PRÉPARATIFS DE LA HARCHB
Deux routes s'offraient pour aller de Vérone à Mantoue : la première suivant la rive gauche de l'Adige jusqu'à Legnago, et allant de là sur Mantoue perpendiculairement au Mincio ; la seconde, plus directe, par Isola délia Scala. En prenant la première route, l'armée autrichienne cessait d'être, au moins au début, en contact avec les Piémontais, mais elle avait 90 kilomètres à faire, ce gui demandait environ 60 .heures, en prenant les meilleures dispositions. Cette marche exécutée, les troupes arriveraient à Mantoue fatiguées et l'on perdrait encore du'temps à les faire reposer, avant de pouvoir attaquer la ligne du Gurtatone. On ne pouvait pas admettre que cette marche serait longtemps cachée aux Piémontais à cause des intelligences qu'ils avaient dans le pays, et il était plus probable qu'ils en seraient informés douze heures apr^ le départ des Autrichiens, de sorte qu'ils auraient tout le temps de prendre leurs dispositions, même pour attaquer Vérone.
La marche de Vérone à Mantoue par Isola délia Scala n'est que de 33 kilomètres, et les troupes pouvaient la faire en 20 heures sans trop de fatigue. S est vrai que cette marche devait commencer sous les yeux du centre piémontais et passait tout près des positions qu'occupait l'ennemi à Villafranca et Roverbella. Les Piémontais ne pouvaient donc maôquer de découvrir bientôt quel était le but du mouvement des Autrichiens, et il s'agissait de retarder le plus qu'on pourrait le moment de cette découverte. Si l'on réussissait ainsi à gagner du temps, comme on était en droit de l'espérer dans un terrain très-couvert et coupé par de nombreux cours d'eau, on diminuait l'inconvénient d'être aperçu plus tôt que sur l'autre route.
Radetzki choisit la route d'Isola délia Scala. C'était une marche de flanc des plus audacieuses, mais le danger en
était diminué à cause de la nature du terrain, et de cette circonstance que le but positif des Piémontais étant pour le moment de prendre Peschiera, leur attention se portait dans une direction diamétralement opposée à celle vers laquelle marchait Radetzki.
Le général autrichien avait pris sa résolution dès le 25 mai, aussitôt après Tarrivée du corps de Thurn; mais comme ce corps avait besoin de repos, Texécution fut différée jusqu'au 27. Une garnison de 4,000 hommes devait rester dans Vérone sous les ordres de Weigelsperg. Le reste de Tannée fut partagé en trois corps :
Le 1" corps, feld-maréchal-lieutenant Wratislaw, 15 bataillons, 8 escadrons et 36 canons, en 4 brigades ;
Le 2« corps, feld-maréchal-lieutenant d'Aspre, 17 batail^ Ions, 8 escadrons et 36 canons, en 4 brigades ;
Le corps de réserve, feld-maréchal-lieutenant Wocher, 1 1 bataillons, 28 escadrons, 79 canons, et un équipage de pont, formant 3 brigades d'infanterie et 2 de cavalerie.
Le projet de la marche resta parfaitement secret. Pour gagner le plus d'avance possible avant d'être aperçu, on devait commencer le mouvement le 27 au soir, et les troupes reçurent Tordre de se former à 9 heures du soir en trois colonnes sur le plateau de Tombetta, en avant de Vérone. La brigade Schulzig, du corps de réserve, occupa les avantpostes dans la soirée sur le glacis de Vérone, en faisant front à Sona et Sommacampagna, pour couvrir le départ de Tarmée ; elle devait ensuite la suivre, après avoir été relevée par la garnison de Vérone.
Le colonel Zobel, qui commandait un détachement sur le plateau de Rivoli, à Textréme droite de Radetzki dont il couvrait les communications avec le Tyrol, reçut Tordre de marcher, le 28 mai, sur Garda etBardolino, pour attirer Tattentîon des Piémontais à leur aile gauche. Ce mouvement de Zobel ne pouvait manquer de produire son effet, parce qu'il menaçait le grand magasin piémontais de Lazisé et le siège ie Peschiera.
