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CAVALERIE

La cavalerie se compose d'éléments plus compliqués que rinfanterie. Pour cette raison, elle n'est pas aussi souple et ne peut pas surmonter aussi facilement qu'elle les obstacles à la marche et au mouvement. Le cavalier ofPre au feu del'ennemi un but plus considérable et surtout plus élevé que le fantassin, ce qui empêche la cavalerie de profiter aussi facilement que l'infanterie des abris du terrain. Il faut à un cavalier 80 à 60 pieds carrés pour camper, lui et son cheval.

Dans un terrain uni et sans obstacles sérieux, la vitesse de la cavalerie peut être plus du double de la vitesse maxima de l'infanterie.

Les véritables armes du cavalier sont le cheval et l'arme blanche, sabre, épée ou lance. On lui donne en outre une arme à feu à canon très-court et à tir rapide, pour de petites distances.

La cavalerie qui se compose, pour moitié, de bêtes inintelligentes est plus facilement mise en déroute que l'infanterie-

En raison des qualités qui lui sont propres, la cavalerie peut être employée de plusieurs manières : .

a. — Pour sa vitesse seule : c'est le service d'ordonnances et tout ce qui s'y rattache.

6. — Pour sa vitesse, en y ajoutant les qualités générales de combat que possède toute troupe : c'est le cas d'une cavalerie qui doit être employée de préférence au service d'avant-garde et d'arrière-garde , à fournir de forts détachements éloignés, à surprendre et inquiéter l'ennemi. Dans ces diverses circonstances, on ne s'attend pas à rencontrer une résistance sérieuse ; la cavalerie cherche alors à voir et à effrayer l'ennemi ; son apparition soudaine ne laisse pas à ce dernier le temps de se reconnaître, et elle triomphe facilement d'une faible résistance. Lorsqu'elle trouve des forces supérieures, elle peut, grâce à sa vitesse, se mettre rapidement en sûreté.

c. — Pour sa vitesse réunie à sa masse : afin de compléter le désordre d'un ennemi déjà ébranlé par le feu et qui se

débandera en se voyant près d'être chargé. La charge a lieu réellement si la menace ne suffît pas pour achever le désordre de l'ennemi.

d. — En utilisant à un degré différent, suivant les circonstances, les qualités diverses de la cavalerie.

On peut, d'après ce qui précède, distinguer quatre sortes de cavalerie : les cavaliers d'ordonnance, la cavalerie légère, la grosse cavalerie ou de réserve, et la cavalerie de ligne. La cavalerie de ligne répond à l'infanterie de ligne, la cavalerie légère à l'infanterie légère d'élite, la grosse cavalerie à l'infanterie de réserve. Les cavaliers d'ordonnance n'ont pas plus d'analogue dans l'infanterie que les tireurs d'élite n'en ont dans la cavalerie.

Les trois espèces de cavalerie, de ligne, légère et de réserve, ne se distinguent réellement les unes des autres que par la taille des hommes et des chevaux. La principale raison de cette division de la cavalerie en trois groupes, ou, si l'on veut, en deux seulement, — cavalerie légère et grosse cavalerie, — c'est la nécessité de tirer parti des différentes races de chevaux que possède chaque pays, sans introduire dans un régiment des éléments trop disparates.

On peut affirmer d'une manière générale que l'action de la cavalerie est restreinte aujourd'hui, et cela pour les raisons suivantes :

a. — Le transport en chemin de fer de corps nombreux de cavalerie est beaucoup plus difficile que celui de masses d'infanterie.

b. — Le système actuel de culture dans l'Europe centrale s'oppose presque partout aux mouvements de la cavalerie en grandes masses, véritables corps de cavalerie de réserve qui opèrent réunis.

c. — Le perfectionnement des armes de l'artillerie et de l'infanterie est contraire à l'emploi de la cavalerie, d'un côté, parce que cette arme doit être tenue beaucoup plus éloignée de l'ennemi, pour ne pas être exposée inutilement à son feu avant d'entrer elle-même en action, ce qui lui rend plus difficile de reconnaître le moment favorable pour charger;

d'Un autre côté^ pdFce que rinfonterie^ munie d'armes à tir rapide^ est toujours prête à faire feu^ et que la cavalerie ne peut plus espérer surprendre, grâce à sa vitesse, le fantassin dësanâé. Le premier fait s'oppose surtout à la formation de grandes masses de cavalerie ; le second aura peut-être pour eonséquenoe de faire doniier des cuirasses légères aux cuirassiets et aux lanciers^ qui sont la véritable cavalerie de combat et conviennent peu au service d'avant-garde»

La cavalerie de ligne, la cavalerie légère surtout, auront parfois l'occasion de combattre à pied pour conserver une position qu'elles auront occupée rapidement, en attendant le secours de l'infanterie. Il est donc nécessaire de donner à la plus grande partie de cette cavalerie une arme à feu à tir riqpide«

Le revolver n'est pas encore adopté pour la cavalerie, mais on peut affirmer qu'il le sera prochainement, parce qu'un cavalier peu habile se servira plus facilement de cette arme que du sabre et de la lance.

La proportion de la cavalerie à l'infanterie, dans les armées mises le plus récemment en campagne, est à peine de 1 à 8 ; chez les Italiens, de 1 à 12.

On peut prévoir que la proportion de la cavalerie diminuera encore dans les armées européennes»

ARTiIXERni.

Les éléments constitutifs de l'artillerie sont encore plus compliqués que ceux de la cavalerieé L'élément de l'artillerie est la bouche à feu, attelée de 6 à 8 chevaux, et suivie de son caisson, attelé également de 6 chevaux ou au moins de 4 ; le tout servi par 16 à 21 hommes.

L'artillerie a encore plus de difficultés que la cavalerie à surmonter les obstacles du terrain et à profiter de ses abris.

Tandis que l'infanterie peut combattre et de loin et de près, la cavalerie convient surtout au combat corps à corps, l'artillerie au combat à grande distance. Si l'infanterie est armée pour les deux phases du combat, la cavalerie ne l'est

— saque pour le tnoment déciêif, ou pour recueillir les fruits de la victoire; l'artillerie pour préparer le combat. La cavalerie est Tarme dé la mêlée, l'artillerie celle du combat à distance. L'artillerie est plus propre à ce dernier combat que Tinfaiiterie, d'abord à causé du volume de ses projectiles, et éh second lieu par la plus grande sûreté de son tir aut grandes distances, sûreté qui provient de ce que le canon a pour point d'appui le sol insensible au lieu de la main d'un homme échauffé par le combats

On distingue trois sortes d'artillerie : à pied, montée, et & cheval, selon que les servants suivent la pièce à pied, assis sur les caissotis, ou à cheval. L'artillerie à pied est déjà presque supplantée par l'artillerie montée à laquelle l'artillerie à cheval cédera également la place.

L'artillerie est grosse ou légère d'après le calibre des pièces.

Depuis la guerre d'Italie (18S9), dans laquelle les canons rayés ont fait leur apparition, les pièces à âme lisse ont disparu peu à peu des armées européennes, en môme temps que s'effaçait la distinction entre canons et obusiers.

Il n'existe donc plus dans l'artillerie de campagne que des canons rayés, sauf quelques fusées qui, tout en ayant perdu de leur importance, sont d'un usage avantageux dans la guerre de montagnes.

On range dans la grosse artillerie le calibre de 16 (en Italie seulement où le calibre de 8 sert d'artillerie légère), les calibres de 8 et de 6 (ce dernier en Prusse). Les calibres légers sont ceux de 4 et de 3 (celui-ci en Autriche pour l'ar* tillerie de montagne).

Le chiffre du calibre n'a aucun rapport avec le poids du projectile. C'est le poids de l'ancien boulet rond et plein ayant le même diamètre que Tâme du canon. Les projectiles actuels sont oblongs et presque tous creux. On les tire vides ou chargés, et il est vraisemblable qu'ils remplaceront complètement les schlrapnels pour lô tir d'éclatement, et que les fusées à percussion seront seules en usage. Les boîtes à

balles sont conservées pour le tir à mitraiUe à la fin de Tactîon.

Les vitesses initiales des pièces actuelles de campagne varient entre 300 et 400 mètres. Le poids du boulet creux, d'après sa forme et sa longueur, est de une fois et demie à deux fois le poids indiqué par le calibre. La charge de poudre est du sixième au septième du poids du projectile.

Les plus petites pièces de campagne portent jusqu'à 3,000 mètres, les plus grosses jusqu'à 3,f)00. La limite du tir démoralisant *- varie entre 1,200 et 1,500 mètres pour les petits calibres, entre 1,300 et 1,600 pour les plus gros.

Le projectile creux des petits calibres donne environ 40 éclats, celui des gros calibres près de 60, dont 1/3 environ peut faire des blessures sérieuses en deçà de la limite du tir démoralisant, et 1/8 au delà. Si le projectile pénètre, avant d'éclater, dans un parapet en terre, il agit comme une mine, et les boulets creux de gros calibre ont alors un effet considérable. Ce fait a de l'importance pour la construction des ouvrages de campagne.

L'infanterie ne saurait suppléer l'artillerie pour détruire à distance des obstacles, des abris, des bâtiments, etc., ainsi que le matériel ennemi, tel qu'affûts, pièces de canon et voitures de toute sorte. Il en est encore ainsi lorsqu'il s'agit d'atteindre l'ennemi par-dessus des remparts ou des abris qui le couvrent. Dans ce dernier cas, les pièces rayées font un emploi avantageux des feux courbes. Quand l'infanterie seule avait adopté les armes rayées, la portée de son tir s'était fort rapprochée de la distance à laquelle le feu de l'artillerie était dangereux. Mais depuis que l'artillerie a adopté les canons rayés, elle a repris la place qui lui revenait sous le rapport de la portée.

Il semble assez indifférent que les canons se chargent par la bouche ou par la culasse; du moins Ton n'a pas encore

1 Dans l'idée de l'auteur, ce tir est celui où le projectile tue ou met hors de combat des groupes entiers de soldats et produit ainsi un effet très-meurtrier qui ébranle et démoralise la troupe ennemie.

reconnu d'avantages signalés en faveur du chargement par la culasse.

On peut affirmer d'une manière générale que l'adoption des pièces rayées a considérablement simplifié le service de l'artillerie en campagne. Nous pensons que cette simplification augmentera encore, et pour ne citer, par exemple, qu'un seul progrès probable, que les fusées percutantes sont appelées à remplacer complètement les fusées fusantes.

Faisons, en passant, quelques observations relativement à l'emploi des canons rayés.

En premier lieu, par suite de la vitesse initiale nécessairement assez faible du projectile des pièces rayées, l'espace touché est peu considérable dans la limite du tir démorali* sant, et encore moins à des distances plus grandes. Ainsi pour la hauteur d'un fantassin, cet espace n'est, par exem« pie, que de 4S mètres à la distance de 7S0 mètres, et de 22 mètres à celle de 1,100 pour le 4 autrichien. L'espace touché n'augmente que de un ou deux mètres, aux mêmes distances, avec le calibre 8.

En second lieu, la dérivation, c'est-à-dire la déviation du projectile du prolongement de l'axe du canon est très-importante dans les pièces rayées, bien qu'elle se produise toujours dans le même sens, par exemple toujours à droite dans les pièces rayées de gauche à droite. Cette dérivation est surtout frappante aux grandes distances oîi portent les pièces rayées. Ainsi l'obus du canon de 4 autrichien ne dérive que d'environ 1",33 à 730 mètres, maïs de 41 mètres à 2,200 mètres et de 132 mètres à 3,300. Les dérivations du projectile de 8 sont encore plus grandes à toutes les distances.

