‹ Taine et Renan; pages perdues recueillies et commentéesChapitre 11 sur 21 · LA CRISE DK CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA CRISE DK CONSCIENCE

saire si je n'avais que le nécessaire, et je perdrais plus de la moitié de mon esprit si j'étais à l'étroit dans mon domestique. »

Vivre à l'étroit, se contenter du nécessaire, c'est ce qu'un Renan, un Stendhal acceptent d'enthousiasme. Ils n'imaginent même point une objection. A vingt-cinq ans, enivrés par la méditation sentimentale que favorise l'Italie, ou par la méditation métaphysique, à laquelle les froides charmilles à la française du séminaire d'Issy sont fort convenables, ces deux adolescents merveilleux me sem.blent des sages. Je les loue. Mais je vous demande à quoi vous prétendriez reconnaître, dans ces soucis de la vingtième année de M. R.enan, l'état d'esprit catholique, l'angoisse religieuse ?

Certaines personnes qui ont l'esprit confus se plaisent à mêler les termes, et décorent du titre de catholique, de chrétien,

de religieux tout idéaliste, tout homme détaché des avantages matériels. Ces confusions ne doivent pas être perpétuées.

Faisons justice d'un faux lieu commun d'histoire littéraire. Avec un langage ecclésiastique, dont ses dernières œuvres sont d'ailleurs plus fortement marquées que sa correspondance de séminariste, M. Renan nous apparaît, dès sa première lettre à sa sœur, — et avant même que M. Berthelot l'ait mis sur la voie d'une conception scientifique de l'univers; — comme un rationaliste sans aucune trace d'esprit catholique réel.

C'est un enfant intelligent qui s'enivre d'amour pour la grande culture humaine. Avec sa tonsure, sa soutane, il est frénétique de jouir de la vie. Je vous dis que Stendhal, lors de son premier voyage d'Italie, avait cette belle fringale- là. Nous ne l'oublions pas, Ernest Renan, lui, était un cérébral pur. Mais au point de vue catholique, la curiosité de savoir pour savoir n'est-elle pas une vanité aussi coupable

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