, chacune aura ainsi son avant-garde.
Lorsque le corps en marche est d'une force considérable, plus de IS à 20,000 hommes par exemple, on le partage en plusieurs colonnes telles que w et o [fig. 67,) toutes les fois que le permet la nature du terrain et des chemins. Il est ensuite à propos que la colonne la plus éloignée de Tennemi rompe la première, afin de prendre une certaine avance. De cette façon, la colonne qui a le plus de chemin à faire pourra cependant arriver au but en même temps que les autres, et Ton obtiendra en outre des avantages probables pour le combat. Cela tient à ce qu'en fractionnant ses troupes en plusieurs colonnes pour exécuter une marche de flanc, le commandant en chef a généralement mieux la libre disposition de ses forces que s'il les faisait marcher en une seule colonne.
En effet, s'il n'y a qu'une seule colonne n et que renneml, s'avançant de 6c, réussisse à repousser le détachement et la garde de flanc, toutes les forces de la colonne se trouveront aussitôt engagées. Si au contraire il existe une deuxième colonne 0, elle restera provisoirement en dehors du combat, et le général en chef l'aura mieux à sa disposition pour soutenir w.
En admettant que le commandant en chef de l'armée se trouvât hors d'état de disposer personnellement de o, alors le chef de cette colonne o obéirait à cette vieille règle, doi\l l'importance est surtout vraie lorsqu'une armée opère sur plusieurs colonnes indépendantes : marcher au canon ! CettB règle est à coup sûr excellente, mais pour qu'elle ne soit pas nuisible dans son application, pour que le lieutenant habîk la suive avec connaiifsance de cause, il est indispensable que le général en chef fasse part à tous ses lieutenants des dispositions générales qui leur feront connaître clairement le bot qu'il poursuit, et qui leur indiqueront les lignes de mouye-
ment des colonnes latérales, de manière qu'ils n'opèrent pas au hasard.
Si la colonne o a pris de l'avance sur n dans le sens de la marche, et si son chef a reçu, comme nous venons de le dire, des instructions convenables, il pourra, par exemple, se diriger vers Pj en cas d'attaque de l'ennemi, et agir ainsi de . la manière la plus efficace possible dans les conditions d'une marche de flanc. Admettons que dq soit la ligne que le corps cherche à atteindre par sa marche de flanc, soit dans l'intérêt de sa propre sûreté, soit pour attaquer l'ennemi avec plus de succès, plus le corps approchera de cette ligne, plus il sera près de se trouver dans les conditions favorables, stratégiques ou tactiques, où doit le placer la marche de flanc. Or, dans notre hypothèse, la colonne o est la plus rapprochée de la ligne dq, si n est attaquée, et c'est justement de cette colonne o que le général en chef dispose en toute liberté.
Les choses pourraient, il est vrai, se passer d'une autre façon. L'ennemi, s'avançant dans la direction cr, pourrait se heurter à la colonne o sans avoir rencontré n. Mais cela ne peut arriver que si l'avance de o sur n est très-considérable, beaucoup plus grande que cela n'a lieu dans la pratique, parce que l'adversaire marche nécessairement sur un front assez étendu lorsqu'il se sait aussi près de l'ennemi qu'i l'est d'habitude en présence d'une marche de flanc. Dans tous les cas, lorsque les têtes de colonne de l'ennemi atteindraient la colonne o, et pendant qu'il se déploierait, la colonne w, qui continue de marcher, le prendrait lui-même en Sanc
Il est moins vraisemblable, et à coup sûr moins dangereux, pie la marche de flanc soit inquiétée par une attaque de 'ennemi lorsqu'elle en est séparée par un obstacle naturel tnportant. Il est donc avantageux, lorsqu'on veut faire une larche de flanc, d'avoir entre l'ennemi et soi un obstacle de Btte nature, la rivière st par exemple.
