TAHITI. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Le serviteur de Dieu que sa vocation ou ses goûts appellent à voyager dans ce vaste monde , ne peut porter sfes pas nulle part sans que la contemplation des œuvres de la nature lui rappelle le Créateur. Tel un flls de prince parcourt les domaines de ses ancêtres avec un délicieux sentiment de satisfaction, pour ne pas dire de noble orgueil. Voyageant soûs le regard de notre Père céleste, c'est là ce que nous avons éprouvé dans plusieurs pays, et particulièrement à Tahiti.
Si vous vous êtes jamais représenté, dans les rêves de votre imagination , une terre qui jouisse d'un
ciel éclatant, d'une végétation luxuriante, d'une atmosphère baignée de lumière et de parfums, l'île que nous venons de nommer réalise tout ce que votre esprit aura pu enfanter de plus magique. Nous citons presque textuellement M. Eugène Delessert, dont nous reproduirons quelquefois les observations, ainsi que celles d'autres auteurs accrédités.
Avec la plupart d'entre ceux qui nous serviront de guides dans cette étude, nous sommes d'j^vis qu'il faudrait écrire et prononcer Tahiti, O'tahiti veut simplement dire : Cest Tahiti. Les premiers explorateurs auront pris pour un noni propre la réponse qu'on leur fit quand ils demandèrent aux naturels : Quelle est celte terre? — Eaha tera fenua?
L'île est formée de deux péninsules inégales, que ne séparent jamais les plus forts ras- de-marée, quoi qu'en aient dit quelques voyageurs.
L'isthme qui réunit ces deux terres est large de 2,200 mètres, et sa partie la plus haute, sur laquelle on a construit le fort de Taravao, est élevée de 14 mètres au-dessus du niveau de la mer. La plus grande, de forme à peu près ronde, est Tahiti proprement dit; l'autre, de forme ovale, est désignée sous le nom de Taïrapou (1). Ensemble, elles s'étendent, du nord-ouest au sud-est, sur une longueur de 40 milles et sur une largeur qui varie de 6 à 21
(t) Ou Taïraboa . le 6 et le p s'employanl Tolooliers l'un poar Paulre.
milles, entre l?*» 29' 30" et 17« 47' de latitude sud, et 151« 29' 53" et 151* 56' de longitude ouest.
Comme presque toutes- les îles qui forment les nombreux archipels de l'Océanie, Tahiti est entouré d'un récif de corail qui s'élève jusqu'à la surface de la mer, dont il arrête l'impétuosité. L'intervalle entre cette digue naturelle et la terre forme un canal dont l'es eaux sont toujours tranquilles. Dans certains endroits, lé récif touche la côte; ailleurs il s'en écarte à quelque distance et ouvre ainsi plusieurs bons ports , où l'on pénètre par des brèches naturelles.
Ces récifs expliquent la formation d'une grande partie des îles polynésiennes, de celles, du moins, qu'on appelle les îles basses. Â peine élevées de quelques pieds au-dessus de la surface de l'Océan, elles ne se composent que de corail, de coquilles et de sable. Quelques rares végétaux semblent croître à regret sur ces falaises ingrates. Atissi, à peine offrent-elles le strict nécessaire aux êtres humains qui y végètent dans l'ignorance et dans la niisère, sans- cesse exposés au danger d'être submergés.
Tout le mondfe convient aujourd'hui qu'elles ont été.formées par les polypes, dont le travail infatigable accomplit chaque jour de nouvelles conquêtes sur les eaux. Rien n'est admirable, dit Vincendon- Dumoulin, comme ce travail incessant de la nature dans ces mers tièdes des tropiques. D'abord, ce sont
de faibles animaux qui, malgré la lenteur de îeur travail, élèvent des murailles inébranlables au milieu des eaux constamment agitées; leur œuvre n'est terminée, pour ainsi dire, que lorsqu'il n'y a plus d'obstacles à vaincre , lorsque , sur un pied solidement établi, ils ont élevé les bases de leur édifice jusqu'au niveau de la mer. Bientôt la vague, qui s'y brise impuissante, recouvre ces récifs dangereux des sables qu'elle entraîne avec elle; ensuite un coco ou une graine quelconque, enlevée par les eaux sur la rive voisine , vient y trouver la vie. .Un arbre surgit, et l'Océan compte une île de plus, qui, quelques siècles plus tard, sera riche en terre végétale et en productions de toute espèce.
