‹ TaineChapitre 13 sur 102 · Trad, Edgar Quinet, t. II, p · texte numérisé non relu

Trad, Edgar Quinet, t. II, p

plus absolu; il a le sentiment de la migration des peuples. Son sage scepticisme lui inspire ces mots : « Même chez les nations les moins mélangées, tant de causes géographiques et politiques ont embrouillé le fil de Thistoire que, pour en suivre les détours, il faut un regard perçant qu'aucun nuage ne trouble *. »

Ces vues de Herder, Taine les a donc exagérées, déformées, et M. Anatole France s'est amusé à une jolie moquerie de cette outrance pédantesque et paradoxale. Jugeant Taine au lendemain de sa mort, il a écrit:

« En ce temps-là, nous avions, au quartier Latin, un sentiment passionné des forces naturelles ; et les livres de Taine avaient beaucoup contribué à nous mettre . dans cet état d'âme. La théorie des milieux nous émerveillait. Pour ma part, je la croyais très bonne, en quoi je ne me trompais point. Mais je ne savais pas alors que toutes les théories bien faites sont également bonnes, en ce sens que ce sont des étagères indispensables pour ranger les faits dans des compartiments. Mais, aux environs de ma vingtième année, je ne l'entendais pas de la sorte, et l'on m'aurait fâché en me disant que le système de M. Taine était, comme tous les systèmes, un meuble à tablettes. C'était pourtant cela. Toute la bibliothèque littéraire des Anglais s'y casait à merveille. Il avait été fait sur mesure par un excellent ouvrier. Mon admiration n'a pas diminué, et je goûte, comme au premier jour, ce chef-d'œuvre d'art intellectuel. Comme à vingt ans, je tiens le système pour vrai, puisqu'il est logique. Une vérité philosophique ressemble à ces degrés de longitude et de latitude qui sont marqués sur les cartes. Ces cercles

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