‹ Tahiti et les îles adjacentesChapitre 25 sur 29 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

AHGHIPïIL DES ILES BASSES OU TOUAMOTOU.

' La main qtii, au printemps, embellit nos prairies de toute espèce de fleurs et qui tapisse le ciel d'étoiles, a semé lès îles avec presque autant de profusion dans les vastes mers du sud.

L'archipel Touamotou, situé à quelques degrés plus à Test que Tahiti, n'en compte pas moins de quatre-vingts.

Elles embrassent une étendue d'environ trois cents lieues en longitude sur une latitude de deux cents lieues,-»- la grandeur, ou h peu près, de notre chère patrie.

Nous allons donner quelques renseignements sur leur compte, en nous aidant de V Annuaire des établissèment s français de VOcéanie^ année 1863.

Toutes ces îles, à l'exception de Uakaiéa^ de Tiké*^

de Rékarékaei de Mangaréva (1) ne sont que de longs récifs madréporiques de quatre à cinq cents mèt^es de largeur, entourant un lac intérieur, qui atteint cent milles de circuit à Batroa, et quatre-vingt-dix milles dans Tile Fakarava,

Ces longs récifs, en partie à fleur d'eau, en partie h quelques mètres seulement au-dessus du niveau de la mer, sont accores et n'offrent aucun mouillage du côté du large, tandis que du côté intérieur ils s'abaissent en pente douce jusqu'à de grandes profondeurs. Quelques-uns des lacs ainsi formés, par de véritables digues de corail, offrent des ouvertures, 6u passes, donnant accès à des bâtiments de toute grandeur. ,

L'archipel est dangereux, et la navigation l'appelle 'ainsi, comme elle lui donne encore le nom d'Iles-

Une légende indigène raconte comment le génie Tékourai tira ces îles du fond de l'Océan, les fit tourbillonner et les posa sur la surface des ondes au moyen d'une trombe aussi forte que mystérieuse.

Les hommes de science pensent que la formation de ce groupe d'îles doit être attribuée à un soulèvement sous-marin. Ils sont tentés de prendre les

(i) Autrement dit les Gambier, 7 à 8 ilôts. Petite commanaaté distincte de l'ensemble des antres îles de Tarchipel, placée sons la protection du pavillon français en 1844, et depuis 1836 sous renseignement et sous la tutelle d'une mission catholique.

lagons intérieurs pour l'emplacement d'anciens cratères. La ceinture de corail qui les entoure est le produit gigantesque d'animaux microscopiques ! Qu'y a-t-il de grand et qu'y a-t-il de petit pour notre divin Créateur? A sa parole puissante, les fondements de la terre sont ébranlés! Dans son infinie sagesse, les plus simples causes produisent les plus merveilleux effets I

Sur les lisières de corail dont nous parlons, des détritus ont formé, avec le temps, une faible couche de terre végétale, laquelle a sufQ pour permettre au pandanus et à une espèce de buis, appelée mikimikij d'y pousser en fourrés épais. Les îles de l'est paraissent d'une formation plus ancienne que les îles de l'ouest, ce qui ferait supposer que les premiers germes de cette végétation ont été apportés par les vents alizés, ou charriés sur des débris par les courants qui viennent de la côterd'Amérique.

Les naturels d'^naa, en rapports fréquents avec les îles de la Société, ont trouvé que le fruit du pandanus et le poisson du lac ne leur suffisaient plus. Ils ont, en conséquence, cherché à tirer^arti de leur sol en y plantant le cocotier. Heureusement pour eux, cet arbre précieux a poussé presque sans culture sur le sol de leur île.

' Le cocotier s'est ensuite propagé, d'île en île, jusque dans la partie orientale de l'archipel, qui est habité par des indigènes à l'état sauvage.

La noix de coco est devenue pour les Touamotous

la base de ralimentation et leur u, permis d'engraisser des porcs et des volailles.

Ils ont aussi le taro {arum esculentum)^ la canne à sucre, quelques bananiers, des ananas et du tabac. L'huile de coco et la nacre sont les deux principaux articles de commerce.

La population est active et intelligente. Les rapports fréquents qu'elle entretient avec les îles de la Société contriblient beaucoup à la civiliser; le gouvernement du Protectorat favorise ces relations, lîiais il n'a pas encore placé parmi les indigènes des Touamotous de président ou de magistrat français.

L'archipel peut avoir une population de 8,000 âmes. Dans ce chiffre, les Gambier entrent pour 1,500, et Anaa pour 1,300. Cette dernière île a une longueur de dix-huit milles sur neuf milles de large. Elle est couverte de cocotiers et passe pour la plus civilisée de toutes. Depuis quelques années il s'est établi là deux prêtres catholiques fort dévoués à leur œuvre. Les insulaires Touamotous doivent à leurs rapports avec Tahiti la possession de la Biblç, qu'ils lilent assidûment. Des Mormons leur ont aussi apporté, dans le temps, quelques sottes idées, mais on est revenu de cette surprise.

