‹ TailleventChapitre 21 sur 58 · LE PARC-AUX-LOUPS · texte numérisé non relu

LE PARC-AUX-LOUPS

— Mademoiselle a raison, articula Luc : je n'ai jamais vu le ciel si beau et le pays si flambant.

Le Roudil, en effet, du Parc-aux-Loups à ses crêtes extrêmes vers le Tarn, semblait être devenu la proie d'un incendie. Sans parler des bouquets de frênes éparpillés à travers la lande rocheuse et qui étincclaient, les herbages entretenus par le Bidourlat s'illuminaient de lueurs inconnues. Pas de fleurette qui ne secouât des pierreries autour d'elle, et, si un filet d'eau vive transparaissait parmi les gazons, c'était comme du métal fondu cherchant son moule, se précipitant à son moule pour la coulée. Quant aux bois de Tirebosc, à droite, ils brûlaient. Les troncs des chênes apparaissaient dans une ombre assez opaque; mais les ramilles des hautes branches, qui se découpaient dans la rutihinte lumière du soir avec une extraordinaire netteté, s'étaient assurément enflammées au contact de la mer de feu roulant ses vagues de soufre d'un bout à l'autre du firmament.

Le soleil, sur le point de déserter nos montagnes que, durant des mois, ne visiteront })liis guère ses rayons, a, chez nous, aux dernières heures de l'été, de ces énergies terribles, de ces énergies sauvages. Il prévoit les longues gelées, les gelées à pierre fendre, et, toujours bienfaisant, il veut pénétrer une terre qu'il aime, qu'il a l'habitude de féconder, de la chaleur nécessaire à la si pénible traversée de l'hiver.

— Eh bien! qu'est devenue notre demoiselle? demanda Luc, ramenant ses yeux du spectacle qui les avait retenus et se plantant debout à son insu.

La Cambotte se leva à son tour et appela :

— Mademoiselle! Mademoiselle!

— Je prends les devants avec mon chien! répondit-elle, de l'intérieur du Parc.

Annette et Taillevcnt rentrèrent dans l'enceinte. Riquette, redoutant une poursuite, disparut. Fitou était déjà loin.

— Avec tout ça, elle ne m'a pas rendu mon couteau, dit le filleul à sa marraine.

11 s'interrompit et, désignant du doigt une construction basse, sur le flanc gauche du Parc-aux-Loups :

— Je n'avais pas vu (;a... Une bergerie, sans doute?

— Si tu veux, balbutia-t-elle. embarrassée.

— Ce n'est donc pas une bergerie?

— Non... Je pèche en te contant toute Ibisbiire de ces Espagnols, car il y a des parties (|ui ne sont ni convenables ni |)r()pres.

— (Montez-les-moi, marraine, ces parties.

— Tu compreiuls que, si Uiquette marchait avec nous, je retiendrais ma langue au nid...

— Elle est à deux cents pas... Vite!

— Enfin, puisque tu portes culottes et que tu es un homme déjà!... Les Servières eurent beau clouer des planches à la cime des frênes et loger dans le clocJior — ils appelaient leur baraque le clocher — des gardiens pour le bétail, les loups, plus fins que les bcM'gers plantés en haut, que les chiens cachés en bas, conlinuèrent à croquer moutons et brebis comme devant. On éleva les palissades et on changea les hommes. Les loups se moquèrent des seconds comme ils s'étaient moqués des premiers, et les'bctes s'en allèrent sans décesser, deux cette nuit, trois la nuit sufva'nte... A la fin, nos herbagers de Eiguerolles se dégoûtèrent : ils rabattirent les tarrincs vers le Louvart, et ne s'occupèrent plus du quartier de Tirebosc que pour y ensemencer de l'avoine, y faire venir des fourrages...

— Et les Espagnols?

