‹ Tactique généraleChapitre 9 sur 48 · PLAN · texte numérisé non relu

PLAN

On se décide quelquefois à livrer une bataille offensive lorsqu'on est déjà près de l'ennemi, mais le plus souvent quelques jours plus tôt. C'est toujours ce dernier cas lorsque les armées en présence sont considérables.

La décision prise, il s'agit de préciser la forme de l'attaque et de donner aux corps d'armée leurs instructions en conséquence. Pour cela, il fout que le général en chef se figure son adversaire dans une position déterminée ab {fig. 14), soit que ce dernier attende réellement l'attaque dans cette position, soit qu'on admette qu'il s'y trouvera lorsqu'on sera assez près de lui pouir livrer bataille. Les divisions de l'agresseur marchent par différentes routes contre cette position.

Le plan de bataille le plus simple serait sans contredit le suivant : déployer toutes ses divisions 1, 2, 3, 4, 5 et 6, sur la ligne cd parallèle à aby et à une grande portée de canon de cette position, puis faire marcher simultanément toutes les

divisions contre ab* Si l'on suppose une égalité absolue de forces, il peut n'y avoir aucun résultat^ et, en poussatit les choses à l'extrême, les deux partis peuvent s'entredétrûire. complètement. Aucun ne restant alors supérieur à l'autre, tout serait à recommencer. Dans un cas plus heureux, il se peut que l'énergie et la bravoure donnent la supériorité à l'une de ces armées d'égale force. Le général en chef de cette armée aura gagné alors une bataille de soldats, sans en avoir le mérite, et peut-être au prix de grands sacrifices que son devoir était d'éviter.

La raison humaine, de quelque manière qu'elle s'exerce, ne saurait se contenter de la force brutale ; elle doit s'efforcer constamment de diriger l'action de la force, et ce rôle lui convient également à la guerre. Le général ne se contente pas de lancer en avant les troupes dont il dispose, il faut qu'il cherche à causer à l'ennemi le plus de pertes possible, tout en en éprouvant le moins qu'il peut lui^-méme, et si la supériorité absolue de ses forces ne suffit pas pour lui donner ce résultat, il cherche à l'obtenir par la manière dont il emploie ses troupes.

Cet ordre d'idées conduit directement au principe de la victoire partiellCé Si vous n'êtes pas certain de vaincre Tetinemi en attaquant son front sur tous les points à la fois, les conditions où vous vous placez changent complètement si vous dirigea toutes vos forces contre une partie du front ennemij ae par exetnplè. Quand bien môme vous ne potir^ riez opposer à la ligne ennemie ab que des forces égales ou môme un peu inférieures, la totalité de vos troupes peut être néanmoins tellement supérieure à Une fraction de l'ennemi que vous soyez certain de la battre.

Quand vous êtes vainqueur en ae^ vous pouvez vous jeter contré ef avec toutes vos forces, y remporter une nouvelle victoire, et enfin écraser le reste fb des troupes ennemies.

Ce principe est évidemment le véritable moyen d'obtenir la victoire à égalité de forces, et môme contre des forces un peu supérieures; il ne s'agit donc plus que d'en faire l'appli-

cationa Mais il est auparavant une considération fort importante : c'est que la ligne ennemie ab n'est point une masse inerte qui l*este immobile jusqu'à ce que nous atteignions complètement notre but, au contraire, elle poursuivra elle-même un but positif ou se mettra en mouvement pour contrecarrer nos desseins ; et, pour remporter nos victoires partielles, il nous faut un certain temps que l'ennemi peut également mettre à profit« Afin de pouvoir exécuter notre plan d'attaque, il est hors de doute, qu'il nous faudra chercher à maintenir l'ennemi dans la position où nous l'avons supposé jtisqu'à ce que nous ayons battu un assez grand nombre de ses troupes pour que notre supériorité sur le reste soit à peu près assurée. Plus notre première victoire partielle sera prompte, moins longtemps il nous faudra maintenir l'ennemi loin du théâtre de cette première lutte, plus cette victoire sera importante, et plutôt elle décidera l'ennemi à évacuer sa position. Or, ce dernier résultat est un grand pas vers la victoire définitive. Ce premier pas est toujours fort important, si nous pouvons poursuivre l'ennemi dans de bonnes conditions, si notre première victoire partielle le force, par exemple à opérer sa retraite dans une direction qu'il n'aurait pas choisie s'il avait été libre de le faire, qui affaiblit tout son système de guerre et nous rend plus facile de compléter par la poursuite cette série de succès partiels que la retraite précipitée de l'ennemi ne nous a pas permis de compléter sur le champ de bataille.