« Éternel ! que tes œuvres sont en grand nom- « bre ! Tu les as toutes faites avec sagesse ; la terre «est pleine de tes richesses, et cette mer aussi, « grande et spacieuse , où il y a des animaux agiles (( sans nombre, gros et petits. » {Ps. 104, 24, 25).
Vue du nord-est, l'île de Tahiti se présente comme une terre haute, inclinant vers l'est et l'ouest une croupe arrondie.' Ses pentes sont douces, sans déchirures ni escarpements remai'quables , tandis qu'au centre le point culminant, assis sur un sol plus découpé, offre aux regards un gros morne 4entelé. A l'est , la plus méridionale des deux presqu'îles s'efface dans l'éloignenient. A cette distance, ses montagnes ne révèlent ni accident de terrain brusque, ni le riche manteau de verdure qui recou-
■i-? ■ / iN,./ .Il . • .: / j ;. . r^iiî ],,
^ ■ iîr • • . • ' ^. '*]:> r •< n . o .•■! -■ «1- J'i:'---
.- [y.' ' ».'.■•••'.( liîi s ' (i "lil. , î .Ms ù ^«^
.t'L' î - " s -î' '•■* -iv-^ -, '1 ' -"^•- ^\'.^
: .-t'[iî«'.-s -.it s» > <l"iiî'Mn'- .- • ... .f' -s (--lî^
■^. C«'IU- \\:-\ :•.• ti'' tiTi;, :', I .♦:•. Ij. .1^. .'. l.i»-il
, s't'ieini .i-L-j-./n la p..'.: ■ •'.» V.''i.">. p-t-'-u
' t'ii va>***s nap[)»'<, r •:« ' ^- • les })»a;!t''> .'4
.:•'. — L^^ pannraî'.^'? (|"î.' j" 1 il i^'.nt, ri'i'!-; Iits-
i a doublé -a pnln c d»3 Vims, c>t un d -s plus
■ 'ants qu'on puis-o\.. ':•. i; l'ivl'r.'i-.-'' uur j'-'iuaie
\hj terres arridMiN-.fc, «pii .se n-A do M'i:,iraï
• ' . )inte de terre qui (:•■:. inie»:e.» à îa hau- dr /'*;-
•". Le rnup d'-ri» f.st d' ■••ifix. M'i'avc:i '.iN jst s
;:'"S tran^{nill<s, s« < 1» ''.iiu «^ d. ii-j- :*s t-t de
•onnierSj se? • ases à d» -^i: voi".!',-: • 'ird-s louri"S
•'.' pr-' yavi^Ts; une ir^r caii 1.' ••! tr; l'sp.m'nle q-il hî-
îl'Mecn lignes bristM-s ^'/s b.<:i'rs *a {<.■? paiia-'b-Ms des
eocotiors de la pointa' de Vcuus, l*» imiiv ir..'iil drs
pir'')gues quittant la 'ive y-'ur ': • M.t-r h^ navire et
rnlUe délai].-. impoF' ■.! '-s ù d- .Ti-e s*up'->r.!iL peur
donnera cette srtnie un eliiriie iiit'xpî-ir' Me. P(»r-
sonne n*a pu oont»"upler p'ir la pi>iTi;'r<; iMs le
fcol lertile et le paysage agreste de Malavaï sans
vre les terres de Tahiti proprement dite. Sur la masse imposante des hautes montagnes de Tintérieur, le regard s'arrête d'abord sur quelques taches rougeàtres qui annoncent un sol dénudé, mais il se repose avec plaisir sur le rivage, où règne sans interruption une zone plus ou moins étendue de terres Basses, comprenant de belles plaines, des vallons pleins d'ombre et de jolies baies, que la population a parsemées de ses demeures aux larges toits grisâtres. Cette lisière de terrain, bien boisée, bien arrosée, s'étend jusqu'à la pointe de Vénus, partie septentrionale de l'île, où l'écume des brisants, jaillissant en vastes nappes , rehau.sse les beautés du rivage. — Le panorama que l'œil contemple lorsqu'on a doublé la pointe de Vénus, est un des plus séduisants qu'on puisse voir. Il embrasse une longue suite de terres accidentées, qui s'étend de Matavaî h la pointe de terre qui commence à la baie de Pa- . pééié. Le coup d'œil est délicieux. Matavaî étale ses plages tranquilles, ses bouquets d'orangers et de citronniers, ses cases à demi voilées par des fourrés de goyaviers; une mer calme et transparente qui reflète en lignes brisées les hautes tites panachées des cocotiers de la pointe de Vénus, le mouvement des pirogues quittant la rive pour gagner le navire et mille détails impossibles à décrire s'unissent pour donner à cette scène un charme inexprimable. Personne n'a pu contempler pour la première fois le sol fertile et le paysage agreste de Matavaî sans