— Je les touche du bout de la langue... Les sommes .prélevées sur les loups leur avaient suffi dans les commencements ; mais les loups ne donnent pas chaque jour, et nos chasseurs crevaient souvent de famine. Alors, Noguerra descendait à Eiguerolles pour y quémander. Gomme il était gentil et bien disant, madame Frédéric lui remplissait le carnier qui lui ballait au dos. Notre maîtresse faisait ces aumônes en joie; mais souvent, baillant une pièce, voire un écu, son visage s'égayait comme d'un air de véritable amitié... Mon Dieu! personne ici ne voyait de mal aux visites de cet Espagnol, l'air en dessous, regardant la

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femme d'un autre avec des yeux trop pointus, des yeux de voleur. Je ne pus retenir mon honnêteté, et je déclarai à Madame que ce Noguerra serait la cause de quelque malheur, si M. Frédéric, plus vif qu'une llamme de genêt, venait à surprendre ses manigances et ses façons. 11 fallait entendre rire Madame à mes paroles, elle qui riait à tout le moins une fois l'an!...

— Vous voyez, marraine, que vous vous trompiez sur les intentions de ce Noguerra.

— Aussi, tout en continuant à le surveiller quand on le comblait de victuailles sans mesure, je décidai en mon dedans de ne souiflei' mol ni à M. Jérôme, ni sui'tout à M. Frédéric. Au bout du compte, n'étions-nous pas capables, Rascol et moi, de protéger notre nuiîlresse contre cet étranger?... Sache, lillot, ([ue Hascol a la [»oigne dure cl (|ue moi je ne manœuvre pas mal le bâton d'épine qui m'aide à marcher...

— 0 marraine, que je vous aime!

— 11 faut toujours faire son devoir, mon Lucoii.

— Je ferai toujours le mien.

— Il te sera facile : avoir la plus grande amitié possible pour Rascol et pour moi...

— Et pour Uiquettc aussi.

— Oui certes, poui' Hiquette.

— Si on atla(|uail l{i(iuelle!...

11 glissa une main dans la poche de son gilet.

— J'oubliais ([ue je n'ai [)lus mon c^^uleaii. murmura-l-il. attrapé.

— lù'oule, Luc, l'envie te prend à tout propos de te jeter sur ([uelqu'un. Cela est mal, car nul de la métairie ne t'a rien fait. Il faut empêcher son sang de se cabrer sans motif.

— Mais s'il y avait un motif? Si on touchait à Hiquette, à vous, à mon parrain?... Vous voyez bien que ce Noguerra en voulait à Madame...

— Chut! chut!...

LES CHIENS DES ESPAGNOLS

Le filleul et la marraine descendaient vers le Bidoiirlat par des pentes encombrées de broussailles.

— Et cette longue baraque du Parc-aux-Loups, construite par les Espagnols? interrogea Luc.

— Je ne sais si Noguerra devina quelque chose à mon air ou si Madame, retenue par sa religion, finit par lui montrer le chemin de la porte, le fait est qu'on ne le voyait plus guère, à présent. On apprit dans le i)ays qu'après avoir purgé le Louvart, le Roudil, Tirebosc de tout gibier, nos trois compères, auxquels, sur la demande de M. le curé Alype, on avait livré des planches, augmentaient le Parc d'une grange pour y faire naître et y élever des chiens...

— Des chiens ?... •

— Nos gens nous étaient arrivés de leurs guerres d'Espagne, non tant seulement avec des fusils à l'épaule, mais avec cinq ou six chiens sur les talons. Ces chiens ne ressemblaient guère aux chiens de chez nous. — Où avaient-ils pris ces bètes, hérissées, peu aboyantes, grognant sans cesse? Ils ne le disaient pas. — Rascol, plus curieux qu'un merle, voulut en avoir le cœur net, et, un jour, il questionna Martos. Martos baragouinait en parlant; il ne répondit rien de clair. Mais Noguerra, la langue bien pendue et capable de marquer son tic tac en n'importe quel patois du pays, parla, lui, jusqu'à fin de salive. Il conta que ses chiens étaient plus forts, plus courageux, plus hardis que les autres animaux de leur espèce, tout uniment parce qu'ils avaient du sang de loup ou de louve mêlé dans leurs veines...

— Du sang de loup ou de louve?...

— Noguerra eut des histoires sur les bergers de son endroit, habitués à tendre des pièges pour amener un loup à faire...

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la connaissanco d'une chionno ou Lion d'uno louve à laiic la connaissance d'un cliien... Je passe tout ça...

— Je vous en prie, marraine...

