MISSION CATHOLIQUE ROMAINE
Des missionnaires catholiques, partis de Bordeaux, écrivaient du Chili, sous la date du 9 juillet 1834 :
« Nous allons partir dans deux ou trois .jours pour l'île Gambier, qui est sur la route de Valparaiso à Otahiti. Le marché est fait. Le capitaine Morne, français, a transporté lui-même, aux îles Marquises des ministres protestants. 11 me nomma les îles Gambier. Le capitaine me dit qu'il ne croyait pas qu'on pût nous y conduire à moins de 100 piastres (500 fr.) par personne, supposé même que nous rencontrassions un bâtiment qui tînt cette route. En sortant du vaisseau, nous fûmes auprès d'un capitaine américain qui devait partir pour Otahiti, et qui nous avait offert, par grâce spéciale, de nous y conduire pour 150 piastres par personne.
Nous redoutions cette tle^ où nous ne pouvions pas débarquer sans payer 30 piastres chacun, car telle est la loi du pays à Tégard des étrangers.
« Nous avions donc refusé. Il finit par consentir à recevoir 4 onces (460 fr.). Nous conAdnmes qu'il nous conduirait aux îles Gambier, où il déposerait deux d'entre nous ou tous les quatre, si nous le souhaitions, et que les autres iraient à Otahiti. Nous demeurâmes d'accord que MM. Caret et Laval resteraient aux îles Gambier, où nous leur construirions une cabane, et que Golomban et moi nous nous rendrions à Otahiti, déguisés en charpentiers.
({ Le capitaine Morne nous a offert un sauvage de la Nouvelle-Zélande, qui entendait l'anglais, un peu l'espagnol et assez bien la langue des îles Gambier, où il était connu et aimé. M. Caret le conduisit à l'église et lui fit voir le Christ : le bon sauvage l'imitait en tout, se mettait à genoux et faisait comme lui le signe de la croix (1).
« En 1826, une loi fut rendue pour empêcher des aventuriers et des personnes suspectes de venir troubler l'ordre établi. Cette loi condamnait à une amende de 30 dollars tout capitaine de navire étranger qui laisserait à terre un homme de son équipage sans y être autorisé par le gouverneur du district (2). »
(1) Annales de la propagation de la foi, janvier 1838, -
(2) VOeéanie, par M. de Rienzi.
Ce qu'on vient de lire peut servir d'introduction au récit des événements qui ont suivi l'apparition à Tahiti des prêtres catholiques de la Mission établie aux îles Mangaréva ou Gambier depuis le 7 août 1834. Pour justifier cette invasion sur les domaines de leurs voisins, les missionnaires catholiques s'appuyaient sur le texte d'un ancien décret du Souverain Pontife, confirmé le 2 juin 1833 par le pape Léon XII, qui leur conférait le droit d'entreprendre la conversion des naturels de tous les archipels de l'Océan Pacifique, divisés en deux évèchés, sous le titre d'Océanie occidentale et orientale.
« Au point de vue exclusif sous lequel ils envisageaient la question, les missionnaires de Mangaréva ne voyaient dans l'archipel Tahiti que des terres soumises à leur juridiction, sans songer ou sans vouloir reconnaître que ces lies étaient depuis longtemps converties à la religion du Christ. On peut même inférer de leur conduite que l'idée de faire naître des débats religieux et de donner lieu à une controverse avec un culte dissident stimulait leur zèle apostolique. « Après de mûres réflexions, « dit M. Caret en rendant compte de son voyage « à Tahiti, nous pensâmes qu'il fallait aller directe- « ment à Tahiti, centre de la Polynésie australe. « Nous n'ignorions pas les difficultés que nous au- « rions à surmonter pour y entrer et surtout pour (( nous y maintenir ; mais nous voulions obéir à « notre conscience, qui nous fait un devoir de visi-
« ter toutes les terres que le Saint-Siège a confiées « à nos soins (1). »
« Ainsi, dès à présent, on peut admettre que les missionnaires catholiques songeaient, dès leur arrivée dans rOcéanie, à déclarer la guerre aux missionnaires méthodistes et à renverser leur culte. Cette détermination est peut-être justifiée, aux yeux des personnes guidées par un esprit exclusivement religieux, par le décret papal qui a disposé si largement de toutes les terres de TOcéanie en faveur d'une congrégation; mais, en l'envisageant au point de vue des convenances sociales et même du droit, on doit, à notre sens, la couvrir d'un blâme complet. Non-seulement la résolution des missionnaires catholiques trahissait des dispositions d'intolérance qui ne sont plus de notre époque et une inimitié qui ne devrait jamais accompagner l'exercice d'un ministère de paix, mais, en outre, tandis que, dans l'immensité du bassin de l'Océan Pacifique, il existe tant de peuples enveloppés encore dans les langes de la barbarie, était-il utile, était-il juste, le lendemain d'un premier succès dans un petit archipel, de porter surle-champ le trouble au sein d'une population déjà placée sur la voie de la civilisation? Les deux cultes étaient-ils donc si à l'étroit qu'il fallut, dès l'abord, entamer une lutte religieuse? Au contraire, le champ dévolu aux missionnaires de toutes les déno-
(1) Anuales de la propagation de la /bt, janvier 1838, p. 207.
