Ibid., p
4. 11 était achevé en juillet 1884. Voir Vie et Correspondance^ t. IV, p. 179.
Le temps que Taine employa à la préparation de VAncien régime fut encore abrégé, non seulement par ses cours, mais par la traduction d'un livre anglais sur la Révolution. ^
On lui signala, à la Bibliothèque nationale, l'ouvrage intitulé : A résidence in France, daring the years 1792, 1793, i79U and i795, described in a séries of letters from an English lady, with gênerai and incidental remarks on the French character and manners, prepared for the press by John Gifford, Esq,, author of the History of France, Letter ta lord Laaderdale, Letter io the hon. E. Erskine, etc. Third édition. London, 1797, 2 vol. in-8 de xliii-466 et 489 pages *, avec cette épigraphe : Plus Je vis Vétranger plas faimatma patrie (Du Belloy).
Taine traduisit cela en 1872, sous le titre de : Un séjour en France de 1792 à 179b, lettres d'un témoin de la Révolution.
S'il crut à l'authenticité de ces lettres, c'est : 1® parce que l'éditeur avait dit qu'elles étaient authentiques; 2° parce qu'elles ont l'air d'émaner d'un témoin oculaire. Il ignore d'ailleurs le nom de cette prétendue dame anglaise, et tout le monde, je crois, l'ignore. Un argument l'a touché, c'est que l'éditeur dit que ces lettres sont mal écrites : il en conclut qu'elles ne peuvent pas avoir été inventées.
A ce sujet, il traduit et cite ces deux phrases de l'avertissement que John Gifford attribue à la dame
i. Bibl. nat., Lb 4i/25.
anglaise anonyme : « Cet ouvrage est à la fois authentique et original; j'ai le droit de parler ainsi, car je Tai acheté au prix de risques assez grands pour ma vie, de beaucoup de souffrance, et d'un ébranlement profond de ma santé. D'ailleurs quiconque a lu les œuvres de M. Gifford verra aisément, par la correction et l'élégance de son style, qu'il ne peut avoir aucune part dans un ouvrage plein de fautes et qui porte partout la marque d'un écrivain novice. »
Mais Taine n'avertit pas le lecteur qu'il tronque la seconde phrase, qui doit être ainsi reconstituée : « Du reste, j'estime irrespectueux pour le gentleman qui a sanctionné cet ouvrage par son nom de rien ajouter là-dessus, si ce n'est pour faire remarquer, etc. *. » Dans le membre de phrase supprimé par Taine, h'entrevoit-on pas comme un sourire ironique de mystification?
Taine ne s'est pas demandé un instant ce que c'était que ce John Gifford. Il s'appelait de son vrai nom John Richard Green. Ruiné, il passa en France en 1781 ou 1782, et y vécut surtout à Rouen et à Lille. 11 changea alors de nom, et prit celui sous lequel il fut connu comme polygraphe*. Il aimait donc les fauxnez, et rien n'indique qu'il fût incapable de ces super-
1. Voici le texte anglais : * That this work is both genuine and authentic 1 bave purcbased the right of asserting at some risk of my life, at the expence of much suffering, and a considérable loss of healt. I bowever deem it direspectfuî to the gentleman who has sanctioned it by his name to add any thin^ farther on the subject, except to notice, that whoever has read Mr. Gifford's ovvn productions, must easily perceive, from the correctness and élégance of his style, that he could hâve had no share in a work abounding in errors, and exhibiting ail the marks of an inexperienced writer »,