‹ TailleventChapitre 50 sur 58 · I.A MASSUE D'HEHCULE · texte numérisé non relu

I.A MASSUE D'HEHCULE

langue toujours en train, se plairait à divulguer l'aventure. .. Qui sait si déjà son mari, son beau-père, son oncle n'avaient pas été informés, n'avaient pas l'ecueilli quelque bruit adroitement semé dans la métairie? Bourrelée de doutes lancinants, elle leur trouvait à tous une figure si étrange, si suspecte ! Oh ! alors elle redevenait lâche, honnête, et volontiers, pour retrouver son repos, même dans les humiliations anciennes, elle eût consenti à l'éloignemcnt de Noguerra, peut-être se fùt-elle résignée à cette extrémité monstrueuse : voir l'homme qu'elle aimait épouser sa fille. Il ne partirait pas au moins, et elle goûterait la consolation amère de le garder à la maison.

Une après-midi (|ue niaitres et journaliers, l'Espagnol en tète de la caravane, étaient montes vers le Louvart, Madeleine demeurait seule à Figuerolles. Riquette était, depuis la veille, à Roquelîxade, chez l'oncle Alype. Dans la solitude de sa chambre, Madeleine s'abandonnait à des pensées sinistres. Tout à coup, Taillevent traverse la cour; elle l'aperçoit de sa fenêtre et, sans réllexion, poussée par les idées qui la travaillent, elle fait jouer respagnoletle et, d'une voix de détresse singulière :

— Luc ! Luc !

— Madame ! répond l'autre.

— Monte tout de suite !

11 entre.

— Luc, j'ai besoin... de le parler...

Elle chancelle et se laisse glisser sur le canapé.

— Oui, j'ai besoin de te parler...

— Notre maîtresse, quoi que vous ayez à me dire, vous pouvez vous expliquer. Moi, simple et sans instruction, je ne suis pas capable de vous conseiller; mais je suis capable de vous servir. Commandez!

— Il s'agît... de Noguerra, dit Madeleine. Taillevent ne sourcille pas.

— Tu es sûr, bien sur... (|ne Noguerra était ivre, l'autre nuit, dans le corridoi'?...

— J'en suis sùi'.

— Et que faisait-il là?

— Il farfouillait votre serrure.

— Penses-tu qu'étant gris, il eût confondu ma porte avec la sienne?

— Une fois, Pipette, qui avait trop levé le coude à la foire de Saint-Gervais, ne retrouva plus sa chambre en rentrant à Figuerolles et coucha dans l'écurie. La même chose est arrivée à Noguerra à son retour du Parc-aux-Loiips, où il avait tari sa gourde...

— C'est cela, la môme chose lui est arrivée... Que j'ai été imprudente de remplir sa gourde de ratafia!... Je ne connaissais pas les défauts de cet homme, moi...

Elle n'en pouvait [)lus de l'eiïort, car, elle le savait, la griserie de Noguerra avait été une feinte.

Comme sa maîtresse, dont l'angoisse augmente, n'a plus un mot, Taillevent fait mine de se retirer.

— Attends!... A propos, quelqu'un connaît-il ce qui s'est passé... en l'absence de mon mari?

— Personne...

— Pas même ta marraine?

— Personne, répète-t-il fermement. J'aurais pu parler de ça à ma marraine. Puis, j'ai pensé que ma marraine vous aime autant qu'elle déteste l'Espagnol, qu'elle ne croirait pas, ne l'ayant pas vue, à l'ivrognerie de l'Espagnol, et qu'elle laisserait courir sa langue peut-être...

— Oh ! que tu as raison !

Il poursuit, ses grands yeux calmes s'animant tout à coup :

— Ni M. Frédéric, qui ne l'avait pas vue, n'aurait cru à la griserie de Noguerra. Vous devinez alors jusqu'où sa colère aurait pu se porter, en apprenant que cet homme, arrivé ici plus démuni ([uun mendiant, avait essayé de s'insinuer dans votre chambre !

— Uh! que lu as raison !

— Puis j'ai rélléchi que, dans le fond de moi, personne ne me fait peur, et qu'il n'était pas nécessaire de prévenii- mon maître des manœuvres de Noguerra, puisque je suflisais à leur

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