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CHAPITRE V

I. Massacres de septembre : Marat et Danton. — IL La conquête jacobine en province. — IIL Rappel des grands faits significatifs. — IV. Taine et les petits faits significatifs. — V. Élections à la Convention ; personnel de la Convention ; Paris jacobin. — VL Brutalité des Montagnards, faiblesse des Girondins. — VIL Les journées du 31 mai et du 2 juin 1793.

La « seconde étape de la conquête jacobine » va, selon Taine, du 10 août 1792 au 2 juin 1793. Ou plutôt cette seconde étape, ce sont pour lui deux étapes, Tune qui va de la chute du trône à la réunion de la Convention, Tautre qui va de la réunion de la Convention à la ôbute des Girondins.

Dans la période entre la chute du trône et la réunion de la Convention, Taine distingue entre l'histoire de Paris et l'histoire de la province, et, dans l'histoire de Paris, il voit surtout, il montre surtout les massacres de septembre*

Après une définitioa (p. 264-265) du « Jacobin subalterne », qui, selon lui, mène tout, il assure (p. 266) que ridée homicide est le fond même du dogme révolutionnaire et en donne pour preuve la boutade de Collot d^Herbois s'écriant au club des Jacobins, le 5 novembre 1792, que les massacres de septembre sont le credo de la liberté. Puis (p. 273-274) il trace le portrait de la Commune révolutionnaire, qui n'existe, dit-il, que par la grâce de huit ou dix mille fanatiques et coupe-jarrets. Les membres de cette Commune, c'est la pire crapule : « Des gazetiers infîmes, des scribes du ruisseau, des harangueurs de taverne, des moines ou prêtres défroqués, le rebut de la littérature, du barreau et du clergé, des menuisiers, tourneurs, épiciers, serruriers, cordonniers, simples ouvriers, plusieurs sans état ni profession, politiques ambulants et aboyeurs publics qui, comme les vendeurs d'orviétan, exploitent depuis trois ans la crédulité populaire, parmi eux nombre de gens mal famés, de probité douteuse ou d'improbité prouvée, ayant roulé dans leur jeunesse et encore tachés de leur ancienne fange, relégués par leurs vices hors de l'enceinte du travail utile, chassés à coups de pied des emplois subalternes jusque dans les métiers interlopes, rompus au saut périlleux, à conscience disloquée comme les reins d'un saltimbanque, et qui, sans la Révolution, ramperaient encore dans leur boue natale, en attendant Bicêtre ou le bagne auxquels ils étaient promis, se figure-t-on leur ivresse croissante à mesure qu'ils boivent à plus longs traits dans la coupe sans fond du pouvoir absolu ? »

De ce que la conduite d'un ou deux officiers muni* cipaux a paru louche dans l'affaire du vol du Garde-

Meuble, il en conclut que tous les municipaux, et même (semble-t-il) tous les Jacobins, sont des voleurs dignes des galères. Son raisonnement (p. 276-277) est un modèle de calomnie.

Dans la séance de l'Assemblée législative du 26 août 1792, Jean de Bry proposa, dit le Moniteur *, « l'organisation d'un corps de 1 200 volontaires qui se dévoueront à aller attaquer corps à corps, individuellement, les tyrans qui nous font la guerre et les généraux qu'ils ont préposés pour anéantir en France la liberté publique ». Taine (p. 277) altère ce passage du Moniteur, en supprime les expressions qui montrent qu'il s'agit des ennemis de l'extérieur, des tyrans étrangers, des généraux étrangers, par exemple du roi de Prusse et du duc de Brunswick, et donne ainsi à croire que ces volontaires se proposaient de tuer les ennemis de l'intérieur, par exemple Louis XVI, La Fayette. Il met donc la motion de Jean de Bry au nombre des suggestions qui provoquèrent les massacres de septembre.

Les causes de ces massacres, les contemporains les voyaient, nous les voyons dans une exaspération du patriotisme alarmé par l'approche de l'ennemi. Les Prussiens étaient entrés en France le 19 août 1792; Longwy avait capitulé le 23 ; Verdun avait été investi le 30, et cet investissement avait été appris à Paris le 2 septembre au matin. Il sembla que les Prussiens étaient d'accord avec les royalistes du dedans, avec ces « conspirateurs du 10 août », que le tribunal créé le 17 août jugeait si mollement. Les suspects, dont les prisons sont pleines, ne vont- ils pas poignarder les Parisiens par derrière pendant que les Prussiens

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