‹ TailleventChapitre 27 sur 58 · TOTO · texte numérisé non relu

TOTO

ET « FITOU

quand loul osl perdu, (juand la l'alalilr nous rrraso. l'inlcrrompit.

— C'ost lui!... hurla-t-il.

Prompt comme le vent de l'Espinouze, l'arme haute, bousculant gens et bêtes sur son passage, il tombe à la porte du cirque.

dont Noguerra, vêtu d'un costume de velours agrémenté d'une bordure de grelots sonnants, défend l'entrée.

— Mon chien! mon chien! lui corne-t-il aux oreilles.

L'Espagnol oppose à Taillevenl la barric^^re de son bi'as leudu. Lui, le saisit aux cùles et l'envoie s'aplatir à dix pas sur le gravier. Il surgit au milieu des spectateurs épouvantés. Son large chapeau est demeuré en route, et sa gracieuse, sa souple chevelure d'or, aussi di'oile, aussi réche qu'une crini^re de lion, a changé l'aspect de ses traits, autrefois doux et calmes, à présent terribles et bouleversés. — Voleurs ! voleurs ! . . .

214 TAÎIJ.EVEXT.

Ce mot iiniquo s'échappe do son gosier, enflammé d'une rage (jni brûle toute sa machine comme un incendie.

Cependant, Fitou est là sous la patte de l'ours qui le broie, aux roulements accélérés de deux tambours proclamant le triomphe de Toto. Mais Taillevent a franchi la corde d'un bond. Il surgit au milieu de la lice.

— Sortez de là! beugle Martos, qui veille aux exercices. Le fouet noueux dont il stimule sa bète siffle, et la mèche

coupante s'abat sur les épaules nues de Taillevent, car Taillevent a rejeté sa veste d'un tour de main. Le sang de notre héros jaillit. Qu'importe! il veut sauver le chien de Riquette râlant, les reins cassés, sous la gritïe de l'ours, et, le couteau dans sa virole, droit de cinq pouces devant lui, il fond sur le monstre noir des Espagnols. Toto, atteint, lâche Fitou et, le museau levé, le poil partout raidi, rugit elfroyablement.

— Assez!... braille la multitude des spectateurs terrifiés.

— Assez! assez!... clabaude Martos, à qui un homme vient d'arracher son fouet.

L'homme, c'est Rascol.

— Luc! Luc!... redit sans fin Riquette, qui essaie de crier et n'a plus de voix.

— Luc!... clame la Cambotte éperdue.

Mais Taillevent, dans la lutte, est frappé d'une surdité complète. Il a vu le ventre de Fitou ouvert, il a vu les entrailles de Fitou couler sur le sable de l'arène, et, quand l'horrible Toto se tenait debout, hurlant d'une première blessure, il s'est rué contre lui et a pu l'atteindre encore une fois. — Oii a-t-il frappé? Il ne sait. — Une chose certaine, c'est que la bète sauvage n'a pas été touchée à fond. Elle a repris sa mine de dédain brutal et gardé ses forces.

Le combat recommence au milieu des clameurs de toute la place de la Cathédrale, qui a mis les toiles de clôture en lambeaux. Après un soufflet à Taillevent, soufflet appliqué presque de main d'homme, l'ours, qui s'est penché, se redresse.

<< TOTO .) ET « FfTOU ». 217

rocLilo, ot lôvo haut deux paUcs poui' onibrassor son onncmi, l'(^troindr(», lui faire, craquer les côtes comme étMes, le dévorer, car, accident imprévu! la muselière de cuir, mal assujettie à lardillon de la boucle de soutien, bâille déjà, au premier effort va se détacher. Notre Hercule, fils de Lucas, beau, jeune, courageux, hardi comme l'autre Hercule, fils de Jupiter, croit le moment favorable. Une lueur raye l'air, et voilà Taillevent qui roule sous la bête, à moitié perdu dans la robe de la hôte, les dents féroces de la bète enfouies dans sa ravissante toison blonde, d'où l'on voit sourdre des bouillons de sang.

— Au secours! au secours!... s'égosillent ensemble Riquette, la Cambotte, Rascol, qui se sont faufilés par-dessous la corde, résolus à dégager Luc ou à périr avec lui.

Ce cri, perçu par Taillevent sous les membres de l'animal qui l'écrase, gonlle son cœur d'une dernière éneigie; il a un sursaut héroïque, et il apparaît debout, montrant aux siens qui sont là l'enserrant étroitement, son couteau rouge jusque pardessus la virole, jusque par-dessus son poignet.

— Je l'ai pris... au défaut... de l'épaule... bégaye-t-il.

Riquette l'embrasse, la (Cambotte l'embrasse, Rascol l'ombrasse. Les spectateurs et les spectatrices l'embrasseraient aussi s'ils l'osaient; ils se contentent de l'applaudir, de l'acclamer avec frénésie. La tourbe lâche de ces curieux, après avoir joui des péripéties du drame, avoir eu le temps d'apprendre le nom du pi'incipal acti'ur sans songer à intervenir pour le sauver, criait à lue-tète :

— Vive Taillevent!... vive TaillcvenI !...

VA Toto, qui avait l'ait vaillamment, noblcMuent, son métier d'ours?... Toto, couché de son long, les quati'e membres détendus, épars, de ses deux yeux rapetisses, où la mort piocha ine étendait des ombres de plus en plus épaisses, regardait son sang, longtemps retenu par quelque elVorl intérieur, couler d'une crevasse béante, s'en aller en rigoles devant lui. Morne, attentif, stupide, il n'avait ni un mouvement ni une plainte.

Ce jour-là, la gendarmerie de Saint-Pons, incapable à elle seule de veiller sur la foire, avait appelé à son aide les brigades

d'OIargiios ot do Ln Snlvotal. Doux trirornos paraissont, puis quatre, puis six.

— Faudra-t-il faire dégainer! crie un monsieur en redingote, ceint de l'écharpe tricolore.

— ^[onsieur le commissaire, cet homme vient de tuer notre ours, dit Noguorra avec une révérence respoctuouso.

Son bras désignait Luc.

— Monsieur le commissaire, l'ours avait tué mon chien, riposte Taillevent, désarmé de son couteau par Rascol et montrant sa helle figure honnête, où la victoire remportée mel un resplendissement.

— En faisant battre votre chien avec l'ours, vous saviez à quoi vous l'exposiez.

— Je ne l'ai pas fait battre, on me l'a volé...

— Volé?

Les oreilles du commissaire frétillent.

— Ce n'est pas vrai! hurle la bande des Espagnols.

— C'est absolument vrai, intervient quelqu'un.

— Vous l'avez vu, monsieur Simai'd? questionne le commissaire.

— Oui, monsieur Pourrai, je l'ai vu, répond M. Théodore Simard, homme considérable de la ville, — le notaire de la Société Servières, Aubrespy et C'*.

— Témoignez, je vous prie.

— Je me promenais sur la Place et m'amusais à suivre les manèges d'un jeune garçon à bonnet catalan qui s'évertuait à prendre un chien avec une cordelette. Il le capture, en efTet, et l'entraîne sans que la bète, à moitié étranglée, pousse le plus petit aboi. Je pense naturellement que ce chien appartient aux Elspagnols, et, comme je le trouve d'une réelle beauté, j'entre au cirque pour le voir lutter avec l'ours.

— Reconnaîtriez-vous le garçon à bonnet catalan? ■ — Le voilà !

Il touchait du doigt un pauvre diable, accroupi dei-rière Martos.

■ — Lîi cause osi entendue, prononce M. Pourrat.

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