Il est vrai que l'artillerie peut Çpicilement mesurer les distances avec assez d'exactitude; on a, en outre, l'habitude de construire les hausses des pièces rayées de manière que la dérivation soit corrigée d'elle-même lorsqu'on place la hausse à la hauteur correspondante à une distance connue; mais cela n'empêche pas qu'une batterie rayée ne soit forcée de faire certains tâtonnements avant de produire tout son effet, ce qui entraîne une perte de temps.

II est, poui* cette raison, d'une importance extrême que les pièces rayées conservent longtemps la position qu'elles ont prise, ce ^ui leur est facilité du reste par leur trèsgrande portée*

Pour donner une idée de l'influence des distances sur l'exactitude du tir de l'artillerie, nous rappellerons que, d'après les résultats des exercices à feu de l'armée autrichienne, la probabilité de toucher le but, pour les pièces de 4 à 3,000 pas, et pour déliés de 8 à 3,800 pas, n'est plus que le dixième de ce qu'elle est à 500 pas. Ajoutons cependant que, grftce à des exercices répétés à des distances fixes, Ton obtient des pièces rayées, même aux plus grandes distances, un meilleur tir que celui que nous avons mentionné.

La proportion moyenne de l'artillerie est actuellement de trois bouches à feu par mille hommes d'infanterie ou de cavalerie. Toute nouvelle invention dans le doitiaine de l'artillerie a pour résultat d'augmenter cette proportion, au moins momentanémeiit. Cette proportion augmente aussi naturellement dans le cours d'une campagne, parce qu'il est fort rare que l'artillerie perde des canons dans la même proportion qiie les autres armes perdent des hommes et des chevaux.

Formation de rarmée.

Le général en chef d'une armée de 100,000 hommes ne saurait donner directement ses ordres à chaque soldat. Une armée se fractionne donc en corps de troupes dont chacun à Son commandant avec lequel le général en chef a des relations directes. Ces granies fractions de l'armée sont en nombre limité. Si elles ont une force importante, elles sont à leur tour fractionnées, et ce fractionnement se continue jusqu'aux plus petits corps que l'on considérera comme indivisibles.

Une armée se forme en corps d'armée ou en divisions^ celles-ci en brigades, les brigades en régiments ou bataillons, les régiments ou bataillons en compagnies, escadrons.

batteries, et les plus petites fractions sont enfin les pelotons et les sections.

Les diverses fractions de Tannée sont en même temps les éléments qui servent à former les figures tactiques. Cette considération a une grande influence sur le nombre d'unités inférieures que doit renfermer Tunîté immédiatement supérieure, ainsi que sur le minimum et le maximum de force qu'il faut donner à chaque unité pour qu'elle réponde à ce que Ton attend d'elle.

Dans l'échelle descendante des fractions de l'armée, trois unités fondamentales sont à considérer, et c'est d'elles que dépend la juste détermination des fractions intermédiaires i ce sont l'unité stratégique, l'unité tactique et l'unité d'évolutions.

Les unités stratégiques sont celles dans lesquelles se subdivise immédiatement l'armée, c'est-à-dire les corps d'armée, ou les divisions s'il n'est pas formé de corps d'armée. Il faut que oes unités puissent livrer un combat indépendant pendant une demi-journée ou un jour entier, môme contre un ennemi plus ou moins supérieur. Elles ont ainsi la faculté de commander dans un certain sens une partie du théâtre de la guerre.

L'unité tactique ne doit se composer que de soldats de la môme arme ; il faut qu'elle occupe un espace assez restreint pour qu'un seul chef puisse embrasser et diriger lui-môme son action. Son activité doit se fondre facilement dans l'activité de la fraction plus considérable dont elle fait partie. Il faut cependant aussi qu'elle soit assez forte pour lutter, sans pour cela livrer un combat indépendant, contre une force ennemie égale ou môme un peu supérieure, dans le cas où elle serait momentanément séparée des autres fractions de l'unité au-dessus.

Pour répondre à son but, l'unité tactique doit pouvoir former plusieurs figures, affecter, suivant le cas, des formes différentes, et pour cela se subdiviser elle-même en plusieurs unités plus petites. Ce sont là les unités d'évolutions.

Formation de Tinfanterie.

L'unité tactique de Tinfanterie est le.i)ataiIion. Pour les tireurs d'élite seulement, la compagnie vaudrait mieux.

La force du bataillon d'infanterie varie de nos jours entre 800 et 1000 hommes. Les bataillons italiens et suisses sont seuls au-dessous de ce chifire moyen et n'ont que de 600 à 700 hommes.

Des bataillons trop faibles s'usent vite et n'ont bientôt plus l'effectif nécessaire. Des bataillons trop forts sont lourds, et l'on en a trop peu dans une brigade, à moins de donnera celle-ci une force exagérée.

On partage le bataillon en un certain nombre de compagnies, soit 4, comme chez les Prussiens et les Italiens, 5 chez les Russes, 6 chez les Autrichiens, les Français, les Anglais et les Suisses. Le fractionnement le plus habituel du bataillon est donc en 6 compagnies. Il existe même tactiquement chez les Prussiens, parce qu'ils rangent leur infanterie sur trois rangs, et le troisième rang forme, pour lé combat, 4 pelotons de tirailleurs, dont 2 se portent à l'aile droite et 2 à l'aile gauche du bataillon. Or, on peut considérer deux de ces pelotons comme formant une compagnie.

Chaque compagnie a 100, 150, 200 et jusqu'à250 hommes. La moyenne est de 150. Elle se subdivise à son tour en 2 pelotons ou en 4 sections. Ces subdivisions se fractionnent encore quelquefois en groupes de 4 à 6 files. Les compagnies, pelotons et sections, sont les unités d'évolutions du bataillon.

La compagnie n'est pas exclusivement unité d'évolutions, car il peut être parfois avantageux d'en faire l'unité tactique de petits corps formés d'un ou de quelques bataillons seulement. La compagnie est la véritable unité pour l'administration intérieure des troupes. Comme unité tactique et unité d'évolutions, on la nomme quelquefois peloton dans les bataillons composés de 6 compagnies au moins ; la réunion de 2 compagnies forme alors une division, La division de deux

compagnies conserve encore une importance particulière dans l'infanterie autrichienne.

Relativement à la répartition des diverses sortes d'infanterie, on suit diffétents systèmes dont les deux extrêmes sont les suivants : l'' réunir dans chaque bataillon infanterie de ligne, infanterie légère d'élite, infanterie de réserve et tireurs d'élite ; 2'' former des bataillons séparés de chaque espèce d'infanterie*

On se représente le premier système dans un bataillon de 6 compagnies oîi celle de l'aile droite est une compagnie de grenadiers, destinée à prendre la tète dans une colonne d'assaut ou encore à servir de réserve en cas d'insuccès; la compagnie de gauche, compagnie légère ou de voltigeurs, est destinée de préférence au service de tirailleurs et de flangueurs; les 4 compagnies du centre, infanterie de ligne, peuvent faire les tirailleurs, mais sont destinées surtout à combattre à rangs serrés, soit de loin, soit dans la mêlée. Dans chaque compagnie, ou seulement dans celles des ailes, voltigeurs et grenadier?, on peut introduire quelques tireurs d'élite, pourvus d'armes plus justes que celles des autres soldats.

Ce système offre cet avantage que l'infanterie de ligne conserve en elle-même tous ses bons éléments. Il devient excellent, si l'on sépare dans des corps spéciaux l'infanterie de réserve et les tireurs d'élite, pour ne laisser réunies dans le même bataillon que l'infanterie de ligne et l'infanterie légère d'élite. Celle-ci formera dans ce cas soit les deux compagnies des ailes, soit le troisième rang du bataillon, et ne se distinguera des autres compagnies que par le choix des hommes et, autant que cela est possible, par leur instruction.

D ne serait pas sans avantages de donner des tireurs d'élite à chaque compagnie d'infanterie, mais ce qui s'oppose à cette mesure, ainsi qu'à l'introduction d'une artillerie régimentaire, c'est le danger d'une instruction très-insuffisante de ces hommes, d'en voir faire un emploi exagéré et, par suite, fréquemment inopportun, qui entraînerait des efforts

démesurés et une usure prématurée. Toutes les fois du leste que Ton donnera des tireurs d'élite aux bataillons de ligne, il faudra que leurs armes soient du même calibre que celles du bataillon, afin de pouvoir se servir au besoin des mtoies munitions.

Il est avantageux taetiquement de former les tireurs d'élite en compagnies d'une force restreinte. Elles peuvent être réunies, pour l'administration et l'instruction, en bataillons de 4, 6 ou 8 compagnies.

Formation de la cavalerie.

Les régiments de cavalerie européenne ont de 600 à 700 chevaux. Un régiment de cette force peut encore charger en ligne, mais plus le régiment sera nombreux, moins il aura de chances de rencontrer un terrain où il puisse marcher déployé. L'emploi de la cavalerie en grandes masses deviradra de plus en plus rare, et l'on peut même prévoir que la formation de la cavalerie en régin^ents sera remplacée par celle en gros escadrons, susceptibles eux-mêmes d'être fractionnés, et que l'on pourra réunir en brigades quand on jugera nécessaire d'avoir de gros corps de cavalerie.

Le nombre des escadrons d'un régiment varie de 4 à 6. La force habituelle d'un escadron est de 150 chevaux.

Dans de grandes masses de cavalerie, l'escadron peut être pris pour unité d'évolutions et il se subdivise en 4 pelotons. Dans des corps moins nombreux, il sert d'unité tactique.

Formation de rartillerie.

L'unité tactique de l'artillerie de campagne est la batterie de 4 à 8 bouches à feu. Les batteries de 6 pièces, qui existent en France, en Prusse et en Italie, sont aujourd'hui leâ plus répandues. L'Autriche et la Russie ont conservé les batteries de 8 pièces. En Suisse, les batteries de grosse artillerie et de montagnes sont de 4 pièces.

Le plus petit corps de troupes auquel on attache habituel-

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lement de Tartillerie d'une manière permanente est la brigade d'infanterie ou de cavalerie, La proportion de cette artillerie affectée aux brigades ne doit pas dépasser une pièce ou au plus une pièce et demie par 1000 hommes, et, d'un autre côté, il serait à désirer que la batterie entière fît partie de la brigade. — Les brigades prussiennes sont de 6,000 hommes et les batteriesi de 6 pièces. Les brigades d'infanterie autrichienne ont 7,000 hommes et les batteries 8 pièces. Pour de petites brigades d'infanterie de 3,000 honmies, et pour les brigades de cavalerie qui n'ont jamais plus de 2,000 hommes, il serait bon d'avoir des batteries de 4 pièces. Les batteries trop fortes ne soqt pas avantageuses, et l'adoption des canons rayés a eu l'excellent résultat de ré-* duire la force de la batterie en ^mpnant la suppression des obusiers.

Sous le règne de l'artillerie à âme lisse, on réunissait des canons et des obusiers dans cb^qpe batterie de brigade afin de la rendre indépendante. Une telle batterie se composait alors de 6 canons et 2 obusiers, ou de 4 canons ^t 1 obusier eu encore che^s les Anglais, de S canons et 1 obusier. Aetudlement, chaque batterie se compose de pièces de même nature et d^un calibre uniforme.

On peut diviser de la manière suivante rartillerie des puissances européennes :

Grosse artillerie de campagne : -^ 16 rayé (Italie), 12 rayé (France) , 8 rayé (Autriche) , 6 rayé (Prusse) ,

Artillerie légère de campagne : -r- 4 rayé chez toutes les puissances, sauf l'Italie qui consarve le 8 rayé.

Artillerie de montagnes : — 4 rayé léger (France et Ita* lie), 3 rayé (Autriche) .

