‹ Tahiti et les îles adjacentesChapitre 5 sur 29 · DANGERS ET PREMIÈRES ÉPREUVES · texte numérisé non relu

DANGERS ET PREMIÈRES ÉPREUVES

On a pu voir déjà combien les pieux étrangers qui avaient entrepris de travailler à la conversion d'un peuple si démoralisé, avaient besoin de pouvoir compter sur le secours de Dieu et sur la puissance régénératrice de l'Evangile qu'ils avaient mission de prêcher. On peut bien dire d'eux qu'ils se trouvaient là « comme des agneaux au milieu des loups,» et le dévouement dont ils firent preuve dans ces circonstances exceptionnelles est au-dessus de tout éloge. Que personne donc ne jette la pierre à ces hommes. Il y eut, sans doute, dans leur conduite, des tâtonnements inévitables, d'infructueux essais et des mécomptes douloureux. On regrette, par exemple, qu'ils ne fussent pas arrivés dans le pays armés seulement de leur foi, de leur Bible et de l'esprit de prière. Les

fusils qu'ils avaient apportés avec eux les protégèrent mal, puisqu'ils n'en firent pas usage; ceux qu'ils achetèrent ensuite d'un navire marchand, pour empêcher qu'ils ne tombassent entre les mains des indigènes et ne servissent à multiplier les guerres dans l'île, devinrent un sujet de soupçons et une cause de jalousie. Et cependant, forcés d'avoir des outils, des effets et des provisions de tout genre, il leur fallait bien monter la garde jour et nuit pour les conserver; et, malgré ces précautions, l'habile sauvage se glissait souvent par quelque trou dans l'atelier ou dans le magasin pour y satisfaire sa cupidité. A défaut de portes ouvertes, il savait gratter furtivement de ses mains au-dessous des poteaux de la case et pénétrer, comme un furet, dans l'intérieur. En général, le défaut d'adresse à dérober sans être vu ou soupçonné, passait pour un tort plus grave que le vol lui-même.

Le Nautilus étant arrivé de Chine avarié et à bout de provisions, les missionnaires lui rendirent tous les services qu'ils purent. Mais cinq de ses matelots ayant déserté et s'étan t réfugiés chez Otou , ils ne réussirent pas à les faire rendre.

Quinze jours après son départ, ce navire revint, chassé par une tempête. Il avait besoin de fruits et de viande fraîche. De nouveau, le capitaine eut recours aux missionnaires ; mais ceux-ci remarquèrent parmi les naturels un mauvais vouloir bien prononcé. Pour comble d'embarras, deux matelots pri-

rent une chaloupe du bord et allèrent, de leur côté, se placer sous la protection du jeune roi. Celui-ci voyait sans déplaisir se former autour de lui une petite garde de bons tireurs. Les missionnaires n'en crurent pas moins devoir tenter un nouvel effort. Ils députèrent à la cour (ces deux termes sont un peij pompeux, mais tout est relatif) MM. Jefferson, Broemhall, Main et Puckey. Ce fut une fâcheuse démarche. La mission de ces délégués était délicate et dangereuse. Laissèrent-ils, comme on Ta dit, échapper deux ou trois paroles peu mesurées, ou le fait seul de cette intervention, quelque commandée qu'elle fût par les circonstances, irrita-t-il les esprits? Quoi qu'il en soit, ils se virent, à leur retour, assaillis près d'un torrent, jetés dans l'eau et dépouillés de leurs habits par les indigènes. On dit que des femmes, et Idia elle-même, en les apercevant rentrer chez eux, sains et saufs, mais dans un pitoyable état de nudité, versèrent des larmes d'attendrissement à leur sujet.

Encore une fois, ces hommes étaient bien là comme des brebis au milieu des loups.

Otou, l'arii, s'était donné le plaisir de la vengeance, toujours si cher aux cœurs barbares ! Pomaré lui reprocha d'avoir pu laisser maltraiter des étrangers bienfaisants, dont le seul tort était d'avoir voulu empêcher l'introduction des armes à feu dans le pays. Le jeune roi répondit à son père d'une manière évasive; il fit rendre aux missionnaires les

habits qu'on leur avait pris et leur témoigna plus d'affection qu'auparavant. En homme perfide, il renvoya ensuite au brick anglais les deux matelots déserteurs, mais dans de telles conditions que le capitaine refusa de les recevoir, et qu'en définitive ils restèrent dans l'île.