Pendant l'année 1861, quatre ou cinq navires du Protectorat, plusieurs grandes chaloupes demi-pontées et une soixantaine d'embarcations étaient employées tant à la poche et au transport de la nacre,

qu'au transport de l'huile de coco (1). Depuis cette époque, ce commerce a pris de l'extension, et les habitants de certaines îles, comprenant mieux leurs intérêts, ont fait construire, eux aussi, à Papéété une douzaine de jolies chaloupes pontées, jaugeant de deux à dix tonneaux, avec lesquelles ils viennent eux-mêmes offrir leurs produits aux négociants de Tahiti. Par ce moyen, ils évitent d'être à la merci du premier venu , et de recevoir sans choix ce que les courtiers leur présentent dans leurs îles. Le gouvernement local s'intéresse vivement au développement de cette navigation intérieure. Elle permettra aux indigènes de se mettre en relations fréquentes avec le centre des lumières, qui est pour eux Papéété. De la sorte, les Touamotous sortiront insensiblement de leur état d'ignorance; l'animosité . et les préjugés qu'ils nourrissent contre les Tahitiens depuis que ceux-ci ont dominé sur eux, disparaîtront peu à peu, et la religion chrétienne cimentant cette union , bientôt l'on dira probablement avec moins de vérité qu'à présent qu'il faut être né sur les récifs de ce groupe d'îles mal dotées « pour pouvoir s'y plaire. »

(1) Pendant cette année-là, le commerce do la nacre a présenté, pour cet archipel, une valeur de plus de 100,000 francs; celui de l'huile de coco a dépassé le chiffre de 60,000 francs. Nous ne parlons pas du commerce de Mangaréva, dont l'importance pour ia nacre et les perles est peut-être plus considérable encore.

Il parait qu'autrefois les insulaires d'Anaa attaquèrent certaines îles voisines et les conquirent. Les vaincus se réfugièrent en grand nombre à Tahiti. Pomaré P', qui régnait alors, leur fit bon accueil. Les chefs victorieux vinrent réclamer les fugitifs ; mais le roi refusa de les leur livrer, leur recommandant de se contenter^ des terres qu'ils avaient prises. Peu de temps après cette visite , Pomaré engagea des missionnaires protestants à se rendre à l'île d'Anaa pour la convertir à la foi chrétienne. Il obtint aussi des vainqueurs la grâce desTouamotous qui étaient venus cacher leur malheur chez lui, et ils retournèrent dans leurs foyers. Depuis cette époque, ' l'histoire de ces îles se confond avec celle des autres parties des états du Protectorat. Le nom de Touamoiou signifie îles lointaines. Il ne date que de 1852, où, sur une réclamation formelle des habitants du pays, il a remplacé celui de Paou-motou^ qui veut dire îles soumises.

Si l'insulaire touamotou paraît d'un jaune un peu plus foncé que le Tahitien, s'il a le caractère plus rude, cela tient à son genre de vie et à ce qu'il est toujours exposé aux ardeurs d'un soleil brûlant, soit sur ses lacs, soit sur ses récifs. Autrefois, il mangeait ses prisonniers , ce que le Tahitien ne faisait pas. On dit même qu'aujourd'hui encore, la disette ou la vengeance peuvent le porter à des actes d'atrocité de ce genre dans les îles les moins favorisées. Ces cas-là sont heureusement très ••ares. Espérons

qu'ils vont cesser entièrement avec les progrès croissants de la civilisation.

Originairement, ces îles avaient une mythologie, dans laquelle figuraient plusieurs dieux. La métempsycose y jouait un certain rôle. Ainsi, les oiseaux y étaient quelquefois pris pour des esprits, et les prêtres en tenaient plusieurs pour très sacrés. Les idées cosmogoniques se bornaient à celles-ci : L'univers est composé de trois couches superposées. Chacune d'elles a un ciel particulier. La couche supérieure est destinée aux âmes heureuses, les vivants habitent la couche du milieu, et dans la troisième couche errent les âmes réprouvées. Cependant beaucoup de ces âmes malheureuses échappent à leur triste sort en se cachant dans le corps des oiseaux. C'est ce qui fait que les cris de la gent ailée effraient facilement l'imagination des indigènes, comme chez nous tout ce qui rappelle les esprits ou les revenants. — On le voit , l'idée que l'âme survit à la destruction du corps n'est nulle part étrangère à l'humanité.

Disons enfin, pour être un peu plus complet, que les Touamotous dansaient et dansent encore beaucoup; mais sans attacher à ces amusements du moins à notre connaissance , aucune pensée --de guerre ou de religion.