— Coup sur coup, Rascol, trop affectionna' à la chiennerie, engagea les p]spagnols à essayer, dans le Roudil, les pratiques de la Catalogne : Tirebosc leur fournirait des loups en veux-tu en voilà; puis il se chargerait, lui, de vendre ces chiens nouveaux aux propri^'laires des lai'i'ines, heureux de trouver de meilleurs gardiens pour leur bétail... Eh! eh! nos étrangers, dont les boyaux bramaient la faim, se redressèrent sur quilles, prirent du front et promirent, moyennant les bêtes qu'ils avaient déjà et les loups de Tirebosc qu'ils sauraient appeler, de créer chez nous des chiens tels qu'on n'en avait jamais connu ni dans l'Espinouze, ni dans le Marcou. Malheureusement, ces gens-là poi'taieiil dans leurs tètes des idées que le vent enlevait comme la folle avoine. Ils n'avaient pas construit leur masure, ils n'y avaient pas attiré trois fois les loups, que, les choses ne réussissant pas à leur souhait, ils se dégoûtèrent et, un beau matin, notre maisonnette de La Fresnaye se trouva vide semblablement à un i)anier après vendanges... Ils avaient décampé sans nous payer...

— Et on ne les a pas revus, ces Espagnols?

— I*ipette, un peu trop porté à courir les foires, les a rencontrés à Lunas. Ils avaient changé de métier. A présent, au lieu d'être chasseurs, ils étaient comédiens, et jouaient Saitile Geneviève de Brabnnt ou la Passion de Notre-Seif/neur. Bien qu'il faillit payer trois sous, Pipette entra. Martos, qu'il dévisagea au premier coup d'œil, lui donna frayeur, tant il faisait au naturel le traître Gô/o, un bandit enragé contre sainte Geneviève. Mais Noguerra, qu'il reconnut malgré sa robe rouge, loin de lui mettre la peur dans l'estomac, lui mit des larmes aux yeux. Pipette nous a rapporté que Noguerra, avec sa figure pâle et amiteuse, resscunblait à Notre-Seigneur à croire que c'était lui, descendu du ciel à Lunas. Quand, d'un coup de lance frappé par Martos, il mourut sur la croix, il eut ce sourire gentil d'ici, toutes les fois qu'il parlait à Madame.

— Co doit ôlro bien l)onu. lii Paasion dp Nolrp-Scif/nPitr!

— Je les ai vues, ces comédies, et j'étais là attentive comme je le serai au ciel, oi!i il faudra se taire et écoutei> parler le bon Dieu...

— Moi, je n'ai l'ien vu...

— Plus tai'd, nous ferons la conduite à notre demoiselle, qui entrera aux Ursulines de Saint-Pons. Saint-Pons est une grande ville, et nous y rencontrerons des comédiens. Du reste, nous tâcherons d'y arriver un joui' d(^ foire.

Ils firent cinquante pas en d(^s sentiers moins couverts.

— Vous m'excuserez, marraine, dit Tailleveut : j'aimerais mieux, le jour du départ de noire demoiselle, demeurer à la métairie que la suivre à Saint-Pons.

— Comment! tu refuserais d'accompagner ta Riquette?

— Je refuse! je refuse! s'écria-t-il d'un air épouvanté.

— Qu'as-tu donc, Lucou?

Il (Mitr'ouvi'il la l)0uche pour parier, mais ne pul.

— Pourquoi demeurer bec cousu, mon fillot?

11 ne bougeait aucunement, les yeux égarés à présent à travers le Roudil, un moment après à travers le Louvart; elle lui dit, fâchée :

— Que cherches-tu, voyons?

— - J'ai peur, marraine.

— Peur de quoi?

— Ne pourrait-il pas lui arriver quelque chose, quand la nuit est si proche?

— Ah çà ! tu penses donc toujours à Riquetle?

— Et à qui voulez-vous que je pense?

l'n aboiement traversa la lande.

— - C'est Fitou! cria-t-il joyeusement... Tenez! marraine, elle est là-bas, près du Bidourlat.

— Mais, si tu as tant de peine à suppoi'tei" le couvent de Biquette, d'où elle reviendra aux vacances, comment, un jour, supporlei'as-lii son mariage, d'où elle ne reviendra jamais?

— Je croyais qu'après son mariage, notre demoiselle m'em-

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mènerait avec elle, soit pour gouverner ses terres, soit pour gouverner ses bestiaux.

— Riquellc. belle el pailante comme un ange du ciel, n'épouseia pas un paysan, avec (erres et bestiaux.