Le plan d'une bataille offensive roulera donc, dans sa partie essentielle, sur les deux questions suivantes :

Sur quel point du front ennemi devons-nous chercher à remporter notre première victoire partielle?

Quels moyens devons-nous employer pour maintenir l'ennemi dans sa position aussi longtemps que cela est nécessaire pour nos desseins?

POINT d'aTTAQUIJ.

Le point oi!i noua cherchons la première victoire partielle se nomme point d'attaque* U s*agit de le choisir.

Comme la ligne ennemie n'a jamais la même force partout, nous pouvons nous poser la question suivante : Faut-il choisir le point le plus fort ou le point le plus faible, celui où la victoire sera la plus importante plutôt que celui où elle sera la plus rapide?

Afin de gagner du temps pour continuer nos victoires partielles, nous devrons préférer le point qui nous promet le plus promptement la première de ces victoires. Mais si, une fois vainqueurs sur ce point, nous ne pouvons pas poursuivre de là nos avantages, TutlUté de notre premier succès sera fort peu de chose. Il ne faut donc jamais perdre de vue qu'avant tout, le point où nous cherchons notre prrâiière victoire doit nous permettre de poursuivre nos succès. Le premier point conquis doit nous rendre plus forts. Si ce point est en même temps un point faible de l'ennemi, ce sera avantageux pour nous, puisque nous économiserons %ainsi du temps et des forces. Mais n'oublions pas que si nous avons à choisir entre deux points d'attaque dont l'un, facile à enlever, ne nous permettrait pas de poursuivre notre première victoire, et dont l'autre, beaucoup plus difucile, nous assurerait une suite facile de nos succès, nous devrons toujours préférer le second.

Quelles sont les conditions qui constituent un point faible de l'ennemi, que nous pouvons enlever facilement?

a. — La direction de la volonté ennemie. — Nous pouvons admettre que l'ennemi est le plus fort sur le point où il dirige sa volonté et cherche un but positif. Or, cette direction nous est toujours tracée par le front de l'ennemi. Si son front est la partie la plus forte, les flancs et les derrières de l'ennemi seront, à première vue, ses parties faibles. Ce sera donc presque toujours une bonne opération que d'attaquer un des flancs de l'ennemi. En outre, on a le choix entre les deux flancs.

A. — La répartition des troupes ennemies. — Si cette répartition est uniforme , l'attaque d'un flanc gagne, par cela seul, beaucoup de valeur. Si elle n'est pas uniforme, il existera un point où se trouveront relativement moins de

troupes, et ce points s'il n'est pas à l'un des flancs, attirera notre attention et méritera d'être étudié.

4 — La configuration du terrain : — Un point de la position ennemie sera faible si l'ennemi n'y peut pas déployer des forces importantes, s'il lui est impossible de s'y servir des armes qui font sa plus grande force, de s'y couvrir contre nos feux, de répondre à notre attaque par une masse de feux convenables. Un point est encore faible quand l'ennemi ne peut espérer de nous en repousser dès que nous y avons pénétré, parce qu'il n'a pas assez de place pour s'y déployer ;• quand les communications de ce point avec les autres parties de la position sont mauvaises, parce qu'il ne peut pas être facilement soutenu par ces autres parties. Tous ces désavantages de la défense deviennent des avantages pour notre attaque.

d, — Les conditions de temps qui sont également des con* ditions de lieu : — Si par exemple il n'est pas possible de soutenir à temps le point attaqué ; ou si l'ennemi n'y peut pas livrer un combat de quelque durée et se trouve obligé de tout risquer, pour ainsi dire, sur un coup de dés.

Maintenant, conunent un point peut-il nous rendre plus forts dès que nous avons réussi à nous en emparer.

a. — Parce que nous donnons ainsi une autre direction à la volonté de Tennemi : — L'ennemi perd du temps à se porter dans cette nouvelle direction et ce temps est gagné pour nous. La volonté de l'ennemi étant concentrée sur son front, il faut qu'il change de front pour nous combattre lorsque nous nous établissons sur l'un de ses flancs. Cela milite d'une manière décisive en faveur des attaques de • flanc. — Mais il est une autre considération plus importante : L'ennemi a, sans nul doute, une ligne de retraite préparée d'avance, sur laquelle il veut se replier en cas de défaite, et il a donné ses ordres en conséquence. Or, s'il est coupé de cette ligne de retraite et forcé d'en prendre une autre moins avantageuse, cela donne des forces à notre poursuite. Si, dans ce cas, l'ennemi se retire du champ de bataille avant que nous n'ayons pu l'y battre complètement, nous sommes cer-

