‹ TailleventChapitre 19 sur 58 · I.E PARC-AUX-LOLPS. iT · texte numérisé non relu

I.E PARC-AUX-LOLPS. iT

en retendue des Cévennes. l ne habitude barbare, dans cette contrée primitive, veut que les bergers, dun coup de dent, coupent la queue, quand ils sont petits, aux futurs gardiens do leurs troupeaux. Ils prétendent que, délivré de cet appendice embarrassant, le chien devient plus fort, vaque à son métier avec moins de fatigue, vit plus longtemps. Quoi qu'il en soit, Fitou n'avait subi d'autre mutilation que la section des oreilles, faite par Rascol, aux ciseaux, non au feu, avec précaution et ménagement. Evidé, haut sur pattes sans dépasser la taille ordinaire, il était infiniment plus vite à la course que les autres individus de son espèce, un peu lourds de forme, un peu trapus. Une chose remarquable chez lui, c'était sa robe à longs poils, d'un jaune de rouille, sombre partout, sauf aux jarrets et au front. Ses yeux caressants, capables de s'enflammer au moindre signe, avaient, au repos, l'éclat tempéré de deux minuscules pièces d'or polies au frottement des doigts. En ce moment, sa fourrure enlevée par ses jeux fous, son museau pointu en avant, sa queue rameuse étalée, il allait, venait, sautait, cabiiolait avec une grâce, une légèreté incomparables.

— Vous savez, mes mignons, dit la ('ambotte. paraissant à l'entrée du Parc, le soleil baisse...

Et, promenant un regard autour des palissades, où se montraient des trous béants :

— Jésus-Dieu! gémit-elle, en quel état je découvre ceci! Quand M. Pierre et M. Antoine vivaient, tout, dans le domaine, était propre comme la prunelle de mon œil ; à présent, tout tombe, tout s'en va. M. Frédéric agirait sagement si, au lieu de porter ses pistoles à cel avale-loul-ern d'Aubrespy, il les gardait pour relever ses terres...

— Tu nous ennuies, (^ambotte, interrompit Biquette, coupant l'air avec son surgeon de châtaignier.

Mais Annette, consternée par l'écroulement des choses, était trop femme des champs pour se déprendre de ses idées.

— Vous autres, mes petits, vous ne vous souvenez guère des Espagnols que nous avons reçus à La Fresnaye et à Tirebosc. Vous étiez enfants, et vous n'avez connu ni Noguerra, ni Martos,

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ni MoiMMio, — (les MoTiis de la (;al;il()<;'n(\ Eh l)i(Mi 1 ces rlrangci's, i^ramls cliassciics «le loups, nioyonnant des plaiiclics roiiniics par M. Jérùmo, avaionl romis à nouf io Parc, cl ils y aballaicnl lant de bètcs, qu'on rencontrait toiiioiirs un de ces li'ois compères en roule vers la mairie de Saint-Gervais, où il allait palper aujourdliui vingt francs pour une louve pleine, demain (|uinze francs pour un loup, après-demain dix francs pour un louvart. Ils en faisaient des bombances dans ma hutte de La Fresnaye, que je leur avais louée!...

— C'est amusant, ces Espagnols, dit Hi(|nette, intéressée.

— Bien amusant, appuya Eue... (îomment s'y prenai(>nt-ils, marraine, pour tuer les loups?

— On a accusé ces Espagnols d'avoir les ongles hardis à la iai)ine et d'amorcer leurs chasses avec des ingrédients ramassés ou ne sait ofi : à j)résenl utu' bète morte, une autre fois les restes de leurs ripailles à ventre déboutouué...

— Ils avaient des fusils? insista Taillevent.

— Ils étaient arrivés armés comme des brigands de grands cliemiiis ei avec des mines à faire trembler. Je no dis pas ça pour Noguerra. plus jeune que les autres, — vingt-cinq ans peut-être, — et qui, paraît-il, avait été chef dans les guerres de son pays; mais je le dis pour Martos et Moreno. que je n'aurais pas voulu rencontrer au coin d'un bois. Au demeurant, ces irens-là tiraient bien, au dire de Rascoi... Venez avec moi.

Elle leur prit une main à chacun et les entraîna à l'un des angles du Parc-aux-Loups, lequel représentait un carré long avec une perche tichée vers le milieu.

— Attention à ça! dit-elle.

Elle leui- montrait quatre frênes très hauts, très verts, très robustes, poussés dans un terrain nu, absolument dépeuplé. Deux de ces arbres plongeaient leurs racines dans le Parc même; les deux autres, à cinq mètres environ des premiers, dans les lissures d'une roche qu'en maints endroits l'eiïoi-t de ces géants avait fait éclater. Les frondaisons, roussies, se mêlaient dans le ciel, el, |):)ur l'instant, agitées par une brise légère, elles rend lient des bi".iiss!Mnents de métal très hai'monieux. Prunelle

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