Dans leurs ouporoupa^ qui passent avec raison pour des danses très obscènes, les acteurs peignent par des pantomimes expressives toutes les passions qui

les exaltent. Un des spectateurs marque la mesure en frappant avec la paume de la main sur un tambour fait d'un tronc de cocotier creusé et recouvert, à Textrémité supérieure, d'une peau de requin bien tendue. Les autres spectateurs, hommes et femmes, excitent les danseurs et les accompagnent en frappant des mains en cadence.

Les Eglises tahitiennes, et plus particulièrement celle de Papéété , comptent dans leur sein un nombre considérable de Touamotous. Naturellement, nous ne voyons pas de différence à établir entre eux et nos autres néophytes.

A la fin de 1863, un événement inattendu vint nous mettre en contact direct avec une quinzaine des hommes les plus influents de Tarchipel même. La voix publique les- accusait d'être imbus des idées des Mormons. La mission catholique établie sur les lieux ne démentait point ce bruit. Alors l'administration les manda à Papéété.

Ils vinrent nous trouver. Nous les avons entendus, redressés sur certains points de doctrine, instruits selon le Seigneur, pendant sept ou huit semaines. Leur foi à l'Evangile ne nous a aucunement paru douteuse. Le rapport officiel que je fus appelé, par les. circonstances, à présenter sur eux à M. le secrétaire du Gouvernement , en date du 24 février 1864 porte ce qui suit :

« Ces hommes m'ont paru des protestants 3e fait, si ce n'est de nom.'

« Ils possèdent tous la Bible et la lisent constamment. Je ne sache pas qu'ils aient aucun autre livre religieux.

« Plusieurs d'entre eux furent baptisés, dans le temps, par des ministres anglais ou tahitiens.

« Plus tard , deux ou trois Mormons visitèrent ces Touamotous et les baptisèrent de nouveau.

« Je leur ai trouvé, sur ce sujet, une grande confusion d'idées. Alors, m'aidant de plusieurs pasteurs accrédités par le Gouvernement , et d'autres moyens d'instruction, je leur ai expliqué, la Bible à la main , comment nos Eglises comprennent le baptême.

(( A mon su , les hommes dont je vous parle, ne propagent pas la polygamie, ce qui, plus que tout autre chose, justifierait la dénomination de Mormons qu'on a voulu leur donner , mais qu'ils repoussent avec énergie.

« Trois d'entre eux me paraissent même assez éclairés (comparativement) pour recevoir la consécration, et je compte la leur accorder. Vous savez que c'est ici un acte purement écclésia3tique ou religieux, accompagné d'un certificat d'aptitude au saint ministère, mais qui ne confère pas.de cure, vu que ce droit relève des Eglises, sous la sanction du Gouvernement.

« A l'appui de ce que j'avance au sujet des Touamotous, j'insère une lettre qu'ils nous ont écrite, le 20 janvier 1864. »

Voici cette lettre, qui est fort originale :

« Nous faisons connaître aux pasteurs Arbousset (( et Atger, par ce présent écrit, les choses que nous « croyons :

«Arbousset et Atger, Salut à vous dans le vrai c( Dieu I Nous éprouvons de la joie à vous écrire la « présente parole. C'est la grâce infinie de Dieu qui « nous ia. réconciliés avec lui, d'après ce qui est dit «par Paul à Tite, chap. II, 11, 12; LucI, 78; « I Ep. de Jean III, 1-2 ; Evangile de Jean XIII, « 34-35; I Ép. de Jean III, 22-23.

« Arbousset I

« Comme tu nous avais recommandé de t'écrire, « nous t'écrivons pour te déclarer que nous n'ap- « partenons pas à ce nom de Mormons.. Nous ne « sommes pas non plus catholiques. Nous sommes « disciples de Jésus-Christ et membres de l'Eglise « de .Dieu. Nous ne faisons que suivre les vérités tt qui sont dans la Bible, et nous protestons contre « les choses qui ne sont pas de la Bible, d'après ce (( qui a été dit par Jean dans l'Apocalypse, chap. «XXII, 18-19; 5« livre de Moïse IV, 2-3-4. Toi, « tu as trouvé que nous sommes des protestants, et « nous acceptons ; voilà tout.

¥ Arbousset, salut à toi I

« Voicî une autre parole. Pour ce qui est de deux « femmes pour un homme, comme on dit que nous

« le faisons, nous n'avons jamais fait ces sortes de « choses, car nous ne sommes pas ignorants de la « loi de Dieu, selon ce qu'il a dit lui-môme dans le « 2** livre de Moïse, ch. XX, 1 et 17 ; Ev. de Marc, c( ch. X, 6-7-8-9; 1" livre de Moïse II, 2-4; Rom. «VII, 2-3; I Cor. VII, 27-29.

« Arbousset, serviteur de Dieu;

« Salut à toi de la part de Dieu !

