‹ Taille et conduite des arbres forestiers et autres de grandes dimensions: Exposé comparatif deChapitre 9 sur 25 · ÉDITION DE LA BROCHURE INTITULÉE I · texte numérisé non relu

ÉDITION DE LA BROCHURE INTITULÉE I

TAILLE ET CONDUITE DES ARBRES FORESTIERS ET AUTRES ARBRES DE GRANDES DIMENSIONS

Fiumina ainctn sylvasquc iuglorius !

Àujoui*d'hui que, malgré les prévoyantes promesses du gouvernement, un vandalisme aveugle menace d'une extermination presque complète les forêts de la France, il peut, je le sais, paraître téméraire, ou au moins étrange, de venir

s'ériger en défenseur d'une cause si rudement attaquée et déjà si compromise et de vouloir sauver de la destruction les restes mutilés de nos grands bois ; mais il est des devoirs de conviction qu'il feut remplir sans se laisser effrayer même par leur impopularité. Tout pénible qu'il soit de lutter contre des préventions et des préjugés, la tâche n'en est pas moins belle et honorable; il faut savoir la poursuivre avec dévouement, avertir ceux qu'un péril menace, leur montrer le précipice, crier au secours, ou, si l'on ne peut ni prévenir ni arrêter l'invasion, élever du. moins contre elle une protestation courageuse.

Que les défricheurs, en effet (sorte de bande noire, égoïste autant qu'avide, abusant du présent sans se préoccuper aucunement de l'avenir, aussi étrangère aux prospérités passées du pays qu'à ses besoins futurs, sans respect pour les souvenirs d'un temps qu'elle renie, comme sans souci du temps qui doit suivre), que les défricheurs, dis-je, guidés par l'appât d'un gain immédiat et rapide, détruisent impitoyablement nos plus belles forêts, sauf à être parfois trompés dans leurs froids et avides calculs, et obligés de replanter les bois qu'ils avaient arrachés, on pouvait s'y attendre etle concevoir à la rigueur : tels hommes, telles actions ! Mais que, les imitant ou s'associant à eux, de grands propriétaires, pères de famille, que l'État lui-même, se laissent séduire et emporter par cet entraînement fatal, c'est là ce qu^on a peine à comprendre, et ce dont on a droit de s'affliger,

A les voir agir ainsi, on ne peut que se rappeler Saturne dévwrant ses enfants.

Malgré le contagieux penchant à détruire auquel semble î>*abandonncr notre époque, tout homme vraiment appréciateur et ami des forêts ne saurait donc rester froid et indifférent à la vue des désastres de tous genres qui menacent le pays par suite du déboisement et de la mauvaise exploitation.

Il est de son devoir, aloi's qu'il voit s*abattre sur les débris de nos belles forêts ces bandes avides, impatientes de s'en partager les dépouilles, dût-il succomber et ne point réussir à faire triompher sa noble cause, de protester au moins comme ce grand citoyen de l'antiquité, et de dire aussi :

Victrix causa IHis placuit, sed vicia Gatoni !

Heureux d'avoir rencontré récemment un des rares défenseurs des forêts, qu'il aime et cultive avec zèle, et dont il étudie consciencieusement les précieuses ressources, je saisis avec empressement cette occasion de le proposer comme un excellent exemple à imiter, et je doime ici à la suite des quelques questions qu'il m'a adressées les réponses que celles-ci m'ont suggérées.

Dans l'espoir que la franchise et la clarté avec lesquelles ces questions m'ont été posées auront été pour moi un utile prétexte de donner quelques profitables conseils, et afin de prouver personnellement à leur auteur l'importance que j'attache à ses judicieuses observations, je lui offre ici mes remerdments de ce que, par l'intérêt qu'il a bien voulu prendre à mes premières études, admises à l'Exposition agricole de 1860, et par les doutes qu'il a si obligeamment, sou-

levés, il a appelé, pour ainsi dire, et motivé cette sorte de complément et de corollaire à la méthode que je le vois avec tant de satisfaction disposé à adopter et à pratiquer. Qu'on me pardonne donc de venir encore ici, répondant à son obligeant appel, parler longuement des forêts, et défendre la cause des opprimés, en exprimant de nouveau mes vœux et mes regrets. Mes penchants de jeunesse, mes habitudes et mes goûts me serviront d'excuse, je l'espère, et l'on ne s'étonnera pas de voir un forestier zélé saisir cette occasion de plaider encore ici la cause des forêts :

Navita de ventis, de tauris narrât arator.

A ceux toutefois qui blâmeraient la présomption que j'ai eue, simple praticien, et quand nos maîtres en sylviculture ne sont pas toujours d'accord ou ne se sont pas encore prononcés bien clairement, d'oser aborder et parfois même décider quelques graves questions, je ferai observer, tout en réclamant leur indulgence, que, si effectivement j'ignorais encore beaucoup de choses, ma position entièrement indépendante m'a donné du moins le rare avantage de pouvoir, sur une grande échelle, me livrer sans contrôle et en toute liberté d'action à des essais parfois hardis et à de nombreuses expériences, sans être soumis à cette responsabilité ni à aucune de ces entraves qui souvent, dans une administration, étouffent et paralysent les élans les plus courageux et les mieux raisonnes vers le progrès.

Plus heureux sous ce rapport et plus libre, j'ai pu tenter

et faire beaucoup, et je viens offrir ici, avec conviction et confiance, les résultats de mes observations personnelles et de mon expérience. Qu'on sache bien surtout que dans ces lignes, dues à une circonstance fortuite, je n'ai point eu la présomptueuse prétention de rien enseigner à ceux qui en savent plus que moi : je me suis uniquement proposé de donner à ceux qui ont bien voulu me consulter une sorte de Manuel utile et pratique, dans lequel j'ai exposé le plus simplement possible les procédés par moi employés, en m'efforçant de mettre mes conseils à la portée de toutes les intelligences et de toutes les fortunes.

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