La colonne de marche la plus rapprochée de l'ennemi
était le 1" corps. Il se dirigeait sur Tomba, Vigasio, Trevenzuolo, Roncaleva et Castel-Belforte sur le canal de Molinello. De Castel-Belforte, où il devait faire la soupe, il marchait sur Mantoue par Boschetto.
La seconde colonne se composait du 2<' corps d'armée tout entier, puis des brigades d'infanterie Maurer et Rath du corps de réserve, de l'équipage de pont, de la réserve d'artillerie, et enfin de la brigade Schulzig, gui devait la rejoindre dès qu'elle serait relevée par la garnison de Vérone. Cette colonne devait commencer par suivre la grande route jusqu'à Isola délia Scala, puis se jeter à droite et marcher sur Torre, Erbé, Ponte-Passaro, Sorgà et Castellaro, sur le Molinello. Le 2« corps devait faire la soupe à Castellaro, les troupes du corps de réserve à Sorgà, et la marche devait continuer jusqu'à Mantoue, par la route de poste de Legnago à Mantoue.
La troisième colonne, composée des deux brigades de cavalerie du corps de réserve, était la plus loin de l'ennemi et avait le plus de chemin à faire. Elle marchait sur Tombetta, Pozzo, Yillafontana, Bovolone etNogara, sur leTartaro. Là, elle faisait la soupe et prenait ensuite la route de Mantoue par Castellaro.
Tous les bagages restaient à Vérone afin de rendre les troupes plus mobiles.
On peut évaluer comme il suit la force des colonnes autrichiennes :
La première colonne, 1'^ corps, 12,000 hommes, sans compter la brigade Benedek, qui se trouvait à Mantoue depuis longtemps et lui avait été attachée ; elle avait environ 100 voitures, y compris celles d'artillerie;
La deuxième colonne comptait 25,000 hommes, dont 16,000 du 2* corps, sans parler de la brigade Schulzig, qui restait provisoirement à Vérone. Elle avait, y compris Tartillerie, environ 400 voitures, dont 100 appartenaient au 2* corps.
La 3* colonne se composait de 3^000 cavaliers.
La longueur de la 1'* colonne en marche était de au moins
6,000 pas, celle de la 2% 14,000 pas et celle de la 3% 5,000
pas.
SXfiCUTION DE LA HARCHB.
Le 27, à 9 heures du soir, les colonnes se réunirent en avant de Vérone aux places qui leur avaient été indiquées. Pour donner l'exemple à ses troupes, le général en chef n'avait d'autre bagage que son porte-manteau. La première colonne partit à 9 heures et fournit la garde de flanc; une garde spéciale n'avait pas été formée. Chaque brigade de la première colonne détacha seulement sur son flanc droit une grosse patrouille d'une compagnie d'infanterie et d'un peloton de cavalerie. Ces patrouilles se dirigèrent sur Isola alta, Castello di Nogarole et Bagnolo. Jusqu'à Bagnolo, elles n'étaient pas à plus d'une portée de canon des avant-postes ennemis de Yillafranca et de Roverbella; elles s'en éloignaient ensuite de plus en plus. A 7 heures du matin j la tète de la première colonne arriva sans encombre à Castel Belforte où elle devait faire la soupe. Elle repartit ensuite à i l heures et arriva à Mantoue à 2 heures et demie de l'après-midi. Le temps fut clair pendant toute la nuit, bien que la lune ne se levât qu'à 3 heures du matin, et une fraîcheur agréable facilitait la marche des troupes. La première colonne avait marché 8 heures, dont 5 heures et demie de Vérone à Castel Belforte.