— Qui c''pousera-t-elle?

— Un riche fabricant de Bédarieux ou de jNIazamet...

— Alors, elle m'occupera à la fabrique. Ne vous mettez pas en peine : je ne suis en nulle façon maladroit des mains, et je m'habituerai aussi bien à la besogne des fabriques que je me suis habitué à la besogne des champs.

— Nigaiidinos d'enfant que tu es! Si Biquette, à l'exemple de mademoiselle Baymonde Sorbier, au lieu d'entrer dans une métairie ou une fabrique, entre dans une banque, tes doigts manieront-ils la plume pour des écritures sur le papier?

— Moyennant Biquelte, mes doigts se façonneront aux écritures sur le papiei-. Avez-vous oublié qu'elle fait de moi ce qu'elle veut? Souvenez-vous du catéchisme : elle le savait, je le sus.

— Pour ça, M. le curé a dit que c'était un mystère.

— Un autre mystère, c'est que, si Biquette s'en va. je la suivrai en n'importe quel pays.

— Et nous autres?

— Qui, vous autres?

— EtBascol?... El moi?...

— Faites excuse, nuuraine, je n'étais en aucune manière occupé de vous deux... (/est plus fort que ma volonté d'avoiimes esprits tant seulement tournés du côté de Biquette. Vous, marraine, qui m'avez soigné au long de mes jeunes ans, écoutez ce qu'il en est de moi.

Il se pencha sur elle et lui souilla doucement :

— Hier au soir, j'ai entendu M. Frédéric dire à M. Jérôme qu'il était sûr, dans trois ou quatre ans. de découvrir à Biquette un riche parti. Je n'entendais pas trop ce que ça voulail dire : u un riche parli ». Mais tout de même, dans le fond, je devinais un mariage magnilique pour Biciuetle, et j'étais content. Songez donc, noire demoiselle, l'aile au lour. aussi parfiunée qu'une

Lriiullllo (le gonèt llouri, au bras d'un i'abi'icanl dos villosl Le cœui' mon a crovo une houro apn's, ot j'ai l'apporté à Riquelte les inlenlions de son père. Si vous l'aviez enleiidue rire! Puis, comme nous étions au bord de l'Aiguetorte, elle eut sur l'herbe de vrais bondissements de chevrette au pâtis et elle ne cessait de chanter à pleine voix ce refrain du village :

Mademoiselle, Faites-vous belle ; Votre galant Vient à l'instant...

TaiUevent qui, à son insu, — tant la scène de Riquette folâtrant lui était actuelle, immédiate, — avait lancé à la lande le verset de la villanelle cévenole, s'arrêta étonné.

— Allons, voilà que je chante, à présent! dit-il.

— Luc, articula la Cambotte avec tristesse, il faudra t'accoulumer à Rascol et à moi plus que tu ne t'y es accoutumé... Riquette n'est pas née, avec son mignon visage et les écus qui lui pleuvront, soit de Figuerolles, soit de la fabrique sur le Jaur, pour vivre parmi nous autres paysans. Un matin. Dieu donnera Frédérique Sorvières à un homme qui l'emmènera où il voudra, et nous n'aurons qu'à tirer la révérence à ce Monsieur... 0 mon garçonnet que j'aime, fit-elle levant ses deux bras et les nouant autour du cou de son fillot par un élan de tendresse désespéré, ô mon garçonnet que j'aime, crois à ma prévoyance : le bonheur pour toi est avec les Rascol... Plus tard, nous nous retirerons chez nous, à La Fresnaye...

Il se dégagea d'un mouvement si brusque, que la pauvre femme se fût abattue sur les pierrailles du chemin, s'il n'avait eu le temps de faire un geste pour la retenir.

— Ma bonne marraine !... murmura-t-il.

Puis, Annette ne soufflant mot :

— N'ayez crainte, sauf quand il s'agira de Riquette, qui, pour vous parler en franchise, est plus maîtresse de moi que moimême, je vous obéirai en tout et pour tout. L'âge, petit à petit, m'a conduit à connaître vos bienfaisances à l'enfant perdu de

LES CHIENS DES ESPAGNOLS

Lucas; aussi, après Riquctto, toute l'amitié dont je suis capable vous appartieul-elle, à mon parrain et à vous...

La Cambotte fondit en larmes.