minations était immense : ils pouvaient, pendant de longues années encore, poursuivre leurs travaux sans se rencontrer sur le même terrain et donner l'exemple d'une noble émulation à guider leurs troupeaux par des voies différentes vers le môme but, l'amélioration morale et physique des sauvages. Il y avait , d'ailleurs , plus que de l'imprudence à rendre des hommes à peine convertis spectateurs de discussions dont ils n'auraient pas pu comprendre la portée, et qui n'auraient revêtu pour eux que l'expression d'un parti opposant. Nous n'hésitons donc pas à' condamner la détermination des missionnaires de Gambier; on doit blâmer leur projet, mais, en même temps, en dehors de leur caractère religieux, il faut leur reconnaître le droit des citoyens français de séjourner dans tous les pays alliés ou en paix avec la France; cette distinction est nécessaire à établir, dès à présent, pour bien déterminer la nature des événements dont nous tentons de tracer l'esquisse (1). »
« Les considérations religieuses n'ont pas peu contribué à l'occupation des Marquises. L'histoire des Missions catholiques dans la Polynésie, peu connue encore, demanderait à être racontée avec plus de développement qu'on ne peut lui en donner ici. Les effets de cette propagande, dont le foyer est à Paris, ne remonte pas au delà de 1834 ou 1835.
(t) Iles Tahiti, par Vincendon-DomoaliD, p. 800-802.
Sous la Restauration, le catholicisme n'avait paru dans ces mers qu'en voyageur.
« Des missionnaires protestants de diverses sectes, anglicans ou wesleyens, s'emparèrent peu à peu des îles les plus importantes du monde maritime. Les Sandwich échurent aux v^^esleyens; Tahiti, Tonga et la Nouvelle-Zélande aux épiscopaux. Ils y fondèrent des églises , y bâtirent des chapelles et substi* tuèrent graduellement leur influence à l'autorité des chefs indigènes. Ainsi tous les honneurs et les avantages de la souveraineté se concentraient dans les mains des apôtres luthériens, et les rois ou reines du pays n'étaient que les instruments dociles dont ils disposaient à leur gré, tantôt contre les indigènes , tantôt contre les visiteurs européens. Cette situation était parfaitement assise lorsque les Missions de France songèrent à opposer église à église , croyance à croyance. Il faut rendre justice aux efforts de nos prêtres catholiques ; jamais plus de désintéressemeùt ne s'allia à plus de courage.
« Le gouvernement français a suivi avec quelque intérêt les progrès de cette propagande. Deux frégates, la Vénus et VArtémise, ont exigé la réparation des* mauvais traitements que nos missionnaires avaient eu à essuyer de la part des cultes rivaux. On a traité avec les indigènes qui , sous l'empire de la terreur, ont souscrit à toutes les conditions qui leur ont été dictées. Mais évidemment, ce ne pouvait être là que des concessions fugitives, fruit de la
nécessité des engagements contractés sous la volée des canons de nos frégates, et qui devaient être violés aussitôt qu'elles auraient quitté les rivages. Le gouvernement français Ta compris, et cette considération n'a pas été sans influence sur l'occupation des îles Marquises , comme centre d'action et point d'appui permanent du catholicisme dans toute l'étendue de l'Océan Pacifique.
tt Ce résultat est principalement dû aux sollicitations de la Maison de Picpus et à l'appui bienveillant de la reine. Nos missionnaires recueillent le fruit d'un premier dévouement, et l'on pourra voir désormais, sur ces îles lointaines, le dévouement désintéressé de nos prêtres aux prises avec l'esprit calculateur des prêtres luthériens (1).»
