ÉPOQUE DE TRANSITION
L'orage était passé. Les missionnaires se mirent à cultiver leurs champs , à réparer leurs palissades, à relever le temple détruit. Le dimanche venu, ils se répandaient dans la campagne pour y proclamer le salut. Le peuple les accueillait mal. L'un était à son travail, l'autre assistait à un festin ou s'était endormi. Les habitants de Matavaï disaient qu'il ne fallait pas toujours parler des mêmes choses. La foi seule sait inspirer la persévérance. Voyageant deux à deux, nos amis faisaient souvent le tour de l'île pour l'évangéliser, ce qui durait environ un mois. Ils passaient même la mer et poussaient leurs excursions jusqu'à l'île d'Eïméo. Que de privations et de fatigues 1 Depuis la guerre , les cabanes des indigènes se trouvaient dans un état délabré : peu de nourriture, et nulle part la moindre propreté. Pour se procurer
de quoi vivre en voyage, il fallut se mettre h faire des hameçons et des peignes. Maintes fois, les souliers leur manquant sous un ciel tropical, les évangélistes eurent à placer des feuilles de l'hibiscus tiliacens devant leurs pas, à mesure qu'ils avançaient. Ils soufiTraient la faim et la soif; on les méprisait, et dans plus d'un endroit, les insulaires, naturellement hospitaliers, allaient jusqu'à leur refuser le logement. Le bien coûte à faire, et ceux qui en sont l'objet n'ont pas toujours conscience de cela. Les natifs croyaient ces étrangers venus chez eux, attirés par les beaux fruits qui s'y trouvent, et qu'on leur avait dit être inconnus en Angleterre. Pendant leurs sermons, les prédicateurs entendaient crier : « Tu dis faux, tu profères des non-sens, il n'y a pas de résurrection.» Satan et le péché avaient obscurci l'entendement de ces gens de peur qu'ils ne crussent pour avoir la vie.
Quand des épidémies venaient à régner dans la contrée, on les attribuait aux missionnaires, et les indigènes criaient que « le dieu Oro était bien meilleur que celui des blancs. » Un jour, on amène aux frères une foule de malades, en ]çur disant : « Guérissez-les; vous parlez toujours de salut, mais nous mourons : laissez-nous jouir de ce bas-monde, car que savons-nous du monde à venir? Pomaré ou aucun des chefs ont-ils cru en vous? »
Cependant quelques personnes se montraient un peu plus accessibles. Une d'elles remarquait, par
manière d'encouragement, que l'opposition des naturels provenait surtout de leur ignorance , et une autre demanda « si c'était parce que le sacrifice offert par Jésus-Christ au dieu Jéhovah était suffisant que les missionnaires n'en offraient point? » Et, comme on répondit qu'out, l'interrogateur se retira satisfait. A la lettre, cependant, les ténèbres couvraient ces îles au moment môme où la gloire de l'Étemel était près de se lever sur elles.
Il serait, au reste, difficile de comprendre le pouvoir magique d'une idole sur ceux qui la font. Des pêcheurs prirent sept gros poissons. « Cela vient, disaient7ils en les montrant, de ce que nous avions orné de plumes rouges notre pirogue; » et ils trouvaient les Anglais cruels de ne pas leur envoyer une grande quantité de ces plumes-là. Les prêtres poussaient à la superstition. La femme tahitienne, si méprisée d'ailleurs, faisait quelquefois l'inspirée, et on l'écoutait, elle aussi. Et qui pourrait s'en étonner? Ne trouve-t-on pas au milieu de nous des diseurs et des diseuses de bonne aventure, en qui le commun peuple a une confiance presque idolâtre?