— Oh ! reprit-il d'une voix caressante, oh ! surtout ne soyez pas jalouse, si, dans mes sentiments, je fais passer Riquetlc

avant vous. Elle passe avant tout ce qui existe, avant même le bon Dieu du ciel... Réfléchissez-y : il était impossible "qu'il eu fût autrement. Moi, je riais, elle riait; moi, je parlais, elle parlait; moi, je sautais, elle sautait; elle étudiait, moi j'étudiais; elle savail, moi je savais; nos voix, nos regards, nos amusements, nos deux êtres ont été mêlés dès notre naissance, et toujours comme (;a jusqu'au jour d'aujourd'hui...

Au lïir et à mesure qu'il parlail. les sanglots de la CamJjoLte, d'abord étouffés, éclataient avec plus de force.

— Mais enfin, marraine, ce chagrin?... balbutia-t-il, éperdu.

— C'est toi qui le lui fais, ce chagrin ! interrompt une voix claire et vive.

Riquette, menaçante, le bras levé, se dresse devant lui.

— Si vous pensez que c'est moi, ^lademoiselle, donnez-moi les coups que vous voudrez: je les ai mérités...

— Ne le frappe pas, s'écrie la Cambotte, s'emparant de la fillette haletante et la retenant prisonnière.

— • Luc est plus fort que moi, récrimine-t-elle dans les bras d'Annetle ; mais j'ai Fitou, et si je le lui lançais dessus...

— Si Fitou me mordait, c'est que vous le lui auriez commandé, Mademoiselle, et je ne me plaindrais pas, et je ne le dirais à personne, articule Taillevent d'un Ion paisible.

— Toi, làche-moi, et tout de suite! ordonne Riquette à la Cambotte.

Une fois libre, comme si le calme de Luc lui était une humiliation dans l'humeur batailleuse qui la soulevait, elle se plante devant lui, et lui montrant son poing fermé, pas plus gros qu'une grosse noix :

— Penses-tu me faire peur avec ta tranquillité?

— Moi, vous faire peur. Mademoiselle?... Je ne demande, au contraire, qu'à tout endurer de vous.

— Alors, endure ça !

Elle lui allonge sur la joue sa menotte large étalée. Le visage blond de Taillevent prend les ardeurs d'une pelletée de braises.

— Si c'était d'un autre, ce souftlet!... articule-t-il.

— Oui, voilà bien ton mauvais caractère: si ce soulilet était d'un autre, tu te vengerais avec ton couteau.

— H le faudrait bien, pour le cas où mes bras ne seraient pas assez forts.

— Eh bien! va le chercher, ton couteau! crie-t-elle.

lue blancheur d'acier raye l'air et s'efface dans le Bidouilat.

— Méchante enfant! gronde la Canibulle.

LA FABRIQUE SIR LE .lAUR. |!):{

— Pourquoi parlo-l-il loujours de son coulonu. conimc s'il voulait luor loul lo monde?

Fitou, qui s'était précipité dans lo ruisseau torrentueux, déborde, reparaît. Il ne rapporte rien. Sa maîtresse, en proie peut-être à quelque remords, lui décoche un coup de |)ied, aggjravé de ces mois :

— Va te secouer plus loin, imbécile^!

La nuit lombail (daire et douce. Le Louvart oiïVait encoi-e des points lumineux dans l'étendue. Des lambeaux de pourpre demeuraient suspendus, errant de-ci, de-là, envoyant des reflels — des rellets absolument indicibles — aux plus petites éminences, aux moindres saillies. LaCambotte, Prunelle, Taillevent, Fitou allaient dans ces suprêmes gloires du couchant d'un pas rapide. Un rayon alluma les fenèlres de Figuerolles au-dessous d'eux, dans le loirilaiii.

— Riquette, il ne cou vieil l pas que, Luc el loi, vous rentriez bi'ouillés à la maisou, dit Aimetle.

— Je crois bien! ht-elle, regardant son ami.

Puis, comme Taillevent ne trouvait pas un mot, elle lui dit gentiment :

— Ne t'inquiète pas, va, mon Lucou; à la première occasion, je t'achèterai un couteau cent fois plus joli que l'autre.

Elle reprit les devants avec Fitou, et, dans une dernière lueur qui la dora toute, IVanchit le portail de la métairie.

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