Les encouragements faisaient défaut aux messagers du salut. Onze d'entre eux, ainsi que deux sœurs missionnaires et quatre enfants, partirent sur le Naulilus pour l'Australie. <( Cette résolution d'abandonner Tahiti, dit M. Ellis, pourra paraître prématurée à plusieurs personnes ; mais il est difficile de se former une idée exacte de tous les dangers auxquels ces frères se trouvaient exposés. Ce qu'ils en connaissaient suffisait pour justifier leur départ, et il en était d'autres plus grands encore qu'ils ignoraient à cette époque (1). »

Sept de leurs collègues restèrent : MM. Eyre et sa femme, Jefferson, Bicknell, Harris, Lewis, Broemhall, et enfin le célèbre Nott.

Des écrivains pour qui la carrière de missionnaire est chose pittoresque et jimusante , une carrière abondante en aventures, essaieraient peut-être de dépeindre ici les souffrances des frères qui partaient et des frères qui restaient à la tache. Mais je n'entreprendrai rien de pareil, n'ayant pas à cet égard des informations suffisantes.

(1) Ellis, Polynesian Rcsearehes, tom I, p. 88.

Ce que je sais, cependant, c'est que les missionnaires restants furent obligés de soigner les deux matelots fugitifs qui leur avaient occasionné tant de peine, et qu'ils le firent avec beaucoup d'humanité.

Ils offrirent, en outre, un de leurs fusils à Pomaré, un autre à Otou, et confièrent ceux qui leur restaient au Nautilus, pour qu'il les en déchargeât.

Cela fait, ils remirent leur vie entre les mains de Dieu. Changeant ensuite de plan, on les vit ouvrir leur atelier, y introduire Pomaré et lui en faire offrande, ainsi que de tous les outils qui s'y trouvaient.

Ils le rendirent également maître de leur magasin, et ne gardèrent pour eux que les livres et autres objets indispensables.

A cette condition, une garde leur fut donnée. Hélas ! elle fut bientôt la première à les piller. Ils virent disparaître jusqu'à leurs instruments de chirurgie, et une nuit, la sentinelle fui surprise escaladant un mur mitoyen, pour aller fureter dans la chambre à coucher de M. et M""® Eyre. L'individu pris ainsi sur le fait n'en fut nullement déconcerté : « Je croyais entendre des voleurs qui pénétraient là, dit-il, et je venais pour les arrêter. »

L'horrible Idia vivait tou^jours. Elle se montrait pleine d'égards pour M"^® Eyre, mais sans cesser pour cela de la piller, sans manquer jamais de s'inviter au thé de la bonne dame, qui se résignait à tout

avec patience. — Sur ces entrefaites, la noble reine accoucha d'un enfant, dont elle se défit aussitôt. Suivant l'exemple de saint Paul, qui «ne se portait pas juge de ceux du dehors, » c'est-à-dire des païens, en laissant à Dieu le soin de les punir et à leur conscience celui de les fustiger, les missionnaires gardèrent un sévère silence. Quelque temps après, Idia fit mettre de côté des fruits et d'autres productions du pays, qu'elle osa présenter aux envoyés du Seigneur, comme pour les apaiser. Puis, elle imposa silence aux sentiments intérieurs qui l'accusaient, et essaya de reparaître àla mission. — Que de douleurs et d'amertumes dans la vie d'un missionnaire forcé de supporter de tels procédés, dans l'espérance que des jours plus heureux viendront !

D'autres faits, non moins affligeants, succédèrent à celui-là. Un jour, Pomaré fit mettre deux hommes à mort parce qu'ils avaient maltraité les missionnaires. Et le perfide Otou, qui avait excité ces hommes, approuva son père ! En outre, des représailles s'ensuivirent par suite desquelles les habitants de Paré perdirent dix hommes (l), deux femmes, et quarante à cinquante cases, qui furent incendiées.

Une fois à la merci des chefs, qui leur procuraient des domestiques, les missionnaires eurent le déplaisir de voir ceux qui les servaient pousser l'insolence au point qu'ils durent décider que chacun d'eux

(1) Quatorze, dit Ellis. ^ .

mangerait à part, et qu'ils prépareraient eux-mêmes leur nourriture.

Pour comble de douleur, un des frères, nommé Lewis, eut la funeste pensée de se séparer d'eux. Il épousa une indienne, vécut un an avec elle, et fut enfin trouvé, .sur le seuil de sa porte, mort d'une mort violente. — On lui accorda charitablement la sépulture chrétienne, mais non sans gémir de la tache que ce double événement infligeait à l'œuvre.