Mais revenons au développement des faits.
MM. Dumoulin et Desgraz disent (2) :
«Le catéchiste irlandais, Colomban Morphy, avait été dirigé, dès l'arrivée de M. Rouchouse, évèque in pariibus de Nilopolis, aux îles Haouaî ou Sandwich, où son nom devait recevoir quelque célébrité dans les débats religieux de cet archipel. Sur sa route, il toucha à Tahiti , où il arriva, le 21 mai 1835. Les incidents qui accompagnèrent son séjour sur cette île sont consignés dans une lettre
(1) La Polynésie, par M. L. Reybaod.
(2) /[et Tahiti, p. 804 et soiTantes.
écrite de Papéété, le 25 juin 1835, et insérée dans les Annales de la propagation de la foi (1).
« M. Morphy séjourna environ deux mois à Tahiti avant de se rendre aux îles Sandwich , pour lesquelles il prit passage sur un navire français qui venait d'entrer dans le port. Dans une seconde lettre, écrite au môme prélat par le même missionnaire, qui était parvenu alors aux îles Sandwich, on trouve les lignes suivantes, qui nous paraissent mériter d'être reproduites :
« Depuis que je vous ai écrit de Tahiti, j'ai vu « plusieurs chefs qui m'ont assuré qu'ils verraient (( avec plaisir Votre Grandeur -dans ces îles. Cepen- (( dant les calvinistes ont beaucoup de partisans. Je « crois que si vous y alliez, vous seriez reçu plutôt « que tout autre , et que vous trouveriez sur-lec champ un pied-à-terre. Pour. la réception d'un « étranger, à Tahiti, il faut que la reine et les chefs « se réunissent pour décider s'il doit rester ou non. « On peut encore être reçu d'une autre manière, « c'est lorsque quelque chef vous donne des terres « pour bâtir une maison (2). »
« Ce ne fut cependant qu'un an environ après la date présumée de cette lettre (septetabre ou octobre 1835) que deux missionnaires de Gambier entreprirent d'aller s'établira Tahiti. Leur projet y fut
(1) Naméro de Septembre 1838, p. 204.
(2) ÂnnaUs de la propagation de la Foi, noTembro 1836, p. 188.
connu. Aussitôt M. Pritchard provoqua la réunion d'une assemblée générale des chefs, à laquelle la reine assista. Cette assemblée décida qu'on établirait des garde-côtes sur tous les points de l'île, avec ordre d'empêcher VÉliza^ petite goélette du port, qui portait MM. Laval et Caret, de venir jeter l'ancre. Les vents contraires, qui avaient allongé le voyage de ce navire, obligèrent aussi le capitaine Hamilton, qui le commandait, à mouiller sur une des pointes de Taïrabou, la plus éloignée de Papéété. « La Pro- « vidence, dit M. Caret, qui connaissait toutes les « mesures prises pour nous empêcher de débarquer, « nous avait conduits précisément là où nos ennemis « veillaient avec moins de soin (1). »
« Dès l'arrivée, le 20 novembre 1836, les missionnaires catholiques descendirent à terre, dans la pirogue d'un Suédois, établi dans ce lieu; à peine avaient-ils débarqué , qu'un des chefs de l'endroit se rendit à bord de la goélette pour ordonner qu'on eût à reprendre le large sans déposer les passagers à terre. N'ayant pas trouvé le capitaine, il se rendit auprès de ce dernier, à terre, et lui enjoignit de reprendre MM. Laval et Caret. Le capitaine Hamilton répondit que les autorités de Taïrabou n'avaient qu'à transmettre elles-mêmes cet ordre aux prêtres catholiques. Alors plusieurs indigènes vinrent effectivement vers les missionnaires de Gam-
(i) Ânnaks de la propagalion de la Foi, d* de janTior 1838, p. 208.
bier; ils les saluèrent et s'accroupirent sans rien dire , se contentant de les regarder. Leur commission les embarrassait, ils causaient entre eux et se disaient mutuellement : u Ces jeunes hommes pa- « raissent bons, pourquoi cet ordre de les ren- « voyer? » Cependant ils leur donnèrent communication de cet ordre par l'entremise d'un enfant de Gambier. n Retournez tous les deux à bord, dit cet « enfant, telle est la parole de ces hommes. » Les prêtres catholiques répondirent : « Nous n'irons pas « à bord; nous sommes à terre, nous y resterons. « Nous ne sommes point des malfaiteurs. Nous « sommes venus ici pour rendre visite à votre reine, « et nous voulons la voir (1). » Les chefs ne dirent plus rien et s'éloignèrent.