(( Voici la dernière parole dont tu t'es entretenu a avec nous; c'est sur le baptême, qui nous divise « maintenant. Nous suivons l'Evangile qui nous « unira dans ce lien , d'aprèô ce qui est dit dans «les Ecritures : Matth. III, 16; Actes XVI, 13; « Jean III, 22-23; I Cor. X, 1-2; Rom. VI, 3-4.

« Nous devons faire ces choses en suivant ce qui <( est de Dieu seulement, c'est-à-dire de l'Esprit (et «non pas charnellement), selon ce qui est écrit « dans 2 Cor. III, 3 ; Héb. X, 22 ; I Pierre III, 4; « Eph. III, 16-17. Voilà toute la (notre) parole.

« Nous consentons à être appelés disciples do « Jésus-Christ et Eglise de Dieu , avec le nom de « protestants.

« C'est toute la parole. Salut à toi par le vrai «Dieu. Amen.

« Nous consentons à écouter tes paroles. Tout ce € que tu nous diras, nous le suivrons. Tu nous as « dit de te suivre, nous consentons à t'obéir dans « tout ce que tu nous enseigneras d'après la vérité

« de TEvangile , selon que Paul disait aux Corin- « thiens ; « Suivez-moi^ comme je suis moi-même «le Christ. I Cor. II,. 12. »

<( Nous avons confiance en toi, et nous pensons à (( toi la nuit et le jour. Tu as la vérité de TEvangile « et c'est à nous de chercher ce qui est juste.

« Nous consentons tous. Voilà toute la parole. Salut à toi par le vrai Dieu !

Signé: Tairi (île d'Arutua).

Taruia (île de Anna), PlHARA id.

TiHONi id.

PUAIHERE id.

Painara (île de Paau).

Tairoa (île de Raukura).

Tiricaino (île de Faarava).

On le voit, ces insulaires touamotous et leurs coreligionnaires se rangent résolument du côté des saintes Ecritures. Ils sont d'un degré moins avancés que les troupeaux tahitiens , mais ils suivent la même foi; c'est pourquoi, nous les appelons nos frères. J'en ai baptisé dix, pour mieux régulariser les choses ^, et faire cesser ce soupçon de mormonisme qui nous a paru exagéré. Ils se sont ensuite approchés avec nous de la table du Seigneuf, et nous ont édifiés par leur parole dans nos assemblées publiques. Deux d'entre eux sont officiers civils et les huit autres exercent dans leurs îles res-

pectives les fonctions d'orometua ou pasteurs ; mais sans consécration encore et sans rétribution aucune, sur le simple appel de leurs troupeaux. Nous allons tacher, Dieu nous aidant, d'améliorer un peu cet état de choses. N'est-il pas bien beau déjà, que la Parole inspirée , sans aucun secours humain ou à peu près, ait suffi pour faire d'eux ce qu'ils sont? Le fait s'est vu à Madagascar ; il se reproduit aux Ile3 basses. Là où rien n'existe que la Bible , elle éclaire, convertit, contriste à la fois et réjouit les âmes; sous l'influence du Saint-Esprit, elle jette les pécheurs aux pieds du Sauveur, les fait entrer dans la voie du ciel et les y conduit... — Si, plu« tard, quand notre œuvre sera plus avancée, les Eglises protestantes de France pouvaient procurer un pasteur, jeune, dévoué, qui voulût consentir à se fixer à Anaa, et à rayonner de là sur d'autres points, elles rendraient un grand service à la cause du Sei-, gneur, dans cette partie peu favorisée du monde. Dieu le veuille I Dieu le fasse !

Pour ma part, je l'ai visitée avec bonheur.

Le 5 octobre, au matin, j'entre dans une goélette qui se rendait à Anaa, île située à 120 lieues marines E.-N.-E. de Tahiti, et la plus considérable de toutes celles qui composent l'archipel Touamotou.

L'interprète Tihoni m'accompagne, et avec lui l'un de nos meilleurs diacres, nommé Parémo.

Après être sortis, non sans quelques dangers, de

passe de Papéété, nous arrivons, à la nuit tom-

bante, devant' Tétiaroa. Ce sont sept à huit îlots, couverts de cocotiers, et qui nourrissent des troupeaux appartenant à la reine Pomaré.ou à sa famille. L'accès de cet endroit est facile aux caboteurs. Il est situé à 20 milles seulement de la pointe Vénus, et se rattache au district dont je suis devenu le pasteur.