Quelque accoutumés qu'ils fussent aux cruautés qui s'accomplissaient autour d'eux, tant elles étaient ordinaires, MM. Jefferson et Scott n'en frémirent pas moins d'horreur, un jour, du spectacle qujils eurent sous les yeux. Arrivés chez un Tavana, ils l'avaient vu s'asseoir pour les écouter, assister à leur service, chanter des cantiques avec eux; après
quoi, chacun était allé chercher du repos. Mais la nuit n'était pas achevée. Pomaré venait d'envoyer « dire qu'une victime humaine devait lui être immédiatement apportée pour Oro, sans quoi le chef serait banni du pays. » Â minuit, en conséquence, ce chef, jetant son dévolu sur un proche parent qui était venu lui rendre visite, l'appela hors de la case, l'emmena aux bords de la mer, comme pour lui faire une révélation, puis l'assomma à coups de pierres, jeta son corps dans une corbeiUe et le fit expédier à l'arii.
a Gardez-vous chacun de son ami et ne vous fiez (( à aucun de vos frères; leur langue est un trait « lancé; elle prononce des fraudes; chacun a la paix (( dans sa bouche avec son prochain , mais, dans son (( intérieur, il lui dresse des embûches. Ne puni- (( rai-je point ces choses-là? dit l'Etemel. Mqa âme « ne se vengera-t-elle pas d'une telle nation?» (Jé- « rém. IX, 4, 8, 9).
A la lettre. Dieu exécuta cette menace en frappant de ses verges et la nation et ses chefs. Au mois de novembre 1802, le père de Pomaré mourut. Ce vieillard, souche Ae la famille régnante, n'avait point partagé les honneurs et la puissance auxquels elle était parvenue, mais il paraît avoir été un homme d'intrigue et d'adresse sans pareilles. M. Ellis l'appelle Oléou. A l'époque de sa mort, il était aveugle, mais d'une apparence vénérable; sa taille était haute et bien faite, ses cheveux blanchis
par rage; une barbe argentée couvrait sa poitrine. Depuis Tarrivée des missionnaires, sa vie avait été calme et paisible; c'était probablement l'homme le plus âgé de l'île, et, ce qui était rare dans ces temps-là , il mourut de vieillesse, sans aucun éclat, mais vénéré par les indigènes , qui le considéraient comme un favori des dieux. Malheureusement pour lui, il s'était montré toujours très indifférent à l'égard de l'Evangile.
L'année suivante, la mort vint frapper le jeune chef de Taïrabou, frère puîné de Pomaré II. Sa mère Idia l'aimait beaucoup. Elle fit offrir nombre de sacrifices humains pour détourner la colère des dieux, et les prêtres reçurent les plus riches présents; on imposa même à la population des pratiques exceptionnelles, dans le but d'apaiser les puissances deg ténèbres. Pendant plusieurs jours, entre autres, on ne permit d'allumer du feu nulle part dans le district. .
Mais rien ne put sauver Tarii. Il succomba à la phtisie, au mois de juin 1803, âgé de dix -huit ans. Pendant que les missionnaires l'exhortaient à mettre sa confiance en Christ, Idia lui disait : « Ne les écoute point, car si ce nom-là est mentionné, toutes les prières que nous offrons en ta faveur à l'atua de nos pères, resteront sans efficace.» — Il fut dûment embaumé et couché à côté de son grandpère, à Papaoa.
Quand nous disons embaumé , il faut entendre que
le corps fut, d'abord ouvert pour l'extraction des entrailles et de la cervelle, puis, lavé et frotté chaque jour avec de Thuile de coco, jusqu'à ce^ue les chairs fussent entièrement desséchées. On retendit ensuite, selon l'habitude, sur une claie suspendue à des pieux , et on l'appela ioupapaou, mot sinistre pour l'enfance indigène, puisqu'il est devenu synonyme de revenant. A part le système d'iiyections aromatiques, on voit que l'embaumement polynésien est à peu près le môme que celui qui se pratiquait autrefois en Egypte.
