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en conclut (p. 69) que la plupart des grandes fortunes étaient vermoulues d'hypothèques.

Ayant vu que des nobles croyaient d'après Montesquieu qu'il existait une constitution avant 1789, il en conclut (p. 428) que les nobles en général avaient cette croyance.

Il aime les statistiques, il y croit, il les improvise sans scrupule ou il les accepte sans défiance.

C'est en toute sécurité, quoiqu'il n'en sache rien, qu'il aflSrme (p. 14) que sous Louis XVI la France avait vingt-six millions d'habitants. Il estime (p. 430) qu'à la fin du règne de Louis XIY il avait péri six millions de Français par la misère et la faim; il croit savoir (même page) calculer par feux et a la certitude que l'on compte par feu tantôt quatre personnes et demie, tantôt cinq, quand en réalité cette façon de compter varie à Finfîni selon les lieux et même selon les époques. Sur l'autorité du seul Augeard, il avance (p. 16) que le roi avait 477 millions de revenu. Il assure (p. 468) que le sel coûtait treize sous la livre dans les pays de grande gabelle. Il croit (p. 20), d'après les mémoires de Bouille, que le duc d'Orléans avait 11 500 000 livres de revenu, quand ce revenu, dont il n'a pas compulsé les comptes, variait énormément selon les années, à cause de la nature même des droits féodaux, si variables quant au revenu. Il compte p. 87, dans la maison du roi, 295 officiers de bouche, et, p. 123, il en compte 383. La première fois c'est d'après un état imprimé que je n'ai pas retrouvé; la seconde fois, d'après un rapport manuscrit de Mesnard de Cbousy (mars 1780), qui se trouve aux Archives nationales, 0* 738. J'y vais voir, et je trouve que Mesnard de Chousy compte 318 officiers de bouche, et non 383, Sa fantaisie discute (p. 538 et ailleurs), sur le revenu

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des bénéfices ecclésiastiques, essayant de préciser le revenu réel et le revenu nominal, d'après des sources quelconques. Ainsi, il a l'air de croire que Tévêché de Strasbourg rapportait 200 000 livres de plus que ne le dit la France ecclésiastique y uniquement parce que le duc de Lévis l'affirme dans ses Souvenirs, Au lieu de produire ces statistiques peu solides, il aurait mieux fait de citer ce que dit Dupopt de Nemours, dans le cahier du bailliage de Nemours, des raisons pour lesquelles les terres du clergé se louaient mal et rapportaient peu *,

De beaux morceaux non historiques, des développements brillants, d'ingénieux traits littéraires et moraux, voilà ce qu'il y a d'agréable dans cet Ancien Régime. Ainsi (p. 315 et 316) Taine réfuie vivement, en termes qui se gravent dans la mémoire, la fameuse théorie qui veut que l'homme naisse bon. 11 y a (p. 107) une

1. Archives parlementaires, t. IV, p. 156 : «Lorsqu'un bénéficier meurt ou change de bénéfice, les baux qu'il a pu passer sont rompus; les fermiers sont dépossédés par le nouveau bénéficier qui lui succède. On pousse môme la déraison et l'injustice jusqu'à ne pas les laisser jouir de la récolte qu'ils ont préparée par leurs labours, leurs engrais et leurs semences. On en voit qui sont dépossédés à l'instant de la moisson, après avoir payé, nourri leurs domestiques jusqu'à cette époque , sans autre indemnité que le remboursement des labours et des semences... »

« Il arrive donc que les terres bénéficiales se louent moins cher, à cause que les baux n'en sont pas solides... »

«... Personne n'ose se livrer à des améliorations coûteuses dont il ignore s'il recueillera le fruit; les terres des bénéficiers doivent donc être moins bien cultivées... »

« ... Elles se louent d'autant moins qu'elles restent constamment dans cet état où elles se trouvent, nul fermier n'ayant intérêt à les améliorer... »

l'ancien régime 51

/ éloquente tirade contre Tancien régime : « En l'état où i est rimpôt, dit-il, chaque largesse du monarque est ^ fondée sur le jeûne des paysans, et le souverain, par \ ses commiS) prend aux pauvres leur pain pour donner des carrosses aux riches. » 11 faudrait citer aussi (p. 133) un morceau piquant sur le raffinement de la vie de

^cour; (p. 238) un bel éloge de la méthode scientifique au xvin" siècle*; (p. 342 et suivantes), un vivant et sympathique portrait de Voltaire ^,

Dégageons surtout la théorie politico-historique que Taine croit emprunter aux faits.

Selon lui, l'esprit révolutionnaire se forme sous l'ancien régime, au xviii® siècle. C'est la combinaison de l'esprit scientifique et de l'esprit classique, mélange détonant qui, à un choc, éclate, brise tout, et cette explosion désastreuse, c'est la Révolution française. Taine insiste : « Ce sont, dit-il (p. 313) des composés de laboratoire qui restent inoffensifs dans le cabinet et sous la main du chimiste, mais qui deviennent terribles dans la rue et sous les pieds des passants. On ne s'en apercevra que trop bien tout à l'heure, quand les explosions iront se propageant sur tous les points du territoire, quand, au nom de la souveraineté du peuple, chaque commune, chaque attroupement se croira la nation et agira en conséquence, quand la raison, aux mains de ses nouveaux interprètes, insti- ' tuera à demeure l'émeute dans les rues et la jacquerie; dans les champs. »

Des deux éléments du mélange détonant, il loue

1. Il est à noter que, pour le tableau de Tacquis scientifique au xvni* siècle, Taine renvoie à Auguste Comte, tome V de la Philosophie positive.

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