éprouver le môme sentiment d'admiration. Sur le rivage opposé, on aperçoit une pente plus inclinée, que des ravins ont sillonnée de profondes coupures; les montagnes naissent, grandissent, et bientôt un pic culminant, l'Oro-héna, s'élève en masse imposante .jusqu'à ce que les vapeurs de l'atmosphère le dérobent à la vue. Tout autour, d'étroits vallons, des côtes très inclinées, des plaines d'une étendue limitée, sont uniformément couvertes d'arbres touffus, abandonnés en grande partie à l'action seule de la nature.
En somme, l'aspect de ces rivages offre une variété sublime de beauté? naturelles. Une heureuse combinaison de terre et d'eau, de précipices, de plaines, d'arbres projetant leur feuillage épais sur des eaux limpides, de montagnes éloignées dessinant leur profil sur un ciel pur, tout se réunit pour donner au spectateur de délicieuses sensations.
Jusqu'à ce jour, l'hydrographie n'a pu constater l'existence d'aucune eau thermale à Tahiti. En revanche, il s'y trouve quelques sources minérales d'eau froide. Elles sont ferrugineuses et donnent une boue ocreuse , mais sans trace d'acide carbonique. Sous ce rapport, elles diffèrent beaucoup de celles qui se rencontrent aux îles Marquises, et d'une très belle source que nous avons visitée à Papétoaï (île Eïméo), et qui dégage, comme les premières, du carbonate et un gaz. — Les minéraux manquent complètement.
Les plus riches vallées sont celles de Papénoo,
Papéïha, Pounaroou et Mahaéna, toutes traversées par des rivières qui portent les mômes noms et passent pour les plus considérables du pays.
Dans cette contrée, comme en général partout en Océanie, le règne végétal est admirable, Les diverses productions des tropiques pourraient toutes y réussir. Le tamanou (calaphyllum monophyllum) et le miro (1), l'un et l'autre si beaux et si durs, le tiarei ou bancoulier, le bois de fer (2), l'arbre des banians, le sandal, le pourao (3), remarquable par ses nombreuses applications, sont originaires du pays. A défaut des graminées, l'arbre à pain (artocarpus incisa), plusieurs belles espèces de bananiers, trois ou quatre espèces d'une excellente bulbe appelée tare (arum esculentum) et le cocotier servent à nourrir les indigènes. Cet arbre précieux est destiné à devenir, par les huiles qu'il produit, un objet d'immense commerce dans toutes les îles de la'Polynésie. L'oranger, le; citronnier et le goyavier sont importés. L'île produit, en outre, l'inocarpus adulis, dont le fruit rappelle la châtaignej la pomme de Cythère, le mûrier à papier, qui fournit les vêtements, le pandanus odoratissimus, si utile par les bonnes couvertures""de toit qu'il sert à faire, le piper mithysticum ou a va, le coton que la science nomme
(1) Thespesia populnea,
(2) Cofuarina equisetifolia,
(3) Hibiscus (iliacens.