La surprise joue toujours un grand rôle dans les marches B flanc : tantôt l'ennemi nous croyait déjà dans ses filets, et \ lendemain il s'aperçoit avec dépit que nous lui avons
échappé par une marche de flanc ; tantôt il croyait accepter dans des conditions avantageuses la bataille que nous avions Tair de lui offrir, et demain il nous verra dans une position tout autre que celle que nous occupions avant la marche de flanc, position qui Tempéche d'accepter la bataille, sous peine de s'exposer à tout perdre en cas de revers. Ce qui importe donc avant tout dans les marches de flanc, c'est de gagnerda temps, de prévenir ou de tromper l'ennemi. Le but général d'une marche de flanc, c'est d'atteindre un point déterminé, une ligne précise telle que dq (fig. 67) ; mais avant cette ligne, il s'en trouvera certainement une autre, qu'on atteindra pins tôt, et sur laquelle arrivé on pourra dire que l'ennemi ne peut plus nous empêcher d'arriver au but, s'il s'est aperça de notre marche de flanc et veut s'y opposer. Si, par exemple, l'ennemi est en ab {fig, 68) et que nous voulions aller de c en d par une marche de flanc, nous serons h, peu près certains du succès dès que nous aurons traversé la rivière (?/, bien que nous ne soyons pas encore arrivés en d. Si l'ennemi ne pénètre qu'alors nos desseins, il lui sera difficile da i\ opposer.
U s'agit donc avant toute chose de gagner ce point-là le plus vite possible et sans que l'ennemi s'en aperçoive. Poor cela on marche de nuit, ou l'on part d'aussi bonne heure que l'on peut ; on ne s'inquiète pas de diviser régulièrement b journée de marche ; on fait d'une traite 15 ou 20 kilomètres, puis on se repose 4 ou 5 heures pour manger, et l'on marche ensuite jusqu'à ce qu'on ait atteint le point que l'on peut appeler la clef du mouvement, ou jusqu'à ce que la fatigue rende une nouvelle balte indispensable. On emporte du point de départ la soupe et la viande cuite pour n'avoir plus qo't les faire réchauffer à la halte.
Il est généralement possible de faire une marche de fiani d'une seule traite, avec une halte de durée moyenne, pan» que ces marches exigent rarement plus d'une journée, k tout prendre, on ne se trouve en marche de flanc qu'aussi longtemps qu'on est vis-à-vis le front ennemi. Mais si tt front aby {fig* 68), qui donne la mesure de la marche de
flanc, était plus long qu'une forte journée de marche, Tennemi serait dans une formation peu concentrée, il serait par conséquent fort mal préparé pour une action énergique, et son dessein d'entraver notre marche de flanc serait peu dangereux, car« ou il perdrait du temps à concentrer ses forces, ou il ne prendrait l'offensive qu'avec des détachements isolés, s'il ne voulait pas perdre ce temps«là. *
On comprend facilement que le danger de voir notre marche de flanc inquiétée dépend beaucoup de l'ennemi auquel nous avons affaire. Ce danger est peu de chose si toute l'attention de l'ennemi est attirée dans une autre direction que la marche de flanc, si l'ennemi est peu mobile, s'il est disposé à n'agir que suivant une impulsion étrangère. La grande affaire ensuite est de lui cacher nos desseins. Dans ces conditions-là, on peut fort bien se dispenser d'une garde de flanc, spécialement chargée de la sûreté de la marche, et on laisse alors à chaque colonne le soin de se couvrir ellemême par quelques patrouilles de flanqueurs, qui sont détachées du côté de l'ennemi, mais pas assez près de lui pour courir le risque de le rencontrer.
n n'en est plus ainsi lorsque l'ennemi n'est pas occupé dans une autre direction, lorsqu'il est en quelque sorte aux aguets pour saisir le moment de nous attaquer. Il faut alors faire appel à toute notre prudence. Toutes les colonnes se tiendront prêtes à combattre, autant que cela est concilia* ble avec le dessein de gagner du terrain dans une direction déterminée.
Moins les colonnes traînent de voitures après elles, plus facilement elles se déploient pour combattre. Aussi, dans une marche de flanc, fait^n marcher le convoi sous escorte sur.la route la plus éloignée de l'ennemi, en Uy [fig. 67), complètement séparé des troupes, ou bien, si cda devait faire faire au convoi un trop grand détour, avec la colonne o la plus loin de l'ennemi. S'il est très-probable que la marche sera fortement inquiétée par l'ennemi, on peut même faire marcher avec le convoi toutes les voitures d'artillerie qui ne seraient pas absolument indispensables dans le combat.