Au mois d'août 1798, deux voiles anglaises apparaissent. A cette vue, les natifs, peu rassurés, fuient aux montagnes ; maisjes missionnaires les ramènent, en leur assurant qu'ils ne leur gardent point de rancune et n'ont aucune intention de se venger des torts qu'ils ont eu à souffrir.

Le navire à l'ancre, on s'empresse d'aller le visiter. Le malheureux Témaré, chef de Papara, et parent de Pomaré, achète du capitaine une grande quantité de poudre. Il veut ensuite l'essayer; mais elle fait explosion par accident, et lui inflige, ainsi qu'à cinq hommes de sa suite, de cruelles blessures. Vite, il se jette à l'eau, mais n'en ressort que plus malade. Les missionnaires sont appelés à son secours. Ils accourent, bandent ses plaies, et le lendemain retournent voir le patient. Ils le trouvent couvert d'une épaisse pâte d'hyam. Que faire pour lui? L'épouse du chef disait : « Ce sont eux qui l'ont réduit là en lui appliquant un onguent qu'ils avaient maudit au nom dé leur dieu. » II3 rentrent

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chez eux en tremblant, surtout à la rencontre fortuite d'Otou, que deux forts insulaires portent sur leurs épaules, et qui d'un seul mot, aurait pu trancher les jours des envoyés du Seigneur. Néanmoins, dans cette circonstance, comme toujours. Dieu veillait sur ses enfants. Leur vie fut préservée, mais ils ne crurent pas prudent de se présenter de nouveau chez Témaré, qui mourut de ses blessures.

Un autre indigène, qui par superstition avait refusé les soins des missionnaires, mourut aussi, tandis qu'un troisième, le seul qui eût consenti à se faire traiter par eux, guérit. Les indigènes purent apprendre ainsi que lé léniment suspect n'avait pas été maudit au nom de Jéhovah.

Témaré, chef très puissant, s'était ligué avec Tétoua et Otou, pour mettre fin à l'influence de Pomaré et l'empêcher de protéger les missionnaires. L'achat de poudre qui lui fut si fatal n'avait pas eu d'autre but.

Otou, privé de cet allié, n'en persévéra pas moins dans ses desseins. Poussé par le prêtre de la guerre, Mané-mané, il envahit le district de Matavaï, où s'étaient établis les missionnaires et que gouvernait Pomaré. Celui-ci était en voyage. Idia, son épouse, le remplaçait. A l'approche de son fils, qui venait pour la combattre, elle s'alarma et ses gens s'enfuirent aux montagnes. Trois seulement furent tués,'et quelques plantations détruites: le district restait doncàl'arii. En véritable Jézabel parlant à un Achab,

la reine obtint d'Otou qu'on surprendrait le grand prêtre, et qu'on l'assommerait de pierres. Horrible drame, dont le vieux Mané-mané, à son insu, devait faire tous les frais. Sa mort mit fin à la guerre. '

Quelques mots sur ce Mané-mané. M. Mœrenbout l'a représenté comme un homme dont les missionnaires ne cessaient de parler avec admiration, autant pour son éloquence et ses talents de poëte que pour sa connaissance des anciennes traditions (1).

Le vieux grand-prêtre de Tahiti, dit Wilson, était rusé, entreprenant, et sa figure ne manquait pas d'un certain éclat lorsqu'il se parait de ses vêtements favoris, c'est-à-dire d'une espèce de chapeau et d'un habit noir, ornés l'un et l'autre de plumes rouges, qu'on regardait comme des emblèmes de divinité. Ce chef dépossédé de Raïatéa avait su acquérir une grande influence sur les indigènes, surtout dans Eïméo. Avec l'aide de quelques Européens, il était parvenu à y construire un schooner, qui, pour un premier essai, était un vrai chef-d'œuvre (2). Les missionnaires eurent fréquemment occasion de lui parler des actes sanguinaires du culte dont il étaitle ministre, mais sans changer en apparence ses

(1) Mœrenhout, Voyage aux îles du grand Océan.

(2) Wilson, A missionary Voyage, etc., page 2?^.

idées quant aux sacrifices humains, qu'il avait accomplis plus d'une fois depuis leur arrivée. Dans certaines occasions, cependant, il parla de ces horribles rites comme s'ils lui étaient imposés par une nécessité indépendante de sa volonté. On sait déjà qu'un jour, à bord du Duff, le capitaine ne voulant pas le laisser boire du vin immodérément, il lui avoua qu'ayant un sacrifice humain à faire à son aiua (dieu), il avait besoin de cette liqueur pour stimuler son courage (1).