Le lendemain, nous saluons, en passant,. Tîle de Makatéa^ la première de celles que j'allais visiter. Elle ne compte pas au-delà de 130 habitants. Une coupure dans le récif permet aux embarcations d'aller s'échouer sur une plage de sable. L'île est haute d'environ 70 mètres et sans lac intérieur. Elle est remarquable par des grottes très profondes et riches en stalactites. Des Tahitiens furent les premiers à s'établir sur cette terre isolée, mais des canots, partis d'Anaa, y abordèrent, et se virent repoussés. Ceux des étrangers qui réussirent à s'échapper retournèrent chez eux, à ce qu'on rapporte, pour' demander du renfort. Us revinrent ensuite, traquèrent les indigènes et les enfermèrent, jusqu'à complète extinction, dans les noires excavations où ils avaient pris refuge. C'est à Makatéa que les sou- , verains de Tahiti envoyaient, autrefois, les criminels condamnés à la peine de la déportation.

Un vent debout, comme on le rencontre ordinairement sur cette ligne, nous foBçait à naviguer paisiblement par bordées de quatre à cinq heures chacune. Il nous amena d'abord à Kaukura^ île de 26 milles

de long sur 10 milles de large. Elle fut découverte, vers 1717, par un capitaine russe, appelé Rurick. On y fait, chaque année, une quinzaine de tonneaux d'huile de coco; on y élève des porcs et des volailles, et il s'y est établi un commerce de perles et de nacre, comparativement lucratif. L'îlot de Niaou, qui n'est pas très éloigné, fournit un excellent poisson, ayant le goût du saumon, et qui est exporté dans les terres voisines. On le dit très abondant. C'est, sans doute, ce que signifie cette fable des naturels : « Jetez les écailles de notre poisson dans le lagon de « Niaou, où la vase est aussi fertile que profonde : {( elles s'y enfonceront, mais pour reparaître à Ja « surface de l'onde avec des nageoires. »

Arrivés à l'île d'Anaa, nous la contemplâmes tous avec un singulier plaisir, mais nous dûmes nous résigner à faire faction devant elle pendant une longue nuit. On n'y trouve point de baie, et c'est là une chose à peu près inconnue aux Touamotous. Au commencement de cette année, la très petite passe du nord, appelée Tououhora, a été creusée à une profondeur de 1 mètre 50 sur 10 mètres de largeur. Les caboteurs peuvent donc, dès aujourd'hui, y trouver un abri. Ce travail devrait être continué, et, en creusant un chenal vers le lac, on arriverait, sans grande difficulté, à doter l'île d'un port suffisant pour toutes les transactions commerciales. Ce chenal est, du reste, en voie de construction; il permet déjà à deux ou trois goélettes, d'une dou-

zaine de tonneaux, de s'amarrer dans Tintérieur du récif. Il y a un débarcadère. Un service mensuel de dépêches entre Tououhora et Papéété est établi depuis le mois de mai 1864. A certains jours de Tannée, lorsque les vents quittent la partie sud, la passe est inaccessible, à cause de la grosse mer. Il faut se rappeler que, par suite de la différence de niveau du lagon intérieur et de la mer, le courant en sort souvent avec une grande vitesse.

L'île d'Anaa a joué un grand rôle dans l'histoire des Touamotous. Son étendue est d'environ vingl et un milles sur onze. Partout cette terre se couvre de beaux cocotiers, qui ne donnent pas moins de deux cents tonneaux d'huile par an. Elle a été divisée en quatre districts, dans chacun desquels des missionnaires jésuites ont élevé une église. Sa population ne dépasse pas douze cents âmes.

Quand j'arrivai sur la plage, au matin du 13 octobre, le tavana de Tououhora m'y attendait. Il me salua très affectueusement (pour un catholique), et me conduisit chez Paroua, vieillard fort aimable et diacre respecté, chez lequel se réunissent habituellement les adorateurs de notre communion. Ils m'attendaient là, hommes et femmes, tous convenablement habillés et recueillis Chacun d'eux vint me serrer la main. Je leur dis quelques paroles et fis offrir une courte prière par l'excellent Parémo. Le chef du poste militaire que le gouvernement du Protectorat a dernièrement établi dans l'île, ne tarda

pas à venir me prendre, pour m'offrir quelques rafraîchissements chez lui en sa qualité d'ancienne connaissance. J'acceptai avec plaisir l'invitation de M. le lieutenant Camus (c'est son nom), et nous passâmes ensemble quelques heures agréables. Ensuite, je courus voir deux ou trois marchands anglais pour leur remettre des lettres. Le soir venu, je rentrai chez notre bon diacre, où je trouvai réunies une soixantaine de personnes. Nous chantâmes des cantiques, fîmes deux prières, et j'expliquai de mon mieux les béatitudes de Matth. V, 1-12. Les deux prêtres catholiques qui se sont établis depuis plus de vingt ans dans cette île étaient absents de la localité à mon arrivée, mais ils y revinrent bientôt après, et je me hâtai de leur faire ma visite. Ils me reçurent avec courtoisie, et je remarquai sur l'étagère de leur modeste salon une Bible tahitienne.