« Le 25 novembre, MM. Laval et Caret furent reçus en audience par la reine.
« Le 26 novembre, on leur dit que le lendemain il y aurait une assemblée où on devait prendre une détermination au sujet de leur départ. La pluie qui tomba tout le jour suivant (27) empêcha que cette réunion eût lieu avant le soir. M. Mœrenhout accompagna les missionnaires catholiques qui avaient reçu l'ordre de comparaître devant cette assemblée. Quand ils furent assis, un juge se leva et leur parla ainsi : « Pourquoi êtes-vous venus dans cette terre? « Nous avons des missionnaires qui sont ici" depuis
(1) innaitfi de la propagation de la Foi, n* de janvier 1838» p. 210.
« longtemps et qui nous ont instruits de la parole; « nous n'avons p€tô besoin de vous. Il y a une loi qui « vous interdit l'entrée de cette terre; pourquoi y « êtes- vous venus? Retournez à Mangaréva. Vous « avez fait des présents à la reine, qui vous en a fait « de son côté; ne soyez pas obstinés à rester. » En effet, la reine leur avait fait présent d'une petite provision d'étoffes, de nourriture et de coquillages. «Après le discours du juge, M. Mœrenhout demanda aux missionnaires catholiques s'ils pouvaient répondre quelques mots; M. Caret se leva et dit en tahitien les paroles suivantes : « Quand nous « partîmes de Mangaréva , nous ne pensions pas « trouver ici une reine, des chefs ni un peuple qui « nous chassassent de leur île. Nous savions que « ceux qui vous avaient apporté la parole de Dieu « avaient calomnié notre doctrine et nous avaient « chargés de fausses accusations : nous sommes « venus justifier la doctrine que nous annonçons. « Nous ne savons pas assez votre langue pour vous « manifester la vérité maintenant; attendez que « nous la sachions; ne nous renvoyez pas, autre- « ment, vous ne sauriez jamais distinguer la vérité . « du mensonge. Cette loi dont vous nous parlez est « si nouvelle, que M. le consul américain, ici préce sent, et qui devrait la connaître , ne la connaît « pas (1). »
. (1) Annales de lapropagalUmde la Foi, jaoTier 1858, p. 219.
«Le 7 décembre, on avertit les missionnaires catholiques qu'on se préparait à les jeter de force à bord de la goélette qui les avait apportés. Le capitaine de cette goélette avait été tellement influencé, qu'il menaçait d'employer la violence pour les mettre à bord et les conduire à Gambier.
a MM. Laval et Caret n'étaient pas les seuls sujets français qui eussent à se plaindre des procédés du gouvernement tahitien. Dans la lettre déjà citée de M. Caret on lit le passage suivant :
«Le charpentier Vincent, qui était venu avec «M. Armand (un 'missionnaire catholique) de « France à Valparaiso et de Valparaiso à Gam- « hier, nous avait accompagnés à Tahiti. Après « avoir eu toutes les peines du monde à débar- « quer ses outils, il se disposait à travailler ; il « croyait avoir acquis tout droit d'exercer son «industrie, parce qu'il avait payé à la reine les « trente piastres exigées par la loi et qu'elle les avait « acceptées. Mais M. Pritchard, qui affectait de le « regarder comme un missionnaire déguisé , quoi- « qu'il sût bien qu'il était un ouvrier, n'avait pas « ratifié cette acceptation. Il lui fit remettre les « trente piastres par un des chefs qui lui sont dé- « voués, et lui envoya dire qu'il ne pouvait rester à « Tahiti. Ce jeune homme était chez M. le consul « lorsqu'on lui rapporta son argent; M. le consul « observa que cet ouvrier avait tout droit de rester, « puisqu'il avait accompli la loi. Il fut impossible de
«faire entendre raison à l'envoyé de M. Prit- « chard (1). »
(( Ce charpentier, compris dans les menaces d'expulsion adressées aux missionnaires catholiques, se joignit à eux pour dresser un acte de protestation. Ils déclarèrent tous les trois, dans cet acte , ne pas vouloir se soumettre volontairement aux mesures qu'on prendrait pour leur expulsion de l'île; ils rendaient le gouvernement de Tahiti responsable (envers la France) de toute violence qu'on oserait exercer sur leurs personnes. Ils demandaient, en outre, de rester jusqu'à l'arrivée d'un bâtiment de guerre, afin d'avoir des juges compétents pour décider dans leur cas.