La deuxième colonne, que dirigeait Radetzki lui-même, partit une heure après la première ; elle avait 8 heures et demie de marche jusqu'à Mantoue, dont 8 heures et demie jusqu'à Castellaro. Le 28, vers 9 heures du matin, le 2* corps bivouaquait à Castellaro, et le corps de réserve à Sorgà. Ces troupes repartirent à 3 heures de Castellaro et arrivèrent à Mantoue à 7 heures du soir. La brigade Schulzig, qui n'était partie de Vérone que le 28 au point du jour, entrait à Sorgà quand le corps de réserve en sortait ; elle y fit aussi la soupe et arriva à Mantoue dans la nuît du 28 au 29. Ellle était donc en marche pendant que la 2"^ colonne faisait [a soupe et contribuait ainsi à sa sûreté, car il était proba-
ble qu'elle serait rencontrée par Tennemi, si celui-ci faisùt de Villafranca un mouvement vers le sud.
La 3* colonne, composée de cavalerie, arriva à Nogara le 28 à 10 heures du matin ; elle en repartit dans l'après-midi après avoir mangé et atteignit Mantoue dans la nuit du 28 au 29.
Les troupes bivouaquèrent sur les glacis de la place et dans les rues de Mantoae, dont le gouverneur, général Gorczkowski, avait pris d'avance les mesures nécessaires pour les recevoir. Dès le 29 au matin, Radetzki sortit de Mantoue pour attaquer la ligne du Gurtatone.
Si Radetzki se décida, pendant ce mouvement, à abandonner la direction qu'il avait prise, et à revenir par Man* toue sur Yicence, cela résulfa de la chute de PescÛera à laquelle il ne s'attendait pas aussi tôt, des nouvelles qu'il reçut de la révolte de Vienne, et des retards occasionnés parle mauvais temps. Mais la marche de flanc n'était pour rien dans ce changement des projets de Radetzki.
Elle avait en effet parfaitement réussi. Les dispositions en avaient été prises, non pas dans le but d'être toujours prêt à combattre pendant la marche, mais dans le dessein démarcher très-rapidement. On devait éviter de combattre avant d'atteindre Mantoue, et c'est pour cela que l'on marcha de nuit, et que les deux colonnes les plus rapprochées de l'ennemi firent d'une traite les deux tiers de la route, jusqu'au Molinello, et ne se reposèrent que là, c'est-à-dire sur iml point où l'on pouvait envisager sans inquiétude une attaqoe des Piémontais.
Le 28 mai, le général Bava fut informé dans la matinée par le général Passalacqua, qui commandait à YiUafrancat| qu'une forte colonne autrichienne s'était montrée pendant fa nuit à Isola délia Scala, et à Trevenzuolo, et qu'elle s'ét portée dans la direction de Mantoue. La force de cette lonne était évaluée de 6 à 8,000 hommes. Comme des dét chements autrichiens avaient été vus fréquemment sur fa route de Vérone à Mantoue, Bava crut d'abord que la lonne dont on lui annonçait le passage était destinée à rele?|
ver une partie de la garnison de Manloue. Dans cette idée, il écrivit au général Laugier, sur la Curtatone, pour lui faire part de ce qu'il venait d'apprendre, en ajoutant que, dans son opinion, les Autrichiens n'étaient probablement pas aussi nombreux qu'on l'avait dit. Il lui recommandait cependant d'être sur ses gardes, et de lui envoyer le plus rapidement possible des détails précis sur toute attaque qui serait dirigée contre le Curtatone ou le bas Mincio. Cette dépèche de Bava était à peine partie qu'il reçut, vers midi^ de nouveaux rapports qui lui apprenaient d'une manière certaine que les Autrichiens avaient traversé en force Isola délia Scala. Bava envoya donc une seconde dépèche au général Laugier pour lui dire qu'il réunissait des troupes à Goîto, et lui ordonner de se retirer sur cette ville s'il était attaqué par des forces supérieures.
