DU COMBAT
Bataille décisive, Combat, Engagement, Rencontre*
Lorsque les deux armées ennemies gui se disputent un théâtre de guerre réunissent sur un champ de bataille une partie assez considérable de leurs forces pour que la victoire décide, ou puisse décider, de la possession du théâtre de la guerre, ces armées livrent une bataille décisive. Il n'est pas nécessaire que les deux partis réunissent toutes les forces qu'ils ont sur le théâtre de la guerre pour livrer une bataille décisive, car cela serait impossible. — Napoléon avait, en 1805 , plus de 200,000 hommes sur le théâtre de la guerre, le tiers seulement de ces forces était à Austerlitz, et cependant la bataille d'Austerlitz fut décisive. — On ne peut pas non plus fixer la force absolue des troupes qu'il faut réunir pour qu'une bataille soit décivise. — La bataille de Sempach (1386) fut décisive, et pourtant les confédérés n'y avaient que 1300 hommes.
On est frappé, au premier coup d'œil, de la grande concentration des forces opposées dans les deux plus grandes batailles des dernières guerres, celles de Solférino et de Kœniggraetz. Mais cette circonstance s'explique par le peu de durée de ces deux guerres, et, si elles se fussent prolongées davantage, les batailles décisives auraient été livrées dans des conditions fort difiérentes. Si la guerre de 1859 ne s'était pas terminée devant le quadrilatère par la paix de Villafranca, il était difficile de prévoir une autre bataille dans laquelle les alliés auraient pu réunir toutes leurs forces. — Si l'on se rappelle la situation des belligérants en 1866, au moment de l'armistice de Nicolsbourg, on ne peut croire que
les Prussiens auraient pu livrer devant Florisdorf une bataille rangée avec autant de forces qu'à Kœniggraetz. On reconnaît encore, dans les guerres qui ont précédé celles-là, rinfluence des grandes concentrations de troupes qui amènent les batailles décisives au début de la campagne. Nous rappelons à ce sujet Leipzig (1813), en observant que cette bataille n'eut lieu que peu de mois après l'entrée de l'Autriche dans la coalition. Rappelons encore Waterloo. D'un autre côté, si Napoléon tl'atalt à Austerlk qu'utie partie de ses forces, il est clair qu'il aurait eu, quelques mois plutôt, toutes ses troupes réunies^ s'il avait eu à livrer devant Ulm une bataille décisive^
La grande concentration des forces que nous trouvons à Solférino et à Kœniggraetz fait ressortir d'autant plus clai'rement quelles fautes immenses ont dû commettre les généraux italiens pour n'avoir pas la moitié de leurs troupes à opposer aux Autrichiens à Custozza.
Les combats sont des luttes entre des fractions d'armée, soit qu'ils précèdent et préparent les batailles rangées, comme le combat de Kœnigswartha avant la bataille de Bautzen (1813); soit qu'ils les suivent et influent, dans un sens ou dans l'autre, sur les conditions de la retraite, comme le combat de Haynau après la bataille de Bautzen; soit enfin que la réunion de ces combats constitue la bataille ellemême. On peut en efTet considérer chaque bataille rangée comme un assemblage de combats que se livrent les corps d'armée ou les divisions, soit successivement sur un même point, soit en même temps sur des points différentSé Si ces combats n'ont entre eux aucune liaison intime, ils ne constituent point une bataille^ De môme qu'une bataille se compose de combats partiels, de môme le combat est la résultante des engagements de fractions de la division, de chaque arme particulière, des unités tactiques. Les combats qui n'ont de but déterminé de la part d'aucun des partis, qui résultent du choc inattendu de deux troupes ennemies, sont habituellement appelés rencontres.
Bien que des masses de troupes oonsidérabies se soient
heurtées dans les affaires de Nachod, Skalitz, Burgersdorf, Trautenau, Miinchengraetz et GitscUn, qui précédèrent la bataille de Kœniggraetf, ces affaires ne peuirent être regardées cependant que comme des combats indépendants. On peut aussi distinguer dans la bataille de Kœniggraetz les combats partiels qui la constituent et dans lesquels elle se subdivise^ ce sont ceux de Lochenitz^ Horzenowes, Benatek^ Sadowa, Dohalitz, Nechanitz^ ChlmU) lipa, Przim et Wschestar*
Combat Offensif, Combat défensif, Démonstration.
