‹ Taine et Renan; pages perdues recueillies et commentéesChapitre 9 sur 21 · LA CRISE DE CONSCTENCE · texte numérisé non relu

LA CRISE DE CONSCTENCE

Je pense que le lecteur ne se méprend pas sur la qualité de mon observation.

C'est avee un sentiment respectueux pour le Maître, dont la mémoire nous est toujours présente, que j'analyse son passage du séminaire à la vie laïque. On veut y voir, pour l'ordinaire, un drame de la conscience, une de ces tragédies intérieures qui mirent, certain soir, le pauvre Jouffroy dans un état si propre à la composition littéraire. J'affirme qu'à serrer de près les préoccupations qu'échangèrent, durant ces trois années, Ernest Renan et son admirable sœur, on ne voit rien d'essentiellement religieux.

Cette correspondance pose avec une ingénuité émouvante le problème d'un jeune garçon du peuple, empêché par sa condition précaire et par des complications familiales, qui veut assurer son développement intellectuel. Nul accent mystique. Mais le bon sens même, la divina-

tion des convenances sociales. (De cette faculté, M. Renan, par la suite, a tiré, selon moi, un parti exagéré.) Ce que nous aimons avec respect, dans ses premiers épanchements, c'est la force de sa curiosité intellectuelle et sa puissance d'enivremxCnt cérébral. Voilà une atmosphère où le goût de l'éternel est si vigoureux que nul sentiment médiocre, je veux dire de considération pour les choses passagères, ne saurait y être viable.

Cet enfant de vingt-trois ans et cette jeune femme sont admirables en ce que jamais, au cours du débat qu'ils ont institué sur la voie à suivre pour créer à l'un d'eux une belle vie de culture, ils n'acceptent le point de vue des avantages mondains.

Dans un âge où l'on a tous les appétits, pour rien, pour le plaisir d'avoir des appétits, M. Renan ne désirait qu'un morceau de pain, un abri, et le loisir de travailler avec acharnement.

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