‹ Tahiti et les îles adjacentesChapitre 22 sur 29 · Les Écoles, 2* Rois vi · texte numérisé non relu

Les Écoles, 2* Rois vi

10. La nécessité et les caractères de la vraie repentance, sujet proposé par M. Atger, avec un plan de sermon dont plusieurs des pasteurs présents à la séance prennent copie. Texte : Matthieu m, 2.

Les six résolutions passées lors de notre session de janvier dernier ont été lues, et il a été demandé jusqu'à quel point elles avaient été suivies.

Sur la proposition de Mahéanouou, l'assemblée arrête :

1° Que dorénavant il y aura uniformité dans la célébration du culte public dans nos Églises ; question sur laquelle M. Arbousset a demandé qu'on laissât quelque latitude aux pasteurs ; mais ses observations ont été peu goûtées;

2° En réponse à une demande faite par trois membres de l'Église de Pouéou « si ceux qui, après avoir passé de notre Eglise dans celle de Rome, demandent à revenir doivent être reçus ?» il a été répondu : Oui, oui.

3° M. Arbousset a lu une lettre qu'il avait été chargé d'écrire au pasteur de Pouéou, «pour le rendre plus attentif à ses devoirs de membre de la conférence : » elle a été approuvée et envoyée ;

4° Daniela et Opoura en reçoivent une écrite à l'Église de Téahoupoo, dans laquelle on engage ce troupeau à élire un nouveau pasteur, en remplacement de celui que la mort vient de lui enlever ;

5* Arrêté que MM. Atger, Daniela, Moté, Ariipéou, Mahéanouou et Arbousset «examineront, sur leur foi, leurs connaissances et leur caractère moral, l*' Pouahieré, élu pasteur par les districts de Poutouhara et Tekoura (île d'Anaa) et 2° Toukairoa, appelé aux mêmes fonctions par trente chefs de famille à l'île Manihi (archipel Touamotou) et qu'ils leur donneront, s'ils sont satisfaits, l'ordination. >:

La conférence a mis à l'ordre du jour, pour sa prochaine session, le sujet suivant:

Devoir de bien observer le jour du Seigneur,

Exode XX, 8; Ezéchiel xx, 12, 13, 20; Exode XXXI, 13.

Raisons. Exemple de Dieu lui-même. Exode xx, 11 ; Pain fourni la veille du sabbat, Exode xvi, 29; Jour saint. Exode xxxi, 14 ; Jour consacré, Exode XXXI, 15.

Bénédiefions. Esaïe lviii, 13-14.

Trente pasteurs et quarante-neuf diacres ont assisté à nos conférences. On y a constaté l'existence de 28 paroisses (outre plusieurs autres dans l'archipel Touamotou), ayant 2,639 communiants et des écoles que fréquentent 1,270 élèves (enfants).

Il nous a été doux de voir nos amis Touamotous fraterniser avec leurs coreligionnaires Tahitiens, et d'entendre l'un d'eux dire de sa voix mâle : « A notre retour de Papéété, en mars dernier, mes frères et moi nous avons parcouru plusieurs de nos îles pour leur raconter ce que nous avions appris ici. Nous leur avons dit : « Que ceux parmi vous qui sont pour la Bible lèvent la main, » et ils ont tous levé la main.

Nos conférences ont été meilleures que les précédentes. Pourtant, le sérieux et l'onction y ont fait quelquefois défaut.

Rapport sur VÉglise de Papéétéy présenté par M. Arbousset à rassemblée des pasteurs et des diacres^ le 17 août 1864.

« Salut à vous tous dans le vrai Dieu ! Voici ma

première parole. Un chrétien disait à son frère en la foi : « Quand tu pries, tu remues le bras qui remue le monde. » Pensons à ce mot profond; ayons soin de prier beaucoup pour nous-mêmes et pour nos chers troupeaux. Si la mère qui allaite se trouve faible, son enfaiit est faible. Quand la sentinelle monte mal la garde, la ville en souffre. Je connais un prophète qui recommandait aux Juifs de regarder au rocher duquel ils avaient été taillés ; et il ajoutait, en les exhortant: « Ne craignez point Topprobre des hommes. (Es. LI, 1, 7.)

