‹ TailleventChapitre 52 sur 58 · MARUUIS DE CAMPO-VIEJO, COMTE D'AIIUJ AU · texte numérisé non relu

MARUUIS DE CAMPO-VIEJO, COMTE D'AIIUJ AU

pied ni langue... Est-ce que ce projet de mariage ne vous conviendrait pas?

— Si la chose ne vous convenait pas. il faudrait le dire, ma mignonne, insista Jérôme affectueusement.

— Mon oncle Alype avait... une autre idée, balbutia-t-clle, près de défaillir.

— Voti-e oncle Alype! ricana Frédéric. Eh bien! (juatleiid-il pour s'expliquer?

Le malheureux desservaut, mis au |)i(Ml du mur, se hissa sur ses longues jambes flageolantes et bredouilla :

— J'avais uu autre parti... Pourtant, si vous êtes décidé...

— Ouel parti?

— Noguer... ra, bégaya-l-il.

— L'Espagnol d'ici?

— Uon Vcnancio Noguerra. marquis de Campo-Viejo. comte d'Arujar...

— Ta, ra. la, la! chantonna Frédéric. Si vous croyez, mon oncle, à de pareilles Sornettes!... Je les connais, ces Espagnols, depuis qu'à la suite des guerres de leur pays ils sont tombés sur nous comme la misère sur les pauvres. Tenez! à la fabrique, nous avous occupé bon nombre de ces gens-là; il n'en était pas un (|ui ne fùl noble...

— Mais, mon neveu, vous ne sauriez comparer Noguerra à vos ouvriers de Saint-Pons. Uegard(V-le, écoutez-le, et vous serez vite convaincu qu'il est de grande naissauce...

— A-t-il du bien?

— .V-l-il du bien? l'épéla Jérôme.

— Et son château dr (lampo-Viejo, en Calalogue?... El ses trois fermes remplies de bétail, en Catalogne?...

— Il a des bètes? demanda le vieux Servières, ébranlé.

— Il en a par milliers, qui se nourrissent dans les pacages de ses domaines.

— Ma foi, mon oncle, à vous entendre, on dirail que vous avez vu ces richesses, que vous les avez palpées de la main, dit Frédéric, atteint à son lour.

— C'est comme si je les avais touchées, aflirma-l-ii.

Et, s'cnhardissani :

— Mon neveu, la parole de cet homme me donne plus de ccrlilude que ne m'en donneraient mes yeux. Il m'a conlié qu'il est comte, marquis, qu'il possède une immense fortune, surtout qu'il aime, qu'il adore Fi'éd('M"i(|ue Servières, et je l'ai cru, et je le crois...

: — Vous a-t-il montré des papiers?

— 11 ne m'a montré nuls papiers. Seulement, un jour, comme, sans paraître le moins du monde douter de lui, j'avais peut-être l'air do me défier, il me dit tout à coup qu'il éprouvait le besoin de me parler devant Dieu. Nous nous trouvions juste en face de l'église; je l'ouvre; nous entrons. Alors, Noguerra marche vers le chcpur, se prosterne au has du maitre-autel, prie une longue minute; puis, hardiment, gravit les marches vers le labernacle. — (Jue va-t-il faire? — Il lève les deux bras, et ces paroles coupées par des sanglots montent aux voûtes, jusqu'au ciel : « Seigneur, sur la terre d'exil, je n'ai que vous pour me défendre. Faites qu'on me croie. Vous m'avez jeté nu dans ce pays. Marquez-moi de votre doigt quand tout me manque, afin qu'on me reconnaisse dans l'immense troupeau des hommes, où vous avez désigné son rang à chacun, qu'on ne refuse pas de m'accueillir à Figuerolles et d'y combler mon amour!.., »

— Cette prière est sublime! s'écria Madeleine.

— Alors, vous aussi, vous accorderiez Riquette à Noguerra? lui demanda son mari.

— Je la lui... accorde. ..rais, soupira-t-elle, pantelante, le cuMir transpercé par la pointe d'un glaive.

Frédéric pâlissait dej)uis un instant. L'invocation de Noguerra l'avait troublé. Il se sentait redevenir faible et des doutes assiégeaient son esprit. Il parut réfléchir. Dans le fond il se reposait, harassé.

— D'ailleui's, lui dit son père, on n'est pas sûr que Couderc...

— Oui, qui sait?... murmura-t-il.

Mais, repi-enant son aplomb moral par un bruscjue afflux de pensées et de sang :

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— Je no prélonds pas, mou (jiiclo, que votre }<]spati:nol no soil un bon sujol. Il nous a rondu ot nous rend encore do grands services. Malgré ça, — il faul ^^

savoir avouer ses loris, — moi, je ne l'aime pas plus que no raim<mt la Cambollo et Luc, toujours en Irain de grogner après lui. Pourquoi Noguerra ne me revient-il [)oint? Sans doute son air un peu en dessous. Puis il esl noble et je suis paysan...

— Frédérique sera inar(|uise ilo (lanipo-X iejo...

— Donc, tu u'iias |)as à la Kouvrorie?

