‹ TailleventChapitre 38 sur 58 · lAIIJ.l'VKNT · texte numérisé non relu

lAIIJ.l'VKNT

iusqu'ici. tians la s\ iin»allii(' de Ions, -^saiildc la (lambollc cl de \^U(', — rarunla l'aiTivct' du « prosn'il » Nogiiorni à t'igueroUes et lt'> ctlorls (jiroii l'aisiiil pour I y rclciiir.

— KosU'Z donc, mon ami! insista Alypo.

— Révérendissimo Poro. c'ost impossihio...

Arrêtant dos pi'unollos luiniidos tour à tour sur la (îaniltoltc (d sur Taillovont. cot honmic uavro bredouilla :

— Une chose me rendrait la vie trop dilTicile ici : un afl'reux péché mortel dont le remords, depuis deux ans. m' me laisse pas de repos.

— Un péché moi't(d?... t;émil le curé de l{o(juelixade.

— Je lus pour })eu de chose dans l'aventure de Saint-Pons. C'est Martos, aidé d'un de ses valets, qui captura votre chien et le fit battre avec mon ours. Je n'en fus pas moins coupable, très coupable, quand Luc Taillevent se présenta pour sauver ImIoii, d'essayer de le repousser.

Il plia les genoux et lomba aux pieds d'Aiiiielle. H répétait en se frappant la [)oitriiu' :

— « C'est ma faute, c'est ma très grande faute!,.. »

— Pardonnez-lui, Cambotte, suj)plia Madeleine, à (|ui l'humiliation de Noguerra paraissait fort pénible.

Ni son mari, ni son beau-père, ni son oncle, ni la (Cambotte, hébétés de surprise, ne bougeant, ne souillant, elle allongea sa main jusqu'à l'épaule de l'Espagnol et lui dit :

— Une posture pareille ne saurait convenii- à un homme. C(da fait mal. Relevez-vous!...

— - l*]t tâchez, acheva Jérôme, d'ai'rèter vos courses à Figuelolles, qui réclame un bon serviteui-.

— - Cambotte, ordoniui Frédéric, des verres, et buvons au relour de Xogueri'a!

l'igueroUes avait li'ouvé son maîti'e. Jadis, h sa pi'emière appai'ition à Roqiielixade, Noguerra. l'appel it aiguisé pai' uiu' longue famine, avait entrevu, à travers l'accueil de madame Servières, un séjour paisible en une maison grasse, où la l'ichcsse se montrait pai'tout. Mais, sans parlei' de l'embarras de ses

.< MEA CIU.I'A! MRA MAXIMA C.II.PA!... » 2-^:\

(.oiupaiiiioiis. Mui'los cl Morono, j^ciis de rapine, ^cns do sac et de corde, qui, bien qu'en France, se croyaient encore dans les broussailles du Guipu/coa, il avail llairé des t'ésislances insiirnionlables du coté de lîascol, de la (lainbotte, cbieiis de nai'de loujours prêts à mordre, surtout du côté de Frédéric, jaloux, capable de l'abattre comme un loup de Tirebosc s'il s'avisait de venir gratter trop fort à la porte de la métairie. D'ailleurs, n'était-il pas la proie d'une illusion lorsqu'il pensait que madame Sei-vières, jolie, liéchissante de langueur, suprêmement enviable, faisait cas de lui, l'avait remarqué au fond de sa misère, de son abjection? Des doutes l'accablèi-ent, e(, un découi-agement où se mêlait je ne sais quel dégoût de soi lui élaul venu, sa vie d'aventure un beau matin l'avait repris.

Il reparaissait à Figuerolles (|uand les désastres de Saint- Pons couchaient Frédéi-ic sur le liane, ([iiaiid la (^ambotte ràlail de la mort de son maii, quand nul ne pouvait barrer le chemin à sou ambition. La volonté de Jérôme, un vieillard de quatrevingts ans, tenterait-elle de s'opposer à la sienne, qu'il sentait se démener en lui-même pareille à une bête hurlante, prête à bondir, à dévorer?... Quelle paix il goûterait ici, après une vie ouverte à toutes les hontes, à toutes les faims!... Puis il y avail Madeleine!... Puis il y avait Ri(|uette !...

