BUT DU SYSTEME
1° Chercher probablement à prolonger à tout prix le corps des arbres arrivés i leur limite d'accroissement , sans se préoccuper de la fonne à leor donner, des di-
mensions à en obtenir, ni des qualités à leur conserver, sacrifiant ainsi tout leur avenir, attendu qu'aussitôt l'amputation immodérée d'un nombre illimité de bran- *ches , qui fait la base de ce système , il est incontestable que la i\gf ou corps de l'arbre se couvrira dans toute sa longueur de nombreuses nodosités , broussins et bourgeons qui, comprimant et obstruant les vaisseaux conducteurs de la sève , en entraveront le cours et la circulation , et la forceront à s'échapper par ces nombreuses plaies qui ne tarderont pas à dégénérer en ulcères, chancres ou gouttières qui, atteignant bientôt jusqu'au cœur de l'arbre, lui ôteront toute sa valeur et détruiront son avenir.
2o Chercher sans doute aussi à obtenir par cet élagage intempestif et illimité , le plus grand produit possible en bois de chauffage provenant de l'amputation périodique de la majeure partie des plus grosses branches, ce qui rapproche cette forme de la mutilation complète et barbare appelée élagage ou exploitation en têtards.
3® Rogner indistinctement, comme principe et théorie du système, toutes les branches des premières couronnes à la longueur de 20 , 30 ou 40 centimètres du corps de l'arbre sous forme de moignons , chicots ou rabats , clans la crainte mal fondée d'attaquer et de compromettre le corps de l'arbre , et dans Tespoir imaginaire
de voir ces plaies se cicatriser, ce qui est cependant physiquement impossible et sans exemple, puisque, faites dans ces conditions, elles ne se recouvrent jamais complètement.
40 Chercher aussi à se soustraire, dans un but d'économie mal entendue , aux soins et aux quelques frais supplémentaires nécessités par la taille progressive , en faisant exécuter par de simples bûcherons cet élagage complet et général en une seule fois, sans calculer qu'on a sacrijfié ainsi toute là valeur et la durée de ses arbres , comme cela a lieu dans presque tous les bois et sur toutes les routes de France , qui présentent également sous ce rapport l'aspect le plus repoussant et le plus déplorable.
50 Enfin, et origine du nom de cette méthode vicieuse, conservation des nombreux chicots ou moignons qui cependant épuisent et défigurent les arbres, en remettant à la coupe suivante le soin de les raccourcir ou supprimer à temps pour en prévenir les funestes effets. Vain espoir , fâcheuse illusion trop longtemps conservée, erreur déplorable et facile à prouver par plusieurs raisons dont nous ne citerons que deux au hasard.
La première, c'est que ces nombreuses amputations , appelant abondamment la sève à l'extrémité tranchée des fibres et vaisseaux conducteurs, affaibliront l'arbre en pure perte par l'écoulement constant de ces exu-
toires toujours ouverts , puisqu'il est prouvé qu'avec ce mode d'éldgage la cicatrisation est impossible et sans exemple.
La seconde , c'est qu'en raison du peu de longueur qui leur a été laissée et de leur forme obligée , la sur^ face de ces moignons mutilés, rapidement frappée de mort, entrera en décomposition et^ absorbant ou conservant bientôt les eaux pluviales comme une éponge i ou les retenant dans une sorte de godet ou de réservoir, portera la carie jusqu'au cœur de l'arbre avant la révolution périodique de la prochaine exploitation sur laquelle on avait compté.
Il sera trop tard alors pour arrêter l'atteinte portée à la valeur du bois d'œuvre et réparer le mal qu'on aura fait. Le but aura donc été complètement manqué, et l'on n'aura plus> au retour fixe de la coupe attendue^ qu'un spectacle afDiigeant et de tardifs regrets.