Pour les haltes et les repas, on suit différentes méthodes qui, à bien prendre, se valent toutes. Ainsi, on fait reposer en même temps toutes les colonnes, ou bien Ton fait marcher les autres pendant que Tune se repose. La dernièTe manière de faire admet des haltes très-courtes. La première est très-bonne si Ton est déjà loin du danger le plus gi-aud lorsqu'on fait H halte. Pendant que le gros des colonnes se repose, la garde et le détachement de flanc prennent position et se chargent du service de sûreté. On les relève ensuite avec des troupes reposées, et on leur fait rejoindre une des colonnes pour.se reposer et manger à leur tour, après quoi ils rejoignent le plus vite possible la colonne à laquelle ils appartiennent.
Du croisement des colonnes et du passage des défilés.
Si quatre colonnes, partant des points a^b, c^d, [fig. 69)> se dirigent, par les routes ac, ô/, cg et rfA, sur les quatre points ^, /, y, h de la ligne «A, aucune d'elles ne rencontrera ni ne gênera les autres colonnes. Mais il n'en serait plus de même si la colonne b continuant de marcher sur /, rf et c se dirigeaient sur A et a sur A, puisque a croiserait forcément la route de marche de b. De semblables croisements peuvent être inévitables. Si, par exemple, nous faisons d'abord marcher de front les six divisions 1, 2 , 3, 4, S et 6 {fig. 14, planche II), et qu'il devienne ensuite avantageux de réunir nos forces à l'aile gauche, sans vouloir pour cela £aire changer de direction aux détachements avancés de l'aile droite, qui marcheront toujours dans le même sens pour attirer l'attention de l'ennemi, alors des croisements de route sont inévitables. Mais des croisements de routes n'entratnent pas nécessairement des croisements de colonnes. Supposoos^ par exemple, que les deux colonnes aeXb (fig. 70) soient à 40 kilomètres l'une de l'autre, et qu'elles se mettent ensemble eu mouvement, a marchant sur c et 6 sur d. La ligne ac coupe bd en /, mais si f n'est qu'à 8 kilomètres de d, b atteindra ce point / et le dépassera longtemps avant que a n'y
arrive, même si la marche de b rencontre des obstacles imprévus. Le croisement des routes n'aura donc pas ici pour conséquence le croisement des colonnes, à cause de la longueur très-différente des routes bf et af.
Cela fait ressortir l'importance de bien ordonner les marches, et de se conformer exactement aux ordres de marche ; l'on voit en outre que le croisement des routes de marche rend le croisement des colonnes d'autant plus probable et moins facile à éviter que les corps obligés de suivre des routes qui se croisent sont plus rapprochés les uns des autres. Mais d'un autre côté, plus le moment décisif approche et plus les corps sont près les uns des autres. — Les croisements de colonnes ont peu d'inconvénients quand le temps ne presse pas. La colonne qui arrive alors la première au point de rencontre continue de marcher, et celle qui l'atteint plus tard s'arrête jusqu'à ce que l'autre soit passée. Mais c'est justement quand les croisements de colonnes sont le plus vraisemblables que les moments sont le plus précieux. 11 est donc nécessaire d'aviser aux moyens, soit d'éviter, soit de rendre sans danger la perte de temps qui résulte du croisement des colonnes.
Si deux colonnes a et 6 {fig. 71) sont à peu près à la même distance du point e, où elles doivent passer toutes les deux pour aller l'une en c et l'autre en rf, il y aurait d'abord un moyen technique d'éviter toute perte de temps : ce serait de construire un pont à rampes de / en ^, au-dessus du point Cj la colonne b passerait sur ce point et la colonne a dessous. Mais l'emploi de ce moyen suppose que le croisement des colonnes est prévu d'avance et formellement ordonné. Or, il n'en est jamais ainsi et les croisements de colonnes sont toujours dus à des circonstances imprévues, au retard inattendu delà marche d'une colonne.
En laissant de côté ce moyen technique, on réglera le passage des colonnes aux points de croisement d'après les conditions spéciales où se trouvent les colonnes dans chaque cas particulier. Admettons par exemple, que les deux colonnes a et ô marchent au combat, que a soit destinée à être
en première ligne et 6 à former la réserve générale ; il est clair, dans ce cas, que a devra passer la première et que 6 attendra au point / que a soit passée.