Mon premier dimanche se passa à Tououhora.

Notre petit auditoire fut édifié sur Luc XIV, 7 : « Je vous dis qu'il y aura de même de la joie au ciel pour un seul pécheur qui vient à se repentir. » Pendant la journée, je prêchai à une dizaine d'Anglais et d'Américains établis dans la localité, et baptisai deux enfants qu'ils me présentèrent. Les trois semaines suivantes furent employées à visiter les divers districts de l'île. Partout bon accueil, édification, baptêmes, sainte Cène et autres occupations. Naturellement, U convenait de constater le

nombre de ceux des indigènes qui sont attachés de cœur ou par la forme (hélas! ce dernier mot coûte à écrire, mais il est vrai) à la communion protestante. Je le fis, en ayant soin d'établir des pasteurs et des diacres dans les troupeaux et en laissant dans chaque congrégation des registres d'Eglise, des coupes et des assiettes de communion, un pupitre, et enfin des instructions écrites.

Je ne parcourus pas le lagon intérieur sans quelque émotion. Les récifs y sont nombreux ; mais l'habile Touamotou les frise pourtant sans les toucher. On m'en fit remarquer un de 180 pieds de large environ, et surmonté d'une pierre dure, qu'on croit même volcanique, appelée anaa. C'est elle, sans doute, qui aura donné son nom à l'île.

Comme nous longions Tékaora, en faisant mine de passer plus loin, les autorités du lieu arborèrent le pavillon du Protectorat pour nous inviter expressément à nous arrêter chez elles. Leur accueil fut chaleureux : nous allâmes tous au temple, oh je prêchai. Ensuite le chef Tamouta me montra avec orgueil la

' forêt de cocotiers qui a servi de pépinière à tout l'archipel. Quelques-uns de ces arbres précieux rapportaient peu, à cause de leur vieillesse; mais on s'est avisé de les entailler, de mettre même le feu jusqu'au cœur, et, grâce à ce procédé, les proprié-

' taîres leur font produire encore d'excellents fruits. Nulle part, dans les îles, je n'ai trouvé de plus belles noix de coco qu'ici. J^en pris six vraiment énormes

que je rapportai à Papéété pour les y planter. A part le cocotier, les ressources d'Anaa sont peu de chose. J'ai pourtant remarqué que les naturels ont ouvert, dans les roches toutes calcaires de Tîle, des tranchées considérables, où ils réussissent à faire venir du taro, des bananiers, etc., même l'arbre à pain. Mais le sol est pauvre; je conseillai de le bonifier au moyen du fumier de cochon et de volailles : on sembla croire que cela souillerait la terre, et mon avis fut peu goûté. Il faut bien du temps pour détruire les préjugés d'un peuple! — Je ne parle pas des eaux du laç; elles sont d'un bleu superbe, et la réfraction du soleil sur les coraux produit un effet magique ; on croirait voir une mer d'émeraude et de chrysolithe; le lac Léman pâlirait à côté de celui d'Anaa. Tout ici enclmnte l'œil. Ces champignons madréporiques , cachés sous l'onde, semblent revêtir les sept couleurs de l'arc-en-ciel, et le regard les rencontre toutes à la fois , de quelque côté qu'il se porte.

Je m'amusai une fois à proposer une joute sur ces nobles eaux. Des Touamotous y passèrent une ou deux heures sans se fatiguer. D'abord les hommes jouèrent à la course à la nage; puis ils se mirent à plonger, et l'un d'eux resta quarante-sept secondes sous l'eau; les femmes nagèrent ensuite et plongèrent à leur tour; on leur jeta môme quelques pièces d'argent d'un ou de deux francs, qu'elles saisirent avant qu'elles eussent atteint le fond;

les enfants, enfin, nagèrent et plongèrent comme des pingouins. Huit prix furent distribués. Cette nouvelle espèce de régaie parut intéresser beaucoup. M. Camus l'honorait de sa présence, et deux ou trois tavanas la dirigeaient. Le soir, un repas frugal réunit les principaux personnages à la résidence du lieutenant ; le révérend Père Loubat voulut bien s'y rendrç, ce qui ne me déplut point, puisque j'avais moi-même fait tout préparer.