tains de lui infliger, en le poursuivant, quelques écheesdont il ne se relèvera pas aussi facilement que s'il avait pu suivre la ligne de retraite qu'il avait préparée la première. Ibrésulte immédiatement de là que l'agresseur doit chercher à gagner, par sa première victoire partielle, la ligne de retraite ennemie. Si cette ligne de retraite est eg {fig. 14), cela nous décidera de toutes manières à choisir pour point d'attaque ae^ parce que c'est pour nous le chemin le plus court pour arriver sur la ligne de retraite ennemie ; il faudrait des considérations de la plus haute importance pour nous empêcher de choisir ce point d'attaque. Si nous réussissons, l'ennemi a deux partis à prendre :• ou se retirer dans la direction moins avantageuse bhj ou nous attaquer à son tour pour chercher à regagner la ligne eg^ ce qui nous assure un double avantage : d'abord l'ennemi ne combat plus pour Conserver la position ab^ mais pour assurer sa retraite, pour sa sécurité immédiate, et il faut que toutes ses pensées prennent cette nouvelle direction. En second lieu, il vient luimême vers nous et nous évite ainsi la peine d'allep le cher? cher en ef et fb.

b. — Par la répartition des troupes. — Si nous avens vaincu sur un point oii l'ennemi a fait donner l'élite de son armée, ses gardes, ses meilleures troupes, cette victoire aura plus d'influence sur la suite de l'affaire que si nous n'avions détruit que quelques milliers de cosaques.

c. — Par le terrain : — Si le premier point enlevé nous permet d'y établir avantageusement notre artillerie, sll domine une grande partie de la ligne ennemie, s'il n'est entouré d'aucun obstacle qui nous empêche de nous avancer plus loin en restant déployés, l'avantage obtenu aura nécessairement plus de valeur que si nous n'avions conquis qu'un point oti nous serions condamnés à rester, qui serait entouré d'obstacles et n'aurait aucun commandement sur le reste de la position ennemie.

d. — Par les conditions de temps : — Plus tôt on remporte la victoire et mieux cela vaut. Il vaut mieux chercher à en finir le jour même sur le champ de bataille avçc le gros

de l'armée ennemie, que de se bercer de l'espoir d'obtenir ce résultât par la poursuite pendant les semaines qui suivront la bataille. C'est pourquoi nous devrons désirer avant tout de nous emparer d'un point dont la possession suffise pour nous faire espérer d'anéantir l'ennemi sur le champ de bataille. Cette dernière considération peut souvent faire renoncer à l'attaque de flanc pour préférer l'attaque du centre, entre autres cas, lorsque la position ab est très-étendue et que la ligne de retraite ennemie kl est justement derrière le centre de la position.

Ces diverses considérations seront examinées avec soin dans le choix du point d'attaque. Il n'en reste plus qu'une seule à y joindre, c'est celle de notre propre sûreté dans le cas oîi nous serions battus. Pour parer à cette éventualité, il £aut songer à conserver notre ligne de retraite et pour cela ne pas la découvrir de la masse principale de nos troupes. Ainsi, dans le cas oïl d'autres raisons nous feraient choisir pour point d'attaque la partie ae de la position ennemie, ce qui nous ferait concentrer toutes nos forces sur la ligne d'attaque oUy nous devrions renoncer à ce plan pour nous contenter d'une ligne d'attaque qui nous promettrait un moindre succès, si notre ligne de retraite était, par exen)ple, em qui s'écarte beaucoup de la direction no.

MOYENS DB GONTKNIR L'sNNBHI.

Le point d'attaque étant choisi, nous 4^vrions, d'après le principe, diriger sur ce point toutes nos forces, mais alors comment inaiqtiendrait-ori l'ennemi? Croit-on qu'il restera tranquillement dans ses positions jusqu'à ce que nous ayons remporté notre première victoire partielle?

L'ennemi restera probablement dans sa positioq jusqu'à ce qu'il soupçonne notre dessein. Il est donc essentiel de le lui cacher, en gardant le secret, en trompant l'ennemi par la direction de nos marches quelques jours avant la bataille, en passant rapidement et à son insu de cette fausse direction de marche dans celle que nous avons choisie pour notre attaque.

