QUATRIÈME OBSERVATION
Le travail d'ébourgeonnage, de pincement et de taille à la serpette, appliqué à de jeunes pousses, dans des taillis de deux à trois ans, me semble assez difficile à cause du choix à faire, et à peu près inutile. Dans le sol de Prunoy, on n'a jamais été embarrassé pour trouver, lors de l'exploitation, 100 baliveaux par hectare, présentant toutes les qualités requises pour faire un bon sujet à réserver.
Cet ébourgeonnage ou pincement, très-utile sans doute, n'est conseillé et en général pratiqué que dans les peuplements artificiels et dans les pépinières, où il ne saurait être trop soigné et trop fréquemment répété. Cependant des gar-
des soigneux et désireux de créer dans leurs bois de beHes réserves peuvent souvent, en pliant ou brisant sur leur passage, même à la main, quelques branches gourmandes inutiles ou mal placées sur de jeunes baliveaux, contribuer à leur assurer une forme bien symétrique, une direction normale, et à leur préparer un bel avenir. En surveillant et réglant ainsi sans relâche la forme des arbres forestiers, afin de leur donner, par la suppression des branches mal placées, pendantes, ou pleureuses (comme les sçpellent nos élagueurs), un port droit et élevé, apte à profiter de toute la sève pour son accroissement, nous agissons, mais dans un sens exactement inverse, d'après les mêmes lois que les jardiniers dans l'opération appelée arqûre^ qu'ils pratiquent parfois sur des arbres fruitiers obstinément stériles.
En effet, par cette, ingénieuse opération, les jardiniers ont pour but, en dérangeant le cours de la séve^ de la retenir dans les parties basses du sujet, afin d'y faire développer de nombreux rameaux à bois et à fruit, au lieu de la laisser se porter en pousses vigoureuses vers la cime. D est donc tout naturel de conclure qu'en agissant pour les arbres forestiers dans un sens diamétralement opposé, puisqu'on se propose un but précisément inverse, on obtiendra les meilleurs résultats : dans ce dernier cas, il s'agit de faire monter librement et à grand courant la sève vers les parties hautes, des-
linées à un grand développement, et dans le premier, au contraire, de la retenir et de l'arrêter au profit des parties basses, que, par cette direction anomale, on veut forcer à se porter à fruit.
En résumé, après ces détails d'un ordre secondaire, je dois rappeler encore ici, comme principe, la nécessité de donner
aux arbres de haut jet, dès leur jeunesse, ainsi que le font chez eux les pépiniéristes habiles, une tige élancée, droite, saine, de belle venue, et surmontée d'une tête oblongue, régulière, exempte de branches gourmandes ou confuses, bien jwoportionnée et bien symétrique.
Pour obtenir ces résultats si désirables, on devra, médecin prévoyant et sage, diriger et gouverner pour ainsi dire la circulation de la sève, de manière à éviter sa déperdition par des plaies trop considérables et trop nombreuses : il faudra, en conséquence, supprimer et faire disparaître scrupuleusement toutes les parties qui présentent quelque difformité ou irrégularité, sans jamais attendre qu'elles aient pris trop de développement.
C/est enfin une véritable taille, fréquente, presque conlinue, comme celle qu'exigent les arbres fruitiers, avec ses soins hygiéniques et curatifs , qu'on devra appliquer avec persévérance aux arbres de haut jet, si l'on veut, en assurant par de beaux peuplements l'avenir forestier, augmenter sa fortune et celle du pays.
Voilà le but, voilà les moyens de l'atteindre.
Une longue expérience m'a démontré que ces utiles opérations peuvent être également et sans le moindre inconvénient appliquées dès leur jeunesse à tous les conifères et résineux, et qu'elles donnent constamment les meilleurs résultats. Si les avantages de cette méthode ont été niés jusqu'à ce jour, c'est faute peut-être de l'avoir essayée, sur ces derniers arbres surtout.
Quant à la facilité avec laquelle^ d'après l'auteur des ob* servations , on trouve communément à réserver dans les coupes de Pruncy un nombre de plus de 100 baliveaux d'âge
p^r hectare, c'est là une condition tout à fait exceptionnelle qui prouve la prodigieuse fertilité du sol forestier de cette localité véritablement privilégiée, puisque, dans les bois ordinaires aménagés de douze à vingt ans, on ne parvient pas, malgré bi^i des soins, à en trouver un nombre moitié moindi'e sur une égale surface, surtout en bois durs et présentant de bonnes conditions d'avenir.
CINQUIÈME OBSEUVATION
Quant à l'élagage à faire subir aux baliveaux, il serait de peu d'importance, car il n'y en a peut-être pas 10 sur 100 dont le tronc sans branches n'ait pas la moitié dé la hauteur totale de Tarbre.
Je rappellerai, au contraire, que j'ai insisté tout particulièrement sur les avantages et la nécessité de réserver, de choisir avec le plus grand soin, et de conduire ensuite par une taille pi-ogressive et raisonnée, les baliveaux d'âge, souvent si difficiles à trouver en nombre suffisant, en bonnes essences et dans des conditions satisfaisantes de vitalité. Selon moi, tout l'avenir des futaies-sur-taillis dépend des soins donnés à cette double opération, presque toujours négligée. J'ai dit aussi que, si l'on rencontre, lors des contre-plantations
périodiques qui doivent suivre chaque coupe, de trop grands espaces dépourvus de baliveaux, on doit choisir dans ses pépinières, ou dans des réensemencemenis naturels, de beaux sujets d'essences appropriées à la nature du sol, et les planter à des distances convenables. Chaque trou d*arbre exploité et enlevé doit aussi, après avoir été bouché avec soin, recevoir soit un de ces sujets, soit un certain nombre de plants en touffes pour traiter en taillis, et choisis parmi les essences les plus recherchées dans le pays, essences que, du reste, on devra substituer autant que possible (ainsi que je le développerai dans un prochain travail sur ce sujet) aux mauvaises essences et mort-bois, qui souvent étouffent et détruisent les plus beaux peuplements.