Lorsque les rôles des deux colonnes ne sont pas aussi nettement définis, on peut éviter parfois le croisement des colonnes en utilisant cette condition que tous les mouvements de quelque importance doivent être entrecoupés de haltes, de repos. Quand, par exemple, la colonne a arrive près dn point de croisement e où elle sait qu'une autre colonne h doit passer prochainement, si le moment de sa halte coïncide à peu près avec celui de son arrivée en e, elle s'assure d'abord si Ton aperçoit la colonne b ; si cette dernière est encore loin, a franchit le point de croisement et s'arrête en h après l'avoir dépassé ; si au contraire la colonne b est déjà ausi près que a du point de croisement, alors les chefs des dem colonnes ont un conciliabule dans lequel ils décident quelle colonne doit faire halte avant le point de croisement et quelle autre après.
Le cas extrême est celui où aucune des deux colonnes ne peut interrompre sa marche, où chacune a des raisons pressantes de rester en mouvement et préfère perdre un peu de temps que de suspendre momentanément sa marche. I n'existe pas alors d'autre moyen que de faire passer alternativement des fractions de l'une et de l'autre colonne, d'abord un bataillon de la colonne a, puis un bataillon de la colonne b et ainsi de suite. Chaque bataillon d'infanterie, chaque régiment de cavalerie ou chaque batterie traverse le point de croisement en augmentant de vitesse, l'infanterie au pas de course, la cavalerie et l'artillerie au trot. Toutes les autres troupes restent à l'allure de route et la reprennent à cent pas au delà du point de rencontre. Toutes les fois que le permet le terrain où se trouve le point de croisement, il est boa que les troupes y passent surle plusgrand front possible, l'infanterie en colonne double, la cavalerie en colonne par escadron ou par peloton, l'artillerie sur un front de batterie, de demi-batterie ou de section. De cette façon, la perte de temps sera fort diminuée.
Le passage d'uû défilé cause toujours un temps d'arrêt dans le mouvement général d'une colonne. Dans les routes, où il importe assez peu de déranger inomentanément l'ordre de marche, on peut éviter de la manière suivante d'allonger le mouvement t le premier bataillon (régiment ou batterie) traverse le défilé et s'arrête au delà, le deuxième bataillon s'arrête en deçà du défilé, en laissant la route libre, le troisième passe le défilé, le quatrième s'arrête en deçà, et ainsi de suite. Après la halte, le deuxième bataillon se met en mouvement le premier et passe le défilé. Dès que le premier bataillon aperçoit le deuxième, il se remet en marche, le deuxième le suit, puis le troisième rompt à son tour pendant que le quatrième passe le défilé, et ainsi de suite, de sorte que l'ordre de marche se trouve ainsi rétabli. Mais on aura rarement à employer ce mouvement dans les routes parce qu'elles se font généralement par petites fractions ; et, dans les marches de guerre, il ji'est pas applicable parce qu'il ne feut jamais détruire l'ordre de marche, ne Mt-ce qu'en passant.
Dans les marches de guerre, lorsqu'on trouve un défilé, l'avant-garde au moins le traverse et prend position au delà. Le gros, au contraire, a souvent avantage à s'arrêter à l'entrée du défilé pour s'y reposer. Si le défilé n'est pas trop long, l'avant-garde et la colonne sont alors prêtes à se soutenir si l'ennemi paraît tout à coup, et elles se trouvent en général dans de bonnes conditions pour le recevoir, parce que la présence d'un défilé important sur une route suppose habituellement un obstacle perpendiculaire à cette route. Comme le passage d'un défilé par le gros de la troupe ne peut jamais s'effectuer sans retards, quelque bien prises que soient les mesures, l'avant-garde ne se remettra en marche qu'en môme temps que le gros de la colonne, elle regagnera bientôt sur lui une avance convenable, surtout si elle a eu soin pendant le repos de faire fouiller le terrain au loin par ses patrouilles.
