Vie et Correspondance, t. I, p
Il n'eut pas tout d'abord l'idée de l'histoire « scientifique ».
Dans son Essai sur Tite-Live (1856), il disait que « pour être historien, il faut être un grand écrivain », et il se plaigniat de ce que « l'art d'écrire s'est corrompu * ».
Dans la préface de son Histoire de la Littérature anglaise (1863), il essaie de définir l'histoire :
« Quand on a établi, dit-il, la filiation des dogmes, ou la classification des poèmes, ou le progrès des constitutions, ou la transformation des idiomes, on n'a fait que déblayer le terrain ; la véritable histoire s'élève seulement quand l'historien commence à démêler, à travers la distance du temps, l'homme vivant, agissant, doué de passion, muni d'habitudes, avec sa voix et sa physionomie, avec ses gestes et ses habits, distinct et complet comme celui que tout à l'heure nous avons quitté dans la rue. »
On reconnaît là les « reconstructions » de Michqlet, mais c'est du Michelet outré, car Taine ofTre de reconstruire une période par un vestige, comme un naturaliste reconstitue un corps par un fragment. Selon lui, on peut et on doit toujours « reconstruire » : « Mieux vaut, dit-il, une connaissance mutilée, qu'une connaissance nulle ou fausse, et il n'y a pas d'autre moyen, pour connaître à peu près les actions d'autrefois, que de voira peu près les hommes d'autrefois. » C'est déjà l'écrivain qui ne peut se résigner à dire : Je ne sais pas. Quelque élément qu'il ait sous la main, il veut se créer, il se crée une certitude historique.
C'est dans cette préface qu'il lance sa théorie de la