Mais revenons aux choses plus sérieuses. Les Touamotous lisent et ne lisent guère que la Bible. Voulant leuren faire moncompliment, je mis unjour sur la chaire une noix de coco d'abord, et, à côté le volume sacré. Tous les yeux se fixèrent sur ces deux objets : « Ils vous sont indispensables l'un et l'autre, dîs-je à l'assemblée, l'un pour le corps et l'autre pour l'âme. Les deux vous viennent de Tahiti : gardez-les, vous n'avez pas besoin d'autre chose pour vivre. »

Après le sermon, un diacre vint à moi, tout joyeux, sa Bible ouverte à la main, et me demanda : « N'est-ce pas que vous nous apportez la même parole que nous apportèrent autrefois les missionnaires Platt, BarfT, Orsmond, Davids et quelques autres, quand Pomaré nous les envoya? — J'espère que oui. — Eh bien, lisez là, I Chron. XV, 28 : » « Ainsi tout Israël conduisit l'arche de l'alliance de « l'Eternel avec des cris de joie. » Il y a de même beaucoup de joie parmi nous, en ce jour-ci, où nous

entendons proclamer le salut que Jésus le Messie nous a procuré par sa mort, selon les déclarations de l'Evangile que vous prêchez... »

Deux veuves se présentèrent ensuite et me dirent : ({ Lisez là (II Rois, XXIII, 4) : « Alors le roi com- « manda de lirer hors du temple les ustensiles qui « avaient été faits pour Baal, et il les brûla dans le « champ de Cédron. »

L'une de ces femmes ajouta : « Mes pères avaient un maraë, et je l'ai converti en cuisine; les bois et les dieux dont j'héritai, nous en avons fait du feu. »

Dans une autre Église, fort divisée, hélas I un homme qui me parut très fervent, me pria de lui expliquer ce que signifiait le mot d' hérétique (Tite III, 2); ce que je fis de mon mieux.

Un autre ouvrit l'Apocalypse au chapitre XI, versets 3 et 4, en me demandant si j'en saisissais le sens; je lui répondis tout simplement : « Non, mon ami. » .

A Poutouhara, après les services de la journée XDieu nous dispense des iorces, même physiques, selon nos besoins), une longue conversation s'engagea entre une douzaine de naturels et moi. L'un d'eux ouvrit d'abord la I" Epitre aux Corinthiens, et me pria de lui expliquer les trois derniers versets du chapitre V (1). Je le fis, j'espère, à sa satisfaction.

(1) Mais quand je vous écris de ne vous point raftler avec eux, cela Tent dire que, si quelqu'un qui se nomme frère, est impn-

Ma réponse, du reste, se résumait dans les deux mots que voici : « Comme il convient qu'il y. ait une police bien réglée dans une communauté d'hommes, il convient de môme que dans toute Eglise chrétienne une discipline soit exercée. Seulement, la discipline ne doit pas tuer les âmes, mais tâcher de les guérir. »

Comme je prononçais ces mots, un des interlocur teurs lut gravement, dans Ezéch. , XXXIV, 4 : «Vous « n'avez point fortifié les brebis infirmes et vous « n'avez point donné de remède à celle qui était ma- « lade, et vous n'avez point bandé celle qui était (c blessée; et vous n'avez point ramené celle qui était « chassée, et n'avez point cherché celle qui était « perdue, mais vous les avez maîtrisées avec dureté c( et avec rigueur.» lime demanda ensuite: « N'estce pas là ce que vous vouliez nous dire? » — Oui.

Alors cet homme ajouta : « Faut-il que celui qui se nomme frère commette tous les péchés dont parle l'apôtre pour qu'on l'exclue de la communion? — Non, un seul doit suffire , s'il y persiste. — Et si c'est un djacre qui commet ce péché-là? — Reprenez-le d'abord en particulier; vous pouvez le faire exhorter ensuite par le pasteur, et s'il ne se

dique, oa avare, ou idolfttre, oa médisant, ou ivrogne, on ravissear TODs ne mangiez pas même avec un tel homme... N'est-ce pas à TOUS de juger ceux qui sont dedans ?.«. Otez donc le méchant da milieu de vous.

repent point, le traduire devant TEglise. — Bien... Et dans le cas où un pasteur tomberait et vivrait dans un des péchés décrits, que devons-nous faire? — Le reprendre en particulier, le faire exhorter par^ les diacres, s'il y a lieu, et ne plus suivre ses enseignements s'il ne se corrige pas. — Bien. »

Un interlocuteur me demande : ii Mormon, Catholique. Protestant , voilà trois mots qui ne sont pas dans la Bible, quel est le bon et que signiflent-ils ? »

Je réponds : « Les Mormons n'ont pas la Bible, et ne suivent pas la Bible.

(( Les Catholiques ont la parole de la Bible et la parole du Pape.