(( Où étaient vos pères ? — Sous les yeux fermés d'Oro. — Que faisaiient-ils là? — Ils y égorgeaient leurs fils, et les mères étouffaient leurs premiersnés. — Mais Jéhovah, lui, qu'a-t-il fait? — Il a retiré vos îles de cet affreux paganisme. — Êtes-vous reconnaissants? testez -vous fidèles au Seigneur? — Oui, sans doute, mais pas tous; oui, mais trop peu. Vous n'empêchez pas vos fils de courir aux divertissements profanes ; vous ne veillez pas sur la pureté de vos filles; vous ne les amenez pas au temple, quand vous y venez vous-mêmes ; vos enfants devraient, le soir, rester dans vos cases pour y chanter des cantiques, pour y assister au culte d(B famille ; le font-ils? Non, non, excepté les mieux réglés. J'ai tremblé dernièrement en voyant que parmi nous, à Papéété, les jeux de cartes avaient envahi une foule

de maisons Nous avons prié; la chaire a jeté un

cri d'alarme, et Dieu nous a secourus. A lui soit la

gloire I Pour vous, pasteurs et diacres, veillez très fidèlemeDt.

« On n'est fort que par sa piété, quand elle est sincère et vraie. Ce n'est pas le grand nombre des membres d'une Église qui la soutient, s'ils se montrent chrétiens et mondains tout à la fois. « Nul ne peut servir deux maîtres. »

« J'ai la douleur de vous annoncer, mes frères, qu'au 1®' juillet nous avons retranché dix-sept personnes de notre communion. Elles se conduisaient mal, et nous les avions reprises ; même leurs noms avaient été lus du haut de la chaire ; l'Église avait prié Dieu pour elles, et les diacres les avaient visitées pour les exhorter dans le Seigneur. Cependant ces pauvres gens n'ont pas su se corriger. C'est pourquoi nous les avons suspendus de la sainte Cène. Le Seigneur veuille nous les ramener bientôt !

(( Le nombre des membres effectifs du troupeau se trouve à présent réduit à 266. Indépendamment de ceux-là, je baptisai, en février passé, 10 frères Touamotous, après les avoir dûment instruits. Depuis le commencement de mon ministère, 30 enfants ont reçu le baptême de mes mains, 7 mariages on^ été célébrés. Au 1" août, l'école journalière a été ouverte ; 75 garçons et 79 filles y assistent régulièrement. Deux cases nous manquent encore pour les y instruire, mais nous espérons les avoir bientôt. La classe des diacres se réunit maintenant le jeudi soir, et c'est M. le pasteur Atger qui y donne une ins-

truction chrétienne qu'on apprécie beaucoup. Notre école du dimanche est, en ce moment, bien suivie et très nombreuse. Les Églises des Touamotous persévèrent. Je dépose sur le bureau un nouveau petit livre destiné à les afTermir, ainsi que vous-mêmes et vos chers troupeaux. J'ai fini. Paix vous soit à tous dans le Seigneur I »

M. Arbousset ajoute en note, au sujet du petit livre qu'il a présenté aux pasteurs : « Cet ouvrage contient un exposé de la foi chrétienne en 23 articles, quelques données sur le baptême et une lettre pastorale aux Églises protestantes des îles de la Société. Il a été tiré à 4,000 exemplaires. »

Baptêmes et réceptions dans VÉgUse.

5 octobre 1864.

L'Église était au complet; elle me parut recueillie plus qu'à l'ordinaire, mais surtout émue, empressée, — deux excellents signes lorsqu'on les voit réunis dans une assemblée chrétienne. Un peu avant dix heures, trois néophytes Touamotous et un Chinois converti prirent place ensemble devant la chaire; trois de leurs enfants, qui devaient recevoir le baptême en même temps que le^ parents, étaient tranquillement assis sur les genoux de leurs mères. Seize autres personnes, que j'avais à admettre pour la première fois à la communion, formaient deux

rangs distincts derrière le premier. J'exhortai ces nouveaux frères et ces nouvelles sœurs à imiter les Israélites lorsqu'ils entreprenaient une guerre légitime contre leurs ennemis. A cet effet, lecture fut donnée du commencement de Deutér. xx, et je choisis pour sujet de mes exhortations les belles paroles du verset quatrième : « Car l'Eternel, votre Dieu, marchera avec vous, pour combattre pour vous contre vos ennemis, et pour vous garder. »