Dieu continuait à garder ses serviteurs. Au bout de quelque temps, les naturels, sortant de leurs forêts, se groupèrent de nouveau autour de cette parole de paix qu'ils avaient si peu goûtée dans ces jours de commotion.

Quant à Otou, plus il se laissait voir de près aux messagers du salut, moins ils avaient raison de l'estimer. Il n'y avait en lui, à leur égard, qu'ingratitude et méchanceté. Un jour, il envoie chez eux dérober une scie et cinq pourceaux. Le lendemain, il se présente pour examiner la grande Bible de M. Broomhall, et en détache furtivement une belle image d'Adam et Eve sortant d'Eden, qu'on ne revit plus. Une nuit qu'il était ivre d'ava, son oreille distingue des cris bruyants, qu'un fort inoffensif indigène poussait au dehors. « Tuez-le, » dit

(1) Wilson, A missionary FoyaflfC, etc.. p. 79. ^ ,

froidement Tarii-rahi à un de ses suppôls; et cet ordre horrible allait être exécuté, quand l'homme éperdu entre et se cache dans la maison missionnaire. On supplie, on donne au chef trois aunes de calicot, et il accorde la grâce demandée.

L'entourage du tyran se composait d'une nuée de flatteurs, qui, entre eux, exhaltaient leur bon roi, mais toujours assez haut pour qu'il pût entendre ce qu'ils avaient l'air de se dire l'un à l'autre. Ils appelaient sa maison un nuage aérien, son grand canot Varc-en-ciel. Quand ses gens le voi tu raient en trottant, on ne disait pas qu'il voyageait, mais qu'il volait. La torche allumée qu'on portait devant lui se nommait éclair, le tambour qui battait pour son amusement avait pour surnom le tonnerre. Ainsi, quoique son âme pût être comparée à celle d'un démon et que. sa conduite ressemblât à celle de la brute, rien ne lui était plus facile que de se croire une espèce de dieu.

Après les troubles mentionnés plus haut, Pomaré rentra à Matavaï. Son fils se présenta, porté sur les épaules de deux robustes indigènes. Le père baissa la tête jusqu'aux deux pieds pendants d'Otou. Cet hommage absurde, mais obligatoire, une fois rendu, le père et le fils causèrent quelque temps ensemble et se séparèrent.

Il y avait paix et les missionnaires se sentirent soulagés d'un très grand poids. Le peuple envoya des présents à l'arii qui rentrait après i^m

longue absence. Otou y ajouta les siens. Quelques personnes, obéissant à un usage déjà signalé, se déchirèrent la tête en signe de joie.

A cette époque, 3e christianisme était encore peu connu. Cependant les missionnaires commençaient à se faire un peu comprendre des indigènes. Ils s'essayaient même à traduire en tahitien des portions choisies de nos saints Livres, qu'ils se soumettaient les uns aux autres avant de les lire au peuple. On cherchait à établir quelques règles de grammaire élémentaire, à rassembler les mots de la langue les plus usuels. Deux pauvres matelots, réfugiés depuis longtemps dans l'île, rendaient quelques* services comme interprètes. Malheureusement, leur caractère moral valait moins encore que celui des naturels du pays. Il fut prouvé que l'un d'eux avait trempé dans l'assassinat commis sur la personne de Mané-mané.

« Lorsque le Nauiilus appareilla, le 30 mars 1798, les missionnaires restèrent sans défense, à la merci du peuple qui venait de les maltraiter et dont ils reprenaient si âprementles mœurs. Ils apprirent pliis tard que, dans plusieurs circonstances, leur existence n'avait tenu qu'à la protection de Pomaré I". Plus d'une fois, pendant que Pomaré I[ se faisait porter à dos d'hommes autour de leur demeure, il était arrivé à Peter le Suédois de dire, en lui montrant les missionnaires réunis pour faire leur prière en commun: « Vois, ils sont tous agenouilles et

« sans défense ; il serait facile à tes serviteurs de « fondre sur eux, de les tuer, et alors tout ce qu'ils « ont t'appartiendrait (1). »