Le combat a un caractère distinctif selon qu'il a pour objet d'obtenir directement un résultat positif, ou bien d'em^pècher l'ennemi d'obtenir lui-même ce résultat, ou seulement d'occuper l'ennemi, pour attirer son attention sur un point déterminé et la détourner ainsi d'un autre point. Nous distinguerons en conséquence la bataille offensive ou défensive, le combat offensif ou défensif, et la démonstration.
Chaque bataille, chaque combat, se compose en général d'éléments des trois ordres que nous venons de citer, mais l'un de ces éléments dominera nécessairement^ et donnera son nom à l'action entière.
La bataille offensive a pour but de détruire l'armée ennemie. Mais il est rare que ce résultat s'obtienne directement sur le champ de bataille, et il faut que les exigences d'une bataille offensive soient plus modestes. On sera donc satisfait si, en attaquant l'ennemi^ on le force à s'éloigner du champ de bataille, et la situation sera^ dans ce cas, des plus favorables si la direction et les circonstances de cette retraite permettent de compléter la destruction de l'armée ennemie au moyen de la poursuite et de quelques victoires partielles pendant cette poursuite.
On peut assigner pour but à la bataille défensive d'arrêter la marche de l'ennemi dans une direction donnée, en conservant d'abord en réserve le plus possible de ses propres forces et les préservant d'être détruites par l'ennemi * Si
maintenant le défenseur ne cherche, dans la bataille, qu'à rester en place^ et à résister ainsi aux desseins de Tagresseur qui veut le forcer à se retirer, il ne pourra obtenir ce résultat que par l'activité qu'il déploiera lui-même, et cette activité ne peut être dirigée que vers la destruction de forces ennemies. Or, si les pertes de l'agresseur montent à un chiffre plus élevé que celles du défenseur, les choses peuvent changer complètement de face^ si bien que le défenseur acquerra, dans le cours de la bataille, le droit de se proposer lui-même un but positif, c'est-à-dire de forcer l'agresseur à la retraite. C'est de cette façon qu'une bataille défensive peut se transformer en bataille offensive.
Il résulte de sa nature même que la démonstration ne peut avoir en elle une signification propre, elle ne peut être que partie d'un plus grand tout. Elle sert à favoriser de quelque manière une autre entreprise qui est l'affaire principale. Cependant, la démonstration exige toujours des forces qui sont perdues pour l'opération principale; et, avant de faire une démonstration, il faut savoir exactement le résultat qu'on veut en obtenir.
Les combats reçoivent souvent une couleur particulière des lieux où ils sont livrés, par exemple, les combats qui ont pour but de forcer ou de défendre le passage de rivières ou de montagnes, les combats de bois, de villages, etc. Le combat reçoit souvent aussi son caractère des conditions de temps. Si l'un des partis s'efforce de gagner du temps, l'autre cherche au contraire à lui en faire perdre. Le rôle que joue le temps est surtout important dans les combats de poursuite et de retraite. Les combats de nuit sont également soumis à des r^les particulières.
Bataille offensive.
Nous allons traiter la question la plus générale avant de descendre aux détails. C'est du reste dans la bataille que le combat trouve sa véritable place, Nous nous placerons suc-
cessivement des deux côtéS| pour reconnaître plus clairement les r^les qu'ils doivent suivre, et nous commençons par la bataille offensive.
DtClSlON.
La détermination de livrer une bataille offensive résulte du plan général de la campagne et des circonstances qu'a fait naître le rapprochement des armées belligérantes. La force numérique des deux partis a une influence très-grande sur cette décision, mais il est très-rare qu'elle en soit la principale cause. Cette détermination résulte, le plus souvent, de la conviction qu'on ne peut se dispenser de livrer une bataille offensive si l'on veut faire quelque chose. Celui qui est l'agresseur stratégiqueihent sera porté, dans la plupart des cas, à attaquer tactiquement; en d'autres termes, celui dont les opérations stratégiques sont offensives prendra également l'offensive dans le combat.