(](4le ([uostion de sou prM"o rot'roidil inslantanément Frédéric. Sou bon sens, un mouuMit aboli, lui revenait. 1(> dégrisait, le rendait à lui-même tout entier.

— Avant (l'ètro malado, on drcombro, j'ai écrit à Coiidorc que j'avais à m'aboucher avec lui, murmiira-t-il.

— Eh bion! lu lui récriras, mon fils...

— Vous lui récrirez, se hâta d'ajouter Alype.

Frédéric, comme enveloppé d'un nua^e humide qui délayai I sa volonté, était à bout de résislance. Soudain, il pensa à sa lille. Le père reçut un coup qui le redressa.

— Ah çà ! dit-il, si nous consultions un brin Riquettc? Au bout du compte, c'est toute la vie de Riquette que nous méditons d'engager, et Dieu, me semble-t-il, exige que nous sondions son cœur.

Alype salua le nom de Dieu d'une inclination profonde.

— Dieu exige, en effet, que nous sondions le cœur de Frédériqiu', soupii'a-t-il pieusement.

Le maître de Figuerolles ouvrit la porte de la Salle et emplit le corridor de ce cri :

— Hiquette! Hiquetlc!

— Tout à l'heure, répoiulit une voix claire, qui eut, le long des vieux murs, des vibrations de ciistal.

— Viens! viens !

— Tout à l'heure, répéta cette enfant gâtée.

— A l'instant!... Je le veux!

Elle se montra dans le cadre de la porte, le visage enllammé, les cheveux blanchis, on aui'ait ci'u poudrés à frimas.

— Quelle est cette masque? se récria son père.

— Pardi! dit-elle avec une moue ravissante, tu as bien besoin de me déranger, quand j'enfourne mes macarons et mes biscotins. Si tu penses que c'est commode d'enfourner!... On m'a annoncé que tu partais en voyage; tout de suite, l'idée m'est venue de te faire une surprise, et nous nous sommes mis à l'u^uvre, la Cambotte, Luc et moi. La Cambotte a battu la pâle, Luc pilé les amandes, moi j'enfournais...

— Je mangerai les gourmandises... Mais, avanl. je liens à l'apprendre une nouvelle...

— Qu(dle nouvcdie?

— Tu sais, Théodoi'a Simard?...

MARQUIS DE CAMPO-VIEJO, COMTE D'AUL'JAU... » aOo

— Eh bien?

— Eh bien, elle se inaricia... bioulùt.

— Qu'elle se marie, si ça l'amuse... Moi, rien ne m'amuse comme d'enfourner des biscolins...

— Frédérique, ce n'est pas pour entendre des extravagances que ton père t'a appelée, interrompit scvôrenKMil Alype.

— Mais, mon oncle... balbu liât-elle, perdant contenance.

— N'aie pas peur au moins, ma lillette, Ini dit son grand -père, qui avait vu les llammes vives de son visage s'ellacer sous une pâleur envahissante.

— Je voudrais bien que ([uelqu'un essayât de lui l'aire peni! s'écria Frédéric.

Aloi's envcdoppant Uicjvudte de ses bras jaloux :

— Ma mignonne chérie, personne ne songe à le causer de la peine. Tu es notre vie, et nous t'aimons tous, moi le premier qui t'embrasse tendrement.

Il couvrit de baisers ses cheveux enfarinés.

— U mon bon père!... souj)irait-elle.

— Tn comprends, nui l\i(|nelle. bientôt In seras en âge de

lo marier, loi aussi, comme Théodora Simartl, el je voulais te demander si, le cas échéant, lu accepterais le mari que je te donnerais?

— Alors, tu ne me laisseras j)as choisir mon mari?

— Pour l'ordinaire, ce sont les parents qui...

— (le sont de bien mauvais parenls, ceux-là.

i.a respiration lui manquait. Le père, pour ne pas prolonger sa torture, brusqua les choses.

-^ Nous avons à la métairie, dit-il, palpant de ses dix doigts sa lille debout devant lui... nous avons à la métairie un étranger d'une grande intelligence et d'un grand cœur. 11 est noble, il est riche, et ton oncle, ta mère...

— Nogucrra? interrompit-elle... Je le déteste!

b^lle s'était jetée au cou de son père, et, sanglotant :

— Je t'en supplie! je l'en supplie!...

Frédéric la serrait étroitement. Il l'enleva et disparut avec elle dans le corridor.

Les témoins de celte scène se dévisageaient, abasourdis. F'rédéric reparut,

— Je l'ai laissée à la Cambotte et à Luc, qui la consoleront. Vous êtes convaincus, je suppose, qu'il n'y a pas à songer pour elle à Noguerra. Bien entendu, Couderc m'accorderait-il Edouard, Riquette ne l'épousera que s'il lui convient... Maintenant, je vous demande, durant mon absence qui sera de j)lusieurs jours, de préparer cet Espagnol à faire son paquet. Dès mon retour, je lui mettrai quelques pièces blanches dans la main et le congédierai. Il ne peut plus rester ici.

LE JAUDIN DE LA CURE

Les premières haleines du printemps avaient traversé les vents aigres de l'hiver, les avaient assouplis, et l'Espinouze se rcveillail d'un long sommeil. Les ruisseaux, enchaînés par

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