Encouragé par ce qu'il venait d'entendre, et sur mon invitation, l'un des néophytes, nommé Péni, se leva et nous dit d'une voix ferme: « Ecoutez, pasteur, diacres , frères et amis , quelque indigne que je sois d'être écouté. Lorsque Pomaré se convertit et que la connaissance de l'Evangile se répandit jusqu'aux îles situées sous le vent de Tahiti, mon grand-père crut à la Parole de la vérité, et il se montra un bon disciple de la Bible tant que durèrent les jours qu'il avait à vivre dans son corps. Il mourut heureux ; mais, avant d'expirer, il prit son livre, il me le remit, et me dit ; « Là est mon « trésor, reçois ce livre, garde-le, et lis dedans, car (( un jour il pourra t'apprendre quelles sont les vo « lontés du Sauveur à notre égard, et alors tu pence seras à lui. Maintenant, je suis près de déloger <( pour aller à mon Sauveur. De là-haut (montrant « le ciel), je regarderai en bas, et si je te vois marie cher vers le lieu où je serai, cela me réjouira « beaucoup, mais si tu t'éloignes du chemin qui y

« mène, j'en aurai de la douleur. C'est là toute ma « parole. »

Péni ne raconta pas ce fait de son histoire sans éprouver une vive émotion qui se communiqua à toute l'assemblée ; puis il ajouta :

« J'ai pensé souvent aux exhortations de mon grand-père ; et vous savez tous qu'outre cela mes rapports avec les ministres de l'Évangile ont été nombreux; mais mon cœur a toujours refusé d'écouter leurs voix. L'autre jour, Arbousset m'envoya Daniela, qui me dit : Tu es appelé^ et je lui ai répondu ; Je suis prêt.

« Frères rassemblés dans cette maison de Dieu, écoutez donc ma parole : Longtemps les plaisirs du monde m'ont paru doux comme l'huile, mais ils sont amers; je reviens à moi-même, et je veux de ce trésor que m'a légué mon grand-père ; je déclare devant vous que je désire suivre la vérité de Jésus dès à présent et jusqu'à la fin de mes jours. C'est là toute ma parole. Salut à vous dans le Dieu fidèle et vrai I »

Imtallation du pasteur indigène Térani au poste de Pounavia.

Septembre 1864.

Le 3 de ce mois, au chant du coq, le gouvernement local de Pounavia fait mettre sa meilleure embarcation à l'eau et l'envoie nous prendre à Pa-

péété. On reçoit premièrement à bord les quelques effets du pasteur Térani ; ensuite sa femme eiitre dans le bateau; il la suit; trois de nos diacres et Daniela, mon suffragant, y sautent à leur tour ; deux de mes filles et moi nous venons après. La chaloupe part. Quel entrain I Que de tahitienne galté I Huit hommes choisis maniaient les rames, nous allions comme le vent.

Arrivés à mi-chemin on touche à terre. Une jeune fille indienne est embarquée; nos hommes courent à un ruisseau voisin s'y désaltérer ; ils en rapportent une magnifique salade de cresso». L'un d'eux imagine alors de lier une souple écorce d'arbre à ses deux pieds, en laissant entre l'un et l'autre un espace d'environ neuf pouces, et le voilà qui grimpe à l'aide de cette tresse, et de ses deux bras vigoureux, jusqu'à la cîme d'un beau cocotier où il- s'installe, comme un vrai singe, au milieu des feuilles, mais pour y cueillir des noix, grosses comme la tête, qu'il nous envoie et que chacun vide dès qu'elles ont bondi sur le sol.

En outre, les natifs avaient amarré près du rivage une immense corbeille de bambous, en forme de coque de navire, ayant sept à huit pieds de profondeur. C'est là qu'ils jettent ordinairement le surplus de leur pêche, comme dans un vivier flottant. Un homme agile saute dedans , promène en tous sens sa longue nasse et nous remet gracieusement une bonne provision de gros poissons. Nous partons

de suite. Les habitants de Pounavia se rassemblent à Btotre vue et viennent tous nous serrer la main. La princesse Aï-fenoua , qui gouverne la localité, avait fait préparer quatre chambres ; elle nous les offre. On dîiie. Ensuite la cloche sonne, et nous avons un service d'actions de grâce. Le soir, je réunis les diacres pour régler quelques affaires. Le Jendemain, dimanche, il y eut un service matinal de prières, lecture de l'Évangile et chant de cantiques.