Dans la soirée du 28, il arriva des avant-postes de Yillafranca de nouveaux renseignements, annonçant que Radetzki et les archiducs se trouvaient dans la colonne qui avait traversé Isola délia Scala, et que cette colonne avait un équipage de pont. Bava conclut de là que les Autrichiens voulaient traverser le Mincio entre Mantoue et Goïto, derrière la ligne du Curtatone, et il ordonna à Laugier de surveiller cette partie du Mincio, d'empêcher les Autrichiens d'y jeter un pont, et, s'il ne pouvait y réussir, de se retirer, non plus sur Goïto, mais directement sur Gazzoldo, où il se réunirait au gros de l'armée de Bava. Après avoir expédié cet ordre, Bava se rendit auprès de Charles-Albert à Sommàcampagna, afin de décider le roi à concentrer le plus de troupes possible à Goito. Il revint ensuite à Custozza où il donna vers minuit les ordres nécessaires pour cette concen* tration. Mais pendant qu'il prenait ces dispositions, le bruit se répandit que toute l'armée autrichienne s'était concentrée It Mantoue, sur quoi Laugier reçut l'ordre de disposer ses troupes en échelons, depuis le Curtatone jusqu'à Goïto et YoUa, afin de faire une retraite en règle, s'il venait à être attaqué.
De cet aperçu des nouvelles reçues par les Piémontais et
de leurs dispositions, il résulte que ce n'est que dans la soirée du 28 que Bava soupçonna les Autrichiens de vouloir livrer une grande bataille, et que ce n'est que dans la nuit du 28 au 29 qu'il prit des dispositions pour cette bataille. RadetzM avait donc gagné plus de 24 heures à partir de son départ de Vérone. On voit ici d'une manière frappante quel avantage considérable le général qui poursuit uif but positif a sur celui qui se tient dans l'expectative. Cela fait ressoriii en outre combien il nécessaire que ce dernier ne perde jamais de vue le gros des forces ennemies, qu'il ne laisse jamais détourner son attention par des entreprises secondaires, et, d'un autre côté, qu'il ait toujours sous la main une réserve concentrée pour la porter aussitôt là où elle est nécessaire.
Nous n'avons examiné jusqu'ici l'opération que du point de vue de Tétat-major autrichien, voyons maintenant comment les Remontais devaient l'envisager. Sans vouloir discuter davantage les dispositions qu'ils avaient prises pour être informés à temps des mouvements de l'armée autrichienne, on peut se demander si les Piémontais avaient intérêt à s'opposer à la marche de Radetzki sur Mantoue. Nous répondrons sans hésiter : non, ils n'y avaient aucun intérêt. En effet, cette marche éloignait les Autrichiens de Vérone, et la meilleure manière d'y répondre, c'était d'attaquer Vérone. Cette attaque promettait un succès presqu'assuré à une armée bien commandée, car les ouvrages de la place étaient fort incomplets et elle n'avait qu'une faible garnison.
Mais pour agir ainsi, il fallait deux choses : d'abord que les troupes piémontaises placées à l'extrême droite, sur la rive droite du Mincio, pussent contenir quelque temps des forces ennemies supérieures, et, en second lieu, que les Piémontais eussent concentré d'avance dans les positions de Sommacampagna, Sona et Caslelnovo, des troupes qu'on pût diriger immédiatement contre Vérone.
Or aucune de ces conditions n'était satisfaite. On n'avà\ aucune confiance dans les troupes placées sur le Curtatone,
et ce manque de confiance était justifié. Pour avoir des forces suffisantes à diriger sur Vérone, il fallait prévoir la marche de flanc de Radetzki ; et pour mettre ces troupes en mouvement au premier signal, il eût fallu que, dans l'armée piémontaise, les ordres fussent bien donnés et le service des approvisionnements bien organisé.
Mais il n'en était rien. Bien qu'on ait affirmé que la marche de Radetzki était prévue longtemps d'avance, il est facile de prouver que cela n'est pas vrai. Le 17 mai, le général Bava, véritable chef de l'armée sarde, envoyait au ministreFranzini, bras droit constitutionnel de Charles- Albert, une sorte de mémoire sur la situation de cette armée. Yoici quel était le sens de ce mémoire :
« Tant que Radetzki ne recevra pas de renforts, il est invraisemblable qu'il attaque les Piémontais, et s'il le faisait, cette attaque serait sans danger à cause de sa faiblesse. Mais si les renforts qu'il attend lui arrivent, Radetzki cherchera à dégager Peschiera.
a Ces renforts peuvent rejoindre Radetzki à Vérone, ou arriver directement à Mantoue par Legnago.