gossypium religiosum, etc.; etc. A rintérieur des terres, Ton trouve des mimosas, des bambous d'une grosseur prodigieuse et des palmiers. Sur les flancs des montagnes se développent, dans toute leur beauté , ces grandes fougères, dites arborescentes, qui sont si recherchées par les botanistes. L'anana, le mangue,, l'avocat viennent très bien sur ces terres. La plupart de nos légumes d'Europe et le maïs y ont réussi. On a même tenté d'introduire la vigne et on a obtenu quelques grappes. La culture de la vanille donne d'assez beaux résultats. Cette plante devrait, avec le caféier, le coton et la canne à sucre, constituer pour ce pays quatre branches de commerce très importantes. Malheureusement, l'indolence des naturels et le prix écrasant de la main-d'œuvre s'opposent encore à ce désirable résultat. Le commerce principal des îles se fait à Papéété, et peut être évalué, en total, à deux millions et demi de francs par an. Les exportations consistent généralement en huiles et en nacres, les oranges étant chargées dans les districts mêmes et portées de là à San-Praricisco ou sur les marchés de l'Australie.
Quant aux fleurs, cette terre inculte et primitive en possède quelques-unes de très belles, mais en nombre plus limité que nous ne l'aurions cru.
M. G. Cuzent, pharmacien delà marine, a fourni un catalogue de 532 plantes, dont 248 ont été introduites, mais sont aujourd'hui plus ou moins naturalisées dans l'île.
La zoologie de Tile est également peu variée. Les mammifères y sont représentés par le pourceau , le bœuf, quelques moutons, des chèvres, des chats, introduits par le capitaine Cook, et une quantité prodigieuse de rais. On y trouve aussi le cheval, le mulet, le lapin, etc.
Au nombre des volatiles, il faut cojnpter la poule, l'oie, les canards et la sarcelle, le dinde, le pigeon, la perruche , introduite par les premiers missionnaires, la tourterelle, la bécassine, une hirondelle au plumage sombre et un petit oiseau blanc, la mouette, qui tantôt rase les eaux de la mer pour y chercher sa nourriture, et tantôt va se percher sur la cime des rochers, où il pousse un cri plaintif, comme si l'ennui le dévorait. Il faut mentionner encore les coucous,' qui sont nombreux dans les forêts, une espèce de héron gris, le martin-pôcheur, le roupé, espèce de ramier, le véré ou perruche, de la grosseur du serin, et qui hante habituellement les cocotiers.
Dans les terrains sablonneux vit un très gros crabe qui les mine en dessous , comme font ailleurs les taupes, inconnues ici. 11 est vulgairement connu, dans les colonies, sous le nom de iourlourou. Les marécages d'eau salée fourmillent d'un plus petit crabe jaunâtre et aux mandibules rouges, très curieux à voir. On trouve quelquefois aussi le kir eus latro, én'orme crustacé qui offre cette particularité de grimper jusqu'au haut des cocotiers pour en détacher les noix dont il fait sa nourriture.
En fait de reptiles, il n'existe guère à Tahiti qu'un serpent d'eau douce, espèce de couleuvre, le lézard gris des murailles et un autre lézard très petit, remarquablement commun dans les bois.
Les rivières et les ruisseaux nourrissent une ^ grande quantité d'anguilles , de petits poissons très délicats et de chevrettes.
Quelques espèces de papillons, très peu nombreux, du reste, et aux couleurs sombres, forment la plus grande partie des insectes.
Les sphinx abondent, le soir, dans les chaumières, durant certains mois de l'année. Nous ne parlons pas des grillons, des fourmis, des mouches, des can-. crelas et des moustiques, ni d'une espèce d'abeille noire , très petite, qui ne donne pas de miel, ni d'une guêpe assez commune, mais au venin peu malfaisant.
Parmi les arachnides, on ne cite guère que l'araignée proprement dite, qui atteint des dimensions prodigieuses, et un petit nombre de scorpions qui ne sont pas très dangereux.
Le cent-pieds oujnille-pattes est fort répandu, mais la douleur et la rougeur érysipélateuse qu'il détermine par sa piqûre disparaissent généralement en quelques heures.
Les mollusques terrestres ou fluviatiles manquent presque entièrement.
Comme importations plus ou moins récentes et qui ont bien réussi, nous devons enfin citer l'abeille à miel, la caille, le canari et le perroquet.