Tous ces moyens sont bons à employer, mais ils ne suffisent pas pour entretenir longtemps Tennemî dans son erreur, et dès que notre attaque commencera, il verra clairement quel est notre dessein. Il est certain qu'en remportant promptement la victoire sur le point d'attaque choisi, et en la poursuivant vigoureusement dans la direction convenable, nous pourrons obtenir que l'ennemi reconnaisse notre dessein trop tard pour s'y opposer efficacement. Mais nous entretiendrons bien mieux l'ennemi dans son incertitude, si nous la faisons durer pendant le combat lui-même, par de fausses attaques. C'est là un quatrième moyen qui entre immédiatement dans le système de la bataille et vient s'ajouter aux autres moyens, tels que secret du plan, marches cachées et trompeuses, rapidité de l'action.

Si nous dirigeons notre attaque principale contre le point ae de la position ennemie, mais si nous voulons en même temps faire croire à l'ennemi que nous avons choisi un autre point d'attaque, c'est sur cet autre point que nous devrons diriger la fausse attaque.

Les règles qui doivent nous guider dans le choix du point de la fausse attaque découleront du but même de cette fausse attaque. Les règles générales sont les suivantes :

a. — Il ne doit pas paraître invraisemblable à l'ennemi qu'une attaque principale s'effectue au point choisi pour la fausse attaque, car on ne saurait alors espérer lui donner le change.

b. — Ce point ne doit pas être trop rapproché du point d'attaque principale, sans quoi l'ennemi pourrait en profiter, dès qu'il reconnaîtrait son erreur, pour enlever des troupes du point de fausse attaque, et renforcer le point où a lieu l'attaque principale.

Si nous choisissons de préférence pour point d'attaque principale celui qui nous donnera une supériorité décidée dès que nous en serons maîtres, nous prendrons pour point de fausse attaque celui où la victoire est facile, et, par conséquent, un point faible de la position ennemie. Si le point d'attaque principale est un point fort de l'ennemi, la fausse

attaque bien dirigée pourra décider l'ennemi à enlever des troupes du point d'attaque principale et à affaiblir ainsi ce point.

Il résulte de la deuxième règle b que la fausse attaque sera ordinairement dirigée contre l'un des flancs de la position ennemie. Si l'attaque principale s'exécute contre un flanc de cette position, l'autre flanc est alors indiqué pour la fausse attaque comme étant le point le plus éloigné du premier. Si Ton a choisi le centre ennemi pour l'attaque principale, les deux flancs en sont encore les points les plus éloignés. Ce n'est que dans le cas oîi la position ennemie est très-étendue, et où l'on voudrait malgré cela l'attaquer sérieusement de flanc, qu'on pourrait diriger la fausse attaque contre le centre.

La fausse attaque peut précéder l'attaque principale, ou avoir lieu en même temps, ou encore un peu après. Le premier cas se présente lorsque la fausse attaque a pour but d'amener l'ennemi à retirer des troupes du point d'attaque principale, afin de nous donner plus de chances de succès sur ce point. Les deux autres cas arrivent lorsqu'il ne s'agit que d'empêcher l'ennemi de renforcer le point d'attaque principale avec des troupes enlevées aux autres parties de sa ligne de bataille.

Puisque d'une première attaque unique nous en sommes arrivés à deux attaques sur des points différents, il n'est plus question de conserver nos forces réunies, dans le sens absolu du mot, car il nous faut au contraire les diviser. Il est clair cependant qu'un partage égal de nos troupes serait la plus grande faute imaginable, et si nous disposons de 20,000 hommes pour les deux attaques, nous ne saurions' en consacrer 10,000 à Tune et autant à l'autre. Les deux attaques différent en effet comme but et comme moyen, et la division des forces doit répondre à ces différences. Nous emploierons donc le plus de troupes possible à l'attaque principale et, par suite, le moins possible à la fausse attaque. Il faut cependant que cette dernière soit efQcace et il s'agit de lui donner une iforce suffisante avec des moyens restreints.

Pour y parvenir, nous commencerons par diriger la fausse attaque contre un point où une attaque principale n'est pas invraisemblable, car on peut espérer alors que l'ennemi prendra des mesures pour repousser sur ce point une attaque principale ; en second lieu la fausse attaque suppléera par son énergie à ce qui lui manque dé force réelle. Pour cette maison, lorsque le général en chef charge un général de division d'une fausse attaque, il évite de lui faire savoir que ce n'est qu'une fausse attaque. PoUr ce général de division, son attaque doit être au Gontrait*e réelle et sérieuse; elle n'est fictive et secondaire i^ue pour le général en chef et par rapport au tout.