(( Dans le premier cas, l'armée de Radetzki est réunie ; dans le second, il a deux corps d'armée à peu près d'égale force, l'un à Vérone, l'autre à Mantoue.
c Dans le premier cas, il fera une fausse attaque contre Villafranca et dirigera l'attaque principale contre Sona, pour dégager Peschiera et, en même temps, pour s'emparer du magasin de Lazise.
(( Dans le second cas, il marchera sur Peschiera par Sona, à la tête du corps de Vérone, pendant que le corps de Mantoue, remontant la rive droite du Mincio, forcera la ligne du Curtatone, détruira les magasins piémontais, les ponts du Mincio, et, laissant à Goito une colonne d'observation, continuera sa marche en avant, pour ravitailler Peschiera et répandre la terreur jusque dans Brescia. »
On voit, d'après cela, que le cas où Radetzki concentrerait toute son armée à Vérone, pour la porter ensuite sur Mantoue, n'avait pas été prévu.
Le 2S mai se réalisait la première hypothèse de Bava : les renforts de Radetzki le rejoignaient à Vérone. En conséquence, Bava devait s'attendre à une fausse attaque contre Villafranca et à une attaque principale contre Sona.
C'est dans ces idées-là que le trouvèrent, le 28, les nouvelles qu'il reçut de la marche des Autrichiens, et auxquelles il ajouta peu de foi. Lorsqu'il en reconnut ensuite l'importance, il ne supposa pas, dans l'hypothèse où il s'était plaoé^ que toute l'armée de Radetzki marchât sur Mantoue. II se crut plutôt dans le second cas développé dans son mémoire. et il s'attendit à se voir attaqué à la fois sur le Curtatone et . à Sona. Le mouvement qu'exécuta Zobel le 28 mai était tout à fait de nature à le confirmer dans cette opinion.
Si Bava avait su que toute l'armée de Radetzki s'était portée sur Mantoue, il en aurait conclu de suite que Vérone n'avait plus qu'une faible garnison, et il aurait songé à attaquer cette place ; mais si un seul corps autrichien avait marché sur Mantoue, il restait dans Vérone un autre corps au moins d'égale force, et il y avait moins à songer à l'attaquer.
Les conditions du commandement en chef de l'armée piémontaise étaient loin d'être favorables. D'abord cette armée était fractionnée aussi mal que possible : en deux corps d'armée. Le général en chef de nom était Charles- Albert, mais ce prince avait trop peu de confiance en ses connaisr sances militaires pour commander et prendre seul une décision. C'était donc le général Bava qui commandait sous te ordres du roi, et ce général se trouvait dans une situation des plus équivoques. Il était pour un tiers général en M de l'armée, pour un tiers chef d'état-major général, et pour un tiers enfin chef de l'un des deux corps d'armée. Dans les deux premières qualités, il devait être au quartier général du roi, dans la troisième, il avait un quartier général sépaii Le plus souvent, il correspondait avec le roi par écrit, p»! des mémoires comme celui dont nous avons parlé plu4S taanl, qui n'étaient pas même adressés au roi, mais à ses ministreii Bava ne pouvait rien ordonner directement à l'armée, il U
Mait demander auparavant le consentement du roi. Moins les rapports adressés au roi proposaient une action décisive, plus ils tombaient facilement dans Toubli. Or fiava ne proposait jamais d'agir. Ce général avait encore sur la guerre les idées du 18® siècle. La Révolution française ne lui avait rien appris, et ses préoccupations constantes étaient les magasins, les positions avantageuses^ « la plus forte position qui existât en Europe (Rivoli) . »
Enfin le système d'approvisionnements de l'armée piémontaise était complètement défectueux, et ce service était entravé dès que les vivres ne pouvaient être immédiatement fournis par les magasins. De là la dépendance oii était cette armée des magasins et la lenteur avec laquelle les troupes étaient mises en mouvement. Ainsi, lorsqu'on se décida, le H juin, à profiter de la marche de Radetzki sur Vicence pour attaquer Vérone, on ne put fixer avant le 14 la date de cette attaque. Par conséquent, tandis que 40 heures avaient suffi à Radetzki pour faire les 80 kilomètres qui séparent Vérone du Curtatone, il en fallut 72 aux Piémontais pour faire les 30 kilomètres qui séparent en moyenne le Mincio de Vérone.