Batterie de fusées — r en Autriche et en Suisse. On donne habituellement aux brigades de l'artillerie lé-* gère de campagne. Les diverses réserves d'artillerie dont nous parlerons plus tard se composent de grosse artillerie, de batteries légères et de fusées. Les corps de troupes destinés à opérer dans les montagnes ne reçoivent que des batteries de montagnes et de fusées.

Unités stratégiques.

Un corps de troupes de 8,000 à 15,000 hommes, formé de toutes armes dans des proportions convenables, peut soutenir pendant une demi-journée un combat indépendant contre des forces pas trop supérieures. Ce corps est en petit, une armée complète et remplit les conditions de l'unité stratégique. Il renferme 8 à 16 bataillons, 6 à 8 escadrons, 12 à 24 bouches à feu et reçoit le nom de division d'armée.

La manière de combattre d'une division dépend nécessairement du rôle de combat qui lui est assigné. Si deux divisions de même force et de même composition reçoivent le même rôle, elles doivent chercher à le remplir de la même manière. Quand un général en chef réunit sur un champ de bataille plusieurs divisions de son armée, il doit charger chacune d'elles de livrer un combat sur un point déterminé, et combiner ensuite en temps et lieu ces combats particuliers de manière à atteindre son but définitif.

Il réunit plusieurs divisions sur le point du champ de bataille où il veut obtenir un résultat positif; il place au contraire une seule division sur un autre point oîi il ne veut que contenir l'ennemi et il explique à cette division quel rôle elle doit jouer. Il sait d'avance jusqu'où cette division peut s'étendre et combien de temps à peu près elle est capable de soutenir le combat. Il conserve en outre en réserve d'autres divisions pour les employer ici ou là, dans telle ou telle direction, à tel ou tel moment, selon la marche de la bataille.

Ce rôle des divisions par rapport au tout est le même sur le théâtre de guerre le plus vaste que sur un champ de bataille restreint.

Il résulte déjà de ce qui précède que le nombre de divisions d'une armée ne saurait être indifférent. Lorsque le général en chef distribue ces divisions sur un échiquier donné, il en forme une figure géométrique. La répartition de ces éléments correspond aux problèmes particuliers dont la so-

lution amènera celle du problème général. Le nombre de ces problèmes particuliers, dans lesquels se subdivise le problème général, se reproduit à peu près le même sur cbaque champ de bataille, sur chaque thé&tre de guerre. Les rapports des problèmes isolés entre eux se reproduisent également de la même manière, et, par suite, les rapports des forces qu'il faut employer À les résoudre. On a besoin, par exemple, de moins de troupes pour préparer le combat, pour s'orienter sur la marche à suivre, que pour suivre cette marche même ; il faut, au contraire, plus de forces pour obtenir un résultat positif au moyen d'une attaque princips^le que pour empêcher pendant quelque temps l'ennemi de poursuivre ses desseins.

Si Ton a dans son armée moins de divisions qu'il ne se présente de problèmes particuliers, il est clair qu'on ne peut pas affecter une division à chacun de ces problèmes, et, au contraire, chaque division aura peut-être à en résoudre plusieurs. Cela n'a pas d'inconvénient quand ces problèmes peuvent être résolus l'un après l'autre, et si la solution du premier nous laisse assez de forces pour résoudre le second. Mais si plusieurs problèmes doivent' être résolus en même temps sur des points différents, il faudra nécessairement fractionner la division qui en sera chargée, enlever à certaines troupes leur chef habituel, et à celui-ci une partie de ses forces.

Si l'on a juste autant de divisions qu'il y a de questions à trancher, il est possible d'employer à chaque problème une division, mais une seule. Nous sommes alors exposés à la tentation d'affecter une force égale à chaque but particulier, bien que le degré différent d'importance des questions à résoudre puisse demander des forces différentes.

Si l'on avait un grand nombre de divisions très-faibles, on pourrait en affecter plusieurs à chaque problème, et former alors de ces divisions, dirigées vers un but commun, un nouveau corps de troupes commandé par un chef spécial. Mais pourquoi ne pas faire plutôt de ce nouveau corps de troupes un corps d'armée permanent?

Il est parfois avantageux de réunir momentanément plusieurs divisions dans la poursuite du même but. C'est le cas, par exemple, d'une bataille où le général en chef se réserve la conduite de l'attaque principale, le commandement im-» médiat au point décisif, tout en conservant sous ses ordres les réserves.

Un trop grand nombre de divisions dans une aiimée force le général en chef à communiquer directement avec beaucoup de ses lieutenants et à trop s'immiscer dans les détails, ce qui fait craindre que son attention, ainsi divisée, ne soit détournée du but final. Si au contraire une armée a peu de divisions, mais celles-ci très-fortes, les commandants de ces divisions se sentent trop indépendants ; ils oublient que leur division n'est qu'une partie d'un plus grand tout, ils sont trop près du général en chef et gênent la libre disposition qu'il doit avoir de ses troupes. Plus les divisions sont fortes, plus souvent le général en chef sera forcé de les fractionner, et moins il pourra le faire parce que chacun de ses lieutenants aura un commandement plus rapproché du sien.

Trop ou trop peu de divisions dans une armée diminuent également, bien que d'une manière différente, la force du commandement en chef, et par suite l'opportune activité de l'armée.

Une armée ne devrait donc jamais avoir moins de 4 divisions et plus de 8, ce qui ne veut pas dire que la force d'une armée ne doit pas dépasser 80 ou 100,000 hommes.

En effet, que l'on partage une armée de 200,000 hommes en 8 parties, chacune sera de 25,000 hommes, et ces fractions n'en seront que plus capables de livrer un combat indépendant. Elles prennent alors le nom de corps d'armée et se fractionnent elles-mêmes en divisions.

Les divisions ou corps dé toutes armes qui combattent dans un but commun doivent opérer de la même manière. Si une division est soutenue par une autre, ce renfort ne change pas la manière de combattre, il donne seulement de l'énergie à la première division et augmente ses chances de succès.

Afin d'être à môme de renforcer dans un sens donné l'action d'une fraction de l'armée sur le tbé&tre de la guerre ou sur le champ de bataille, on se forme une réserve d'artillerie et une réserve de cavalerie, en affectant encore à cette dernière, lorsqu'elle est importante, un nombre suffisant de batteries.

La réserve d'artillerie permet de donner, en cas de be* soin, un renfort considérable d'artillerie à un ou plusieurs corps d* armée, et en outre de réunir des masses d'artillerie sur les points décisifs du champ de bataille.

La réserve de cavalerie sert à étendre autant que possible Id sphère d'action de l'année sur le théâtre de la guerre, sans s'affaiblir pour cela au point décisif. Elle poursuit l'ennemi à fond, après une victoire, et couvre la retraite après une défaite.

Les circonstances actuelles tendent à faire diminuer les réserves de cavalerie et d'artillerie des armées.

Tandis que naguère on plaçait dans la réserve d'artillerie le tiers et jusqu'à la moitié des bouches à feu de l'armée, la réserve générale d'artillerie se composera aujourd'hui du quart et, le plus souvent, du sixième seulement de l'artille* rie de l'armée. Moins la force absolue d'une armée est considérable, plus la réserve d'artillerie doit être forte en proportion. Si nous avons p^r exemple une armée de 240,000 honmies, avec 720 bouches à feu, la réserve d'artillerie n'aura pas plus de 120 pièces. Si au contraire notre armée est de 80,000 hommes, avec 2A0 pièces de canon, nous devons sans hésiter placer 60 bouches à feu dans la réserve générale d'artillerie.

Les principes généraux que l'on trouvera plus loin, pag^ 41, 1. IB, par exemple, conservent toujours leur valeur, quel que soit le chiffre des réserves.

Avant l'invention de la poudre, les armées se déployaient de 500 à l ,000 pas l'une de l'autre ; depuis l'adoption des canons rayés, il faut admettre que la distance entre deux armées déployées ne sera pas moindre de 3,000 à S»000 pas» Gomme l'importance des feux va sans cesse en croissant, et

que leur portée considérable nécessite le déploiement des troupes à de plus grandes distances, il est essentiel que chaque corps, celui surtout qui doit livrer un combat indépendant, puisse agir de loin par son feu. Il vaut donc mieux que chaque division, chaque corps d'armée, soient pourvus d'une forte artillerie, plutôt que de donner une grande force à la réserve d'artillerie de l'armée. Il est bon, en outre, que ces corps possèdent des pièces de gros calibre en quantité suffisante.

Par suite des distances considérables auxquelles des troupes ennemies peuvent s'atteindre, et aussi de l'éloignement où elles se déploient, le combat préparatoire "pourra durer assez longtemps, mais d'un autre côté l'affaire sera plus tôt décidée pour ou contre nous, ce qui rend d'autant plus important d'avoir la supériorité d'un feu meurtrier sur tous les points de l'action.

En conséquence, si l'on admet que la proportion de Tartillerie dans l'armée soit de 3 pièces par 1,000 hommes, il y aura dans les corps d'armée ou les divisions 2 pièces à 2 pièces et demie par 1,000 hommes, et il ne restera dans la réservé générale qu'une demi-pièce, une pièce au plus, par 1,000 hommes.

Si notre armée de 240,000 hommes se divise en 8 corps de 30,000 hommes, chaque corps aura, d'après ce qui précède, environ 7S bouches à feu, ou au moins 12 batteries de 6 pièces. Si notre autre armée de 80,000 hommes se fractionne en 6 divisions de 12 à 13,000 hommes, chacune aura 30 bouches à feu.

Lorsque l'on donne d'avance beaucoup d'artillerie aux corps d'armée en en conservant d'autant moins dans la réserve générale, il faut que l'artillerie soit disséminée le moins possible à l'intérieur de chaque corps d'armée dont le com* mandant conservera à sa disposition une forte réserve d'artillerie.

La réserve de cavalerie doit être aujourd'hui moins forte qu'autrefois. Cela ressort de ce que la cavalerie doit rendre actuellement plus de services, si elle est fractionnée en corps

nombreux et peu considérables, plutôt qu'en un petit nom* bre de corps plus importants. D'après ce fait, généralement reconnu, on mettra en réserve le quart au plus de la cavalerie de l'armée, et le reste sera réparti dans les corps d'armée ou les divisions, et conservé réuni autant que possible dans chaque corps ou division.

Si nous avons par exemple 26,000 cavaliers dans notre armée de 240,000 hommes, il en sera mis en réserve 7,000 au plus (40 à 50 escadrons) , moitié au moins de cavalerie légère et le reste de grosse cavalerie, et chaque corps d'armée recevra 2,300 cavaliers (16 escadrons). Si notre autre armée de 80,000 hommes a 6,000 cavaliers, la réserve de cavalerie en recevra 1,500 (10 à 12 escadrons), et chaque division 750 (5 à 6 escadrons).

Un corps d'armée doit être, comme nous l'avons déjà dit, une armée en miniature, qu'on peut séparer pendant quelque temps du gros de l'armée, et qui est capable de soutenir un combat isolé. Si le nombre de corps d'armée n'est pas indifférent, celui des unités inférieures dont se compose ce corps d'armée ne saurait Tôtre davantage. On peut faire valoir à ce sujet les mêmes considérations que pour le fractionnement d'une armée, en faisant ressortir une seule différence.

En effet, plus le corps qui doit combattre d'une manière indépendante est petit, plus il doit conserver ses forces réunies, surtout s'il est appelé à lutter contre des forces supérieures. Or, on connaît rarement d'avance avec assez d'exactitude les forces de l'ennemi contre lequel on marche, puisque souvent on ne les sait môme pas après l'avoir combattu. Cela donne une valeur générale à ce principe qu'un corps peu considérable ne doit pas diviser ses forces. Mais plus on veut conserver ses forces réunies, plus le plan et l'action doivent être simples, moins il est permis de faire des combinaisons et moins il faut par suite d'unités pour les résoudre. Il résulte de là que le corps d'armée doit se fractionner en moins d'unités que l'armée elle-même. Cependant trois fractions sont le minimum, deux ne sufiîsent pas. En effet, chaque

action de guerre se divise nécessairement en denx actions distinctes : préparation, eiécution ; mais comme vous ne devez jamais rien entreprendre sans songer que l'ennemi de son côté forme et poursuit des desseins, une troisième action se range toujours à côté des deux premières, et la division des forces doit correspondre à celle de Faction.