A 10 heures, Térani s'assit au pied de la chaire. L'assemblée était nombreuse, bien mise, fort attentive. Le prince-époux de la reine Pomaré, qui venait d'arriver de Papéété, mais dans sa voiture, voulut " bien, en sa qualité de diacre, ouvrir le service par une hymne, une prière spontanée, et la -lecture du Ps. 134, que suivit celle du décalogue. Je me chargeai du reste. Mon allocution, tirée de Jean xxi, roula sur ces trois paroles du Sauveur: M'aimes-iu^. — jpats mes agneaux, — Pais mes brebis.

Le récipiendaire jura alors solennellement, lamain levée sur les saintes Écritures ouvertes sous ses yeux, qu'il ne se départirait point dans son enseignement des paroles de la Bible. — Je le présented ensuite à l'assemblée, qui se leva pour supplier Dieu de le bénir, ainsi que nous.

Deux diacres furent ensuite installés dans leurs fonctions, et un relaps repentant reçu à la paix de l'Eglise. Nous terminâmes cette réunion touchante

par la cène du Seigneur, qui fut distribuée à centtrente communiants environ.

Au service de trois heures, après un baptême, le nouveau pasteur me succéda dans la chaire. Il commença par saluer l'assemblée, puis après avoir dit comment il avait été élevé, il raconta que plus tard il avait été employé en qualité d'évangéliste à Rarotonga , son île natale, envoyé de là, avec le titre de missionnaire, à Rimatara, rappelé dix ans après par la Société de Londres , et enfin amené par moi de Tahaa à Papéété.

«J'allais, dit-il, repartir pour l'île qui m'a vu « naître, ne trouvant aucun travail pour moi dans « l'île de Tahiti, mais le Dieu fidèle m'y en a montré « un bien grand. Frères et amis ne m'avez- vous pas « appelé au mileu de vous? Oui, vous m'y avez ap- « pelé. Je suis donc à vous , mais je suis surtout au « Dieu fidèle et vrai. » Sur cela, Térani ouvre sa Bible, y lit Es. 59, et nous prêche un bon sermon sur ces paroles du verset 20 : Le Rédempteur viendra en Sion, et vers ceux de Jacob, qui se convertiront de leur péché, dit V Eternel.

Le temps nous manque (et les facilités aussi) pour organiser une école du dimanche : cela viendra plus tard.

A côté du temple, se trouvait un poste militaire de trois gendarmes. Je leur fis une visite, et leur laissai une quarantaine de traités rehgieux français, qu'ils me parurent recevoir avec plaisir.

Dans la soirée, il se tint une séance de diacres , où les livres d'Eglise furent dûment remis par moi au nouveau pasteur, puis, deux ou trois affaires importantes discutées, arrangées, et deux lettres écrites à des Eglises voisines. Au dehors, Ton chanta des cantiques jusqu'à neuf heures.

Le dimanche, ici, est employé du matin au soir en actes de dévotion.

Vers la fin de décembre, je parcourus de nouveau nos Eglises de Touest pour les édifier. Je trouvai que celle de Pbunavia, chose intéressante à constater, venait de remettre son temple à neuf: le pasteur Térani fait, dans cette localité, une excellente œuvre , et il la fait bien.

Un peu plus loin que Pounavia, se trouve le village de Paéa. Il y faudrait un pasteur; mais on semble préférer, pour le moment, les services occasionnels de Térani, qui plaît beaucoup à l'auditoire. La population est protestante ; un prêtre s'est pourtant établi dernièrement au milieu d'elle, et y tient une école journalière pour l'enfance. Mais le chef de l'endroit, qui était naguère catholique, ne veut plus compter pour tel. Sur sa demande expresse, j'ai inscrit son nom sur le registre de l'Eglise. Le voilà donc revenu à nous. 11 a un fils qui se mariait le jour de notre arrivée; le père et lui s'opposèrent formellement à ce que le prêtre officiât dans cette circonstance. Térani donna donc la bénédiction nuptiale.

A Papara, village de sept cents âmes, il m'a sem-

blé que le pasteur n'était pas à la hauteur de sa position, La mission catholique fait dans ce district quelques progrès , mais peu sensibles encore.