Les Piémontais né surent pas avant [le 2 juin que toute Vavïnée de Radetzki était devant eux sur la rive droite du Mincio.
Marche des alliét de TAlma liur Balaclaya du 23 au
26 septembre i8B4.
{Figure 73.) SITUATION GÉNÉRALE.
La marche de flanc des Anglo-Français à Test de la rade 1^ Sébastopol vers le plateau de Balaclava fit beaucoup de rruît en 1854, Bien que les dispositions tactiques de cette darche n'aient pas d'importance, elle offre des circonstances sse25 différentes de celle de Hadetztî sur Mantoue, et elle
fournit en outre une preaire à Tappui de cette vérité que le danger des marches de flanc, loin d'être sérieux, n'est plutôt qu'un préjugé. C'est à ce point de vue que l'étude de cette opération eut intéressante.
Nous savons déjà que le 20 septembre au soir, Menschikoff se retira sur la Katcha, sans être poursuivi. Après y avoir passé la nuit, il traversa, le 21 , la Bdbek et la Tschemaia pour se porter au sud de la rade de Sébastopol. Il était probable que les alliés le poursuivraient et qu'ils choisiraient ensuite l'une des deux manières d'opérer que voici : attaquer les forts du nord pour passer ensuite la Tschemaia et faire le siège de la ville; ou bien se contenter d'observer les forts du nord, et s'appuyer sur la Tschemaia et les hauteurs qui la bordent, pour couper toute communication de la presqu'île de Chersonèse Taurique avec l'intérieur de la Crimée, et attaquer ensuite Menschikoff enfermé dans cette impasse»
Les ouvrages de Sébastopol, complètement toiyrnés contre la mer, n'avaient pas du c6té de la terre une force sufiBsante pour inspirer aux Busses la moindre confiance. MenschikoS devait donc s'attendre à une seconde défaite, car la Russie n'avait pas d'autre armée en Crimée, et les renforts qui arrivaient par Pérékop, ne pouvant entrer dans Sébastopol si les alliés leur fermaient la route, auraient dû constituer une nouvelle armée. Cela fit comprendre à Menschikoff la nécessité de conserveries communications de sa petite armée avec Pérékop. II prit donc ses dispositions pour fortifier provisoirement Sébastopol du côté de la terre avec les ressources dont il disposait. 8 bataillons de réserve furent laissés dans la place comme garnison. On ne croyait pas que la flotte russe fût en état de tenir tète aux flottes très-supérieures des alliés; on ne conserva donc armés que les petits vapeurs pour le service intérieur de la rade, soit pour faire communiquer la ville avec le nord de la baie, soit pour servir de batteries mobiles et appuyer les batteries de terrel Les grands navires à voile (S vaisseaux de ligne et 2 frégates) furent coulés à rentrée de la rade, pour la fermer aux flottes alliées et en faire une mer intérieure. En même temps, cette mesure rendait dispo-
nibleS) pour le service de terre, une grande partie des marins, gui vinrent renforcer la faible garnison et servir la nombreuse artillerie de gros calibre que possédait la place.