Nous avons dit plus haut que l'armée devait se composer de 4 à 8 corps d'armée ou divisions ; nous pouvons ajouter maintenant que chaque corps ou division doit renfermer de

3 à 5 brigades, le corps d'armée ayant plus de subdivisions que la division d'armée.

On enfreint trop souvent ces règles fort simples qui rassortent de la nature même des choses.

Ainsi, un corps de 25,000 hommes, renfermant âS bataillons, dont S d'infanterie légère d'élite et S d'infanterie de réserve (grenadiers), 16 escadrons et 8 batteries (48 pièces), se divise, d'après un usage fort difficile à justifier, en 2 divisions d'infanterie de 12 à 13 bataillons, 2 escadrons et 3 batteries; et une brigade de cavalerie de 12 escadrons et 2 batteries. Chaque division se fractionne ensuite en 2 brigades de 6 bataillons et une batterie. A la première occasion, cet assemblage peu raisonné doit se briser. Le fractionnement suivant serait de tous points préférable : une brigade d'avant-garde de 4 bataillons de ligne, 2 bataillons d'infanterie légère d'élite, 4 escadrons, 2 batteries ; 3 brigades de ligne, chacune de 4 bataillons de ligne et un bataillon d'infanterie légère d'élite; enfin une brigade de réserve de 4 bataillons de grenadiers, 16 escadrons, 6 batteries. Ces batteries fourniraient au moment opportun aux brigades de ligne le canon dont elles auraient besoin.

D'après les mêmes principes, une division de 12 bataillons, 8 compagnies de tireurs d'élite, 3 batteries et 3 escadrons, se partagerait en 3 brigades : la brigade d'avantgarde de 4 bataillons, 4 compagnies de tireurs d'élite, une Datterie et un escadron ; la brigade de ligne de 4 bataillons^ 2 compagnies de tireurs d'élite; la brigade de réserve,

4 bataillons, 2 compagnies de tireurs d'élite, 2 escadrons,

2 batteries. Si Ton n'avait que tO bataillons au lieu de 12, rien ne serait changé, sauf que la brigade de réserve ne recevrait que 2 bataillons au lieu de 4.

Moments de la force.

C'est l'armée qui représente la véritable force de guerre. Tous les autres éléments de cette force, représentés soit par les avantages du terrain, soit par des troupes imparfaitement organisées, teUes que landwehr et landsturm, n'ont de valeur qu'en ce qu'elles augmentent la puissance de l'armée.

Les moments de la force d'une armée sont dans son effectif, dans la juste proportion des différentes armes, le mérite du général en chef, l'esprit guerrier, l'adresse et la vigueur physique des officiers et des soldats, une bonne instruction, un armement et un équipement convenables.

Bien que la supériorité du nombre ait une très-grande importance, elle est loin cependant d'être tout, et les autres moments de force rendront toujours possible qu'une armée moins nombreuse en batte une autre plus forte,

Proportion des différentes armas.

Si l'on a trop d'artillerie, les mouvements rapides sont difficiles. Pour utiliser cette artillerie on s'attache à des positions qui ne répondent pas toiyours au but du combat. L'artillerie n'étant pas indépendante, il est indispensable de la faire protéger par d'autres troupes, et ces troupes ne prennent point une part directe à la lutte. Si au contraire on veut faire l'économie de ces troupes de soutien, et chercher la sécurité de l'artillerie dans le terrain, ou dans des retranchements, on se condamne à une guerre de positions. Enfin si l'on ne veut pas se soumettre à ces exigences, on s'expose à perdre son artillerie que l'ennemi tournera contre nous.

Celui qui n'a pas assez d'artillerie ne peut pas préparer

sufûsamment ses coups; toute la force de son attaque se produit principalement au moment décisif, et par suite, s'il est agresseur, il n'arrive à son but qu'au prix des plus grands sacrifices, et s'il est sur la défensive, il se trouve encore mieux hors d'état de profiter des avantages particuliers de cette situation.

Si l'on a trop peu de cavalerie, on ne saurait commander un théâtre de guerre étendu sans un éparpillement dangereux de ses forces. Si l'on a trop de cavalerie, il est très-difficile de la faire vivre.

Un général ne peut jamais établir à son gré la proportion des difiérentes armes dans l'armée qu'il commande, puisqu'il doit accepter cette armée telle qu'on la lui donne. Par conséquent, au lieu de se plaindre de l'insuffisance de telle ou telle arme, le général fera mieux d'employer toutes les ressources de son esprit à trouver les moyens de remédier à cette insuffisance.

Il est arrivé souvent qu'une nombreuse cavalerie, une artillerie formidable, sont restées complètement sans effet, parce qu'elles étaient mal réparties dans l'armée, ou parce qu'on les faisait agir là où elles se trouvaient placées, au lieu de les porter sur le point où leur action eût été nécessaire et profitable. Moins vous possédez de cavalerie ou d'artillerie et plus vous devez chercher à répartir ces armes convenablement. Si vous manquez d'artillerie, conservez-là le plus possible sous la main, en en formant de grosses réserves dont vous disposerez en liberté ; examinez les cas où le feu d'artillerie pourra être suppléé par celui d'infanterie, et dans quelles limites.

Si vous manquez de cavalerie, cherchez à limiter le théâtre de la guerre, et à choisir ce théâtre de façon que l'ennemi soit forcé de vous y suivre et ne puisse pas profiter des avantages que lui donne sa supériorité en cavalerie. Cherchez à vous rendre favorable la population du théâtre de la guerre, car les habitants vous fourniront alors les nouvelles que l'ennemi ne pourra se procurer qu'avec de gros détachements de cavalerie. Lorsque vous livrerez un combat, commencez-

le sur la défensive pour le terminer par Toffensive. Moins vous êtes à même de poursuivre Tennemi après la victoire, faute d'une cavalerie suffisante^ plus vous devrez choisir avec soin la direction de vos attaques, de façon à vous trouver derrière l'ennemi et sur ses communications, dès que la victoire est à vous. Puisque vous ne pourrez pas détacher, du champ de bataille même, de la cavalerie pour aller s'emparer rapidement desponts ou des défilés sur la ligne de retraite de l'ennemi vaincu, ayez d'avance des troupes autour de l'ennemi dans toutes les directions. Vous vous trouverez dans cette condition-là, si la population du thé&tre de la guerre est l'amie de vos amis, l'ennemie de vos ennemis, et si vous êtes parvenu à l'armer et la soulever. Cette landsturm vous tiendra lieu de cavalerie.

Lorsque votre artillerie ou votre cavalerie seront trop peu nombreuses et que vous en formerez une réserve la plus forte possible, gardez-vous bien de croire que la place de cette réserve soit en arrière, car vous pourriez rarement alors en faire usage au moment opportun. N'oubliez jamais que vous n'avez formé cette réserve que pour vous en servir, et faites-la marcher et camper de manière que l'ennemi ne puisse pas la forcer à combattre là où vous ne le voulez pas* et qu'elle soit ou contraire disponible dès que vous en aurez besoin. — Ces principes s'appliquent aussi bien aux réserves de cavalerie et d'artillerie de chaque corps d'armée qu'aux réserves générales d'une armée.

Commandlment, instruction, armement.

Pour que le commandement puisse s'exercer avec fruit, il faut comme conditions indispensables : d'abord une formation convenable de l'armée, en second lieu un ordre de bataille normal, et enfin une bonne tactique élémentaire. Si, avant de parvenir aux gens qui les exécutent, les ordres ont à descendre trop d'échelons intermédiaires, dont chacun enlève queltjtie chose de leur précision et leur ôte peut-être le sens primitif; si le général en chef ne peut pas disposer

librement de ses troupes, s'il lai faut descendre à chaque instant dans les plus petits détails, il aurait beau être un Dieu qu'il n'arriverait à rien. La bonne éducation guerrière des chefs et des troupes consiste à encourager et développer rintelligence, l'habileté et l'adresse, le cèle et la bonne volonté.

Une tactique élémentaire simple facilite une bonne instruction, et rend moins sensible TinsufOsance d'instruction. Lorsqu'une arme sait clairement ce qu'elle peut et ce qu'elle doit faire, et n'a pas reçu des idées fausses sur sa destination; lorsqu'un corps de troupe est bien oi^anisé et que chacune de ses parties connaît bien sa place dans l'ensemble, tous les individus de ce corps apprennent facilement ce qu'ils ont à faire. Moins on leui^ demande, mieux ils peuvent le comprendre, et mieux ils l'exécutent. Plus ils montrent de bonne volonté si Ton n'exige d'eux que des choses possibles. Les généraux savent exactement ce qu'ils peuvent demander aux diverses fractions de leurs troupes; ils donnent des ordres simples et compréhensibles qui ne sont pas exposés à être dénaturés en passant par de nombreux intermédiaires.

Il faut que les ordonnances qui réglementent la tactique élémentaire ne prescrivent que les formations réellement applicables à laguerre; qu'elles n'admettentquelesévolutions les plus simples et les plus pratiques pour passer d'une formation à une autre. Chaque formation, chaque évolution, doit avoir un sens, et une nécessité intrinsèque qui frappe immédiatement l'intelligence la moini^ développée. Il faut pouvoir exécuter en marchant, aussi bien que de pied ferme, toutes les évolutions que l'on peut avoir à faire en présence de l'ennemi. En effet, il sera souvent important d'atteindre sous une certaine formation un point en avant ou en arrière, mais sans perdre de temps. Ce résultat ne peut être obtenu qu'au moyen de la plus grande simplicité des manœuvres, en rejetant toutes les subtilités, et en retranchant tous les ommandements inutiles.

La disposition des grands corps de troupe, d'une armée.

d'un corps d'armée, d'une division qui doit livrer un combat indépendant , dépendra , dans chaque cas particulier, des circonstances présentes. Mais il peut arriver très-souvent qu'on n'aura pas le temps avant le combat de reconnattre complètement ces circonstances et de réfléchir suffisamment^ ce qui prouve qu'il est nécessaire d'avoir, au moins pour le corps d'armée et la division, un ordre normal de bataille que Ton adoptera tout d'abord, chaque fois qu'on n'en reconnaîtra pas de suite un plus avantageux. L'ordre habituel de marche et de bivouac devra être approprié à cet ordre normal de bataille, de manière à pouvoir passer facilement de l'une à l'autre de ces formations.

L'ordre normal de bataille doit être tel que le moins de troupes possible soient engagées en première ligne, et que le plus de forces possible restent par conséquent à la libre disposition du général en chef, afin qu'il conserve toute sa liberté d'action. H faut néanmoins que les forces engagées les premières soient susceptibles d'une grande résistance.

D est moins indispensable d'avoir un ordre normal de bataille pour chaque cas particulier : attaque, défense ou démonstration ; mais de tels ordres normaux ne sont cependant pas à rejeter, car ils peuvent rendre de très-grands services s'ils sont bien conçus et bien appliqués. En effet, ils enlèvent aux commandants de corps d'armée ou de division une partie de leur responsabilité ; ils dissipent l'indécision du premier moment, et donnent plus de hardiesse et d'énergie dans l'action ; ils permettent au général en chef de se faire une idée assez exacte de la situation sur tel ou tel point du théâtre de la guerre ou du champ de bataille, au moyen de rapports succincts de ses lieutenants, de s'entendre rapidement avec eux, et de donner ses ordres avec certitude. Mais il ne faut jamais envisager un ordre normal de bataille pour un corps d'armée ou une division comme une formation de manœuvre pour un seul bataillon.

