PREMIÈRE OBSERVATION
M. de Courval, après avoir expliqué sa méthode, indique les avantages qu'elle procure.
Il engage d'abord à choisir dans les jeunes laillis les arbres que l'on veut plus tard conserver comme réserves, à les pincer, ébourgeonner, enfin à leur donner tous les soins qu'un jardinier donne à des arbres fruitiers.
On ne saurait, en êSÊ^, commencer trop tôt à donner aux
jeunes sujets ou baliveaux qu'on destine à devenir un jour
des arbres de réserve une forme et une direction bien ré-
gulières, bien équilibrées, et c*est dans le jeune âge surtout que doivent leur être appliquées cette taille et cette conduite progressives qui font la base de mon système. J^attache, au reste, tantd^importance à préparer et diriger ainsi les jeunes sujets dès qu'ils s'élèvent de quelques centimètres au-dessus du sol, que j'ai cru devoir adopter pour épigraphe du Traité forestier que je publierai bientôt ces vei-s si connus du poëte, et qui me semblent si bien confirmer l'utilité des soins à donner, dès leur plus tendre jeunesse, aux arbres d'avenir, afin de prévenir les désordres et les dangers qui les menacent :
Principiis obsta, sero medicina paratur, Gum mala per longas iiivaluere morai».
Si l'on peut, en effet, avec des soins tout à la fois minutieux et énergiques, réparer le mal et rendre à des sujets de grande taille déjà mutilés par les éléments, ou par les hommes, ennemis encore plus redoutables peut-être, les conditions de vitalité et d'accroissement dont ils avaient été privés ; n'est-il pas plus sensé, plus facile et plus avantageux en même temps, de prévenir ce même mal? ne vaut-il pas mieux, en un mot, parer les coups et éviter les blessures que d'avoir à les panser et à les guérir? C'est là précisément le conseil que je ne saurais trop répéter, en rappelant ici que le système que je recommande est, pour les végétaux, ce que sont pour les hommes l'hygiène et certains moyens préventifs, toujours préférables aux plus hardies applications de la médecine et de la chirurgie, et auxquels il faut avoir recours, comme l'a si bien dit le poëte, avant qu'il soit trop tard et que le mal longtemps négligé ait fait d'irréparables ravages*
La découverte des maladies, des vices internes et cachés des végétaux, exige beaucoup d'études, d'observations, de soins, et la difficulté pour leur appliquer unutraitement efficace est d'autant plus grande que, dans le cas qui nous occupe, les pauvres malades, victimes de l'empirisme, ne parlant plus œmme jadis j ne peuvent nous éclairer sur les causes de leurs maux et ne nous les révèlent le plus souvent qu'après leur mort, au moment de leur autopsie, pour ainsi dire.
C'est donc par des soins constants, appliqués avec opportunité et en temps utile, que l'on rendra aux jeunes peuplements, espoir des forêts, tous les avantages que l'art prévoyant, venant en aide à la nature, réserve et prépare ainsi à l'avenir forestier. C'est par eux qu'on parviendra à remplacer bientôt des bois épuisés, mutilés, clair-semés et de faible prgduit, par de vigoureux taillis, par de hautes réserves en bonnes essences, d'un bel aspect, d'une forme agréable et régulière tout à la fois, et laissant circuler librement à grands flots, sous une écorce vive et lisse, une sève abondante et féconde.
C'est en agissant ainsi que le propriétaire ou l'administrateur d'une forêt pourra, tout en en augmentant le capital et le revenu, doter le sol de vraies et durables richesses, et que, le moment venu de jouir du fruit de ses laborieux sacrifices, il pourra, fier des améliorations qu'il ne devra qu'à sa persévérance et à ses soins, s'écrier avec une sorte d'orgueil, en comparant ses bois régénérés avec ceux qui les avoisinent :
Ipsc adsuni qui feci !
C'est enfin par de tels moyens, pour n'en citer que deux
exemples pris au hasard, mais loyalement constatés, qu'une portion de bois de médiocre qualité, naturellement garnie de taillis d'essences mêlées, charme, coudrier, chêne et aune, et qui ne rapportait à son exploitation périodique fixée à huit ans que 1 fr. 15 cent, net, plantée maintenant en châtaignier pur, a donné dès la première coupe, au même âge, un produit de 9 fr. 99 cent., et qu'un terrain plus mauvais encore, ne donnant en charme, chêne et bouleau, qu'un produit de 1 fr. 1 6 cent, coupé à seize ans, a donné, à la vingt et unième année de plantation en pin sylvestre, un produit net de 8 fr. 40 cent.
On ne niera point que, dans ces deux cas, on n'ait obtenu, par la culture des bois, une belle et rare augmentation de revenu, puisqu'elle s'est accrue en si peu de temps de plus de 300 pour 100.
Ces faits, pris au milieu de mille autres, démontrent suffisamment quel avantage on peut tirer de la substitution des bonnes essences aux mauvaises, ou du moins à celles qui ne sont pas propres à la nature ou à l'exposition du sol à boiser. Dans le choix, en effet, et dans l'adoption de telle ou telle essence à introduire ou à favoriser, on devra toujours avoir soin de tenir compte de l'exposition autant peut-être que de la nature du sol : ce sont deux conditions essentielles de réussite ou d'insuccès. La connaissance de la physiologie végétale, l'analogie, l'observation sur place, une étude pratique attentive à saisir les révélations les plus fugitives de la nature, seront d'un grand secours pour cette appréciation.
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