Pour activer le plus possible le passage de la colonne, chaque bataillon, régiment ou batterie, prend le pas de
course ou le trot à 500 pas au moins de l'entrée du défilé, en se dédoublant si Ton a marché jusque-là sur un front plus grand que la largeur du défilé. Chaque fraction conserve cette vitesse accélérée pendant le passage du défilé et, à SOO pas au delà, elle reprend Tallure de route. Lorsque le terrain le permet, il est bon que chaque gros détachement se déploie momentanément sur un front plus étendu, dès qu'il a passé le défilé, afin de dégager la sortie le plus vite possible et de ne pas retarder les fractions suivantes.
Marche de flanc de Radetzki de Vérone sur Mantoue,
27 et 28 mai 1848.
(Figure 72.) BUT DE CETTE MARCHE.
Après avoir repoussé le 6 mai une attaque des Piémontais sur la rive droite de TAdige, en avant de Vérone, Radetzki travailla sans relâche à fortifier cette place. Le 28 mai, il remit aux troupes qu'il avait à Vérone le corps de réserve de Thurn, venant de Tlsonzo. L'arrivée de ce renfort important permettait à Radetzki de prendre à son tour loffensive, et les circonstances lui en faisaient une nécessité.
Les Piémontais assiégeaient Peschiera qui était déjà près de succomber et ils employaient le reste de leur armée à couvrir ce siège. A Textrême droite, sur la rive droite du Mincio, le long de TOsone, se trouvait un corps auxiliaire toscan, sous les ordres du général Laugier. Plus au nord, l'aile droite des Piémontais occupait Goîto sur la rive droite du Mincio, Roverbella et Villafranca sur la rive gauche. Leur centre était devant Vérone, sur les hauteurs de Sommacampagna, Sona et Castelnovo qu'ils avaient fortifiées ; le général Bava, qui commandait sur ce point, avait son quartier général à Custozza. L'aile gauche piémontaise était aa lac deGardO; contre le plateau de Rivoli.
Le but le plus rapproché que Radetzkî put donner à son offensive, c'était le déblocus de Peschiera, et il pouvait y arriver en attaquant directement les hauteurs de Sommacampagna et de Sona. Mais c'était sur ce point-là que les Piémontais étaient le plus forts, non-seulement par le nombre de leurs troupes, mais aussi par le terrain et leurs retranchements ; c'était-là du moins ce que croyaient les Autrichiens d'après les nouvelles fort incomplètes qu'ils recevaient du pays insurgé. En outre, une attaque contre le centre des Piémontais, si elle n'avait pas un succès décisif, n'éloignait pas l'armée autrichienne des environs de Vérone, et Radetzki attachait la plus grande importance à quitter cette ville, au moins pour un temps, dans l'intérêt des subsistances de son armée. En effet, cette contrée se trouvait presque complètement épuisée, par suite du peu de ressources arrivant du Tyrol et de la ligne de l'Adige, et du cercle restreint sur lequel on pouvait s'étendre, à cause de l'insurrection partout très-active.
Radetzki résolut de porter sur Mantoue le gros de son armée, pour s'avancer de là sur le flanc droit et les derrières des Piémontais. En prenant cette direction, il évitait d'attaquer le front de l'ennemi qu'il croyait très-fort, et il pouvait en môme temps tirer partie des ressources des environs de Mantoue, ainsi que du pays entre Legnago et Mantoue, ieaucoup moins épuisé que le voisinage de Vérone. En outre, l'aile droite des Piémontais était l'un des points faibles et des plus vulnérables de leur position ; un de leurs principaux magasins était àGazzoldo, sur l'Osone, et touteleur attention était concentrée à leur centre, d'un côté sur Peschiera, de l'autre sur Vérone. Le mouvement des Autrichiens sur Mantoue devait, selon toute apparence, éloigner plus efficacement les Piémontais de Vérone, et protéger cette ville au moins autant qu'une attaque directe contre l'armée qui assiégeait Peschiera. Mais il était très-important que les Piémontais n'entreprissent rien de sérieux contre Vérone pendant que toute l'armée autrichienne s'en éloignerait, car on n'y laissait qu'une faible garnison et les ouvrages commen- 1
ces seulement depuis six mois sur la rive droite de TÂdige étaient encore peu susceptibles de défense.