Pour les habitants de ce pays on peut dire que Tannée se compose d'un mois de juillet continuel. On n'y connaît que le chaud. Le climat est sain, mais énervant. Heureusement, les nuits sont d'une fraîcheur délicieuse qui corrige un peu le reste. D'après les observations d'un chirurgien de marine, M. Prat, la moyenne annuelle de la température, à Papéété, est de 24** 513. C'est lui qui fait remarquer qu'elle se rapproche beaucoup de celle de Saint- Louis, du Sénégal, 24° 600 (centigrade).
Les quatre premiers mois de Tannée sont les plus chauds, ce^'qui s'explique par la présence du soleil dans l'hémisphère austral. Les pluies abondent alors plus que dans les autres saisons. Elles ont pour effet de rafraîchir l'atmosphère et d'empêcher le thermomètre de monter aussi haut qu'il le ferait sans cette influence atténuante.
A partir de mai, la température commence à baisser. Elle présente ses minima de juin à octobre. 11 n'y a pas de saison absolument sèche; «néanmoins, la quantité de pluie qui tombe en juin, juillet, août, septembre et octobre, est tellement inférieure à celle des autres mois de l'année, que la distinction de deux saisons, l'une sèche, l'autre humide, figurera toujours dans la météorologie de ces régions intertropicales. »
L'alizé d'Est-Sud-Est est le vent le plus commun dans l'île. Dans la partie méridionale, les indigènes se plaignent souvent d'un vent diurne qui paraît
— essouffler directement du sud, et cela pendant le mois de mai. Ce vent amène dans la température un abaissement considérable, auquel les habitants attribuent, en grande partie, les catarrhes qui sévissent sur eux à cette époque de Tannée. Ils donnent à cette forte brise le nom de maroumou.
Pendant la journée , il en arrive ordinairement une du large, qui ne produit pas de modification très sensible sur la colonne thermométrique. Celle de la nuit vient de terre et amène un refroidissement sensible de l'atmosphère, surtout vers quatre heures du matin. A l'opposé de ce qui arrive dans beaucoup d'autres pays, c'est le mois d'août qui donne ici la température la plus fraîche. Celle-ci a eu pour moyenne 16° en 1854 , 15° 8 en 1855 et 15° 7 en 1856.
A partir de six heures du matin , la température s'^élève graduellement jusque vers midi ou une heure. Quelquefois, elle n'atteint son maximum qu'entre trois et quatre heures du soir. Elle commence dors abaisser jusqu'à la nuit et devient à peu près stationnaire jusqu'à ce que la brise de terre souffle.
« La plus forte oscillation ascendante de la colonne thermométriq^ue a toujours lieu de six heures à dix heures du matin.
« C'est entre midi et une heure ( règle générale^ que la température atteint son maximum.
Les plus fortes averses viennent du N.-N.-E.
Ordinairement, elles sont suivies d'un calme à peu
près complet, dont la durée correspond assez généralement à celle de la pluie.
Les ouragans sont très rares. On en cite pourtant un, celui du 22 janvier 1856, qui mérite d'être mentionné.
Les effets produits par cette tempête, dit M. Prat, chirurgien de marine, lurent désastreux, surtout pour la végétation. Des arbres volumineux se trouvèrent déracinés et entièrement renversés; les feuilles de plusieurs d'entre eux pourrirent et se desséchèrent; on aurait dit qu'elles avaient été surprises par un vent glacial. La mer, de son côté, déferla contre les récife avec une force tumultueuse, dont l'intensité, toujours croissante, éjait d'ailleurs révélée par un roulement analogue à celui de la foudre dans le lointain. Enfin, sous l'influence du ras-de-marée dont la baie de Papéété devint en quelques heures le théâtre, les flots ne tardèrent pas à franchir la grève, et atteignirent même les fondations de quelques habitations européennes rapprochées du rivage, laissant sur les endroits qu'ils avaient envahis une couche très épaisse de sable noir, entremêlé de coquilles dépolies et d'algues marines.
La violence du coup de vent dont nous parlons se fit sentir dans un rayon assez étendu. La corvette anglaise la jD/do, qui se trouvait dans le S.-E. de Raïatéa, eut des embarcations emportées; son beaupré, le mât de misaine, le grand mât •
de hune et, le mât de perroquet de fougue furent brisés.