« Ils étaient persuadés qu'une fois la goélette partie, aucun navire ne voudrait les prendre par force; et, comme elle devait bientôt mettre à la voile, ils s'enfermèrent dans la maison que M. Mœrenbout avait bien voulu leur céder.
« Au 12 décembre, les agents de la police frappèrent à la porte avec violence et sommèrent de l'ouvrir; ne recevant aucune réponse, ils soulevèrent le toit, en chaume, comme sur la plupart des édifices de l'île, et descendirent par cette ouverture dans l'intérieur de la maison. Ils appelèrent de nouveau MM. Laval et Caret, en leur ordonnant de sortir; ne recevant pas plus de réponse que la pre-
(1) Annales de la propagation de la Foi, janvier 1838, p. 222.
mière fois, ils forcèrent la serrure d'une porte, après avoir cherché vainement la clé, mais il leur restait encore à escalader une cloison pour arriver dans la pièce où se trouvaient ceux qu'ils devaient arrêter. Un d'eux franchit cette cloison pour ouvrir la porte, qui n'était fermée que par un loquet ; ses compagnons entrèrent par cette issue et dirent aux deux prêtres, qu'ils trouvèrent à genoux, de sortir de la maison. Ceux-ci ne répondirent rien; les agents tahitiens attendirent encore quelques minutes pour reprendre haleine, et mirent enfin la main sur les missionnaires catholiques, qui, dit M. Caret, ne voulant pas avoir à se reprocher un seul pas pour sortir d'où ils croyaient de leur devoir de demeurer, furent traînés tous les deux jusqu'à la porte; là les mêmes hommes les prirent chacun par les pieds et par la tête, et les transportèrent jusqu'au rivage. Avant de quitter le rivage, sur la pirogue qui devait les conduire à bord de la goélette, ils saluèrent les habitants de Tahiti en leur disant : « Nous savons qu'un « très petit nombre d'entre vous nous ont rejetés « et que les autres nous désirent; nous revien- «drons(l).))
« Le 31 décembre , ils atteignirent les îles Gambier.
« Si le gouvernement tahitien (ajoute Dumoulin), se fût borné à défendre l'exercice public du catholi-
(1) Annales de la propagation de la Foi, janvier 1838, p. 226.
cisme, il n'aurait encouru aucun reproche. Mais en ordonnant l'emploi de mesures brutales contre des sujets français, la reine Pomaré commettait une infraction aux règles dont on exige le maintien chez toutes les puissances constituées. Quoique les missionnaires français fussent moralement dans leur tort, ils devaient être traités d'une manière plus en harmonie avec le droit des gens.
« Peu de jours après son retour aux îles Gambier, M. Caret fut destiné de nouveau à se rendre à Tahiti , afin d'y prendre passage pour Valparaiso. Cette fois, il était accompagné par M. Maigret, qui remplaçait M. Laval, retenu aux îles Gambier.
«Le 26 janvier 1837, ces messieurs arrivèrent à Tahiti, sur le brick le Colombo^ capitaine Williams, qui ne les avait reçus à son bord que sur leur déclaration écrite de ne vouloir aller à Tahiti que pour y prendre un passage pour Valparaiso par le premier navire. Aussitôt que leur présence fut connue, elle étonna tout le monde, et la foule afflua de toute part pour venir les voir. Leur position était critique; on ne voulait pas leur permettre de séjourner à terre, et il n'y avait point d'autre bâtiment dans le port, à bord duquel ils pussent passer. Cependant, à la prière de M. Mœrenhout, le capitaine Williams consentit à se détourner de sa route pour toucher à Valparaiso, moyennant la somme de trois cents piastres, prix stipulé pour les frais de passage. »