Au mois de septembre 1803, les Atéhouriens immolèrent un homme et invitèrent Pomaré à venir chez eux pour rendre hommage à Oro. Il eut vent qu'ils voulaient lui tendre un piège et l'assassiner, ainsi qu'Idia. Il prit, en conséquence, de grandes forces avec lui. A cette vue, l'ennemi déconcerté fléchit, et sans coup férir remit entre les mains de l'arii ce morceau de bois qui avait fait verser des torrents de sang. Pomaré eut son idole et la paix fut conclue. Mais il ne jouit pas longtemps de ce triomphe ; la mort le surprit au moment où il venait de relever son pouvoir abattu et de reconquérir une omnipotence incontestée. On raconte, à propos de cette mort, une chose étrange. C'est que son parti courut chercher le corps d'un homme qui avait été sacrifié trois semaines auparavant, et qu'on retendit sous le cadavre de l'arii dans l'espoir de fléchir les rigueurs de la divinité
que l'illustre mort avait naguère offensée (1). Telle fut la fin du chef qui a joué un si grand rôle dans Thistoire de Tahiti. Au début, c'est-à-dire trente à quarante ans auparavant, il n'avait qu'une province à gouverner. Grâce à son espHt entreprenant et ambitieux, il était parvenu à. conquérir la suprême puissance. Favorisé par les circonstances, secondé par les marins anglais, qui nonseulement lui fournirent des armes et des munitions, mais qui combattirent pour lui, il avait su acquérir et transmettre à ses héritiers une position à laquelle il n'avait pu espérer d'atteindre. Comme la plupart des chefs, dans ces îles de la mer du Sud, il était très grand et très robuste; sa taille s'élevait à un mètre quatre-vingt-treize centimètres, dit M. Ellis. Il était bien proportionné; ses membres étaient agiles et vigoureux. 11 avait des traits ouverts et qui prévenaient en sa faveur ; sa contenance était grave et digne, sa conversation affable. Tout le monde assure qu'il aimait beaucoup h questionner les Européens, et que quoique la plupart de ses demandes fussent puériles, quelques-unes portaient l'empreinte d'un esprit pénétrant et curieux, surtout en ce qui concernait l'art de la guerre et la fabrication de la poudre à canon. Son air de bienveillance le faisait aimer de ses sujets ; mais il aurait été difficile de décider si cet air était naturel
(1) Turnbull, Voyage round Ihe World, p. 324.
ou simulé. Il inspirait cependant une entière confiance, et passait pour le père de son peuple, quoiqu'il ne parût rien avoir de plus h cœur que de le dépouiller et de s'enrichir à ses dépens (1). En un mot, c'était un sauvage d'une grande adresse et de beaucoup de ruse. Dans la prospérité, il se montrait d'une fierté intolérable envers ses ennemis, et, par un effet de son tempérament impressionnable, il était entièrement abattu dans l'adversité ; mais le trait le plus saillant de son caractère était une sorte de prévision et de prudence qui lui faisait éviter les embûches. Sa conduite à l'égard des missionnaires et des Européens qu'il avait accueillis,
(i) Au sujet de ravidité de Poroaré, Tnrnbuli raconte Tanecdote saiTante. Un missionuaire, homme d*une nature bienveillante à l'excès, n'avait pas su résister aux sollicitations insatiables de Pomaré et s'était laissé dépouiller par lui de tout ce qu'il possédait, à Texception des habits qu'il portait et d'une couverture. Sans doute il espérait par ces dons amener plus facilement Pomaré à prêter une oreille attentive à ses efforts évangéliques , mais il perdit son auditeur avec son dernier cadeau. Cependant, Pomaré, le rencontrant un jour dans la case du capitaine Turnbull, muni de sa couverture qui ne le quittait plus, il revint à lui et ne cessa ses sollicitations que lorsque le missionnaire lui eut donné l'objet de ses désirs. TurnbuU reprocha alors à Pomaré son indiscrétion; il lui représenta qu'il ne restait plus rien au missionnaire pour se couvrir la nuit; qu'il n'avait ni nattes ni étoffes, et qu'il ne possédait plus aucun effet; mais le chef fit la sourde oreille. Il remercia le missionnaire et emporta la couverture. (Turnbull, Voyage round the WorW, p.280).
montre qu'il y avait en lui un certain génie politique. Il prévit qu'on pouvait les utiliser. Quand les messagers de paix refusèrent de lui porter secours dans les combats, il sut se résigner, tout en gardant contre eux un certain ressentiment secret. Quoique son existence se fût écoulée dans des guerres interminables, il s'occupa cependant avec ardeur à améliorer la culture de l'île et à augmenter les ressources du pays. Au dire des indigènes, un grand nombre des cocotiers de Tahiti et d'Eïméo ont été plantés par ses mains.
