Moniteur, réimp., t. Xlll, p
entreront dans la ville pour exécuter les menaces du duc de Brunswick? Telle fut la colère et la peur des Parisiens qu'une partie d'entre eux, les plus affolés, formèrent des tribunaux populaires qui, par des jugements dérisoires, firent périr environ mille prisonniers sur environ huit mille que contenaient les prisons.
Que l'invasion prussienne ait déterminé les massacres, c'est ce qui saute aux yeux. Or Taine se borne à dire, en passant et incidemment (p. 269), que Brunswick approche. Les massacres ne sont pour lui qu'un coup de la Commune, qui veut rester au pouvoir (p. 281), et, pour prouver que la Commune a ordonné les massacres, il ne se fait pas faute, à l'occasion, d'altérer les textes, comme quand il dit (p. 292) que le Conseil général de la Commune vota 12 000 livres « à prendre sur les morts pour solder l'opération * ».
La vérité, c'est que, de tous les pouvoirs d'alors, ce fut peut-être la Commune qui fit le plus d'efforts pour arrêter l'effusion du sang. Je l'ai montré ailleurs ^ par des documents authentiques.
4. Taine donne comme référence Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur^ t. III, p. 299, qui cependant fait un résumé exact de Tarrété, et renvoie à fiuchez et Roux, Histoire parlementaire t. XVll, p. 392, où cet arrêté est ainsi reproduit : « Le Conseil général, le procureur de la Commune entendu, arrête que les administrateurs de police prendront sur les sommes qui sont entre leurs mains, résultantes des saisies faites sur différentes personnes arrêtées ou émigrées, la somme de 1 200 livres, dont ils justifieront l'emploi pour le salut de la patrie. » On voit qu'il n'est pas dit que cet argent sera pris sur les morts, comme Taine le prétend. Dans les Procès-verbaux de la Commune de Pari»^ publiés par M. Maurice Tourneux (1894, in-8), il y a (p. 86) une autre version du même arrêté, avec quelques différences de rédaction, mais où il n'est pas davantage question des morts.
2. Danton et les massacres de septembre^ dans mes Études et leçons sur la Révolution, 2* série, p. 63 à 65*
Taine voit aussi en Marat un des principaux instigateurs des massacres, et là il a raison*. Mais aussitôt (p. 283) il montre Marat « réduit par Tappauvrissençient mental à une seule idée, celle du meurtre, ayant perdu jusqu'à la faculté du raisonnement vulgaire, le dernier des journalistes, sauf pour les poissardes et les hommes à piques, si mordant dans son paroxysme continu, qu'à lire ses numéros de $uite on croit entendre le cri incessant et rauque qui sort d'un cabanon de fou ». Et Taine cite en note quelques-uns des sous-titres du journal de Marat, que criaient les colporteurs et qui ne donnent qu'une idée fausse du contenu. Ce contenu, il est évident qu'il ne l'a pas lu. Il est impossible que quelqu'un quia lu « de suite » le Njournal de Marat puisse écrire que Marat est « le dernier des journalistes ».
Quant à Danton, Taine dit (p. 283) qu'il fut « l'entrepreneur en chef des massacres ». La preuve? C'est que M-e Roland l'a dit. Mais M- Roland a dit aussi que c'était le physique de Danton qui l'empêchait de croire qu'il pût être « homme de bien », et elle avoue que, d'avance, son imagination le lui figurait « un poignard à la main a >,. Taine n'a pas môme eu l'idée de se demander quelle était la valeur du témoignage de M-»* Roland. ^
Il allègue aussi (p. 284) le témoignage du roi Louis- Philippe, alors duc de Chartres, à qui Danton aurait dit : « Cest moi qui Vaifait. » Mais ce témoignage, Taine ne le connaît que par un tiers, qu'il ne nomme pas.
Danton aurait dit aussi au duc de Chartres : « Les
1. Voir DanUm et Us massacres de septembre, dans mes Études et leçons sur la Révolution, 2« série, p. 56 à 59.