« Un fait triste à constater, dit M. Ellis, c'est que l'influence de certains étrangers sans principes était plus fatale aux missionnaires , plus pernicieuse quant à l'état moral des indigènes, etplus contraire à l'introduction du christianisme, que les préventions du peuple en faveur de l'idolâtrie et môme que l'attachement des prêtres aux intérêts de leurs dieux (2). »

Au début de la mission, le capitaine Wilson avait déjà dit :

«Pendant que, sous certains rapports, on peut louer la prudence et l'humanité des navigateurs, combien ne doit-on pas regretter qu'ils n'aient rien fait pour initier les peuples sauvages aux lois du christianisme! Il est résulté certainement plus de mal que de bien de leurs rapports avec les habitants des mers du Sud. Les mœurs des naturels étaient devenues plus dépravées à la suite des fréquentes visites des navires qui avaient relâché à Tahiti depuis sa découverte, tandis qu'elles se sont, en quelque mesure du moins, améliorées dans le laps de

(1) Iles Taitit par Vincendon-Damoulia, ingéniear-hydrograpbc de la maribe, t. II, p. 441.

(2) Ellis, Polynesian lîesearches, t. 1, p. 89.

temps, à peu près égal, durant lequel l'île a été entièrement privée de la présence des Européens (1). »

Ces accusations sont pénibles à formuler, précisément parce qu'elles sont fondées. Dans son résultat final, la civilisation produit un grand bien, mais à son début c'est autre chose, à moins que l'idée chrétienne n'en corrige les dangers. J'ai beaucoup admiré le célèbre Cook, mais mon cœur s'est souvent serré quand, en étudiant l'histoire des missionnaires de MataVaï, j'y ai trouvé des traits comme celui-ci.

Des missionnaires disaient aux indigènes : « Regardez au ciel, il y a là-haut un Dieu, et ce Dieu a tellement aimé le monde, qu'il lui a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. » Mais à cela les sauvages répondaient froidement : « Si cela est vrai, pourquoi le capitaine Cook ne nous en a-t-il rien dit?»

Peut-être qu'en parlant ainsi, ces hommes calomniaient le célèbre navigateur et ne pensaient qu'à se faire une arme de sa prudente réserve, mais il n'en résulte pas moins que cette réserve avait produit un fâcheux effet, et que chez les païens, comme du reste au sein même de notre civilisation, le chrétien devrait toujours prendre pour devise ces paroles

(1) Wilson, A missionary Voyage, etc. ; Preliminary discoursCf page 35.

du grand apôtre des Gentils : « Malheur à moi si je n'annonce pas TÊvangile! »

C'est sous l'influence de ce principe que les missionnaires de Matavaï agissaient. Leurs voix ne se lassaient point. « Oh! se disaient-ils à eux-mêmes, si une âme, une seule âme venait à se convertir, combien nous serions dédommagés de toutes nos souffrances ! Et pourquoi Dieu ne nous ferait-il pas voir ce miracle? »

Ainsi soutenus et vivant de leur foi, les courageux serviteurs de Dieu jetèrent les fondements d'un temple à Matavaï. C'était le 5 mars 1800, trois ans moins un jour après leur arrivée dans l'île. Les indigènes prêtèrent leur assistance. Pomaré I" se montra si réjoui du projet que, dans son ignorance de païen, il envoya un poisson cru au dieu Jéhovah, en demandant qu'on le suspendît dans la maison nouvelle. A cet étrange message, les conducteurs du bâtiment répondirent que l'Etre qu'ils adoraient demandait des sacrifices spirituels ; sur quoi le chef, un peu honteux, répartit : Atira, — Cela suffit.

A cette époque, l'histoire des missionnaires présente plusieurs alternatives d'épreuves et d'encouragements. L'un d'eux renonce à sa vocation; mais, après une longue absence, M. et M""® Henry reviennent de leur voyage et reprennent leurs travaux. D'un autre côté, M. Broomhall se refroidit ; il épouse une Indienne et quitte l'île. Puis, ils apprennent que des quatre ouvriers qui s'étaient détachés d'eux, au dé-

but de la mission, pour aller évaiiKéliser les Iles des Amis, trois ont été assassinés, et que le quatrième s'est enfui !

On attendait impatiemment le Dtiff, mais ce navire fut capturé en mer par un corsaire français, et le renfort de missionnaires qu'il apportait dut retourner en Angleterre ; huit d'entre eux cependant en repartirent courageusement pour venir au secours de leurs frères, qui les reçurent avec des transports de joie. C'étaient MM. Davies, Elder, Scott, Hayward, Tessier, Waters, Wilson et John Youb.

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