UNE FÊTE A LA FRESNAYE
il i;lissîi l;i mniii dans la poclio de son ^ilcl cl en rclii-a un Jong couteau à manche de corne, qu'il ouvril. I^a lame, touciiéc d'un rayon perdu, eut un éclair.
— Es-tu fou, toi! intervint Riquette, s'élançant d'une cachette sur le couteau.
— Mademoiselle, vous allez vous blesser.
— Je l'ai ! je l'ai !...
— Gardez-le... Mais faites attention...
— Fitou! Fitou! appela-t-elle.
La Gambotte (>t Luc marchaient silencieux, préoccupés.
— Il ne fallait pas lui abandonner le couteau, dit enfin la marraine au filleul.
— Si elle parle, je lui obéis.
— Gàte-la... GependanI, ([uand il j)ourrait en mésarriver...
— De toute nécessité, je suis obligé d'agir à sa volonté.
— On comprend tes l'aisons de lui céder : vous êtes encore si près de votre enfance, passée ensemble aile contre aile, pareillement à deux oisillons dans le même nid. Plus tard, ces lubies te passeront.
— Oui, mairaine, elles me passeront, ces lubies... Si elles ne me passaient pas, sauf à vous qui êtes ma mère, je n'en ouvrirais un mot <à personne.
— Tu n'oublies pas au moins ton parrain Rascol, qui est ton père?
— Je ne l'oublie pas, mon parrain Rascol, qui est mon père.
— Tiens! voici mon champ. Nous allons en faire le tour, et tu remarqueras les termes cjui l'abornent des quatre côtés. 11 y a huit termes. Le terrain est bon non tant seulement au seigle, mais aussi à l'avoine, au trèfle, aux faverolles, aux gesses...
La Gambotte ne boitait plus. Taillevent dut la suivre deux fois, en long et en large. Passant et repassant devant les bornes, elle les touchait du doigt pour le? mieux signaler.
— Quel terrain! quel terrain!... répélait-elle. Puis, avec attendrissement :
— Il me vieni d(»s miens, ainsi (jue la maisonnette de La Fresnayo. G'est moi qui apportai ces richesses à Rascol dans mon
1al)Iior, ]o jour de iioli'o mai'iago. car il n'a jamais ou quo ses bras, lui, le clior lionimc!
L'œil do Luc ol'lloura à poino los chaumos liorissos, irrogulioromont coupos du lopin : il vaguait ollaro à droito, à gaucho, cliorchant Riqiiollo disparue avec Fitou.
— Mademoiselle, prenez garde au couteau! clamait-il à tout hasard.
— Je l'aperçois, là-bas, qui justement coupe un brin de châtaignier, dit Annette.
— Rojoignons-la.
Il détale. Mais Riquette, qui a eu le temps de détacher sa badine et d'en fouailler Fitou, s'engoufl're dans los taillis de
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Tircbosc, non sans envoyer h Taillevcnt un mirilique piedde-nez. Il l'enlievoil à travers les ramures diminuées par les premières gelées blanches, et, encore qu'elle vole comme un papillon, il ne lui faudrait pas grand effort pour l'atteindre, la saisir. Il n'ose pas. Il craint qu'en se voyant pouisuivie, elle n'accélère sa course, ne fasse quelque chute avec le couteau. Malgré l'humeur qui le soulève, le pousse en avant, il demeure planté. Il regarde les masses boisées de Tirebosc, les cabanes enfouies de Tii'ebosc; ses regards ont je ne sais quoi de farouche et d'irrité. 11 en veut aux grands chênes immobiles de lui dérober sa jeune amie.
La Cambotte le touche.
— Ne te tourmente pas, lui dit-elle, devinant son inquiétude.
— Et s'il lui arrivait malheur!
— Tu n'entends donc pas aboyer Fitou?
Il n'entend rien : l'attention de ses yeux a supprimé son ouïe.
— Elle est là dans le Parc-aux-Loups, hii souffle-t-eHe.
— Le Parc-aux-Loups?
— Tu deviens donc aveugle aussi?Cette masure, à vingt pas, c'est le Parc-aux-Loups, dont je t'ai souvent parlé.
LE rAHC-AUX-LOLPS
Le Parc-aux-Loups, vaste enceinte palissadée de planches lies hautes, maintenues de distance en distance par des pieux solides, offrait une large baie ouverte à tous les vents. Luc se précipita. Riquette, en effet, se liouvait là, samusant avec son chien. Elle levait son brin de châtaignier, et Fitou se dressait debout sur son arrière-train; elle le baissait, et Filou bondissait par-dessus, lilail devant lui jusiju'à la clôture, avec des abois retentissants.
— N'est-ce pas (jifil est aimal)le, mon chien? lui laïK'a-l-elle de loin.
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— 11 est beau aussi, répondit-il.
Filou, après une envolée aux planches du Parc, était revenu
se terrer aux '"' \
pieds de sa maîtresse.
(l'était une bctc superbe, de la race vigoureuse, supérieure- MUMit intelligente des chiens de l'Espinouze, la plus renommée