Contrat 90cia2, t. III, ch. xv
ferons un cimetière de la France, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière. » Non seulement Taine n'hésite pas à affirmer (p. 69), quoiqu'il n'en sache rien, que Carrier a vraiment tenu ce propos, mais il en rend le parti Jacobin responsable, il le présente comme la maxime politique de ce parti.
Ses statistiques ne sont pas moins fantaisistes que dans le volume précédent. Voulant prouver que, terrorisés par les Jacobins, la plupart des électeurs s'abstenaient, il assure (p. 43) que, lors des élections pour l'Assemblée législative dans l'Assemblée électorale de Paris, « sur 946 électeurs élus *, il ne s'en trouva que 200 pour donner leurs suffrages ». Or, si on se reporte aux procès verbaux de cette assemblée électorale, publiés par Etienne Charavay, on voit que ces chiffres sont imaginaires : ainsi Garran de Coulon fut élu par 441 voix sur 821 votants ; Cretté de Paluel, par 447 voix sur 772 votants. Dans la séance où il y eut le moins de votants (24 septembre 1791), il y en eut 523 2.
Il croit (p. 46), d'«iprès Rœderer, qu'au lendemain de la chute du trône il y avait en France exactement 26 000 sociétés populaires et qu'il n'y en avait que 1 200 en juin 1792.
Il s'imagine (p. 60) qu'il sait le chiffre exact de la
1. L'Assemblée électorale de Paris, en 1791, ne comptait pas 946 électeurs, mais 964. Voir Etienne Charavay, VAssemblée électorale de Paris {26 août 1791-92 août 1792), introduction, p. xiii.
2. Etienne Charavay, ihid., p. xxxix et 274. — Quand Taine dit, au même endroit, que, - aux assemblées primaires de 1791, sur les 81 200 inscrits, plus de 74000 manquent à l'appel », ce sont encore des chiffres fantaisistes. Voir les éléments qu*Étienne Charavay a réunis sur cette question, p. v à xi. Il se borne à dire (p. v) que « l'affluence des citoyens était médiocre », et que « on n*en comptait pas plus d'un dixième en moyenne ». Il donne des chiffres partiels, mais aucun chiffre global.
fortune du duc d*Orléans.à sa mort : 114 millions de bien; 74 millions de dettes i.
Les références sont aussi inexactes que dans le précédent volume. Vérifiez par exemple les renvois indiqués aux notes des pages 6 et 7, et vous verrez que presque aucun de ces renvois n'est exact.
L'appareil d'érudition dont Taine a entouré ses fantaisies sur les Jacobins est donc aussi fragile que le sont ces fantaisies mêmes.
A ces généralités succède une sorte de récit de la « conquête jacobine » sous la Législative et sous la Convention jusqu'au 2 juin 1793.
La documentation offre le même genre de lacunes que pour le volume sur la Constituante.
1° Sources imprimées.
Taine n'a point dépouillé, il a même ignoré les nombreuses monographies locales qui existaient alors, et ses sources sont presque exclusivement parisiennes.
Il n'avait pas connu le procès-verbal de la Constituante. A-t-il connu le procès-verbal de la Législative? Il dit (p. 103) :
« On inscrit au procès-verbal et sans improbation la pétition de M. Huré, habitant de Pont-sur- Yonne, qui, par un écrit signé de lui, offre 100 francs et son bras pour être tyrannicide. » Or, voici ce qu'il y a dans le procès-verbal, séance du 24 octobre 1791 (p. 217 de l'imprimé) : « On a lu une lettre de M. Huré, habitant