Un bon armement augmente le courage du soldat. S'il est dangereux d'être moins bien armé que l'ennemi, c'est trèssouvent plutôt à cause de l'influence morale que de l'influence

matérielle. Un bon armement augmente Tamour du soldat pour son arme, mais cet amour de l'arme ne doit pas être aveugle. Le meilleur fusil ne doit jamais faire oublier que les jambes ont une grande part à la victoire. Chaque partie de la force de guerre n'a que peu de valeur par elle-même, elle en a davantage par sa réunion aux autres parties de cette force et ses rapports avec elles.

Conditions de lien.

Lorsqu'un général en chef étudie le théâtre de guerre où doivent avoir lieu les opérations, les deux armées qui animent ce théâtre lui apparaissent d'abord comme deux points, placés de telle ou telle manière. Il se livre alors à un calcul stratégique pour trouver sur le théâtre de la guerre un point d'attaque pour son armée, et par suite la direction dans laquelle il doit s'avancer, ou celle d'où il doit attendre l'ennemi. Il arrive à un résultat quelconque, après avoir fait entrer en ligne de compte la force des armées, leur direction, le but positif que poursuit chacune d'elles, les résultats que peut lui procurer la victoire, le soin de sa propre sûreté en cas d'insuccès.

Les armées se rapprochent peu à peu dans leurs directions stratégiques, soit que toutes les deux s'avancent à la fois, soit qu'une seule marche vers l'autre. A mesure que les armées se rapprochent, les figures deviennent plus distinctes. D'un point qu'elles étaient d'abord, elles prennent bientôt la forme de lignes; ces lignes deviennent ensuite des rectangles d'une certaine profondeur, puis on distingue dans ces rectangles les angles et les courbures ; ils n'ont pas partout la même force ; plus profonds sur certains points, ils sont plus minces sur d'autres.

Le choc de ces figures vivantes, la bataille, doit avoir lieu dans quelques jours et l'on se convainc de plus en plus qu'il est nécessaire de remporter la victoire soit pour obtenir un résultat positif, soit pour échapper à la ruine. C'est abrs que le général doit se demander s'il faut, pour gagner la bataille

ou atténuer les suites d'une défaite, conserver la direction stratégique et le point d'attaque stratégique qu'il a choisis, ou s'il ne ferait pas mieux de changer, au moins momentanément, ce point et cette direction.

A côté du point d'attaque et de la direction strat^ques, il faut considérer un point d'attaque et une direction tactiques S

Il est possible que les deux directions se confondent, et c'est le cas le plus favorable puisqu'il n'est pas alors nécessaire de faire un choix. Lorsqu'elles ne se confondent pas il est de règle de choisiria direction tactique, car à quoi servirait-il de se trouver placé dans la direction la plus avantageuse pour récolter les fruits de la victoire, si l'on ne pouvait pas remporter la victoire en restant dans cette direction?

C'est enân dans la bataille que les deux armées gagnent une vie particulière dans toutes les parties dont elles se composent. Chaque fraction ne semble plus alors douée d'une force militaire générale, mais bien d'une force spéciale selon la nature des armes de chaque corps de troupe, bataillon, escadron ou batterie, en raison de leurs qualités morales et physiques. La force se manifeste complètement dans le mouvement, dans l'intelligence des chefs, dans les jambes des hommes et des chevaux, dans l'œil du général qui cherche à vaincre ou à se mettre en sûreté, dans le bras des fantassins et des artilleurs qui chargent et tirent leurs fusils et leurs canons, dans les balles et les boulets qui cherchent leur victime.

Cependant toute cette force agit et se déploie dans l'espace, et c'est par des considérations d'espace et de lieu que nous pouvons le plus clairement nous en représenter les

* L'expression tactique est employée id, à cause de sa simplicité, dans racceptioQ la plus généralement admise, bien que fausse, pour exprimer les opérations qui ont trait uniquement au combat ; l'exprès* sion stratégique^ pour les opérations relatives & l'ensemble du théâtre de la guerre.

effets. Ce sera dorénavant l'objet de notre étude, et ces considérations de lieu et d'espace, bien comprises, nous donneront le plus sûr moyen de juger la grandeur absolue , la nature et la direction de nos propres forces et de celles de l'ennemi.

La figure la plus simple par laquelle nous puissions représenter un corps de troupes, c'est le rectangle.

Dans le rectangle abcdjûg. ij nous distinguons le front ei A et la profondeur ôc; nous appellerons les quatre lignes ab, dcj adj bc, front, dos et flancs de la formation.

Nous distinguerons les différentes armes au moyen de quelques signes conventionnels. Ainsi a, flg. 2, représentera un bataillon, ôun escadron et c une batterie; ou plus généralement encore, « représentera Tinfanterie, b la cavalerie et c l'artillerie. Convenons en outre que ces figures représenteront des troupes en ordre compacte, tandis que d'autres signes tels que a et ô, fig. 3, figureront des tirailleurs d'infanterie et de cavalerie.

L'idée de front et de profondeur nous donne celle d'action simultanée et successive. Des troupes placées à côté l'une de l'autre peuvent agir simultanément; celles placées l'une derrière l'autre ne le peuvent que successivement.

Le front, la profondeur et l'épaisseur de la formation nous donnent la grandeur absolue des forces déployées, les signes conventionnels qui indiquent les troupes nous donnent l'espèce de ces forces.

' Le front représenté par la ligne a 6, fig. 1, nous donne en même temps la direction de la force. C'est dans cette direction que se trouve le but positif que nous poursuivons, d'où il résulte que c'est dans notre front que nous sommes le plus forts et, par conséquent, que les autres côtés de notre formation, le dos et les flancs, en sont les parties faibles.

La diagonale bdonaeAn rectangle, fig. 1, donne la mesure de la force du commandement. Plus cette diagonale est longue, plus le regard du chef a de chemin à voir, plus en ont à faire aussi ses ordres et les rapports qui lui sont en-

voyés. La force du commandement est donc en raison inverse de la longueur de cette diagonale.

On voit par là que ce n'est pas un jeu que de représenter par une figure géométrique l'action d'une troupe, c'est au contraire la seule manière commode de s'en faire une idée exacte.

Nous pouvons ensuite comparer, dans leurs dimensions, deux figures de cette espèce. Si l'une représente des troupes à nous et l'autre des troupes ennemies, nous aurons nonseulement une idée de notre action sur l'ennemi, mais encore l'image de l'action de l'ennemi sur nous.

Il est une autre considération de lieu qui donne à la ^guerre de la couleur et de la vie, c'est celle du terrain où opèrent les troupes, terrain rarement plat et uni, mais presque toujours parsemé de hauteurs, de vallées et de couverts.

Le terrain favorise ou gène en raison de la nature et aussi du but de l'activité guerrière dont il est le théâtre.

Un terrain couvert est favorable à qui ne veut pas être vu, défavorable à qui veut voir. Un terrain coupé favorise la division des forces et gène au contraire leur concentration. Un terrain rempli d'obstacles convient à celui qui cherche son salut dans l'immobilité, et non à celui qui ne songe qu'à marcher.

Conditions de temps.

L'action des forces de guerre a besoin de temps aussi bien que d'espace. Il faut un certain temps pour parcourir une distance donnée. Ce temps peut varier pour la même distance en raison des moyens de locomotion dont on dispose et des obstacles qu'on rencontre. Chaque combat a une certaine durée : il est fort rare qu'on puisse à volonté retirer du combat des troupes qui s'y trouvent engagées ; cela ne saurait avoir lieu sans conditions qu'avec le consentement de l'ennemi. Il faut enfin du temps non-seulement pour l'action — marche ou combat — mais encore pour faire les reconnaissances, prendre une décision et donner des ordres.

Ne comptez qu*avec prudence sur la possibilité d'employer deux troupes pour là même action, lorsque ces troupes se trouvent sur des points différents et que chacune d'elles a déjà reçu sa mission. Ne comptez qu'avec plus de prudence encore que vous pourrez employer la même troupe à' deux actions successives, avec d'autant plus de prudence que ces deux actions seront plus rapprochées comme temps, plus éloignées comme lieu, et plus importantes.

Le temps modifie les circonstances et, pour cette raison, vos plans seront d'autant moins arrêtés que le moment de les exécuter sera plus loin de vous. Faites vos plans dans tous les cas de telle sorte que votre propre sûreté soit la première condition, le succès la deuxième, et la grandeu/ de ce succès la troisième seulement. Pressez autant que vous pourrez l'exécution de chaque plan.

Le temps use les forces d'une manière continue et non pas seulement en raison de l'effort accompli. Si vous ne croyez pouvoir rien faire de positif aujourd'hui, vous n'aurez souvent qu'à contenir l'ennemi jusqu'à demain pour pouvoir tout oser.

La nuit alterne avec le jour. La nuit est le temps du repos ; elle met ordinairement fin à l'action, et l'on n'opère guère pendant la nuit que dans le but d'obtenir un grand succès ou d'échapper à un grand désastre. Celui qui veut obtenir d'une bataille un grand résultat doit décider la victoire avant la nuit; il faut donc qu'il commence de bonne heure à se battre ou, s'il ne le peut pas, qu'il attaque avec d'autant plus d'énergie. Celui qui ne veut que gagner du temps est arrivé à son but si l'ennemi n'a pas réussi à lui arracher avant la nuit un avantage marqué.

Pendant la nuit, les chefs n'y voient pas, les terreurs paniques et le désordre sont à craindre, et l'on peut dire en conséquence que toutes les entreprises de nuit sont dange* reuses. Elles ne sont donc justifiables que lorsqu'elles n'ont pour but que de préparer la rencontre avec l'ennemi pour le lendemain (marches de nuit), ou quand le plan est d'une simplicité extrême, -ou la résistance à attendre très-faible ;

ou encore lorsqu'on est certain de gagner beaucoup en cas de succès et de perdre fort peu en cas d'échec. Parmi les entreprises de nuit se rangent les surprises contre un ennemi très-négligent, la poursuite d'un adversaire mis dans un désordre complet par une défaite décisive, des tentatives contre des magasins, ou contre des positions importantes, mais faiblement occupées. Les retraites doivent souvent se faire de nuit, mais il vaut mieux en général profiter de la nuit pour atteindre une position de retraite favorable et s'y établir solidement que pour gagner beaucoup d'avance.

En hiver, les chemins sont plus mauvais qu'en été, les jours sont plus courts et les nuits plus longues, l'entretien et la nourriture des troupes sont plus difficiles. Tous les préparatifs d'une bataille décisive se font donc avec plus de lenteur, et il faut, dans la bataille, que la lutte soit beaucoup plus vive, plus acharnée, pour obtenir avant la nuit des résultats positifs. Celui qui ne veut que conjenir l'ennemi et gagner du temps y parvient plus facilement en hiver qu'en été.

Les entreprises téméraires réussissent mieux la nuit que le jour, l'hiver que l'été, mais le jour et l'été n'en sont pas moins le temps de la véritable action de guerre.

Ces principes simples et d'une vérité générale ont été confirmés une fois de plus par la campagne d'hiver contre les ' Danois, en 1864. L'influence des conditions que l'hiver avait créées dès le commencement se fit encore sentir l'été suivant.

Propriétés générales des formations tactiques.

Une troupe peut adopter les trois formations simples qui suivent r 1"* un front étendu avec une mince profondeur, tel que a {fig. 4), c'est l'ordre déployé ou en ligne ; 2** une profondeur égale au front, ordre carré, tel que b; 3"* enfin, un front étroit et une grande profondeur, la colonne c {fig. 4).

