OEUVRE DE RELÈVEMENT
En 1860, la pièce suivante, qui s'explique d'ellemême fut adressée à la reine de Tahiti et au représentant du gouvernement français :
(( Au nom de V Assemblée.
'd A Sa Majesté la reine Pomaré et au Commissaire « impérial p. i.
« Nous soussignés :
« Maheanouou, président de l'Assemblée législative;
« Tamouta, vice-président de la même Assemblée ;
« Taatarii Taïrapa, Mano, Paofaï, Moëoré, secrétaires ;
« Chargés par l'Assemblée législative indigène de
formuler une pétition explicative du grand désir des habitants des États du Protectorat ;
« Attendu qu'il est d'urgence que nous soyons conduits et éclairés dans la religion nationale du pays;
« Nous prions notre Empereur, Napoléon III, de vouloir bien choisir parmi nos coreligionnaires de France deux missionnaires protestants français.
« Nous vous adressons cette pétition avec d'autant plus de confiance, qu'elle a été favorablement accueillie en 1857 par M. le gouverneur du Bouzet.
« I] nous a répondu, cependant, « que les mis- « sionnaires français ne pouvaient pas venir sans « être préalablement assurés de trouver à Tahiti des « moyens d'existence pour eux, leurs femmes et « leurs enfants. »
« En conséquence, et par voie de la présente pétition que nous vous adressons, nous nous engageons d'avance à leur donner, sur la caisse des écoles, la somme de cinq mille francs pour chacun d'eux; de leur construire des habitations et de leur donner la jouissance d'un morceau de terrain.
« Ce sont les ministres protestants qui nous ont retirés de notre état de barbarie.
c( Notre religion est bonne; elle nous a inspiré de l'amour envers la France qui nous protège.
« Nous désirons arde'inment que nos enfants apprennent la langue française ; mais nous ne voulons pas que lorsqu'ils apprennent le français, ce ne soit que dans le but de changer de religion.
« Nous demandons avec beaucoup de confiance en notre Reine.
« Nous demandons avec autant et plus de confiance en notre Commissaire impérial p. i., que nous admirons avec plaisir sa justice éclairée.
« Fait dans le bureau du Président de l'Assemblée législative des États du Protectorat en séance tenante.
c Papéélé, le qQÎuziéme jour de mai mil hait cent soixante.
« Les membres ci-dessus mentionnés :
Signé : Maheanouou, Tamouta,
« Taatarii Tairapa, Mano, « Pao^ai, Moeore. »
Trois ans plus tard, l'auteur de cet écrit répondait à cet appel, en ce qui le concernait, par l'avis et par la lettre affectueuse qu'on va lire :
« Frères tahitiens !
« Je vous salue en Jésus-Christ, notre adorable Sauveur.
« C'est sa bonne providenœqui vient de m'amener dans votre beUe île. Par amour pour vous j'ai quitté la France, mon cher pays natal. Il y a dans ma patrie des milliers d'hommes qui professent la même foi que vous dans l'Évangile du salut. Quelques-uns des plus influents m'ont remis leurs paroles pour vous, et je viens les mettre sous vos yeux. Mon sincère désir et ma prière fervente sont qu'il nous soit toujours donné de vivre suivant ces nobles préceptes des apôtres de notre Seigneur :
« Recherchez les choses honnêtes devant tous les hommes, s'il se peut faire, et autant qu'il dépend de vous, ayez la paix avec tous les hommes.
Rom. xii, 18.
« Portez honneur à tous. Aimez tous vos frères. Craignez Dieu. Honorez le roi. I Pierre ii, 17.
« Voilà la parole et le vœu de votre bien dévoué
frère,
(( Th. Arbousset,
« Ministre du Saint Évangile. »
« Papéélé, le 23 féTricr 1863. »
dbyGqcpgle
« Atuc Pasteurs, aux Diaert» H oui; Fidèké des Églises de Tahiti.
• Paris, 28 novembre 1$6S!.
« Depuis longtemps les chfétiens protestants de France vous portent sur leurs cœurs et font monter des prières pour vous vers le trône de grâce.
« Avant même que, renonçant â de vaines idoles, ouvrages de la main de l'homme, vous fussiez devenus les adorateurs du Dieu seul vivant et vraî, ils imploraient en votre faveur le secours céleste sans lequel il vous eût été impossible de sortir des ténèbres du péché.
« Plus tard, votre conversion à l'Évangile fut pour nos Églises un grand sujet de joie et d'actions de grâces ; elles reconnurent dans ce grand événement un nouveau déploiement de la puissance irrésistible de Dieu, et elles virent dans Tahiti une sœtrr hietiaiméej faible encore, comme le sont toujours le» nouveau-nés, mais pleine d'espérance et d'avenii^.
« Depuis lors, nous avons suivi avec le plus vif intérêt vos progrès dans la foi chrétienne et dans la civilisation qui en est l'inséparable compagne.
« Les rapports de navigateurs illustres ont confirmé le témoignage que vos premiers pères spirituels avaient rendu à la sincérité de vos convictions, et
au grand changement opéré dans vos mœurs et dans vos institutions par la Parole de Dieu.
Les sentiments sympathiques qui nous unissaient à vous se sont encore accrus depuis que le drapeau de notre patrie flotte sur vos îles, et que vous nous avez envoyé quelques-uns de vos enfants pour s'instruire au milieu de nous.