Selon l'usage du pays, Pomaré avait changé plusieurs fois de nom durant sa vie. Cook l'avait connu sous le titre d'Otou ; Bligh, sous celui de Tino ; il prit ensuite le nom de Pomaré, qui fut adopté par son fils et qui est resté définitivement à sa famille. L'origine de ce nom remonte à une excursion guerrière que l'arii avait faite dans les parties montueuses de l'île. Forcé de s'arrêter, pendant la nuit, sur les hauteurs, il avait été saisi par le froid, s'était enrhumé et avait toussé beaucoup vers le matin; ses serviteurs, en parlant de cette nuit, l'avaient désignée sous le nom de pomaré (de po, nuit, et maréj toux) ; le son de ces mots avait plu au chef, et il les avait dès lors adoptés pour son nom (Ellis).
La mort de Pomaré confirma la population dans ses croyances superstitieuses. A l'occasion d'une cérémonie religieuse où il avait été invoqué, on déclara qu'il était apparu à Idia et à un prêtre. Ce
dernier affirma l'avoir vu s'élever au-dessus des eaux de la mer, le haut du corps enveloppé de- bandelettes. En sa qualité de prêtre d'Oro, Pomaré avait toujours déployé beaucoup de zèle et tâché d'extorquer de riches présents, dont il gratifiait d'ailleurs les autels de son idole. C'est h celle-ci qu'il attribuait son élévation, et si les missionnaires avaient voulu reconnaître ce pouvoir occulte, peut-être, remarque M. Ellis, eût-il refusé moins péremptoirement d'accéder à leurs tentatives de conversion. Mais ils ne le pouvaient point. Est-il avec le ciel des accommodements ?
Le pays se trouvait plein de mécontents qui ne cachaient pas leur aversion pour Otou. « Nous sommes, disaient-ils, le rocher sur lequel son pouvoir se brisera tôt ou tard. » Excepté Idia, personne ne paraissait capable de guider le jeune souverain, de diriger son gouvernement et d'effrayer ses ennemis. C'était une crise dangereuse pour l'avenir de Pomaré.
Le roi se rapprocha un peu plus des missionnaires, mais tout en restant aussi mauvais et non moins attaché qu'auparavant au culte de ses dieux. Ses admirateurs, car il en avait quelques-uns, prétendaient même que ses prières pouvaient tuer les gens sur-le-champ, et l'on rapporte qu'un jour où il les offrait à Oro, un tambour s'étant fait entendre, il envoya dire au tambourineur de se taire ;
et que rhomme ayant continué , cette nuit môme rirréyérend insulaire rendit Tesprit.
Malgré tous les levains de fermentation qui existaient dans rile, la paix continua à régner. Aucun fait important ne signala les années 1804 et 1805, si ce n'est le départ de Pomaré pour Eïméo, où il se fit accompagner par sa grande idole d'Oro, palladium de la souveraineté. Il ne paraît pas qu'il soit retourné à Tahiti avant le mois de janvier 1806. Il ramena avec lui l'idole dans son canot sacré, tandis que des sacrifices humains s'accomplissaient sur les deux îles, et qu'on suspendait les corps des victimes aux arbres des maraôs.