Il y en a de plus marqués à Papéouriri, où des frères de l'instruction chrétienne ont établi une succursale. Cependant la grande, et même la très grande majorité des habitants reste protestante.

A Papéari, tout le monde nous est demeuré fidèle, et nous avons , dans cette localité , un pasteur qui tiendra ferme.

Poussant jusqu'à la presqu'île de Taïrabou, je ne trouvai dans les Eglises deTéahoupoo, Mataoaé, Vaïrao et Toahotou aucun catholique, à l'exception toutefois de deux fermiers, nos compatriotes.

La reine Pomaré et une nombreuse cour (les termes sont toujours relatifs) m'avaient précédé à Téahouppoo. C'est là que se passa pour nous tous un beau dimanche (21 décembre). Quatre Églises s'étaient réunies. Le temple se trouva petit pour un pareil auditoire. On s'assit dehors, sous de magnifiques ombrages. Le prince-époux, Ariifaaité, voulut bien se charger de la première partie du service de dix heures. Le pasteur Mahéanouou, qui, par parenthèse, occupe aussi le fauteuil de la présidence dans l'Assemblée législative du pays, fit une excellente prière. Nous étions dix pasteurs présents, et il s'agissait de consacrer un intéressant jeune homme au saint ministère, et de le présenter au troupeau , en remplacement du pasteur Aoué, mort

dans la paix du Seigneur, il y a six mois. Le diacre Taumihau avait été choisi pour son successeur. Je le trouve intelligent, ferme, doux pourtant, et je le crois vraiment pieux. M. Atger lui a donné des soins particuliers à Papéété..... Dans cette circonstance j'avais pris pour sujet de mes exhortations cette parole de saint Paul à Timothée : c Endure donc les travaux comme un bon soldat de Jésus-Christ. » Tout se passa d'une manière édifiante. Neuf diacres furent établis, la Cène du Seigneur distribuée, quatre néophytes reçus et trois enfants baptisés dans le courant de cette journée bénie (1).

L'Eglise deTéahoupoo compte cent communiants moins un. Elle possède une bonne école journalière, et venait de faire choix d'un monticule isolé pour y élever un nouveau temple. Malgré son grand âge la mère de la reine Pomaré assista à tous nos services, comme elle le fait très souvent à Papéété. Dans mes visites aux malades , le nouveau pasteur, qui m'accompagnait, me donna des preuves non équivoques qu'il ne manque ni de zèle ni de dons, ce qui m'encourage singulièrement. Tout le temps que j'ai passé chez lui, avec ma fille aînée, a été employé en chants de cantiques et en exhortations. L'instituteur Maïau nous amena plusieurs fois au presbytère ses soixante-cinq élèves. «Quinze à vingt lisaient couramment; huit ont une excellente

(1) Un nègre converti fut aussi admis dans les rangs du troupeau.

écriture : les filles me paraissent plus développées que les garçons... Je publie, en ce moment, un catéchisme historique de TAncien Testament, mais qui n'a pas encore paru. Taumihau en ayant apporté les premières feuilles à Téahoupoo, les enfants de Técole se sont mis avidement à rapprendre par cœur; une douzaine d'entre eux m'en ont récité la première section, et sans fautes. » Chers enfants! ils furent les premiers à nous apporter leur présent de fruits du pays ; ensuite l'Eglise et ses diacres offrirent le leur; puis vint celui des autorités. Si ce ne sont pas là des mœurs primitives, ou en trouver? Et dans la soirée, qu'arrivait-il? On venait régulièrement, après un souper frugal, charmer nos oreilles paf des chant* assez étranges, mais toujours religieux et exécutés en chœur, tantôt par les grandes personnes tantôt par les enfants. La lune semblait sourire à ces amusements innocents; j'exhortais et je chantais aussi ; je faisais même frapper des mains, bat- •tre la mesure, et je m'oubliai jusqu'à prendre part à une course sur le gazon.

Ici, il convient de clore la longue série de faits et de détails, plus ou moins intéressants, que je m'étais proposé de livrer à l'attention du lecteur sur l'île de Tahiti, la plus importante de celles qui ont reconnu le protectorat de la France en Polynésie.

Consacrons maintenant quelques chapitres aux terres avoisinantes.

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