« Maintenant le Seigneur semble nous appeler -à entretenir avec vous des rapports plus directs et plus intimes. Nous avons appris que vous désiriez voir deux ministres protestants français s'établir au milieu de vous, pour aider de leur concours et de leurs lumières les frères qui vous dispensent habituellement le pain de vie.
« Deux pasteurs pleins de zèle et de foi, MM. Arbousset et Atger, se sont sentis poussés par l'esprit de Dieu à répondre à cet appel.
« Cette lettre est destinée à leur servir d'introduction auprès de vous et à vous les recommander.
« Celui qui vous la remettra, avant de paître en France un de nos troupeaux, a été, pendant plus de vingt-cinq ans, missionnaire parmi les indigènes du sud de l'Afrique, et sait par expérience quels soins requièrent des Églises récemment sorties du paganisme.
« 11 arrivera seul à -Tahiti; maïs il y sera bientôt suivi par son collègue.
« Recevez ces ministres du Christ comme vous
étant envoyés par votre Père céleste. Ils n'ont qu'une seule ambition, celle de vous faire du bien et d'aider à la conservation et au développement des institutions religieuses que vous avez déjà adoptées.
« Travailler, de concert avec vos pasteurs, au salut de vos âmes, accroître la vie spirituelle au sein des Églises, rendre vos écoles prospères, contribuer, par une influence toute morale et paternelle, au maintien de la paix, du bon ordre et du respect de l'autorité parmi vous, tel est leur seul désir.
« Vous avez, nous le savons, manifesté l'intention de pourvoir à leurs besoins par des émoluments fixes; pour cela, comme pour la réception que nous leur souhaitons, nous nous en remettons à vous avec une pleine confiance, assurés que vous avez, trop bien compris l'esprit de l'Évangile pour ne pas aviser convenablement à l'entretien d'hommes qui renoncent^ pour l'amour de vous, aux avantages terrestres dont ils jouissaient en France.
«En terminant, nous vous recommandons à la grâce de celui qui vous a visités d'une manière si merveilleuse par la lumière de son Évangile, le priant de vous affermir de plus en plus dans la vérité par sa sainte parole, et de répandre les plus précieuses bénédictions sur Tahiti et tous ses habitants, sur la reine Pomaré, son Excellence le Gouverneur et toute l'administration du Protectorat français.
« Nous demeurons vos frères tout dévoués en Jésus-Christ.
« Signé: J.-H. GrandPierbe, docteur en théologie, l'un des pasteurs de l'église réformée de Paris.
« Ernest Dhombres, pasteur suffragant de l'église réformée de Paris.
« L. Valette, pasteur de l'église évangélique, confession d'Augsbourg, à Paris, viceprésident de la Société des Missions.
« Mettetal, membre du conseil presbytéral et du consistoire de l'église réformée de Paris.
« L. Vernes, pasteur de l'église réformée de Paris, secrétaire par intérim du consistoire.
« Baron de Ghabaud-la-Tour, général de division, membre du comité des fortifications et du consistoire de l'église réformée de Paris.
« G. FiscH, pasteur de l'église Taitbout de Paris, docteur en théologie.
« Berger, pasteur de l'église évangélique de la confession d'Augsbourg, à Paris, ancien inspecteur des écoles.
« E. Casalis, ministre du saint Évangile, directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris.
« François Delessert, membre du conseil presbytéral et du consistoire de l'église réformée de Paris. »
A la réception de ces pièces, la reine Pomaré et son peuple firent éclater leur gratitude au moyen des réponses suivantes :
« Arbousset ! paix te soit et soit aussi à ta fille, de la part de Dieu (1) !
(( Lorsque j'ai appris que tu venais à Tahiti, cela m'a causé une grande joie, parce que ta religion est la môme que la mienne et que ton désir et mon désir sont un.
« Moi et mon peuple nous désirons un ministre de la foi dont on a fait profession chez nous depuis le temps de mes père et mère jusqu'à mon temps. Aussi, ayant été informée qu'il venait de France un vrai ministre appartenant à la forme de l'Évangile à laquelle je me tiens, mon cœur s'en est extrêmement réjoui, et j'ai écrit au Gouverneur de te recevoir quand tu arriverais, et de faire que tu habitasses à Tahiti, pour être mon pasteur et celui de ma famille, de mes enfants et de tout mon peuple.
« Maintenant, je ne saurais dire combien je suis heureuse d'apprendre que tu es arrivé! Puisses-tu vraiment habiter à Tahiti jusqu'à ce que tous les jours de ta vie dans le corps soient accomplis, et, après cela, puisse ta place être remplie par un
(1) Nous avons reproduit dans notre traduction le lu de l'originaly pour conserver à cette lettre toute sa grâce et son originalité.
antre, àë telle sorte qu'elle ne soit jamais vacatile f Je désire beaucoup te voir bientôt h Tahiti.
(( Ariiftiaité (2) te salue et se réjouît aussi de te voir.
« Mon fils, le roi de Raïatéa, vient d'épouser la fille de Maheanouou. '
« Paix te soit de la part du Seigneur Jésus, notre Sduveur!
(( La Reine des Iles de la Société et autres unies à elles,