La formation qui a le plus de force sur son front est la ligne, celle qui en a le moins est la colonne; c'est l'inverse

pour la force de flanc. La colonne est la formation qui a le plus de troupes à faire agir successivement de front. L'ordre déployé est exposé, pendant la marche, à rencontrer des obstacles qui l'arrêtent en partie^ tandis que la colonne se fait jour facilement dans les terrains les plus difficiles. L'ordre carré tient le milieu, sous ce rapport, entre les deux autres.

Supposons un bataillon d'infanterie ab {fig. 5) en ordre déployé, sur deux ou trois rangs de profondeur, et en. face de lui un autre bataillon cdefen ordre carré. Le front cd étant plus petit que ab, le deuxième bataillon a moins de force sur son front que le premier. Mais que les deux corps s'arrêtent et que les deux fronts fassent un feu direct, presque toutes les balles des deux ailes a g et Ad de la ligne a b seront perdues, de sorte qu'il n'y aura pas plus d'hommes tirant à la fois dans a b que dans cdj et le seul avantage que possède hg, X5*est qu'un plus grand nombre de ses balles doit frapper l'ennemi à cause de la plus grande profondeur de ccfe/, où les intervalles du premier rang sont comblés par les autres rangs de Tordre en carré plein. Cet avantage serait beaucoup plus considérable s'il se trouvait de l'artillerie dans a b parce que les balles d'infanterie ont trop peu de force de pénétration pour atteindre plusieurs hommes en file. Cependant le feu rapide donnant un plus grand nombre de coups dans un temps donné est à l'avantage de l'infanterie et compense le peu de force de pénétration des balles.

Mais il n'est pas indispensable que les ailes ag ethb tirent directement; elles peuvent diriger des feux obliques contre les flancs de l'ordre carré, elles peuvent même se ployer en ga^ et A 6 j, en embrassant l'ennemi, de sorte que l'ordre en ligne aura plus de feux que l'ordre carré.

L'ordre mince est donc préférable à l'ordre profond pour les feux.

Cependant l'action des feux a ses limites, tracées par la portée des armes, et cette considération entraîne certaines réserves à ce que nous venons de dire. Supposons de part et d'autre, à la place d'un seul bataillon, une masse d'infanterie de 10,000 hommes par exemple, le front de la ligne

déployée sur deux rangs aura S,000 pas, celui de l'ordre en carré plein tOO pas seulement. Les ailes â et  de la ligne se trouvent alors à 2,500 pas des flancs du carré plein, c'est-à-dire hors de portée, et une grande partie du feu de la ligne déployée sera complètement perdu.

L'avantage des feux embrassants, très-réel pour des troupes peu nombreuses, disparaît donc en partie avec des forces plus considérables. D'où il résulte que plus une troupe est nombreuse, moins elle relire d'avantages de l'étendue de son front déployé. La plus grande portée des armes à feu peut apporter des modifications à ce principe, mais sans lui faire perdre de sa vérité absolue.

Quels avantages a donc l'ordre profond, l'ordre carré, pour qu'on le conserve encore comme moyen terme? D'abord celui de rencontrer moins d'obstacles à sa marche? Si notre ordre carré cdef veut marcher contre la ligne ai, il y parviendra plus rapidement et probablement mieux en ordre , que s'il s'avançait déployé; lorsqu'il arrive ensuite sur la ligne ennemie ab, il culbutera selon toute apparence la partie hg qu'il heurte, à cause de sa masse compacte et de la pression des derniers rangs sur les premiers. En outre, il pourra ensuite se jeter soit à droite soità gauche ou, en se fractionnant, à droite et à gauche à la fois, et culbuter de la même manière ce qu'il trouvera devant lui.

Il est vrai que cela suppose que la ligne ab reste telle qu'elle est et que l'ordre carré reste un ordre. Or, on ne saurait admettre ces deux hypothèses. Tout d'abord, les ailes ga et A ft se ploieront, comme nous l'avons vu, contre les flancs et les derrières de cdef; en second lieu, cdef éprouvera • le feu ennemi que s'il s'était iple les balles de hg, en raison itration, ne peuvent mettre hors . rangs de cdef, ces premiers ivelés par les rangs qui suivent, cesse, et il en est de même des l donc assigner à la profondeur faible ligne hgt On peut dire

que 800 hommes, formés sur huit rangs de profondeur, feront autant, sous ce rapport, que 10,000 hommes sur 100 rangs de profondeur.

Puisque la plus grande profondeur d'un corps de troupes donné n'empêche pas Tennemi de faire des mouvements embrassants et occasionne plus de pertes avant qu'on n'en vienne aux mains, il en résulte qu'on doit éviter une profondeur qui n'est pas absolument nécessaire. Une autre considération qui milite dans le même sens, c'est qu'une masse serrée est très-difficile à reformer lorsqu'elle est mise en désordre. Si une profondeur de 8 hommes est jugée nécessaire pour le succès d'une attaque corps à corps, et si l'on compte en outre deux hommes par file pour les pertes subies avant de joindre l'ennemi, 10,000 hommes devront être formés, pour Tattaque, sur 1 ,000 de front. Ce front est encore trèsconsidérable si l'on songe aux obstacles que l'on peut rencontrer dans la marche ; mais il y a un moyen de conserver ce front et d'éviter les obstacles. C'est de partager les 10,000 hommes en dix fractions de 1 à 10, fig. 6, chacune de 100 hommes de front, et de les faire marcher chacune pour son compte. Ces colonnes partielles conservent entre elles des intervalles suffisants pour pouvoir se déployer en ligne lorsqu'elles veulent avoir plus de feux.

C'est en suivant cet ordre d'idées que l'on est passé des longues lignes déployées d'un côté, et des colonnes profondes d'un autre, aux lignes de colonnes de bataillon, d'une profondeur moyenne, ayant entre elles des intervalles. On peut en outre remplir ces intervalles par une chaîne de tirailleurs.

Nous pouvons maintenant faire un nouveau pas.

L'emploi de masses aussi profondes que celles que nous venons de voir, comme formation de combat, suppose une action très-modérée des armes à feu, telle qu'on pouvait l'admettre quand l'infanterie n'avait pas encore d'armes rayées et que l'artillerie se servait de préférence de projectiles pleins. Mais ces conditions sont déjà bien modifiées et elles le seront encore davantage par l'emploi des fusils se

chargeant par la culasse, et surtout des armes à magasin, ainsi que par les projectiles explosibles des canons rayés.

L'action des armes à feu devient tellement puissante que Ton doit renoncer complètement à Tordre profond du bataillon aux distances de combat, si Ton ne veut pas s'exposer à des pertes inutiles. La ligne dans ses diverses formes sera donc la formation dominante pour le combat. D'un autre ttté, cette formation sufBt à l'infanterie qui peut, gr&ce à son tir rapide, continuer le combat de feux jusqu'au dernier moment.

Résulte-t-il de là que la colonne soit inutile sur le champ de bataille? En aucune façon, mais elle sera, dans ses différentes formes, exclusivement une formation de manœuvres. Ce qui fait sa grande valeur, c'est sa facilité de se déployer. On peut, avec la colonne, en profitant habilement du terrain, arriver tout près d'un ennemi peu attentif. Cette formation permettra souvent de se servir des abris du terrain pour tenir les réserves beaucoup plus rapprochées des premières lignes que ne semble le permettre la longue portée des nouvelles armes à feu.

Formation en lignes. •

Nous avons dit que dans une ligne formée de colonnes de bataillon, il est facile à chaque bataillon de se déployer. De la même manière, chaque bataillon déployé de la ligne a b [fig. 6) peut se former en colonne. Il n'y a donc pas de différence absolue entre ces deux formations et, si au lieu de considérer chaque bataillon isolément, nous prenons la ligne entière, l'ordre cd est aussi étendu que ab.

Si nous faisons marcher l'ordre carré cdef [fig. 5) contre la ligne a 6, le dos e/ ne sera pas de 150 pas plus éloigné de l'ennemi que le front c rf, en supposant toujours ce carré plein de iO,000 hommes. Lorsque ce carré sera suffisamment près de l'ennemi, ef sera presque aussi exposé au feu des ailes hb eXag que le front cd au feu de hg^ même si nous

ne supposons en ab que de Tinfonterie. Ce sera encore plus vrai s'il s'y trouve de rartillerie.

Les choses changent complètement si nous séparons la partie postérieure g^h^ef de Tordre carré de la partie antérieure cc?^ A {Jig. 7), et si nous maintenons la fraction II à 500 pas ou plus de la fraction I, de manière qu'elle ait moins à souffrir du feu ennemi que cette dernière.

Lorsque I sera déjà aux prises avec l'ennemi, II pour# être encore considérée comme une troupe fraîche. Le carré plein de la fîg. 5 nous promettait un combat de longue durée contre la ligne a 6, en supposant bien entendu que cette ligne restât immobile. Mais cette condition n'est plus nécessaire avec les dispositions de la fig. 7. Si les ailes de a 6 se portent contre I pour l'attaquer en flanc, alors II s'avance et les prend elles-mêmes en flanc ; ou bien, si I est battu, cela n'aura pas lieu naturellement sans que a 6 ne subisse des pertes importantes* et II, qui sera au contraire une troupe relativement fraîche, pourra reprendre le combat avec plus de probabilités d'obtenir le succès que n'a pu atteindre L

Le même principe que nous venons d'appliquer à une seule troupe est vrai pour un plus grand nombre. Nous pouvons placer, comme dans la figure 8, plusieurs bataillons en avant et plusieurs autres derrière, ce qui nous donne une formation sur plusieurs lignes. Cette formation en lignes est le moyen employé par les modernes pour s'assurer les avantages de l'ordre profond, en évitant les désavantages que nous avons signalés.

Les bataillons de la deuxième ligne peuvent être placés directement derrière ceux de la première, comme S derrière 1, et 7 derrière 4 {fig. 8), ou derrière les intervalles de la première ligne, comme 6 en arrière de l'intervalle qui sépare 2 et 3. La seconde formation est la plus naturelle parce qu'elle donne aux bataillons de la première ligne l'espace nécessaire pour se replier, à ceux de la deuxième ligne un intervalle libre pour se porter en avant, et qu'elle facilite ainsi le soutien et le remplacement.

Cette formation en lignes successives est d'autant plus

profonde qu'il y a plus de lignes Tune derrière l'autre. Gela permet de faire durer le combat plus longtemps sur chaque point du front, puisqu'il y aura plus de troupes fraîches pour relever celles qui sont engagées et dont on ne doit pas laisser épuiser complètement les forces. Cependant cette profondeur a également ses limites, car plus les lignes successives seront éloignées de la première, plus elles auront de chemin à faire pour prendre part au combat de front.

Supposons maintenant que les premières lignes des deux partis soient à 1,000 pas Tune de Tautre, sur un champ de bataille qui est une plaine ouverte. Les dernières lignes de chaque parti devraient être tenues à environ 4,000 pas derrière la première ligne pour rester complètement en dehors du feu ennemi. Mais une telle distance n'est pas nécessaire dans la pratique, même avec les armes à feu nouvelles. En effet, d'après ce que nous avons dit plus haut, l'action des meilleures armes diminue beaucoup aux grandes distances ; en second lieu nous n'aurons jamais pour champ de bataille, au moins dans l'Europe centrale, une plaine complètement découverte-; si bien que nous pourrons le plus souvent établir à 1,500 pas en arrière de la première ligne trois autres lignes, sans trop les exposer au feu de l'ennemi, et sans qu'il ^ soit nécessaire d'avoir recours aux moyens secondaires, tels que faire coucher ou agenouiller l'infanterie, mettre pied à terre à la cavalerie et l'artillerie.

Nous considérons donc la distance de 1,SOO pas entre la première et la deuxième ligne comme la plus grande que nécessite l'action des feux.