Durant ces deux années, les missionnaires continuèrent, en quelque sorte, l'œuvre de leur ancien protecteur, Pomaré P', en s'adonnant à la culture d'un jardin oîi ils avaient rassemblé plus de six cents espèces de plantes, pour la plupart étrangères au pays, telles que des orangers, des citronniers, des pamplemousses, qui venaient à merveille, et qui, aujourd'hui, couvrent ces terres de bosquets odorants et de fruits précieux. Mais cinq quarts d'heure suffirent pour annihiler tant de travaux. Un incendie^ allumé par la malveillance dans l'herbe sèche qui avoisinait leur enclos, détruisit les plantations. Leur position était devenue si difficile à cette époque, qu'ils n'osèrent pas même se plaindre au chef du district. Leurs ressources s'étaient épuisées; depuis longtemps, aucun secours d'Europe
n'était venu les alimenter, et leurs succès étaient en apparence si minimes qu'ils éprouvaient un découragement profond, précurseur de l'abandon de la mission. L'un des ouvriers, M. Shelly et sa famille, succombant sous le poids de ces ennuis, quitta l'île le 9 mars 1809, pour se livrer au commerce.
Au mois de juillet suivant, l'épouse de Pomaré II mourut à la suite d'une maladie contractée dans la pratique cruelle et contre nature d'un genre d'infanticide pratiqué par les femmes d'un rang élevé. Elle s'appelait Tétoua, et pouvait avoir vingt-quatre ans. On la disait douce et affable dans ses manières, mais adonnée à tous les vices d'un pays où la fidélité conjugale n'était pas considérée comme une vertu. Elle avait eu plusieurs enfants, qui avaient tous été mis à mort dès leur naissance. On embauma son corps et on le déposa sous un arbre. Tous les objets dont cette jeune reine s'était servie, tels que tasses, peignes, plats, corbeilles, puis un cassetête, furent disposés à côté d'elle , mais on avait eu soin de les mettre en pièces pour que personne ne fût tenté de venir les dérober. Chaque fois que les membres de sa famille apportaient sur sa tombe des fruits ou du poisson, ils disaient à son esprit, en les lui offrant : « Vois combien de nourriture nous avons préparé pour toi. »
A son retour d'Eïméo, Otou s'était rapproché des missionnaires ; il leur avait témoigné le désir d'ap-
prendre à écrire, et s'était fait construire près de chez eux une habitation pour pouvoir suivre leurs leçons. Ses progrès furent rapides. Il reçut de la Société des missions de Londres une lettre où on l'exhortait à ne plus croire h Oro. Il répondit de sa propre main, qu'il allait mettre celte idole de côté et faire cesser les sacrifices humains ; mais, en même temps, il demandait beaucoup de fusils et beaucoup de poudre, « parce que, disait-il, les guerres sont fréquentes dans ce pays, et que si je venais h succomber, il ne vous resterait plus rien à faire à Tahiti, car c'est une île insouciante et qui ne révère point le vrai Dieu. Envoyez-nous aussi, ajoutait-il, des étoffes, du papier, des plumes et beaucoup de missionnaires. Votre but est bon, mais il arrive souvent qu'un peuple est lent à comprendre ses vrais intérêts. »
Il est certain, dit M. Mœrenhout, que vers ce temps-là, ni Pomaré, ni son peuple n'avaient plus pour leurs anciens dieux le respect fanatique des temps passés. Sans nul doute, si la chose était entrée dans sa politique, on l'eût vu dès lors changer de religion, non par conviction, mais par intérêt et pour plaire h ses amis d'Angleterre (1).
Le missionnaire Davies ouvrit une école pour l'enfance. Il commença par amener ses élèves le long du rivage de la mer, pour y tracer les lettres
(1) Mœrenhout, Voyage aux iles du grand Océan, t. II, p. 445.
sur le sable, les leur montrer et les inviter à faire comme lui. Ils aimaient beaucoup ce nouvel amusement, et quand l'instituteur les mit au catéchisme, on s'aperçut que leur mémoire était bonne. Ces premiers résultats réjouissaient le cœur du maître ; mais, à côté de cela, que d'obstacles imprévus ! Souvent les parents suggéraient à leurs fils et à leurs filles de demtmder à leurs maîtres : « Que nous promettez-vous? Nous donnerez-vous de la rassade, des épingles, des hameçons, si nous continuons à venir? Vous dites que vous nous aimez; eh bien! montrez-le par vos présents. » Qu'on juge de l'effet de pareils conseils sur l'esprit de ces enfants sauvages !