Le 2 février. 1865, l'île souffrit de nouveau d'une tempête, dont les effets désastreux se firent surtout sentir dans la région sud-ouest, à Mataïéa, Paéa et Pounavia. Plusieurs cases furent emportées et quelques plantations couvertes d'un sable de 50 à 65 centimètres de profondeur, qui les a rendues impropres à la culture. Le vent soufflait du N.-N.-E. Il porta ses ravages jusqu'aux îles de Raïatéa, de Borabora et môme jusques dans l'archipel Toubouaï, où le ras-de^marée fut si fort qu'il submergea et détruisit complètement un-village ou deux.
Il paraît qu'en 1843, l'île avait été le théâtre d'une tourmente plus violçnte encore que celles que nous venons de décrire, mais les détails nous manquent.
Les ouragans ne sont pas rares aux Fidjis, aux îles des Amis, à celles des Navigateurs et de l'archipel de Cook ou îles d'Hervey ; mais ils paraissent s'étendre rarement dans l'est aussi loin que Tahiti.
Quant à l'aspect général du ciel dans ce pays, on peut le décrire en quelques mots. Durant la saison sèche, les nuits sont d'une sérénité remarquable et les rosées abondantes. L'époque des grandes pluies, improprement appelée hivernage, offre une alternative de nuits très sereines et de nuits sombres. C'est aussi la saison de l'année où se manifestent
au sein de l'atmosphère les plus fortes décharges d'électricité. Une seule fois en deux ans, nous avons remarqué au N.-O. une aurore boréale de 35 minutes, entre &epi et huit heures du soir.
Le ciel est souvent masqué par de forts cumulus^ appelés vulgairement balles de coton, ou par des nimbus, plus hauts que les premiers, et qui sont les vrais nuages de pluie. Fréquemment, on peut contempler le phénomène d'optique désigné sous le nom de halo lunaire, ce cercle rougeâtre, plus lumineux en dehors qu'en dedans, qui entoure la lune, et dont les météorologistes expliquent la production par la réfraction de la lumière dans les particules glacées dont se composent les cirrus ou vapeurç les plus élevées.
C'est en décembre, quelquefois plus t6t, rarement plus tard, qu'ont lieu les premières averses. Elles, s'annoncent par une perturbation du vent alizé austral.
Dans certaines localités intertropicales, les nuits sont presque toujours sereines ; dans d'autres, au contraire, il pleut aussi la nuit, et même encore plus que le jour. La plupart des observateurs attribuent cette différence au voisinage des grandes chaînes de montagnes. A Tahiti, il pleut à peu près également pendant le jour et pendant la nuit; la légère différence qu'on peut constater entre ces deux périodes de temps, paraît cependant être en faveur du jour.
C'est surtout sous les tropiques, dit Kaentz, qu'on observe des pluies diluviennes. Tahiti en a quelquesunes de ce genre, mais comparativement peu remarquables. De 1855-1857, lamoyennade pluie à Papéété fut de 45 pouces 20 lignes par an, d'après le D' Prat.
Mais abrégeons ces détails, qui pourront paraître secs à quelques-uns de nos lecteurs. On dit que deux tremblements de terre ont eu lieu dans l'île : le premier pendant une nuit d'octobre 1853. Les oscillations furent très faibles et ne durèrent que 5 à 6 secondes. Leur direction avait paru s'opérer du N.-E. au S.-O.
Le deuxième tremblement de terre eut lieu dans la nuit du 11 novembre 1855. Il se serait fait sentir vers deux heures du matin et n'aurait été caractérisé, comme celui de 1853, que par des oscillations également courtes et légères, affectant à peu près la même direction.
Un de nos amis, M. Miller, consul anglais, établi depuis longtemps dans ce pays, nous a assuré qu'il y eut un choc distinct de tremblement de terre en 1850 — toujours durant la nuit.
Jl nous semble ne pouvoir mieux terminer ce chapitre qu'en citant ces paroles de M. Eugène Delessert :
« Que la nature est belle, que ses secrètes puis- « sances sont fécondes, ses industries merveilleuses (( et ses harmonies ravissantes ! Chaque brin d'herbe, (( chaque grain de sable révèle Dieu ! »