Une armée de 100,000 hommes de toutes armes, qui serait ainsi formée sur 4 lignes d'égale force, occuperait un front d'environ 6,000 pas. Cette formation sur 4 lignes, la seconde à 1,500 pas de la première, et les deux autres très-i»ès delà deuxième, peut être appelée un ordre profond, et cependant quand l'effectif des troupes ainsi formées est considérable, le front est beaucoup plus grand que la profondeur. Il n'en est plus ainsi lorsqu'il s'agit de forces moindres, puisqu'il faut toujours conserver à la formation la même profondeur. Si

par exemple on forme sur 4 lignes 25,000 hommes de toutes armes, le front n'aura que 1,500 pas et la profondeur sera à peu près la même, 1 ,500 pas, ce gui constitue, à vrai dire, un ordre carré.

Toutefois, moins une troupe est nombreuse, plus elle cherche à étendre son front plutôt que de former plusieurs lignes successives. Cela tient à ce que le feu embrassant de l'ennemi est d'autant plus à craindre que le front est moins étendu ; l'action du combat est nécessairement plus simple que pour des forces considérables, ce qui rend plusieurs lignes moins utiles ; et enfin les combinaisons et complications du combat étant moins possibles, sa durée a moins d'importance.

Il résulte de là que la forme d'un ordre de bataille, même quand nous l'appellerons très-profond, sera toujours un rectangle dont le front sera plus grand que la profondeur.

Avec cette restriction, on peut affirmer d'une manière générale que l'ordre de bataille profond est préférable à l'ordre mince. Les raisons essentielles sont que le conamandement s'exerce avec beaucoup plus de force dans une formation profonde, et que cette formation permet plus facilement de faire front vers l'un de ses flancs pour y déployer une force convenable.

Pour juger si un ordre de bataille est profond ou mince, il faut savoir d'abord combien il y a d'hommes de profondeur sur chaque pas du front, et en second lieu sur combien de lignes est la formation. Quand nous savons que 100,000 hommes occupent un front de 10.000 pas, nous pouvons dire que la formation a 10 hommes de profondeur. C'est déjà là un ordre profond dans les formes tactiques actuelles. Mais si nous ne savions pas d'avance que les bataillons déployés sont aujourd'hui sur deux rangs, trois au plus, si bien qu'une formation de dix hommes de profondeur doit nécessairement être sur plusieurs lignes, nous ne pourrions pas conclure d'une manière absolue que l'ordre est profond lorsqu'il y a 10 hommes sur chaque pas du front. En effet, si les 100,000 hommes, sur 10 rangs, occupaient

une seule ligne, ce serait plutôt là un ordre mince, puisqu'il lui manquerait complètement le caractère essentiel de la profondeur, savoir la possibilité de renouveler le combat en y lançant des troupes fraîches tenues en arrière.

Si, au contraire, 100,000 hommes sont sur quatre ou cinq lignes successives dont chacune occupe un front de 25,000 pas, cette formation sera un ordre mince malgré le grand nombre de lignes. U résulterait en effet de cette disposition que les troupes de chaque ligne auraient entreelles de grands intervalles, et que le général en chef serait probablement obligé d'employer une grande partie des troupes des lignes postérieures à combler les vides des lignes antérieures ; il en résulterait, en outre, que les ordres et les rapports auraient beaucoup de chemin à faire «du centre aux extrémités de Tordre de bataille et qu'il faudrait beaucoup de temps pour porter les troupes d'un flanc sur l'autre.

Il faut donc en général savoir combien il y a d'hommes sur chaque pas du front, et sur combien de lignes est la formation, pour dire si l'ordre de bataille est mince ou profond. Cependant il suffit de savoir combien il y a d'hommes sur chaque pas du front quand on connaît d'avance la formation normale de l'unité tactique des différentes armes. Ainsi nous savons qu'aujourd'hui un bataillon déployé est sur deux rangs, très-rarement sur trois ; que lorsque deux bataillons sont sur le même alignement, chacun d'eux en colonne, on laisse entre les deux colonnes l'intervalle de déploiement ; que la cavalerie en ligne est sur deux rangs : que l'on doit calculer sur 20 pas de front pour chaque pièce d'artillerie.

Dans ces hypothèses et en raison de la proportion habituelle des différentes armes, 5 à. 6 hommes sur chaque pas du front constituent une profondeur moyenne, au-dessous de 5 hommes la profondeur est petite, au-dessus de 6 elle est grande, toutes les fois qu'il s'agit de masses importantes de troupes. Pour une division de 10,000 hommes, isolée et indépendante, 3 à 4 hommes sur chaque pas du front, ce sera la profondeur moyenne.

— SS- II est encore une autre considération à laquelle on doit avoir égard toutes les fois qu'il s'agit de décider si la profondeur est ou non suffisante : cette considération ressort des particularités du terrain qui peuvent compléter ou remplacer d'une manière ou d'une autre les forces mobiles des troupes. Si vous attendez votre ennemi sur un terrain qui oppose des obstacles considérables à ses mouvements, ce terrain peut vous tenir lieu d'une ou de plusieurs lignes, et par suite votre position y sera regardée comme profonde, tandis qu'elle serait réellement mince dans une autre situation. En général, l'idée de la profondeur d'une position est liée à l'idée de sa force, mais il ne faut pas oublier que ces idées ne sont que relatives.

Lignes et réserves.

Pour plus de simplicité, nous n'avons parlé jusqu'à présent que de lignes, en admettant que chaque ligne devait avoir la môme force. Nous pouvons maintenant établir la différence entre les lignes et les réserves.

La disposition que représente la figure 9, où 30 bataillons sont formés sur quatre lignes, répond à la conception précédente ; mais nous pouvons prendre une disposition toute difTérente en ne laissant, par exemple (fig, 10), que les deux premières lignes formées comme tout à l'heure, et en rassemblant au contraire dans une seule masse {A) les 15 bataillons qui composaient la troisième et la quatrième lignes. Cette masse A prend alors le nom de réserve de la ligne ab. Ces deux formations diffèrent essentiellement. Dans la première, chaque bataillon de la première ligne a derrière lui un triple soutien, et il peut cependant arriver qu'une grande partie de la ligne n'ait pas besoin de ce triple soutien, tandis qu'au contraire il peut être insuffisant sur d'autres points, soit pour atteindre le but positif que l'on poursuit, soit simplement pour arrêter l'ennemi dans ses desseins. La formation de la figure 10 est sans contredit préférable. On y donne

en effet un soutien à chaque bataillon de la première ligne» mais un seul, c'est-à-dire ce qu'on juge indispensable d'après la marche probable du combat. On réunit ensuite tout ce qui reste de forces dans une réserve générale, pour se multiplier avec elle, pour porter des renforts sur des points trop faibles, ou pour obtenir avec des forces supérieures de grands avantages sur quelques points que Ton aura reconnus et choisis d'avance, ou dont l'importance se montrera pendant le combat lui-même.

Ce principe des réserves est maintenant appliqué, en grand comme en petit, dans la guerre moderne. C'est le véritable levier de la force militaire, parce qu'il est le seul moyen de ménager convenablement ses forces. Ce principe est la cause réelle de la grande diversité de nos ordres de bataille. On peut maintenant affirmer d'avance qu'un ordre de bataille qui a partout la môme profondeur est mauvais, parce qu'il est impossible de poursuivre les mêmes desseins sur tous les points du champ de bataille avec une égale probabilité de succès.

Prenons un exemple : la ligne ab {fig. li) représente un coteau au pied duquel coule un ruisseau dont les rives sont très-escarpées. Il s'agit de défendre pendant quelques heures cette ligne ab contre une attaque ennemie, dans le but de nous permettre d'effectuer nous-mêmes une attaque en oc. Toutes nos forces consistent en 20 bataillons. La ligne ab a 2,000 pas de longueur, et nous savons pertinemment que si nous plaçons un bataillon sur chaque 200 pas de cette ligne, cela suffira parfaitement pour contenir l'ennemi pendant tout le temps nécessaire; jnais cela nous prendrait 10 bataillons, et il ne nous en resterait plus que 10 pour l'attaque en ac, nombre reconnu insuffisant pour le succès de cette attaque. Nous admettons par exemple que 15 bataillons sont nécessaires pour notre attaque en ac, de sorte qu'il n'en reste plus que 5 pour défendre la ligne ab. Maintenant, nous reconnaissons qu'en répartissant seulement 3 bataillons sur le front ab^ ces bataillons suffiront pour contenir l'ennemi pendant la moitié du temps nécessaire, et, en outre, que le

secours â*un bataillon arrivant au point d'attaque de Tennemi une demi-heure seulement après cette attaque suffira pour faire gagner tout le temps dont nous avons besoin. Nous pourrons alors résoudre le problème avec nos 5 bataillons disponibles, en plaçant sur la ligne ab les bataillons 1, 2 et 3, et les deux autres 4 et 5 en réserve, avec la mission de renforcer le point attaqué par Tennemi, dès qu'il sera reconnu.

Les réserves sont encore plus nécessaires dans toute circonstance de guerre que les institutions de crédit pour le commerce. Se former des réserves doit donc être TefFort constant d'un chef, depuis le général d'armée jusqu'au commandant d'une patrouille. U faut pour cela ne pas prodiguer les troupes qu'on fait donner les premières. Cependant, si c'est une faute grave de lancer d'abord toutes ses forces et de ne point conserver de troupes disponibles, c'en est une non moins grande d'engager trop peu de monde en prenaière ligne, dans le but de conserver de très-fortes réserves. Ce serait faire comme le marchand qui, pour ménager son fonds de réserve, ne ferait point d'affaires ou en ferait trop peu. Il faut garder en tout une juste mesure, et l'économie intelligente est fort différente de l'avarice. Si l'on veut ménager habilement ses forces, il faut se demander, dans chaque circonstance, combien de troupes il est nécessaire d'engager et n^en pas employer moins. Le général en chef examine, en raison des circonstances et du but qu'il poursuit, combien de troupes il doit engager en première ligne sur chaque point de son front, et ce qu'il peut oser. Chaque général de division se demande à son tour coçabien il formera de lignes sur tel ou tel point, et ainsi de suite. L'excédant disponible forme la réserve. Les forces engagées et la réserve doivent être calculées d'après le but et les circonstances, .et se trouver entre elles dans une juste proportion.

Il est une considération générale qu'il faut toujours peser avant de décider combien de lignes on formera, c'est celle de la différence des armes. Quand une arme est facilement mise en désordre, et momentanément hors d'état de com-

battre, alors même qu'elle est victorieuse ; quand son effet consiste dans l'impétuosité de l'attaque et le trouble qu'elle inspire à l'ennemi, elle doit être formée sur un plus grand nombre de lignes. Les troupes destinées à combattre corps à corps ou par des feux à courte distance se formeront sur plus de lignes que celles qui doivent combattre de loin. La cavalerie se forme toujours sur plus de lignes que l'infanterie, même quand celle-ci doit rechercher la mêlée. Ces considérations ont encore leur importance pour la formation intérieure des lignes et leur situation relative. Ainsi, quand la troupe a des mouvements relativement lents et n'est pas facile à mettre en désordre, les intervalles dans une même ligne peuvent être plus petits, et l'on peut placer les bataillons des lignes postérieures directement derrière les bataillons des lignes [qui précèdent. Mais plus le mouvement est impétueux et le désordre facile, plus il faut d'intervalle entre les fractions d'une même ligne, plus il est important aussi de placer en échelons les lignes consécutives.

L'artillerie n'a jamais besoin de deuxième ligne pour le combat, mais seulement de réserves, soit pour relever les pièces engagées, soit pour renforcer le feu sur tel ou tel point. L'infanterie qui n'aurait à combattre que de loin n'a pas besoin non plus de deuxième ligne, mais seulement de réserves. Il lui faudra au contraire une deuxième ligne toutes les fois qu'elle pourra être forcée de combattre de près. La cavalerie se formera constamment sur plusieurs lignes, toujours avec de grands intervalles, en échelons ou en échiquier.