Dès les premiers jours, Frédéric avait préposé Xoguerra à la direction des bergeries de Figuerolles, des parcs sur le Louvart et sur le Roudil. Mais l'activité de l'Espagnol, qui d'ailleurs parlait de culture à en remontrer aux plus habiles, ne put être contenue dans le cadre étroit où on l'avait confinée. Au bout de six mois, rien ne se faisait à la métairie (jue par son conseil, autant dire par son ordre. Après un premier séjour des tarriues qui, sous sa surveillance immédiate, furent mieux nourries, montèrent mieux eu chair, cet homme extraordinaire, cet homme, auquel personne, pas nuMUc Madeleine ivre de curiosité, n'était parvenu à anacber rien de précis sur ses origines, sa famille, sa situation durant la guerre carliste, s'était emparé de tout et de tous. La main mise avail été douce, patiente, comme insensible, mais tenace, résolue, à[)re et dure à

l'occasion. Sous prétexte que le domaine, aménag^é plus intelligemment, avec ses herbages, ses grains, ses châtaigneraies, devait rapporter de meilleurs revenus, Noguerra, à certaines heures, se laissait aller à des regrets, parfois à des colères.

— Ah! récriminait-il un jour dans un transport amer oii sa raison, bien tenue eu bride, semblait pourtant s'afToler, ah! si j'étais le maître!...

— Soyez-le! lui dit vivement Madeleine.

— Oui, soyez-le! répéta Alype. présent à la scène.

— En moins de cinq ans... continua-t-il, en proie à une exaltation prophétique.

Sa voix, montée trop liant, s'arrêta, brisée par un de ces hoquets qui devaient la rendre si pénétrante, quand, à travers les Gévennes, elle détaillait les angoisses de Jésus, à Gethscmani.

— En moins de cinq ans?... interrogea Frédéric.

Il ne répondit pas, occupé à essuyer son front inondé de sueur.

— En moins de cinq ans?... (juestionna Jérôme.

— En moins de cinq ans. reprit-il. tout l'argent perdu à Saint- Pons serait retrouvé...

— Près de deux cent mille francs? clama Frédéric.

— Oui, maître. Il faudrait, pour ce résultat magnifique, ne pas se contenter de gratter la terre à fleur de peau, mais la défoncer profondément. Dans les pays de la plaine, au domaine de Castelsec,je m'arrêtai un jour, comme je me suis arrêté à Figuerolles; je donnai des conseils, et les revenus doublèrent. La terre me connaît, j'en fais ce que je veux s'il m'est permis de la gouverner à mon idée.

— (louvernez-la! gouvernez-la! crièrent, grisés du même enthousiasme, Madeleine. Alype, Jérôme, Frédéric.

— Merci, murmura-t-il.

Il redressa la tête et, dévisageant la Cambotte d'un regard luisant déjà d'autorité :

— Vous ne desserrez pas les dents, vous. Est-ce que, par hasard, vous n'approuveriez pas ce qui se passe?

Annette, interpellée avec cette audace, se souleva diin banc où elle se tenait accroupie entre Riquette et Luc.

« ME A CULPAI ME A MAXIM A CULPA!... » 2oo

— J'ai toujours ou mon IVciiic parler à la mélairic, riposlal-cilo, et ce n'est pas vous, Noguerra, qui me fermerez la bouche. Mon mari et moi, nous usions nos membres à Figucroiles, que vous arpentiez les grands chemins. Vous n'êtes qu'un étranger sans sou ni maille, et jo vous défends de me regarder avec ce front.

Son infortune n'avait pas éteint l'ardeur de son sang et elle courut sus à l'I'lspagnol. Cehii-ci rompit de trois semelles.

— Madame, gronda-l-il, s'adressanl à Madeleine, éloignez cette femme, car ma tête s'égare et je...

Ne se conlenani plus, sortant de sou [x'rsonnage dans un

cou[» de fureur, il menace la paysanne de son poiug feinié. Mais Taillevent, j^ardien de sa marraine, se rue, enlève l'homme comme une [)lume, le lance hors de la Salle, dont il referme la porte avec fracas.

— (l'est liorrihie! crie Madeleine.

— C'est horrible! crie Alypc.

Frédéric s'est précipité dans le corridor. Il ramène N()J:;iierra, le(|uel. ayant fait ses réllexions en une seconde, Ijalbulie :

— Je comprends la vivacité de Luc... Je tlemande [)ai'd(in d'un scandale qui est tout à fait de ma faute...