S'il n'était pas nécessaire que la fausse attaque eût une certaine durée, s'il ne s'agissait que de porter un seul coup dont l'influence se ferait setitir ultérieurement, on pourrait donner à la fausse attaque les caractères d'une surprise, la confier à une arme comme la cavalerie qui est propre aiii mouvements audacieux et qui est à même de causer beaucoup de désordre par son premier choc; on pourrait encore choisir pour cette attaque le temps le plus favorable à la terreur et au désordre ; ou bien la diriger contre le point le plus susceptible de la position ennemie, ses derrières. Mais la durée est une condition indispensable pour le succès d'tine fausse attaque. L'effet d'un seul coup énergique s'évianouii^t promptement, avant même que l'eilnemi ait le temps de commettre les fautes auxquelles on voulait l'entratner. La fausse attaque doit s'exécuter avec vigueur, mais en outre avec le plus grand calme et beaucoup de sang-froide Elle peut être repoussée et n'en remplir pas moins complètement son rôle, mais il ne faut pas qu'elle laisse reconnaître trop tôt sa faiblesse. Elle cherchera donc sa force ailleurs qiie dans l'impétuosité de son élan. Elle doit avàiit tout pouvoir livrer de loin un combat sérieux, et il faut en conséquence qu'elle ait une artillerie puissante. C'est toujours un grand avantage de pouvoir livrer la fausse attaque dans un terrain couvert, de manière que l'ennemi soit facilement trompé suî* les forces qu'on déploie. Mais il est très-important, pour Ife

cas où la fausse attaque serait repoussëe-, qu'elle trome promptement derrière elle un terrain où elle puisse prendre une position solide, et se mettre sur la défensive pour odca"per encore l'ennemi dans ce nouveau rôle.

PRfitlHlNAlRBS DE LÀ BATAILLE.

Nous avons trouvé, dans toute bataille offensive qui n'a pas le caractère d'une simple surjHrise, deux fractions d'armée employées, l'une à l'attaqué principale, l'autre à la fausse attaque ou attaque secondaire. Pour chacune d'elles, il faut choisir le point d'attaque et, à cette fin, étudier la disposition des troupes ennemies, les conditions de temps et de lieu. Ces conditions sont très-souvent connues avec assez de certitude au moyen des nouvelles générales que l'on a de l'ennemi et des conclusions que l'on en tire ; mais on est beaucoup moins bien renseigné de cette manière sur la disposition des troupes ennemies. On ne l'apprend en général que par le combat même. Or, comme cette connaissance est fort importante, on peut être amené à livrer, avant la bataille véritable, un combat préparatoire, combat d'avantgarde, pour choisir ensuite son point d'attaque d'après les résultats de ce combat. La fausse attaque diffère essentiellement de ce combat préliminaire.

Lorsque le combat d'avant-garde a pour but de reconnaître l'ennemi, et non pas seulement de couvrir le déploiement de nos troupes, il coûte toujours un temps précieux qui est nécessairement perdu ponv la bataille proprement dite. Toutes les fois qu'on pourra éviter cette perte de temps, on s'empressera donc de le faire. Ce serait une routine condamnable que de croire qu'il faut toujours commencer par livrer un combat d'avant-garde. On doit, au contraire, se demander chaque fois si Ton ne sait pas déjà ce qu'on pourrait apprendre par ce combat, et, siîa réponse est affirmative, ce combat est inutile. — A la bataille de la Tschernaïa, 16 août 1636, les Russes devaient évidemment savoir d'avance tout ce qu'ils pouvaient apjprêndré par un combat

d'avant-garde ; ce fut donc une grande faute de Gortschakoff de ne vouloir choisir son point d'attaque que d'après \e$ résultats d'un combat préliminaire.

Lorsqu'on ne peut se passer du combat d'avant-garde, il est toujours avantageux de le livrer la veille de la bataille rangée; on gagne ainsi pour la bataille toute la journée du lendemain, et l'on a, en outre, le temps de tirer tranquillement ses conclusions de ce que Ton a vu. En outre, les troupes qui ont livré le combat d'avant-garde peuvent encore servir, au moins en partie, le lendemain. Il ne faut cependant pas trop compter là-dessus et, pour cette raison, c'est une faute d'employer trop de. monde au combat d'avantgarde. Pour éviter cette faute, il faut se figurer clairement ce que l'on veut voir, ne pas se laisser entraîner malgré soi à ce combat par des circonstances fortuites, mais l'engager d'après un plan bien conçu d'avance. Lorsqu'on a livré le coimbat d'avant-garde la veille de la bataille, on peut le lendemain engager les troupes qui y ont pris part sur le point même où elles ont déjà combattu, soit qu'elles soient chargées de renforcer l'attaque principale, soit qu'elles exécutent la fausse attaque (circonstance très-rare, mais des plus favorables), soit enfin qu'elles soient destinées par leur présence seule à maintenir l'ennemi sur certains points de son front.

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