Ces considérations ont une importance décisive pour la détermination des formes tactiques élémentaires; nous y reviendrons à ce sujet, et nous aurons à examiner par quels moyens des unités tactiques, que nous avons considérées jusqu'à présent comme indivisibles, peuvent former plusieurs lignes ou des réserves.

Nous avons toujours appelé colonne la formation profonde d'un bataillon isolé et, en général, de l'unité tactique. En plaçant les unes à côté des autres plusieurs de ces colonnes,

avec des intervalles au moins suffisants pour que chaque colonne puisse se déployer, on a une ligne. En plaçant les unes derrière les autres plusieurs de ces lignes, on forme le premier ordre de bataille qui puisse être considéré comme indépendant et qui réponde aux circonstances les plus com« pliquées du combat.

La réserve vient toujours compléter cet ordre de bataille. La réserve ne serait pas ce qu'elle doit être si elle était formée comme les premières lignes avec des intervalles et des distances de ligne. Si elle était déployée d'avance, ce ne serait plus un fonds de réserve de qui Ton pourrait faire ce qu'on voudrait et tourner le front à son gré dans telle ou telle direction. L'ordre de la réserve doit être essentiellement un ordre concentré, qui la met sous la main du général en chef, dans le plus petit espace possible. On obtient ce résultat en serrant plusieurs colonnes de bataillon, — colonnes d'escadron ou de régiment pour la cavalerie,— à côté les unes des autres; ou encore enserrant plusieurs unités tactiques déployées^ à côté ou les unes derrière les autres.

Nous appellerons masse ou formation en masse cette disposition concentrée de plusieurs unités tactiques, pour la distinguer de l'ordre profond de l'unité tactique que nous appelons colonne. La masse est la véritable formation des réserves. Elle ne convient pas pour le combat, surtout avec des troupes qui doivent chercher leur force dans les feux. Napoléon l'a cependant employée parfois comme formation de combat, — masse de brigades ou de divisions. — Elle a alors tous les désavantages de la formation carrée, elle les avait déjà du temps de Napoléon, avec des armes à feu d'une portée très-inférieure aux nôtres. La condition essentielle de la masse, c'est qu'elle permette de se déployer facilement et avec rapidité pour prendre la formation de combat# Si A (Jig. 12) représente la formation normale de combat d'une brigade de 8 bataillons d'infanterie, on peut, en attendant le moment de les déployer, la former en masse comme B ou G, selon la nature plus ou moins facile du terrain, mais on

ne devra jamais adopter la formation D où les bataillons déployés sont serrés les uns derrière les autres.

De Tordre étroit.

L'ordre étroit c {fig. 4) a, comme formation de combat, tous les inconvénients de Tordre mince et de Tordre carré, sans aucun de leurs avantages. Mais cet ordre est indispensable pour la marche, quand on fait suivre aux troupes les routes frayées, dans le but de les ménager. Bien que cette formation semble l'opposé de tout ce qu'on nomme ordre de bataille, elle ofTre néanmoins un moyen très-simple de satisfaire à une condition déjà énoncée, savoir que Tordre de marche doit répondre à Tordre de bataille, de telle manière qu'on puisse passer facilement de l'un à l'autre. En effet si Ton ne peut marcher sur une route . qu'avec un front trèsétroit de 4, 12 et au plus 20 hommes, il existe toujours, au moins dans les pays cultivés^ plusieurs routes à peu près parallèles et paf trop éloignées les unes des autres. On répartit les troupes sur ces routes parallèles, de sorte que les colonnes partielles sont beaucoup moins longues et le déploiement pour le combat est rendu plus facile. Ainsi 20,000 hommes marchant sur une seule route forment une colonne de 12,000 pas de longueur, tandis que si Ton répartit ces 20,000 hommes sur 4 routes parallèles, chaque colonne partielle de 8,000 honunes ne sera plus longue que de 3,000 pas.

Des détachements.

Nous avons toujours supposé, dans ce qui précède, une liaison intime de toutes les parties de Tordre de bataille, de telle sorte que chacune d'elles ne fût pas éloignée des parties voisines d'une distance plus grande que la portée eUBcace de ses armes. Nous avons constamment insisté sur Timportance de la liaison des parties avec un tout dirigé vers un but

unique. Le contraire de cette liaison est la séparation» Mais la séparation est encore un des éléments de la tactique, et Fart de faire des détachements a la plus grande importance.

La réunion des forces nous a frappé d'abord comme la règle fondamentale de toute action de guerre. Mais à peine avions-nous émis ce principe que nous avons reconnu la nécessité de le modifier. En effet, après avoir dit que notre but positif devait être un, et ce seul but le plus simple possible, nous avons ajouté presque aussitôt que nous ne pourrions presque jamais poursuivre un but unique, puisque Tennemi cherchait en même temps que nous un résultat positif, et qu'il fallait nous mettre en garde contre ses desseins. Ajoutons encore que notre propre dessein a ses degrés d'importance selon le but que nous poursuivons. Si nous ne voulons que battre l'ennemi, c'est un dessein d'un degré moins élevé que si nous songeons à l'anéantir, et nous n'opérerons point dans les deux cas de la même manière. Chaque but différent fait naître un problème de guerre, et pour chaque problème il faut des forces spéciales. Cela prouve qu'une concentration absolue des troupes est impossible. On ne posera donc plus cette règle : ne faites pas de détachements I mais comme les détachements ne seront jamais qu'un mal nécessaire, on admettra toujours la règle suivante : faites des détachements aussi rares et aussi faibles que possible !

Rendez-vous bien compte du but que vous cherchez toutes les fois que vous voulez faire un détachement ; cela vous empêchera souvent de détacher des troupes sans réflexion, en obéissant à la tradition, à l'habitude ou à la mode. Si vous avez constamment devant l'esprit que tout détachement dé-> tourne des troupes du but principal, vous vous efforcerez d'en faire le moins possible et de ne leur donner par conséquent que des missions secondaires.

D'après leur but, on distingue deux sortes de détache-, ments : ceux que nécessite l'activité réelle ou supposée de l'ennemi, et ceux que cause la multiplicité des buts positifs que vous poursuivez.

Les détachements de la première espèce ne devraient ja-

mais avoir pour but de remporter sur l'ennemi un avantage positif. Votre intention, en les formant, doit donc être Tune des suivantes :

a. — Observer simplement l'ennemi. Le détachement doit voir ce que fait l'ennemi sur tel ou tel point ; il vous en informe, et vous dirigez ensuite les opérations du gros de vos forces d'après les nouvelles que vous recevez des progrès et de l'activité de l'ennemi, soifr en poursuivant énergiquement votre entreprise, soit en modifiant votre plan primitif, soit même en renonçant complètement à votre dessein. Les plus faibles détachements suffisent pour observer.

b. — Pendant que le gros de vos forces poursuit un but positif dans une direction donnée, votre détachement marche dans une autre direction pour empêcher l'ennemi d'atteindre lui-même son but. Vous voulez par exemple suivre avec le ^ros de vos forces la direction abcd (fig. 13, planche II) pour attaquer vigoureusement l'ennemi en /, mais vous envoyez en même temps un détachement dans la direction ce pour empêcher l'ennemi de vous attaquer lui-même de g. La mission du détachement h est ici d'arrêter Tennemi, mais pas d'une manière absolue. En effet, l'attaque ennemie venant de g peut par exemple refouler sans danger votre détachement jusqu'en m et au delà» pourvu que ce détachement ait pu, malgré cela, retarder l'ennemi de manière à vous donner le temps d'être vainqueur en /, et de vous tourner ensuite contre g avant que l'ennemi n'ait remporté un avantage comparable à votre victoire en /. — Lorsqu'en 1796 Bonaparte eut forcé Alvinzy, par la bataille d'Arcole, à se retirer sur la Brenta, il lui importait assez peu que Davidovich eût chassé Vaubois de sa position de Rivoli ; mais si ce dernier événementétaitarrivé huit jours plus tôt, il aurait pu avoir pour Bonaparte les suitesles plusgraves. — On comprend qu'il faille, pour cette mission, des détachements plus forts que lorsqu'il n'y a qu'àobserver ; mais leurforce n'en est pas moins très-variable, d'après le temps plus ou moins long pendant lequel ils doivent arrêter l'ennemi, d'après le plus ou moins

de distance à laquelle ils peuvent se laisser repousser sans danger pour notre entreprise principale, selon la configura^ tion du terrain où devra opérer le détachement, et enfin en raison de l'énergie qu'on suppose à l'ennemi. Les circonstances dans lesquelles nous voudrons faire marcher un détachement dépendront toujours un peu du choix que nous ferons. Si nous faisons ce choix d'une manière convenable, si nous pesons bien le pour et le contre, nous pourrons faire ^ussi faible que possible un détachement que nous saurons du reste indispensable.

c. — Les circonstances sont les mêmes que dans le cas précédent, mais notre détachement, au lieu d'attendre l'attaque de l'ennemi en g, doit lui-même attaquer, pour attirer sur ce point l'attention de l'ennemi, l'y occuper et l'y maintenir. La mission de ce détachement est encore secondaire, mais sa manière d'opérer plus active, et il ne peut plus, comme dans le cas précédent, se contenter de faire perdre du temps à l'ennemi. Ce détachement doit être relativement aussi fort que possible, et c'est pourquoi il faut toujours réfléchir mûrement avant de confier à une troupe une mission de cette nature. On ne doit le faire que si l'on a de grands avantages à attendre de cette entreprise secondaire, et si les forces destinées au but principal restent encore très^ suffisantes pour atteindre ce but. On fera ce détachement d'autant moins fort qu'il sera commandé par un chef plus énergique, que les troupes qui le copiposent seront meil« leures, et que la position de l'ennemi sera plus seiisible au point contre lequel est dirigé le détachement.

La dernière espèce de détachement dont nous venons d# parler rentre déjà dans ceux de la seconde classe. Cepen-idant on ne range réellement dans cette classe que les détachements au çioyen desquels on veut augmenter le succès, tandis que l'entreprise principale a pour .but d'obtenir ce succès. Vous voulez, par exemple ijig. 13), battre Tennenii en f avec le gros de vos forces, mais vous envoyez en même temps un détachement dans la direction Am, avec mission de couper à l'ennemi sa ligne de retraite, et de le faire prison^

nier quand il est battu. Les entreprises de cette nature peuvent facilement avoir un sort funeste,

c( Et pronver qu'il ne faut jamais « Vendre la peau de l'ours qu*on ne l'ait mis par terre. »

On ne doit donc les ordonner que lorsqu'il est impossible de les éviter. Il est vrai qu'alors il ne s'agirait plus de faire un détachement. Supposons, en efiet, qu'il se trouve en o [fig. K 3) une partie de nos troupes qu'il serait impossible de faire venir en A assez à temps pour prendre part au combat que nous voulons livrer en /, mais que nous puissions faire arriver ces troupes à temps sur la ligne de retraite de l'ennemi. Dans ce cas, la mission que nous donnerions à la troupe o serait plutôt à ranger dans la classe de la concentration des forces que dans leur division.

Il n'esi presque aucun problème de guerre, grand ou petit, dans lequel la question des détachements ne soit à envisager dans un sens ou dans l'autre. Tout le monde sait quelles fautes on commet à cet égard, et combien de fois l'on fait des détachements inutiles, trop forts ou trop faibles pour le but qu'on se propose. La question est donc d'une importance extrême. Vous éviterez déjà des fautes trop graves, en vous demandant tout d'abord ce que vous voulez et, par suite, ce que vous devez faire, et si vous prenez pour guides la raison et le bon sens au lieu de la mode et de la routine.

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