MenschikofT voulait se retirer sur la route de Baktschisérai avec le reste de ses troupes, et prendre position sur la Belbek à Otarkoi et Salankoi. Il restait ainsi dans le voisinage de Sébastopol, ce qui lui permettait d'observer les entreprises postérieures des alliés et, si ceux-ci faisaient une faute, d'en profiter pour les attaquer partiellement. Dans tous les cas, sa présence devait rendre prudents les alliés, qui ne connaissaient pas ses forces d'une manière exacte. Il leur était difficile de marcher aussi hardiment contre Sébastopol que s'ils n'avaient pas eu en Grimée d'autre ennemi que la garnison de cette place. Les Russes pouvaient donc espérer conserver Sébastopol jusqu'à ce que des renforts fussent arrivés par Pérëkop, et que l'armée de Menschikoff fût assez forte pour prendre l'offensive et faire lever le siège. Si les alliés voulaient opérer contre l'armée russe avant de rien tenter contre Sébastopol, ils ne pouvaient pas le faire avec toutes leurs forces, puisqu'ils étaient forcés de laisser devant la place un corps d'observation. Dans ces conditions, Menschikoff pouvait accepter la bataille dans ses positions de la Belbek; ou bien, si cela lui semblait trop dangereux, il se retirait librement sur Baktschisérai, et plus loin même sur Simphéropol, en conservant ses communications avec Pérékop. Les alliés ne pouvaient le suivre bien loin dans l'intérieur de la Crimée, puisqu'ils tiraient, au début, tous leurs approvisionnements de
la flotte.
A l'approche des alliés, Menschikoff sortit de Sébastopol dans la nuit du 24 au 25 septembre, avec le gros de ses forces, et il marcha sur la rive droite de la Tschernaia dans la direction de Baktschisérai.
Après la bataille de 1' A.lma, le dessein des alliés était d'attaquer le nord de Sébastapol. Lorsque les batteries russes de ce côté seraient en leur pouvoir, ils devaient attaquer le sud, et la flotte appuierait cette attaque en pénétrant dans la rade de Sébastopol. Mais cet appui de la flotte était regardé comme
fort secondaire, en admettant qu'il !ttt sage d'exposer les navires alliée au feu terrible de batteries de côtes, nombreuses, bîeii armées et à couvert. I^a flotte devait débarquer à Vm^ bouohure de la Belbek le matériel de siège aéce9saire pour attaquer les forts du nord. L'armée resterait campée au sud de cette rivière, en communication immédiate avec la flotte d'où elle pourrait tirer très-facilement ses approvisionnements.
Dans cette position de la Belbek, l'armée alliée ne pouvait empêcher l'armée russe, qui se fût placée entre Simpbéropol et Baktschisérai, de recevoir des renforts par Pérékop, Mm nouvelle armée ennemie pouvait même arriver librement par la môme voie ; et l'entreprise contre les forts du nord n'avait donc de sens que si l'on pouvait admettre qu'elle serait terminée en peu de temps, c'est^-dire avant que les Russes eussent réuni une forte armée de déblocus qui leur permit de prendre l'ofTensive.
Le départ des alliés du champ de bataille de l'Aima (dt difEèré jusqu'au 23 septembre. Le 21, on avait assez à faire de transporter sur la flotte les nombreux blessés. On devait partir le 22, mais on ne le fit pas parce qu'on avait encore des blessés à embarquer et qu'il fallait débarquer de la flotte des munitions et sept jours de vivres. Le départ eut enfin lieu le 2S à 7 heures du matin. Menschikoff avait ainsi gagné deux jours» et il ne pouvait être question, par conséquent, de poursuivre directement la victoire de l'Aima.
L'ordre de marche était le même que celui du Bulganak à TAlma. Les Français avaient Taile droite près de la mer, les Anglais l'aile gauche sur la grande route. Les troisième et quatrième divisions françaises étaient cette fois en prenûère ligne. On arriva sur la Katcha sans voir Tennemi. Les Fnor çais la passèrent sur un pont et au gué de Mamaschai, les Anglais sur le pont de la grande route. Les alliés campèrent sur les hauteurs au sud de la Katcha, entre cette rivière éL la Belbek, les Français en avant de Mamaschai, les Anglais en avant d'Eskel. La flotte jeta l'ancre à l'embouchure de h Katcha, et quelques navires y débarquèrent des renforts qu'ils
amenaient d6 Varna. La marche de cette journée ne fut que de IS kilomètres, ou trois heures et demie de marche; il faisait très-chaud, beaucoup d'hommes tombèrent de fatigue, et d'autres furent atteints du choléra qu'ils gagnèrent en man* géant des fruits \erts pour apaiser leur soif.