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64 TAIME HISTORIEN
par bien des exemples, est presque toute en trompçrœil. Son but et son plan sont vagues, dans son livre comme dans son esprit. Il ne sait pas trop ce qu'il veut faire, et en réalité il décrit une année idéale, imaginaire, avec des traits empruntés à toutes les années du xviiP siècle. Supprimant révolution, par artifice littéraire et par système philosophique, ce n'est pas le mouvement de Tesprit public qu'il raconte : il fixe et immobilise, en un tableau factice, quelques-unes des formes et quelques-uns des effets de cet esprit. Sa grande théorie de l'esprit révolutionnaire, présenté comme un mélange explosible d'esprit scientifique et d'esprit classique, elle est ingénieuse, amusante, surprenante : elle ne sort point des faits, mais de la raison u raisonnante » de Taine, qui groupe à l'entour quelques faits, pris au hasard. De petites pages, des morceaux de littérature étincelants, un paradoxe éloquent, un style polychrome comme une mosaïque, c'est une lecture qui fait vibrer l'imagination du lecteur; mais en vérité, il n'y a, dans ce roman philosophique, rien qui ressemble à de l'histoire. C'est aussi inutile que séduisant.
L'accueil que la critique fit au volume de VAncien Régime est à rappeler, parce qu'il eut sans doute de l'influence sur les tendances et la facture des volumes ultérieurs.
Cet accueil fut tel que Taine pouvait le souhaiter : du bruit, de la gloire. Le grand public vit là un très beau livre. Les savants firent des réserves. On a vu en
quels termes M. Albert Sorel, d'un ton d'admiration amicale, démolit la théorie de l'esprit classique. Il y eut un article très raide d'un érudit solide, M. H. Lot, dans la Revue critique d'Histoire et de Littérature ^. On y lisait : « Il semble qu'il soit pour la première fois en face du sujet qu'il traite. Tout lui est objet d'étonnement ou d'admiration.' Il s'extasie d'être demeuré quatre ans devant une étude qui en demandait vingt. et d'avoir manié quelques centaines de liasses, lorsqu'il en avait des milliers à parcourir. Il a l'air d'un novice 2. Ce novice serait un maître, s'il avait plus d'application et une conception exacte de l'histoire. Son grand dada, Vesprit classique^ se réduit à deux reproches depuis longtemps formulés contre nos pères : ils ne connurent point la couleur locale, et ils furent des théoriciens, non des hommes pratiques. Cela a été dit mille fois avant M. Taine. Il ne faut pas deux cents pages pour l'énoncer. »
Ce qui est surtout à noter, c'est qu'après quelques hésitations, qui provenaient de ce qu'en somme Taine « démolissait » l'ancien régime, les hommes de gauche, les libres-penseurs, le classèrent parmi leurs adversaires.
C'est surtout à cause de ce qu'il avait dit du rôle social du catholicisme.
Sans doute Auguste Comte avait exprimé des vues analogues, faisant l'éloge du catholicisme comme école d'ordre, d'organisation, de sage conservation, disant que, si on n'était pas positiviste, il valait mieux être