‹ Taine et Renan; pages perdues recueillies et commentéesChapitre 10 sur 21 · LA CRISE DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA CRISE DE CONSCIENCE

« Vive l'amateur qui peut penser à son aise sans s'inquiéter de son pain matériel! » s'écrie familièrement M. Renan.

Je me permettrai de signaler cette boutade (qui a tous les caractères d'apparente platitude qui caractérise le bon sens) à ceux que préoccupe la vaine querelle de l'amateur et du professionnel : elle contient la solution de leur débat.

L'amateur est supérieur au professionnel parce qu'il a l'esprit libre. Mais cette liberté d'esprit ne vaut que s'il s'en sert pour penser. Il faut penser, tout est là ! Et l'on a remarqué qu'un jeûne léger, sans exagération, une demi- diète, favorisent mieux la verve des poètes et la réflexion des philosophes que ne ferait la digestion, avec ses suites proverbiales, d'une énorme truffe.

C'est ce qu'a très finement deviné, entre les murs de Saint-Sulpice, M. Renan. Il

coupe la truffe en deux : « Tous les philosophes, déclare-t-il à sa sœur, devraient naître avec trois mille francs de rente à Paris, et deux mille en province, ni plus, ni moins. »

Le devis que propose Stendhal est légèrement plus élevé : « Celui qui n'a pas sept mille francs de rentes, écrit-il quelque part, doit y penser toujours. Dès qu'il les a, n'y plus penser jamais! »

Notons- le en passant. Cette mesquinerie d'habitudes où se plaisait dans ses rêves le jeune Renan et qu'acceptait Stendhal ne paraît pas acceptable à certains esprits qui, bien qu'exempts de cupidité vulgaire, veulent un décor de grandeur à leur biographie. On connaît la lettre de Bossuet au maréchal de Bellefonds : « L'abbaye que le Roi me donne me tire d'embarras et de soucis qui ne peuvent pas se concilier longtemps avec les pensées que je suis obligé d'avoir. Je n'ai aucun attachement aux richesses, mais je ne suis pas encore assez habile pour trouver que j'ai tout le néces-

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