La CanihoUe saisit la main de son lillot et s'achemine avec lui vers la porte. Mais Uiquette les arrête.

— Où allez-vous? demande-t-elle.

— Chez nous, à La Fresnaye, répond la vieille servante. Uiquette, ainsi qu'un oiseau atteint à la cime d'une branche

et qui tombe, bec sons l'aile, plumes ébouriffées, s'abat sur le })lancher, ses beaux cheveux noirs répandus, ses bras mignons étalés, ses petits pieds tremblants au bord de ses jupons.

— Ma fille! hurle Frédéric, ma fille!...

Il la relève, la serre àprement contre sa poitrine, la ranime à la fin, la couvre de baisers.

— Annette, Luc, je vous défends (h* sortir d'ici, sanglote-l-il. Je préfère la ruine totale à la mort de mon enfant.

LA CALOTTE DE C L' I I! lîOLILLI

Noguerra n'avait pas prévu celte tempête; il en demeura ébranlé. Il fut une longue semaine à se demander s'il n'allait pas fausser compagnie aux gens de Figuerolles et se rejeter dans sa vie lil)re d'autrefois.

W rélléchit., réfiéchil encore...

Son observation sagace le C(»uNain(|uit (ju'il n'avait pas perdu iiu pouce de ieiT'aiu (>t ([uil y aui'ail l'olje à làcliei' pied devant la

LA CALOTTE DE CUIIl BOUILLL 2o7

(laiîibotto et devant Luc. Annctto, par ses services et ceux de son mari, ïaillevent. par raiïection assez étrange de Biquette, étaient solidement attachés à la maison, comme incrustés à ses murailles; ils pouvaient, le cas échéant, devenir dangereux ponr lui. Mais il réduii'ait, materait et la Cambotte et son « fillot », s'il savait réprimer certains emportements et s'évertuer à se concilier de plus en plus Jérôme, Frédéric, Madeleine, surtout Alype qui, par le fait de l'abattement de tous, était passé première puissance à la métairie.

Tandis que Noguerra allait et venait à travers le domaine, chassant le loup à Tirebosc, dirigeant les équipes des bouviers, la voix haute, impérieuse, l'allure dégagée des contraintes de ses débuts, il était une autre personne qui ne parlait pas moins haut que lui, ne marchait pas d'un pas moins relevé que lui : Madeleine. Après dix-huit ans d'oppression, de servitude dans le mariage sous la gouverne d'un maître absolu, cette femme, jeune encore, redressait tout à coup son front humilié, aflirmait tout à coup sa volonté de secouer le joug. A Saint-Pons, les caquetages de Julie Simard avaient fait naître en elle des idées de révolte que, rendue à l'isolement de lEspinouze, toute sa religion n'avait pas réprimées sans peine. Mais un événement énorme était survenu depuis : l'arrivée de Venancio Noguerra, et des pensées mauvaises, comme un tourbillon, lui emportaient la tète et le cœur, (javait été d'abord une grosse épouvante. Puis l'assoupissement de son mari, qui se réveillait uniquement soit aux caresses de Riquette, soit aux projets intéressant son avarice, la dégagea des liens où son ànie et sa chair s'étaient trouvées meurtries. Un matin, elle avait donné des ordres sans s'en apercevoir, et chacun, à sa grande surprise, s'était hâté de lui obéir.

— ... Enhn, te voilà maîtresse! lui dit une après-midi d'hiver l'oncle Alype, se rôtissant les mollets aux tisons de la Salle. La Providence a conduit les choses par des voies où tu devrais rencontrer la récompense de ta résignation et de ta vertu.

— Oh! ma résignation!... ma vertu!... soupira-t-elle.

2oS

TAIIJ.EVENT.

Elle a joui a :

— ■ Qui sait, mon onclo. si je ne suis pas en ti'ain de comproinellre l'une et l'aulre?

— Eh 1 eh! lil-il avec une malice soiirianle. Poui' la rési-

gnation , je te

trouve, en ellet, moins

résignée qu autrefois ; pour ta vertu, -^^ - ""

elle est mon ouvrage, et j'en réponds...

— Répondez de la vôtre, c'est plus sur.

— Admire le ciel. Tant que ton mari, valide du corps et de l'esprit, a pu vaquer à ses nombreuses allaires, tu n'as jamais

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