‹ TaineChapitre 51 sur 102 · Voir plus haut, p. 72, note · texte numérisé non relu

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seulement Brissot pense mal, mais Brissot est pauvre ; c'est un sot et un demi-traître : n'a-t-il pas, dans le Comité diplomatique, fait la motion de céder Dunkerque et Calais à l'Angleterre? Taine le sait, en est sûr. 11 en a pour garant Gouverneur Morris, cet Américain crédule qui notait sur son mémorial tout ce qu'il entendait dire dans les salons bien pensants.

Et Cambon? Taine lui accorde un mérite de « bon comptable », mais il dit que son Grand-Livre de la dette ne sera qu'une banqueroute, et il croit que déjà, sous la Législative, il pousse à la banqueroute; il ajoute que ce qui lui facilite les choses, c'est que déjà, quand la Législative se réunit, les assignats perdaient 40 p. 100. Or, le Tableau de la dépréciation des assignats ne constate, à cette époque, qu'une perte de 16 p. 100. Mais qu'importe? Dumouriez n'a-t-il pas déclaré que Cambon était » un fou furieux, sans éducation, sans aucun principe d'humanité et de probité (publiques), brouillon, ignorant et très étourdi » ? Quand Dumouriez traite un « Jacobin » de brouillon et d'immoral, comment Taine ne croirait-il pas Dumouriez? Juger Cambon sur ses actes et ses paroles, Taiiie n'en a pas le temps; et puis il aurait trop peur que la vue du vrai caractère et du vrai rôle de Cambon ne démentît sa théorie du Jacobin et du Jacobinisme; car s'il y eut un homme qui s'inspirait de la réalité, des circonstances et de l'histoire, plutôt que d'un enthousiasme philosophique, ce fut Cambon.

Encore tout irrité de cette rencontre avec Cambon, Taine aperçoit, sur les bancs de la Législative, et parmi les « fabricants de Constitutions », Gondorcet, qu'en passant il gifle (p. 97) de ce jugement dédaigneux : « le plus chimérique des esprits faux », lui

reprochant surtout d'avoir dît du bonnet rouge dont on avait coiffé Louis XVI, le 20 juin 1792 : « Cette couronne en vaut bien une autre, et Marc-Âurële ne l'eût pas dédaignée. »

Conclusion sur le personnel de la Législative (p. 99) « Députés à Paris par le choix ou par la tolérance des clubs, ils emportent avec eux leur politique ou leur rhétorique : cela fait un assemblage d'esprits bornés, faussés, précipités, emphatiques et faibles; à chaque séance, vingt moulins à paroles tournent à vide, et tout de suite le premier des pouvoirs publics devient une fabrique de sottises, une école d'extravagances et un théâtre de déclamations. »

A preuve, il cite (p. 99 à 102) quelques traits d'emphase ou de pédantisme (il aurait pu en citer bien d'autres); puis, par quelques anecdotes (p. 102 à i06) il cherche à montrer qu'il y eut plus de désordre à la Législative qu'à la Constituante, oubliant qu'il avait épuisé contre la Constituante toutes les formules de dénigrement.

Exposant ensuite la politique de la minorité jacobine à la Législative il montre (p. 109) Brissot, Vergniaud, les Girondins s'alliant, dans l'Assemblée, aux pires démagogues de l'extrême gauche, Conthon, Merlin (de Thionville), Basire, etc., et, au dehors, à Danton, Robespierre, Marat;illes montre aussi (p. 110) lançant contre leurs adversaires, pour faire passer leurs motions, la « plèbe aboyante ».

Enfin, après quelques anecdotes (p. 110 à 113) sur la pression des tribunes et de la rue, il fait voir (p. 115) le centre intimidé quittant la salle, avant certains votes graves : « Vers la fin, dit-il, ils s'abandonnent et ne protestent plus qu'en s'abstenant : le 14 juin, quand il

s'agit d'abolir, sans indemnité, toute la créance féodale*, il n'y a de remplie que l'extrémité gauche; le reste de la salle est presque vide; sur 497 députés présents, 200 ont quitté la séance. » Or, le Moniteury auquel Taine renvoie, indique 514 comme chiffre de présents, et ne donne pas le nombre de ceux qui sortirent de la salle.

Après avoir ainsi caractérisé le personnel et la méthode de la Législative, Taine semble vouloir aborder l'histoire même de cette Assemblée.

Il recommence (p. 116 à 122) à citer des faits de troubles en province : c'est comme un retour à son étude sur la « Constitution appliquée ». Il en conclut que « ce qui subsiste effectivement sous les apparences menteuses du droit proclamé et juré à cent reprises, c'est, d'une part, l'oppression de la classe supérieure et cultivée, à qui l'on retire tous les droits de l'homme; d'autre part, la tyrannie de la tourbe fanatique et brutale, qui s'arroge tous les droits du souverain ».

Il reproche (p. 12? à 129) à la Législative ses lois contre les émigrés et les nobles, qu'il déclare inoffensifs, puis ses maximes de <( nivellement absolu ».

Il dit, non sans raison (p. 129 à 136), que la Législative a eu tort de déclarer la guerre à l'Autriche, et, en passant, il se remet (p. 133) à vilipender Brissot ^ :

1. C'est une erreur ; la Législative n'abolit, par ce vote, qu'une partie de la « créance » féodale. Voir la loi du 18 juin- 6 juillet 1792.

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