« Les Protestants n'ont que la parole de la Bible. Cette Parole est celle de Dieu ; elle me suffit ; je vous exhorte à la suivre aussi. Ce doit être là notre seule règle de conduite. »

— (( Et que veut dire le mot calholiqm ? » — (( Universel. » Ici un jeune homme, dont la présence me gênait plus que le sujet ne pouvait le faire, prit la parole et s'écria : « Vous l'entendez, la religion catholique est la seule bonne, parce que c'est la religion universelle. »

Je répondis alors : « Dieu a une Eglise au ciel. Dieu a une Eglise sur la terre. Selon moi, dans toutes les dénominations chrétiennes, en Océanie, aux Indes, en Amérique, en France comme en Angleterre, et partout ailleurs où l'Evangile de salut est annoncé, il y a des gens qui le reçoivent

et y croient dans leur cœur. Ceux-là composent l'Eglise universelle. »

On me fit voir ensuite un vieux volume, publié par les missionnaires anglais de Tahaa, en 1828. Le symbole des Apôtres s'y trouvait , et portait en tête le mot de Credo. On voulait savoir (sérieusement) si Credo était un apôtre? Le mot d'universel était traduit par celui de catholique^ et cela embarrassa la discussion, preuve de plus que les missionnaires de la croix parmi les gentils ne sauraient apporter trop de soin à tout ce qu'ils font pour le Seigneur.

Voilà, lecteurs de France, ce qui se passait, le 23 octobre 1864, dans une case des Touamotous, à vos antipodes, bien avant dans la nuit. Et que de scènes semblables n'aurais-jepas à raconter! Oui la sainte Bible apprend à penser, même aux extrémités du monde ; que tous lui rendent cette justice, que tous l'aiment plus qu'une mère, plus que la lumière du soleil.

Le diacre touamotou qui me logeait à Anaa m'a donné une leçon. Chaque matin, à l'aurore, sa voix m'éveillait. Il lisait ou récitait quelque versets de nos Livres saints. Puis, je le voyais fléchir les deux genoux devant la table, et les mains jointes , dér couvrant sa tête chauve, il improvisait une prière dont le ton pénétré m'allait au cœur. Impossible, me disais-je en l'entendant, impossible que ce ne soit pas là une de ces prières du cœur qui montent

aux cieux. Oh! celui7là, me disais-je, je le crois un disciple du Seigneur, plus que je ne le suis moimême. Et, chaque matin , cette impression-là se répétait avec une force toujours croissante.

Mais hâtons-nous davantage. Je ne partis pas d'Anaa avant d'avoir remis à M. Camus un rapport écrit, dont voici les principaux renseignements.

Quoique peu favorisé, ce pays me paraît digne des soins qu'il reçoit de l'administration française, de la religion et du commerce. Le tracé des cases •m'a plu. Le nombre des jeunes cocotiers augmente considérablement, ce qui promet bien pour l'avenir. Je voudrais voir creuser plus de citernes, et planter des patates et du maïs, surtout à Topékiti, où, moyennant un peu d'arrosage et une clôture , la patate réussirait. Le peuple possède beaucoup^ d'intelligence naturelle et une grande vigueur. Les maladies honteuses, la phthisie, l'éléphantiasis, et les scrofules y sont plus rares qu'à Tahiti. Il lui faudrait des couvertures de coton pour la nuit, mais c'est au commerce à y pourvoir.

Malheureusement, l'intempérance se glisse insensiblement parmi ces populations et menace d'y porter ses funestes fruits. Elles ont quelques idées élémentaires et religieuses, que la possession de la Bible surtout leur a données. Si l'on en excepte quatre à cinq entêtés (c'est le vrai terme), le mormonisme n'y a plus d'adhérents. Je n'ai pas renccn-

tré un seul cas de polygamie dans toute ma course pastorale. Moralement parlant, mon impression générale revient à penser que chez ce peuple, ce n'esl pas l'esprit , mais bien le cœur qui est en^ défaut. Sous ce rapport, j'ai été heureux de voir que la mission catholique lui donne journellement le salutaire exemple de l'abnégation et du sacrifice. Les livres élémentaires manquent beaucoup trop ; je n'ai guère rencontré dans les cases que la sainte Bible, des livres de cantiques et quelques bréviaires. Peu de personnes encore comprennent le français; mais pourtant un premier pas a déjà été fait dans cette voie-là.

Ayant trouvé plusieurs congrégations qui se rallient autour de la parole de Dieu , et suivent le môme culte que celui des Eglises protestantes de Tahiti et Mooréa, je les ai naturellement encouragées, et à quelques égards redressées, et voici les résultats actuels de mes efforts.

1** Pasteurs. — Tououhora possède un orométoua (pasteur) Tatararou. .

2° Otépipi et Topékiti ont un pasteur (Papaïo).

3^ Poutououhora et Tékahora: un pasteur (Pouaihéré).

Ces trois pasteurs ont été élus par le conseil de leur district respectif , consacrés par moi , et attendent leur confirmation par le Gouvernement.

4^ Tématoa : un pasteur (Parata), élu par le con-

seil du district, consacré par moi, mais seulement avec le titre de premier diacre.

Tempks: Les quatre paroisses ci-dessus nommées n'en possèdent aucun ; mais les conseils du district ont prié le gouvernement de les autoriser à en élever chacune un.

Mem res de VEglise :

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